La part du citoyen

Cycle du combustible et uranium

Approvisionnement et ressources en uranium

Le corpus aborde l'uranium sous deux angles principaux : la mesure de la dépendance énergétique française et la criticité, ou non, de l'approvisionnement en combustible nucléaire. Le clivage central oppose ceux qui jugent cette dépendance préoccupante à ceux qui la relativisent.

La comptabilité de la dépendance fait débat. Selon M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani), le taux d'indépendance énergétique français atteint 54 %, niveau « satisfaisant », mais il souligne que ce calcul exclut l'uranium : « si l'on incluait dans l'énergie primaire l'uranium, plutôt que la chaleur issue de la réaction nucléaire, ce taux tomberait à 12 % », ce qu'il qualifie de « discutable ». Dans le même sens, M. David Marchal (M. David Marchal) avance qu'« environ 80 % de la consommation d'énergie finale concernent des combustibles importés », un chiffre supérieur à l'indicateur officiel. Marchal hiérarchise toutefois les dépendances : celle aux combustibles fossiles et à l'uranium est plus urgente que celle aux matériaux des renouvelables. Il illustre par le gaz russe, dont la coupure « paralyse immédiatement » l'Europe, alors qu'un arrêt chinois des panneaux photovoltaïques n'aurait pas d'impact immédiat.

La criticité de l'approvisionnement en uranium est contestée. Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) défend que la dépendance à l'uranium n'est pas un problème de souveraineté : il est abondant et « le prix de l'uranium a très peu d'incidence sur celui du kilowattheure, dont il représente que 5 % ». Elle réfute frontalement le chiffre de 90 % d'uranium sous influence russo-chinoise avancé par une députée : « j'en reste baba car [...] la plus grande partie de notre uranium provient du Canada, du Niger et du Kazakhstan. » Cette insouciance historique est confirmée par Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : « Nous étions sûrs d'en avoir en grande quantité, pour toujours et sans difficulté. »

La question de la responsabilité. M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) place Framatome en position « agnostique » sur l'uranium : « en général, ce n'est pas le nôtre, il appartient à nos clients électriciens. » Il reporte ainsi la responsabilité de l'approvisionnement, y compris russe, sur les électriciens. Il révèle par ailleurs une coopération concrète avec Rosatom pour fabriquer « sur des sites de Framatome, des copies de combustibles russes ».

L'enjeu de souveraineté à long terme est porté par M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet), qui voit dans l'abandon des réacteurs à neutrons rapides « une faute historique grave » : en brûlant les « 300 000 tonnes d'uranium enrichi », les RNR auraient assuré « des siècles d'indépendance énergétique ». M. François Jacq (M. François Jacq), ancien gestionnaire de déchets, nuance toutefois les promesses du cycle fermé : « Penser qu'un cycle fermé ne produirait pas de déchets est scientifiquement absurde. »

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 7 auditions)

Domaine : Cycle du combustible et uranium · Sujet : approvisionnement-uranium

Couverture : 11 citations · 3 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : approvisionnement-uranium, approvisionnement-combustible, disponibilite-uranium, ressources-uranium, independance-energetique, souverainete-combustibles-importes, combustible-uranium-souverainete, uranium-appauvri-stocks, distinction-matieres-dechets_

Positions exprimées

  • M. David Marchal (M. David Marchal) : La souveraineté énergétique doit se mesurer en deux volets (combustibles importés et matériaux/chaînes industrielles), mais la dépendance aux combustibles fossiles et à l'uranium est plus urgente que celle aux matériaux des renouvelables. _(tranchant 3)_
  • M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : Framatome est agnostique sur l'uranium, qui appartient aux électriciens et qu'elle ne fait que transformer ; la responsabilité de l'approvisionnement (y compris russe) incombe aux clients, pas à Framatome. _(tranchant 2)_
  • Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : La dépendance à l'uranium n'est pas un problème de souveraineté : l'uranium vient du Canada, du Niger et du Kazakhstan (pas à 90 % de zones russo-chinoises), il est abondant et ne pèse que 5 % du coût du kWh. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« En considérant d’autres façons de calculer cet indicateur, notamment en incluant tous les combustibles importés, nous constatons qu’environ 80 % de la consommation d’énergie finale concernent des combustibles importés. »

