La part du citoyen

Données de santé & Health Data Hub

Health Data Hub : gouvernance et hébergement

Le Health Data Hub (Plateforme des données de santé, GIP) concentre une part importante des critiques du corpus sur les dépendances numériques de l'État. Un constat factuel domine et n'est contesté par personne : la plateforme reste hébergée sur Microsoft Azure. Marie-Laure Denis, présidente de la Cnil (Mme Marie-Laure Denis), le résume : « à ce jour, l'hébergement s'effectue toujours sur le cloud de Microsoft, Microsoft Azure », alors même que le collège de la Cnil a « toujours » plaidé pour un opérateur européen. Plusieurs intervenants soulignent que cette solution, présentée comme temporaire, dure depuis sept ans. Selon Emmanuel Marcovitch (Cour des comptes, M. Emmanuel Marcovitch), « aucun changement n'est advenu depuis sept ans » car « une simple décision politico-administrative ne suffit pas » à migrer — illustration d'un enfermement technique.

Un accord existe aussi sur le risque d'accès extraterritorial. Maryse Artiguelong (Ligue des droits de l'homme, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) rappelle que le directeur de la Plateforme, M. Vilbœuf, « a reconnu l'existence d'un risque d'accès par une autorité étrangère », et cite le cas du président de la Cour pénale internationale privé de sa messagerie comme preuve concrète.

Les clivages portent sur les causes et les remèdes. Sur les causes, Henri Verdier (M. Henri Verdier) relativise : le choix Microsoft s'expliquerait par la volonté de « gagner du temps et éviter la lourdeur des procédures de marché public » (solution unique référencée par l'Ugap), non par une stratégie assumée. Michel Paulin (M. Michel Paulin) conteste au contraire la méthode : « il n'y a eu ni appel d'offres, ni mise en concurrence », rendant infondée l'affirmation d'absence d'alternative. Sur le fond, Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) défend une thèse contre-intuitive : « une plateforme disposant de moins de fonctionnalités mais souveraine aurait probablement permis un déploiement moins heurté ». Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) va plus loin en proposant un « réseau décentralisé pair-à-pair » contre l'architecture centralisée. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou) élève l'enjeu au rang civilisationnel.

La gouvernance divise également. Laurent Vilbœuf (M. Laurent Vilboeuf) juge que le modèle de GIP de droit privé « mérite d'être réinterrogé » (renforcement du conseil d'administration, comptabilité publique), la PDS étant « un opérateur public, non une start-up ». La responsabilité de la Dinum fait débat : Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) revendique un rôle actif de blocage, ses réserves ayant conduit à « l'abandon de la solution intercalaire » au profit d'un hébergement de confiance ; le président Latombe (Mme Stéphanie Schaer) lui reproche à l'inverse de « n'avoir pas forcément poussé à l'époque vers du souverain ».

Points saillants chiffrés et concrets : la rapporteure Cyrielle Chatelain (M. Laurent Vilboeuf) pointe un retour sur investissement attendu de 54 M€ « qui ne s'élèverait en réalité qu'à 500 000 euros » (facteur 100). Doctolib, hébergeur de données de santé de millions de Français via AWS, est cité comme cas emblématique (des associations sur le thème de la protection des données personnelle). Une réponse souveraine existe : Numspot avec OVHcloud et Docaposte (Mme Catherine Mayenobe). Enfin, la table ronde des fournisseurs de cloud . (Damien Lucas, Scaleway) renvoie le sujet au politique : « les citoyens français acceptent-ils que leurs données de santé soient hébergées sur des clouds qui ne sont pas européens ? »

Qui en parle

Interventions regroupées (21 citations · 11 auditions)

Domaine : Données de santé & Health Data Hub · Sujet : health-data-hub

Couverture : 21 citations · 8 positions · 11 auditions

_Slugs bruts fusionnés : health-data-hub, gouvernance-gip, health-data-hub-doctolib, financement-ondam-pds_

