La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Majorité numérique

Le débat sur la majorité numérique n’oppose pas, dans ce corpus, des partisans et des adversaires du seuil de 15 ans : il oppose ceux qui voient dans un seuil une norme utile même inappliquée et ceux qui y voient une frontière arbitraire, contournable et incomplète. Le chiffre de 15 ans revient, lui, presque sans contestation.

Il est martelé, et toujours justifié par les mêmes deux ancrages. Laurent Marcangeli, auteur de la loi de 2023, rappelle que « l’âge de 15 ans, qui correspond normalement à l’entrée au lycée et à celui de la majorité sexuelle, était un palier intéressant » (cr29a), et Servane Mouton, pour la commission d’experts sur les écrans, aligne le même seuil « sur l’âge de la majorité sexuelle en France, et l’âge de la majorité numérique telle qu’elle est fixée par le règlement (UE) 2016/679 » (cr13a). La ministre Clara Chappaz durcit le registre : « avant 15 ans, les réseaux sociaux, c’est non. Ce n’est pas une posture, ni un symbole » (cr29b). Certains poussent plus haut — la rapporteure Laure Miller teste 16 ans « en poussant le principe de précaution à son maximum » (cr13a), et Mouton reconnaît que les experts ont « même évoqué la possibilité de recommander un seuil à 18 ans » (cr13a).

La vraie ligne de fracture est ailleurs, et plusieurs témoins la déplacent eux-mêmes. Marcangeli constate que « la loi est purement et simplement inapplicable, quand bien même elle a été votée à l’unanimité » (cr29a) ; le président Arthur Delaporte en tire la conséquence : « Faire respecter le droit existant est donc un premier sujet » (Mme Alixe Rivière e.a.). Donatien Le Vaillant, pour la Miviludes, va jusqu’à affirmer que si la loi de 2023 « était pleinement appliquée, nous ne serions probablement pas confrontés à de telles situations » (cr08a) — le problème serait un défaut d’application, non un vide juridique.

Face à cela, les objections sont frontales, et viennent parfois des mêmes bancs que le soutien. Sophie Jehel dit que l’interdiction « me fait peur » au vu de l’usage massif — « 99 % des adolescents de 15 ans ont des comptes sur plusieurs réseaux sociaux » (cr05b). Séverine Erhel pointe l’angle mort : un seuil à 15 ans « ne résout pas les problèmes de ceux qui en ont 16 ou 17 » (cr08b). Delaporte interroge le report vers WhatsApp et Telegram (Mme Alixe Rivière e.a.). Amine Benyamina rappelle que l’État impose aux moins de 15 ans des espaces numériques de travail qui, « qu’on le veuille ou non, [...] sont aussi des réseaux sociaux » (cr13a). Et Mouton, qui défend pourtant le seuil, concède que « tout seuil d’âge revêt un caractère artificiel, arbitraire » (cr13a). Marcangeli lui-même défend la progressivité contre l’interdiction sèche, qui pourrait pousser l’adolescent à contourner « précisément parce que c’est interdit » (cr29a).

Les partisans répondent en assumant l’écart entre la règle et son contrôle. Nathalie Hennequin le formule sans détour : fixer un âge minimum vaut « même si nous ne parvenons pas à trouver une solution technique », « car ce seuil nous permettra de rappeler cette règle aux jeunes et aux parents » (cr14a). Socheata Sim tient la même ligne, « même si certains tenteront toujours de les contourner » (cr14a).

Un présupposé affleure sans être formulé : le seuil de 13 ans, référence implicite de tout le débat, n’est pas une norme française. Cyril di Palma s’en démarque — « Nous n’avons jamais préconisé l’âge de 13 ans. Cette limite a été établie par les plateformes américaines » (cr14b) — et Matthieu Couranjou (DGMIC) confirme qu’elle est « inscrite dans les CGU, relevant du droit américain » (M. Loïc Duflot). Meta, de son côté, déplace la charge hors des plateformes : « Il faut une centralisation, un goulot d’étranglement, un péage » (cr28a), tout en rappelant que « la vente d’alcool est interdite aux mineurs » sans que cela empêche les mineurs de s’en procurer (cr28a). Enfin, une donnée contre-intuitive rapportée par le Cofrade : les jeunes consultés « ne revendiquent pas un abaissement systématique des limites d’âge » (cr14a).

