La part du citoyen

Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique

Administration, ministères et rattachement de l'énergie

Le corpus aborde l'organisation administrative de l'énergie, le rattachement ministériel du sujet et les rapports entre administration et pouvoir politique. Les intervenants se divisent nettement entre une lecture technique de l'organisation des services et une lecture politique qui y voit la cause d'un affaiblissement de l'État.

Le constat d'une dépossession au profit de Bercy. Plusieurs auditionnés décrivent un déplacement progressif de la compétence énergétique vers une logique financière. Selon M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo), « en dix ou quinze ans, l'énergie est peu à peu passée sous l'influence de Bercy, au détriment des ingénieurs du corps des Mines ou des Ponts », ce qui aurait fait perdre au sujet sa « puissance politique ». Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) prolonge ce diagnostic en évoquant le redécoupage de 2010, où « la gestion du marché et de la production [aurait] été rendue à Bercy », suggérant qu'elle en a elle-même été écartée pour ses positions critiques sur le nucléaire.

L'affaiblissement chiffré de l'État. Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) chiffre cet affaiblissement : « la RGPP et sa successeure, la MAP, ont détruit plus [de] 15 000 emplois d'agents de l'État et des opérateurs publics ». Elle résume le clivage par une formule : « On ne peut pas avoir un État fort, stratège et agile en supprimant un poste de fonctionnaire partant à la retraite sur deux. »

Désaccord sur la nature de l'organisation : technique ou politique ? M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) défend une vision technique : la répartition amont/aval entre directions (DGALN/DGE) « n'est pas un problème car la coordination quotidienne est étroite », l'acceptabilité minière relevant du débat public et non de l'organisation administrative. Il délimite d'emblée sa responsabilité (« la responsabilité principale de la définition de la politique énergétique revient bien sûr au ministère de la Transition écologique »). Le président Raphaël Schellenberger (M. Thomas Courbe) conteste frontalement cette lecture : « L'organisation administrative n'est censée exister que pour répondre à un projet politique. Placer la mine dans une direction chargée du logement et de la nature plutôt que [d']industrie et de souveraineté correspond à un choix politique. »

Loyauté administrative contre repolitisation. M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) tient une posture de loyauté : l'administration propose et alerte, l'arbitrage est politique (« Aucune de mes remontées [...] n'a pas été analysée » ; « il est habituel que les administrations proposent des avis qui ne soient pas toujours suivis »). À l'opposé, M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) prône un spoil system — le ministre devrait choisir ses directeurs d'administration centrale — et la suppression des autorités administratives indépendantes du champ économique au profit de l'arbitrage ministériel. M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) précise enfin le rôle du SGDSN, « bouclier de la Nation » qui fixe la doctrine, l'expertise et la gestion de crise revenant aux ministères en vertu de l'article L1141-1 du code de la défense.

Qui en parle

Interventions regroupées (17 citations · 8 auditions)

Domaine : Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique · Sujet : administration-ministeres

Couverture : 17 citations · 6 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : rattachement-energie-bercy, rattachement-ministere-energie, emprise-bercy-energie, ministere-energie-environnement, role-dgec, repartition-competences-administratives, absence-directive-tutelles, loyaute-administrative, spoil-system-administration, affaiblissement-etat-rgpp, suppression-autorites-independantes, repartition-sgdsn-ministeres, role-sgdsn_

Positions exprimées

  • M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) : En tant que fonctionnaire, il ne lui revient pas de juger les decisions politiques ; le pouvoir politique est legitime a suivre ou non les orientations de l'administration, qui se borne a proposer et alerter. _(tranchant 4)_
  • M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : Il faut repolitiser la fonction ministerielle via un spoil system : le ministre doit choisir ses directeurs d'administration centrale. _(tranchant 4)_
  • M. Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : Les autorites administratives independantes du champ economique doivent etre supprimees et leur tache relever de l'arbitrage ministeriel. _(tranchant 4)_
  • M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : La répartition amont/aval des chaînes de valeur entre directions (DGALN/DGE) n'est pas un problème car la coordination quotidienne est étroite ; l'acceptabilité minière est une question de débat public, pas d'organisation administrative. _(tranchant 3)_
  • M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : Le SGDSN est un coordonnateur qui fixe la doctrine ; l'expertise et la gestion des crises relevent des ministeres en vertu de l'article L1141-1 du code de la defense. La responsabilisation des ministeres est un choix fort et important. _(tranchant 2)_
  • M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) : L'energie est passee sous l'influence de Bercy et de l'Agence des participations de l'Etat au detriment des ingenieurs, faisant perdre au sujet sa puissance politique. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Le rôle de SGDSN est donc vraiment celui d’un bouclier de la Nation. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Definition imagee que De Maistre donne de la mission de son service._