Positions exprimées

  • M. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou) : Confier le Health Data Hub à Microsoft Azure est une faute majeure et le symbole de la « schizophrénie » de l'État ; la France peut et doit bâtir un modèle numérique de protection sociale à l'opposé du modèle américain de contrôle. _(tranchant 5)_
  • MM. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) : Le choix d'héberger le Health Data Hub chez Microsoft Azure au nom de la performance a entravé son bon fonctionnement ; une plateforme souveraine, même moins fonctionnelle, aurait permis un déploiement moins heurté, et sept ans après la migration reste bloquée. _(tranchant 4)_
  • Mme Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) : Le Health Data Hub hébergé par Microsoft selon une architecture centralisée est un contre-modèle ; il faut lui préférer des réseaux décentralisés pair-à-pair gouvernés par des communautés. _(tranchant 4)_
  • Mme Marie-Laure Denis (Mme Marie-Laure Denis) : La plateforme des données de santé a toujours eu vocation, selon le collège de la Cnil, à être hébergée par un opérateur européen ; son maintien sur Microsoft Azure est un défaut que la migration souveraine annoncée doit corriger. _(tranchant 4)_
  • Mme Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) : Les réserves de la Dinum ont conduit à abandonner la solution intercalaire du Health Data Hub au profit d'un hébergement de confiance : l'avis conforme joue pleinement son rôle de garde-fou souverainiste. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des fournisseurs de cloud .) : La souveraineté des données de santé relève d'un choix politique et citoyen, pas des fournisseurs de cloud ; fusionner HDS et SecNumCloud serait contre-productif, mais certaines données de santé massives sont bien sensibles. _(tranchant 3)_
  • M. Laurent Vilboeuf (M. Laurent Vilboeuf) : Le modèle de GIP de droit privé mérite d'être réinterrogé (renforcement du conseil d'administration, comptabilité publique, statut Orad) : la PDS est un opérateur public, non une start-up, et doit s'appuyer sur une gouvernance plus présente. _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : Confier des données sensibles de santé à des hyperscalers américains (Doctolib/AWS, Health Data Hub/Microsoft) fait courir un risque d'accès extraterritorial reconnu ; la migration vers des acteurs français est la bonne direction. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« les personnes qui ont choisi l'unique solution référencée par l'Ugap ont agi ainsi pour gagner du temps et éviter la lourdeur des procédures de marché public »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Explique le choix Microsoft du Health Data Hub par la lourdeur de l'achat public plutôt que par un choix stratégique assumé._

« une plateforme disposant de moins de fonctionnalités mais souveraine aurait probablement permis un déploiement moins heurté et un usage plus répandu, ce qui aurait rendu plus facile d'atteindre les objectifs recherchés. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Renversement contre-intuitif : la Cour affirme que le choix de la performance (Microsoft) a nui au projet, et qu'une solution souveraine moins riche aurait mieux réussi._

« le parfait exercice des missions de service public peut être garanti sans nécessairement aligner les spécifications des systèmes d'information sur le plus haut niveau technologique. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Thèse doctrinale centrale de la Cour : renoncer à la course à la performance pour préserver la souveraineté, message directement actionnable pour la commande publique._

« Cette solution devait être temporaire, mais aucun changement n'est advenu depuis sept ans : les services se sont probablement rendu compte que l'action de migrer était très complexe ; une simple décision politico-administrative ne suffit pas. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Illustre la mécanique de l'enfermement : un choix présenté comme provisoire (Azure pour le Health Data Hub) devient irréversible faute de pouvoir migrer._

« le recours initial à un hébergement cloud Microsoft Azure l'a rapidement handicapée en raison de l'inquiétude engendrée par ce choix. »

M. Laurent Vilbœuf — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Aveu par le directeur lui-même que le choix d'un hyperscaler américain a durablement pénalisé une infrastructure sensible d'État, indépendamment de sa robustesse technique._

« Le système national des données de santé est un trésor national, certes, mais les données de santé sont aussi un trésor pour ceux qui les détiennent, notamment les entrepôts de données de santé. »

M. Laurent Vilbœuf — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Résume l'économie politique des données de santé : leur valeur suscite des logiques de rétention et de pouvoir, y compris entre acteurs publics._

« La Cour des comptes évoque un retour sur investissement attendu de 54 millions d'euros, qui ne s'élèverait en réalité qu'à 500 000 euros. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Met en avant l'écart de rentabilité pointé par la Cour des comptes (un facteur 100), au fondement de la critique de gabegie de l'argent public._

« Numspot a pu, avec un consortium incluant OVHcloud et Docaposte, apporter une réponse souveraine à la problématique de la protection des données de santé dans le cadre du nouvel appel d’offres du Health Data Hub »

Patrick Laurens-Frings — Caisse des dépôts (audite, audition de Mme Catherine Mayenobe, 2026-03-18)

_Cas d'usage phare : la reponse souveraine au Health Data Hub, sujet emblematique de la souverainete des donnees de sante._

« Nous estimions en effet qu'il existait un risque pour les données personnelles, y compris des données sensibles de santé, dans la mesure où Doctolib recourt à Amazon Web Services pour leur hébergement. »

Maryse Artiguelong — Ligue des droits de l'homme (audite, audition de des associations sur le thème de la protection des données personnelle, 2026-03-25)