Qui en parle

  • Laurent Marcangeli (cr29a) — auteur de la loi de 2023 : défend le seuil de 15 ans avec accord parental en deçà, justifie le choix (lycée, majorité sexuelle), s’oppose à l’interdiction pure et constate l’inapplicabilité de sa propre loi.
  • Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique (cr29b) — ligne gouvernementale invariante : interdiction avant 15 ans, présentée comme mesure éducative.
  • Servane Mouton, commission d’experts sur l’exposition des jeunes aux écrans (cr13a) — justifie 15 ans par cohérence juridique, révèle le débat interne sur 18 ans, mais reconnaît l’arbitraire de tout seuil et conditionne la recommandation à un « cadre idéal ».
  • Arthur Delaporte, président (Mme Alixe Rivière e.a., cr13a, M. Loïc Duflot, cr29a) — priorité à l’application du droit existant ; soulève l’effet de report vers les messageries ; préfère à titre personnel l’interdiction avant 13 ans et un usage contrôlé de 13 à 15 ans.
  • Laure Miller, rapporteure (cr05b, cr08b, cr09a, cr13a) — met l’interdiction sur la table et teste un durcissement à 16 ans.
  • Sophie Jehel (cr05b) et Séverine Erhel (cr08b) — objections de fond : usage massif et contournement ; angle mort des 16-17 ans.
  • Amine Benyamina (cr13a) — les ENT imposés par l’Éducation nationale aux moins de 15 ans sont aussi des réseaux sociaux.
  • Sabine Duflo, collectif Attention (cr08b), Virginie Gervaise et Patrick Salaün, Unaape (Mme Alixe Rivière e.a.) — lignes restrictives : accès réservé aux 15 ans et plus, 13 ans jugé trop bas, incohérence avec la majorité à 18 ans.
  • Nathalie Hennequin (SNUASFP-FSU), Socheata Sim (CAMELEON), Anne-Charlotte Gros (Respect Zone), Arthur Melon (Cofrade), Cyril di Palma (Génération numérique) — cr14a/cr14b : le seuil comme norme sociale, autorisation parentale plutôt qu’interdiction absolue, enjeu déplacé vers l’effectivité.
  • Loïc Duflot (DGE) et Matthieu Couranjou (DGMIC) (M. Loïc Duflot) — soutien à une vérification d’âge efficace au niveau européen, mais aucun pays n’a concilié protection et vie privée ; le seuil de 13 ans relève des CGU américaines.
  • Anton’Maria Battesti (Meta) et Thibault Guiroy (YouTube) (cr28a) — plaident une vérification centralisée hors plateformes et une obligation de moyens ; posent la question du bannissement sans y répondre.
  • Bruno Studer (cr19b) — rappel de prudence : « Si la question du contrôle de l’âge en ligne était simple, le problème aurait déjà été résolu. »
  • Murielle Popa-Fabre (cr05b) — apporte les précédents étrangers : couvre-feu numérique chinois 22 h-6 h, âge minimum de 16 ans en Australie (décembre 2024).
Interventions regroupées (46 citations · 13 auditions)

Domaine : Vérification de l'âge & majorité numérique · Sujet : majorite-numerique

Couverture : 46 citations · 6 positions · 13 auditions

_Slugs bruts fusionnés : majorite-numerique, majorite-numerique-15-ans, majorite-numerique-acces, majorite-numerique-loi-marcangeli, autorisation-parentale-13-15_