« Selon l’article L1141-1 du code de la défense, chaque ministre est responsable, sous l’autorité du Premier Ministre, de la préparation et de l’exécution des mesures de défense et de sécurité nationale incombant au département dont il est chargé. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Base juridique invoquee pour justifier la logique ministerielle et sectorielle face aux questions sur le role du SGDSN._

« La responsabilité principale de la définition de la politique énergétique revient bien sûr au ministère de la Transition écologique, mais nous y contribuons tant la politique énergétique et la politique industrielle sont liées. »

M. Thomas Courbe (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2022-11-24)

_Position de cadrage de l'audition : Courbe délimite d'emblée sa responsabilité, ce qui justifiera ses nombreux renvois vers d'autres administrations._

« Depuis le début de l’audition, vous évoquez beaucoup la chaîne de valeur, pour conclure sur l’incompétence de votre direction sur l’amont de la chaîne de valeur. N’y a-t-il pas un lien entre cette décorrélation et l’incapacité que nous avons, en France, à travailler sur l’acceptabilité d’un certain nombre d’activités sur notre territoire ? »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Thomas Courbe, 2022-11-24)

_Critique frontale du président sur la fragmentation administrative amont/aval comme cause de la faiblesse française sur l'acceptabilité minière._

« L’organisation administrative n’est censée exister que pour répondre à un projet politique. Placer la mine dans une direction chargée du logement et de la nature plutôt que dans une direction chargée d’industrie et de souveraineté correspond à un choix politique. »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Thomas Courbe, 2022-11-24)

_Le président requalifie en choix politique ce que Courbe présente comme une simple répartition technique de compétences._

« Personne ne m’a écrit « on ne vous construira pas le réacteur » : j’en suis arrivé à cette conclusion sur la base d’échanges oraux. J’ai donc pris sur moi de faire cette proposition et je l’assume complètement. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_Point crucial : aucune instruction ecrite, la decontraction d'Astrid procede d'une initiative assumee deduite de signaux oraux._

« En tant que fonctionnaire, il ne me revient pas de porter un jugement de cette nature. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Resume la posture defensive de loyaute administrative tenue tout au long de l'audition._

« Aucune de mes remontées auprès du pouvoir politique sur des sujets importants ou graves n’a pas été analysée. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Defense centrale : l'administration a alerte, la responsabilite de l'arbitrage est politique._

« Analysée, et prise en compte par la suite. Il est habituel que les administrations proposent des avis qui ne soient pas toujours suivis. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Nuance la portee de ses alertes : prises en compte mais pas necessairement suivies d'effets._

« J’ai sûrement commis des erreurs. J’espère ne pas en avoir commis d’importantes. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Auto-evaluation prudente face a la question du rapporteur sur les erreurs d'appreciation._

« Si j’estimais que les décisions prises sont graves, il faudrait que j’en tire les conséquences. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Reconnaissance theorique d'un devoir de demission jamais active depuis 2012._

« Non. Je n’ai pas été d’accord avec toutes les décisions. J’aurais parfois aimé accélérer davantage certaines mesures. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Aveu nuance d'un desaccord avec certaines decisions, notamment sur le rythme._

« De ce point de vue, je ne suis pas sûr que nous ayons remporté un grand succès cet après-midi. »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Conclusion critique du president jugeant l'audition peu eclairante sur les processus de decision._

« Ainsi, en dix ou quinze ans, l’énergie est peu à peu passée sous l’influence de Bercy, au détriment des ingénieurs du corps des Mines ou des Ponts. »

M. Jean-Louis Borloo (audite, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Analyse de la depossession progressive de la competence energetique au profit d'une logique financiere._

« J’avais exprimé ces opinions durant la campagne de 2007. Je pense qu’elles ont participé du redécoupage des attributions en 2010 : il est possible que la gestion du marché et de la production ait été rendue à Bercy pour ces raisons. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Suggere qu'elle a ete ecartee du dossier energie pour ses positions critiques sur le nucleaire._

« La révision générale des politiques publiques (RGPP) et sa successeure, la modernisation de l'action publique (MAP), ont détruit plus 15 000 emplois d'agents de l'État et des opérateurs publics. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Chiffre l'affaiblissement de l'Etat dans le secteur energie/ecologie._

« On ne peut pas avoir un État fort, stratège et agile en supprimant un poste de fonctionnaire partant à la retraite sur deux. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Formule synthetique sur l'incoherence entre ambition d'Etat stratege et coupes d'effectifs._