_Cas emblématique de dépendance sur des données sensibles : 50 millions de Français dont les données de santé sont hébergées par un hyperscaler américain._

« j'ai pris connaissance de l'audition de M. Vilbœuf devant votre commission, au cours de laquelle il a reconnu l'existence d'un risque d'accès par une autorité étrangère aux données contenues dans cette plateforme. »

Maryse Artiguelong — Ligue des droits de l'homme (audite, audition de des associations sur le thème de la protection des données personnelle, 2026-03-25)

_Renvoi à un aveu obtenu devant la commission elle-même : le risque d'accès extraterritorial aux données du Health Data Hub est reconnu par un responsable auditionné._

« Le fait que des personnalités telles que le président de la Cour pénale internationale ou un magistrat français de cette juridiction puissent se voir couper l'accès à leur messagerie illustre, me semble-t-il, l'ampleur des enjeux et la nécessité d'agir. »

Maryse Artiguelong — Ligue des droits de l'homme (audite, audition de des associations sur le thème de la protection des données personnelle, 2026-03-25)

_Preuve concrète que la dépendance à Microsoft n'est pas théorique : des juges peuvent perdre l'accès à leur messagerie sur décision américaine._

« Le Health Data Hub est une infrastructure technique, juridique et économique hébergée par Microsoft selon une architecture centralisée. Nous proposons en guise d’alternative un réseau décentralisé pair-à-pair. »

Mme Mélanie Dulong de Rosnay — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Critique frontale d'un cas emblématique de dépendance (données de santé chez Microsoft) et affirmation du modèle décentralisé alternatif._

« Notre protection sociale est un acquis civilisationnel, pas seulement un confort de vie. »

M. Bernard Benhamou — Institut de la souveraineté numérique (audite, audition de M. Bernard Benhamou, 2026-04-02)

_Élève l'enjeu des données de santé au rang de choix de civilisation face au modèle américain de contrôle._

« Je précise que Palantir avait proposé ses services gratuitement à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) durant la crise du covid, qui a eu le bon goût de refuser, tandis que nos voisins du National Health Service (NHS) britannique ont accepté une offre similaire, avec tous les risques que cela peut générer à terme. »

M. Bernard Benhamou — Institut de la souveraineté numérique (audite, audition de M. Bernard Benhamou, 2026-04-02)

_Illustre par un cas concret la stratégie de pénétration gratuite de Palantir dans la santé publique._

« Mais il n’y a eu ni appel d’offres, ni mise en concurrence. Quand il n’y a pas de critères factuels sur la souveraineté comme l’indice de résilience numérique, quand il n’y a pas de concours, comment peut-on certifier qu’il n’existe pas de solution alternative ? »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Démontage méthodologique du cas Health Data Hub par un témoin direct : l'absence d'alternative était une conclusion sans procédure ni cahier des charges._

« il a fallu que le législateur inscrive le principe dans le dur de la loi pour que les administrations bougent. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Thèse du président : une circulaire ne suffit pas, seul le recours à la loi contraint réellement les administrations._

« Notre avis a mis en avant de très nombreuses réserves : compte tenu de l’évolution des technologies et de l’avancée du projet, il nous est apparu qu’un certain nombre de points n’avaient pas été suffisamment approfondis. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_La Dinum revendique un rôle actif de blocage sur la solution intercalaire du Health Data Hub via son avis conforme._

« qui a abouti à l’abandon de la solution intercalaire et à une bascule accélérée vers une solution d’hébergement de confiance pour la Plateforme. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Résultat revendiqué : abandon de la solution intercalaire du HDH au profit d'un hébergement de confiance._

« la Dinum était autour de la table lors de l’évaluation des solutions existantes et n’a pas forcément poussé à l’époque vers du souverain. On est donc reparti vers Microsoft au début 2025 pour les nouveaux projets. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Le président met en cause la responsabilité passée de la Dinum : elle n'a pas défendu le souverain sur le dossier emblématique du HDH._

« Or, à ce jour, l'hébergement s'effectue toujours sur le cloud de Microsoft, Microsoft Azure. »

Marie-Laure Denis — Cnil (audite, audition de Mme Marie-Laure Denis, 2026-04-15)

_Constat factuel gênant : malgré la position constante de la Cnil, la base de données de santé la plus sensible reste hébergée chez un hyperscaler américain — symbole de l'écart entre doctrine et réalité._

« C'est une question pour les citoyens. Les citoyens français acceptent-ils que leurs données de santé soient hébergées sur des clouds qui ne sont pas européens ? »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Renvoie la souveraineté des données de santé à un choix démocratique, pas technique._