Positions exprimées

  • M. Laurent Marcangeli (cr29a) : La bonne réponse est une majorité numérique fixée à 15 ans, seuil calé sur l’entrée au lycée et la majorité sexuelle, plutôt que 16 ans ou l’absence de seuil. _(tranchant 4)_
  • Mme Elisa Jadot (cr05b) : Une interdiction pure des réseaux fait peur (99 % des ados de 15 ans y sont, contournement, pénalisation de l'école) ; l'éducation ne remplace pas la régulation mais la menace d'interdiction peut servir de levier (Jehel). _(tranchant 3)_
  • M. Donatien Le Vaillant (cr08a) : L'application pleine et entière de la loi de 2023 sur la majorité numérique éviterait probablement une grande part de ces situations : le problème est d'abord un défaut d'application, pas un vide juridique. _(tranchant 3)_
  • M. Arthur Melon (cr14a) : Favorables à une majorité numérique (Respect Zone : 15 ans ; CAMELEON : 13-15 ans), non comme interdiction absolue mais avec autorisation parentale obligatoire et vérification d'âge ; le seuil vaut d'abord comme norme sociale et repère pédagogique, même s'il est difficile à faire respecter techniquement. Le Cofrade souligne que les jeunes eux-mêmes ne réclament pas d'abaisser les limites d'âge. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (cr13a) : Le seuil de 15 ans se justifie par cohérence juridique (majorité sexuelle, majorité numérique RGPD), tout en étant, comme tout seuil, arbitraire ; les experts ont même envisagé 18 ans. _(tranchant 1)_
  • M. Cyril di Palma (cr14b) : Favorable à un âge minimal d'inscription ; la majorité numérique à 15 ans est plutôt pertinente, le seuil de 13 ans venant des plateformes américaines et non de lui ; le vrai défi est le contrôle effectif de l'âge. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Nous sommes capables de protéger les mineurs des risques physiques mais pas des risques psychiques, au motif qu’une telle interdiction serait liberticide et constituerait une intrusion dans la vie des foyers. »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Formule-argument opposant régulation des risques physiques (scooter) et absence de régulation des risques psychiques ; cœur rhétorique de sa proposition._

« L’interdiction semble la solution la plus rapide, mais cette démarche me fait peur, car l’usage des réseaux sociaux est massif : 99 % des adolescents de 15 ans ont des comptes sur plusieurs réseaux sociaux, et ils y sont attachés. »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Position nuancée / à décharge sur l'interdiction : contrepoint direct à Blocquaux, argument du contournement et de l'ancrage social des usages._

« Attention, l’éducation ne remplace pas la régulation, et la menace d’une interdiction peut être un levier pour renforcer une régulation encore trop peu efficace, notamment en matière de modération des contenus. »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Position d'équilibre : ni tout-éducation ni tout-interdiction ; l'interdiction comme levier de négociation sur la régulation. Nuance clé de l'audition._

« interdiction d’accéder aux réseaux sociaux et aux plateformes de jeux en ligne entre 22 heures et 6 heures du matin, pour résoudre le problème de la dette chronique de sommeil »

Murielle Popa-Fabre (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Exemple concret de couvre-feu numérique et de restrictions horaires en Chine (en vigueur 2024). Fait rapporté par l'experte à partir du texte de loi._

« Ensuite, en décembre dernier, l’Australie a décidé d’opérer un choix radical en fixant un âge minimum – 16 ans – d’accès aux réseaux sociaux. »

Murielle Popa-Fabre (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Précédent international majeur (Australie, âge minimum 16 ans, décembre 2024) souvent invoqué dans le débat sur la majorité numérique. Fait rapporté._

« les réseaux sociaux ont des conséquences psychologiques importantes et sont en train d’abîmer des générations d’enfants. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr05b, 2025-04-23)

_Position d'ouverture affirmée de la rapporteure : elle pose l'urgence et écarte une position « attentiste ou modérée », donnant le cadre de ses questions. Cadrage à charge assumé côté commission._

« Il convient de rappeler que si la loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne, récemment adoptée par l’Assemblée, était pleinement appliquée, nous ne serions probablement pas confrontés à de telles situations. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Position : le problème est d'abord un défaut d'application de la loi existante sur la majorité numérique, non un vide juridique — affirmation de la Miviludes._

« il faut surtout limiter l’accès aux réseaux sociaux aux jeunes ayant déjà un moi social construit, c’est-à-dire aux adolescents âgés d’au moins 15 ans. C’est ce à quoi nous appelons avec le collectif Attention. »

Sabine Duflo — psychologue clinicienne / collectif Attention (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Position la plus tranchée de la table : interdiction avant 15 ans, portée par le collectif Attention. C'est la ligne divergente au sein des quatre auditionnés._

« L’inconvénient d’interdire les réseaux sociaux en dessous d’un certain âge, par exemple, 15 ans, est que cela ne résout pas les problèmes de ceux qui en ont 16 ou 17 : la question est de savoir ce que l’on fait pour eux. »

Séverine Erhel — Université de Rennes 2 (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Objection de fond à l'interdiction par l'âge : elle laisse sans réponse les 16-17 ans. Marque la divergence avec Duflo._

« Ne pensez-vous pas que, compte tenu du mode de fonctionnement et du modèle économique des réseaux sociaux, il faudrait interdire purement et simplement leur accès aux jeunes, en dessous d’un âge qui serait à déterminer ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr08b, 2025-05-06)

_La rapporteure met explicitement sur la table l'option d'une interdiction par l'âge, avec le parallèle alcool/tabac et l'exemple néo-zélandais. Oriente le débat vers la mesure phare de la commission._

« J’aimerais connaître votre opinion sur la proposition d’interdire l’accès aux réseaux sociaux, et plus particulièrement à TikTok, aux mineurs de moins de quinze ou seize ans. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr09a, 2025-05-13)

_La rapporteure sonde directement la position du collectif sur l'interdiction par l'âge, mesure au cœur du débat public que la commission doit trancher._

« Nous estimons que même la limite d’âge de 13 ans est trop basse, car il s’agit d’une période charnière de l’adolescence, propice à de nombreuses dérives. »

Virginie Gervaise — Unaape (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Position la plus restrictive de la table ronde : 13 ans jugé trop bas ; argument développemental sur l'adolescence._

« cette loi, promulguée il y a un an et demi, n’est toujours pas appliquée. Faire respecter le droit existant est donc un premier sujet. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Le président souligne l'inapplication de la loi de 2023 sur la majorité numérique ; recentre le débat sur l'effectivité du droit existant avant toute nouvelle règle._

« Si nous excluons des applications comme WhatsApp et Telegram de cette catégorie, ne risquons-nous pas de voir un déport vers ces plateformes, où le contrôle serait encore plus compliqué ? »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Le président soulève l'effet de report vers les messageries si la définition du « réseau social » les exclut ; interroge la robustesse d'une interdiction ciblée._

« Or, nous sommes en train de donner une majorité d’accès sur des réseaux sociaux complètement libres à des enfants de 13 à 15 ans. La majorité est pourtant à 18 ans, âge avant lequel les responsables sont les parents. »

Patrick Salaün — Unaape (audite, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Argument de cohérence des seuils d'âge : questionne la logique d'ouvrir les réseaux à 13-15 ans quand la majorité est à 18 ans ; suggère un seuil uniforme à 16-17 ans._

« Le choix de ce seuil de 15 ans pour l’accès aux réseaux sociaux éthiques et transparents s’aligne sur l’âge de la majorité sexuelle en France, et l’âge de la majorité numérique telle qu’elle est fixée par le règlement (UE) 2016/679 »

Servane Mouton — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Justification du seuil de 15 ans par cohérence juridique (majorité sexuelle + majorité numérique RGPD), en réponse à la rapporteure qui suggérait 16 ans._

« Aussi, nous avons même évoqué la possibilité de recommander un seuil à 18 ans. »

Servane Mouton — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Révèle qu'en interne les experts ont débattu d'un seuil plus élevé (18 ans), ce qui va dans le sens de la rapporteure poussant vers 16 ans. Le seuil de 15 ans est un compromis de cohérence._

« notre recommandation, telle qu’elle est formulée, s’inscrit dans un cadre idéal où la vérification de l’âge serait efficace, respectueuse de la vie privée et des libertés démocratiques, et où les réseaux sociaux seraient devenus éthiques grâce au renforcement du Digital services act »

Servane Mouton — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Prudence importante : la recommandation des 15 ans suppose un cadre idéal (vérification d'âge efficace et respectueuse, réseaux devenus éthiques) qui n'existe pas encore. Conditionne toute la préconisation._

« je pense qu’il convient de mentionner la question des espaces numériques de travail (ENT), que l’éducation nationale a rendu plus ou moins obligatoires, et qui concerne les moins de 15 ans. Ces environnements sont à vocation pédagogique, ils sont encadrés mais, qu’on le veuille ou non, ce sont aussi des réseaux sociaux. »

Amine Benyamina — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Angle rare et gênant : l'État lui-même impose aux moins de 15 ans des ENT que l'expert qualifie de réseaux sociaux, ce qui relativise le principe d'une interdiction stricte avant 15 ans._

« Le processus de maturation cérébrale est loin d’être achevé à 15 ans, puisqu’il se poursuit jusqu’à 25 ans. »

Servane Mouton — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Fondement neuroscientifique de la vulnérabilité des adolescents, mais aussi argument qui relativise n'importe quel seuil d'âge (le cerveau n'est pas mature à 15 ni à 18 ans)._

« tout seuil d’âge revêt un caractère artificiel, arbitraire, à commencer par la majorité, fixée à 18 ans alors qu’elle était à 21 ans auparavant. »

Servane Mouton — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Reconnaissance honnête que le seuil de 15 ans, comme tout seuil, est une convention normative arbitraire à harmoniser, et non une frontière biologique._

« La loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023 visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne, dite loi Marcangeli, prévoit que la majorité numérique est fixée à 15 ans, mais que les 13-15 ans peuvent s’inscrire sur des réseaux sociaux sous réserve de l’accord des parents. »

Arthur Delaporte (president, audition cr13a, 2025-05-20)

_Le président rappelle l'état du droit français (loi Marcangeli) pour interroger la cohérence du seuil des 15 ans proposé par les experts. Apport factuel du président de séance._

« si l’on considère que dans un monde idéal, la limite de 15 ans concerne les réseaux sociaux dits éthiques, pourquoi ne pas envisager l’ouverture de réseaux sociaux éthiques à des tranches d’âge inférieures, par exemple 13-15 ans ? »

Arthur Delaporte (president, audition cr13a, 2025-05-20)

_Le président pousse la logique des experts dans ses retranchements : si un réseau éthique est sans risque d'addiction, pourquoi le fermer aux 13-15 ans ? Interroge la cohérence interne de la recommandation._

« Ne pensez-vous pas qu’en poussant le principe de précaution à son maximum, il serait préférable de le reculer légèrement, peut-être à 16 ans, c’est-à-dire à l’entrée au lycée ? »

Laure Miller (rapporteur, audition cr13a, 2025-05-20)

_La rapporteure teste un durcissement du seuil (16 ans plutôt que 15), en s'appuyant sur les familles de victimes qui jugeaient 15 ans trop précoce. Révèle une orientation vers plus de protection._

« Concernant la majorité numérique à 15 ans, nous ne sommes pas favorables à une interdiction absolue, mais plutôt une autorisation parentale obligatoire associée à une vérification effective de l’âge. »

Anne-Charlotte Gros — Respect Zone (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Position nuancée de Respect Zone : pas d'interdiction pure mais autorisation parentale + vérification d'âge. À distinguer d'un soutien à l'interdiction sèche des moins de 15 ans._

« L’instauration d’une majorité entre 13 et 15 ans pour l’utilisation des réseaux sociaux est essentielle, même si certains tenteront toujours de les contourner. »

Socheata Sim — CAMELEON Association France (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Position de CAMELEON en faveur d'une majorité numérique (13-15 ans), assumée comme difficilement contrôlable techniquement mais utile comme norme sociale._

« Il est important de fixer un âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux, même si nous ne parvenons pas à trouver une solution technique permettant de faire respecter cette restriction, car ce seuil nous permettra de rappeler cette règle aux jeunes et aux parents. »

Nathalie Hennequin — SNUASFP-FSU (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Argument-clé du débat : la valeur d'un âge minimum tient à sa fonction normative/pédagogique, indépendamment de son applicabilité technique. Assume l'écart entre la règle et son contrôle._

« Contrairement aux idées reçues, ils ne revendiquent pas un abaissement systématique des limites d’âge. »

Arthur Melon — COFRADE (Cofrade) (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Nuance importante fondée sur les consultations de jeunes du Cofrade : les adolescents eux-mêmes, notamment lycéens, ne réclament pas d'abaisser les limites d'âge et reconnaissent le besoin d'encadrement. Contredit un présupposé fréquent._

« La majorité numérique fixée à 15 ans est plutôt pertinente. Le défi réside dans son application effective, en s’assurant que les enfants de moins de 15 ans ne puissent pas s’inscrire sans l’accord parental et que ceux déjà inscrits renseignent leur véritable âge. »

Cyril di Palma — Génération numérique (audite, audition cr14b, 2025-05-22)

_Position de l'auditionné sur l'âge : soutien à 15 ans mais déplacement du débat vers l'effectivité du contrôle, qu'il juge le vrai problème._

« Nous n’avons jamais préconisé l’âge de 13 ans. Cette limite a été établie par les plateformes américaines en conformité avec leur législation nationale. Bien que l’âge de 13 ans puisse être considéré comme le minimum, il faut reconnaître qu’à cet âge, la maturité n’est pas encore pleinement développée, ce qui peut rendre certains contenus inadaptés. »

Cyril di Palma — Génération numérique (audite, audition cr14b, 2025-05-22)

_Précision politiquement notable : le seuil de 13 ans souvent invoqué n'émane pas des éducateurs mais du droit américain (COPPA implicitement) ; l'auditionné s'en distancie._

« Je crois que l’Assemblée a par ailleurs voté une majorité numérique à 15 ans, ce qui correspond à peu près à la fin du collège. »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Rappelle le seuil légal de majorité numérique voté à 15 ans et le rapproche du cadre scolaire._

« Si la question du contrôle de l’âge en ligne était simple, le problème aurait déjà été résolu. »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Rappel de prudence : la vérification de l’âge en ligne reste un problème technique et juridique ouvert._

« Nous soutenons fermement, au niveau européen, la mise en place d'une vérification d'âge efficace sur les réseaux sociaux, que nous considérons comme essentielle pour responsabiliser les acteurs et adapter les interfaces pour les mineurs. »

M. Loïc Duflot — DGE (Direction générale des entreprises) (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Position de principe de la DGE en propos liminaire : soutien ferme à une vérification d'âge efficace, présentée comme le levier central de responsabilisation des plateformes. Affirmation d'intention, non un constat de mise en œuvre._

« Il s'agit d'un sujet complexe, car de nombreux pays se sont déjà heurtés à cette problématique sans parvenir à une solution satisfaisante, en raison de la nécessité de concilier la protection des mineurs et le respect des libertés individuelles, notamment en matière de vie privée. »

M. Loïc Duflot — DGE (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Nuance de fond : la vérification d'âge est techniquement et juridiquement difficile car elle heurte les libertés individuelles et la vie privée. Prudence, non un rejet du principe._

« Actuellement, la majorité des réseaux sociaux fixent un âge minimal de 13 ans. La priorité est donc de s'assurer, en fonction des risques évalués, que cette condition inscrite dans les CGU, relevant du droit américain, est effectivement respectée. »

M. Matthieu Couranjou — DGMIC (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Établit que le seuil des 13 ans découle des CGU des plateformes (droit américain), non d'une norme européenne, et que la priorité est de le faire respecter. Point de souveraineté normative peu souligné._

« Avez-vous participé à l'élaboration de la position ou à la réflexion concernant, par exemple, l'âge minimal ? »

M. Arthur Delaporte — SOC (president, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Le président cherche à savoir si la DGE a contribué à la définition d'un âge minimal ; réponse : ce n'est pas son rôle, cela relève d'arbitrages politiques et du niveau européen. Question de traçabilité de la décision publique._

« Il faut une centralisation, un goulot d’étranglement, un péage. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Formule résumant la thèse de Meta: la vérification d'âge doit être centralisée en un point de passage unique (carte SIM, OS, magasins d'applications, identité numérique européenne) plutôt que gérée plateforme par plateforme. Piste actionnable et clivante._

« Alors que la vente d’alcool est interdite aux mineurs, vous savez très bien que des mineurs parviennent à s’en procurer. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Analogie de Meta pour justifier une obligation de moyens (et non de résultat) sur la vérification d'âge, face au président qui pointe les failles (prêter son téléphone, tablette sans carte SIM)._

« Est-il souhaitable de bannir les réseaux sociaux ou certains types de contenu avant un certain âge et, le cas échéant, quel âge ? »

Thibault Guiroy — YouTube (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_YouTube ouvre (sans trancher) le débat sur l'interdiction des réseaux avant un certain âge, en élargissant aux messageries privées et à la liberté d'expression. Reformule l'enjeu politique central de la commission._

« La protection de nos enfants n’est pas un trend TikTok mais une responsabilité au cœur de mon engagement politique depuis toujours. »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Positionne l’audité en défenseur de longue date du sujet et prend ses distances avec l’opportunisme politique qu’il dénonce chez d’autres ; posture, non un fait établi._

« la loi est purement et simplement inapplicable, quand bien même elle a été votée à l’unanimité »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Constat central de l’audition : la loi, adoptée mais non appliquée à cause du blocage européen, produit une « image d’impuissance publique »._

« Nous devons affirmer que l’on peut utiliser les réseaux sociaux à partir de quinze ans, mais qu’avant cet âge l’accord des parents est nécessaire. »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Énonce le principe de fond de la loi : seuil de 15 ans avec accord parental en deçà._

« l’âge de 15 ans, qui correspond normalement à l’entrée au lycée et à celui de la majorité sexuelle, était un palier intéressant »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Justifie le choix de 15 ans (entrée au lycée, majorité sexuelle) contre des amendements proposant 16 ans ; établit la rationalité, contestable, du seuil._

« Interdire purement et simplement peut créer l’effet indésirable inverse : que l’adolescent cherche par tous les moyens à y accéder avant 15 ans précisément parce que c’est interdit car, à cet âge, aller à l’encontre de l’interdit est particulièrement recherché. »

Laurent Marcangeli (audite, audition cr29a, 2025-06-19)

_Argument de nuance / à décharge d’une interdiction pure : le seuil interdit pourrait renforcer le désir de contournement ; défend son dispositif progressif plutôt que l’interdiction._

« Je suis plutôt favorable à interdire cet accès en-dessous de 13 ans et à prévoir un usage contrôlé entre 13 et 15 ans, comme dans votre loi »

Arthur Delaporte — SOC (president, audition cr29a, 2025-06-19)

_Le président exprime sa préférence personnelle (progressivité 13-15 ans) et signale que la commission a entendu des positions divergentes sur l’interdiction, se démarquant du président de la République et de la ministre._

« Je porte un message qui ne varie pas : avant 15 ans, les réseaux sociaux, c’est non. Ce n’est pas une posture, ni un symbole, c’est une mesure éducative de prévention, de protection, de bon sens. »

Clara Chappaz — Ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique (audite, audition cr29b, 2025-06-19)

_Position centrale et invariante de la ministre : l’interdiction avant 15 ans posée comme mesure éducative de bon sens, non comme symbole. Cadre le combat gouvernemental._