M. David Marchal (audite, audition de M. David Marchal, 2022-11-17)

_Pose le chiffre central et contestataire de l'audition : la dépendance réelle (80 %) bien supérieure à l'indicateur officiel (55 %)._

« Lorsque la Russie décide de couper le robinet de gaz sur une partie du gazoduc, toute l’Europe se retrouve paralysée immédiatement. Or si la Chine adoptait une politique d’arrêt des exportations de panneaux photovoltaïques, l’impact ne serait pas immédiat et la France aurait simplement une difficulté à faire évoluer son système énergétique, lequel continuerait toutefois à fonctionner. »

M. David Marchal (audite, audition de M. David Marchal, 2022-11-17)

_Hiérarchise les dépendances : la dépendance aux combustibles est urgente, celle aux matériaux est stratégique mais non immédiate, ce qui relativise le procès fait aux EnR._

« elle constitue pour moi une faute historique grave contre les intérêts de notre pays et une destruction de souveraineté énergétique patente, dès lors que les RNR nous auraient assurés, en brûlant nos 300 000 tonnes d’uranium enrichi, des siècles d’indépendance énergétique. »

M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)

_Quantifie l'enjeu de souveraineté perdu avec l'abandon des RNR : des siècles d'indépendance._

« Quand j’ai essayé d’expliquer cela, dans un ministère, à un zozo dont j’ai oublié le nom – heureusement pour lui –, il m’a répondu : « Mais si on a besoin de cette technologie, monsieur, on l’achètera aux Chinois ! » C’est ça, la souveraineté nationale dont j’entendais parler dans les ministères ! »

M. Yves Bréchet (audite, audition de M. Yves Bréchet, 2022-11-29)

_Anecdote saisissante sur l'absence de réflexe de souveraineté dans l'administration._

« Le taux d’indépendance énergétique, qui mesure le rapport entre la production nationale d’énergie primaire – charbon, pétrole, gaz, nucléaire (mais non l’uranium, ce qui est discutable), hydraulique et renouvelable – et la consommation atteint en France 54 %, ce qui est un niveau satisfaisant. Toutefois, si l’on incluait dans l’énergie primaire l’uranium, plutôt que la chaleur issue de la réaction nucléaire, ce taux tomberait à 12 %. »

M. Pascal Colombani (audite, audition de M. Pascal Colombani, 2022-11-30)

_Chiffre clé révélant la fragilité du concept d'indépendance énergétique selon la méthode de comptabilisation de l'uranium._

« Penser qu’un cycle fermé ne produirait pas de déchets est scientifiquement absurde – c’est un ancien gestionnaire de déchets qui le dit. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Mise au point factuelle qui relativise les promesses de la fermeture du cycle, formulée avec son autorité d'ancien DG de l'Andra._

« Nous avions donc convenu à l’époque de nous associer avec Rosatom pour fabriquer, sur des sites de Framatome, des copies de combustibles russes. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Révèle la nature concrète de la coopération Framatome-Rosatom : fabrication de copies de combustibles russes._

« S’agissant de l’uranium, nous sommes agnostiques : en général, ce n’est pas le nôtre, il appartient à nos clients électriciens. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Déplace la responsabilité de l'approvisionnement en uranium russe vers les électriciens (EDF), pas Framatome._

« le prix de l’uranium a très peu d’incidence sur celui du kilowattheure, dont il représente que 5 %. »

Mme Anne Lauvergeon (audite, audition de Mme Anne Lauvergeon, 2022-12-15)

_Argument économique central relativisant l'enjeu de la dépendance à l'uranium, contre l'angle de la députée Écolo-NUPES._

« J’en reste baba car, à moins qu’il ne se soit produit quelque chose qui nous aurait échappé, la plus grande partie de notre uranium provient du Canada, du Niger et du Kazakhstan. »

Mme Anne Lauvergeon (audite, audition de Mme Anne Lauvergeon, 2022-12-15)

_Réfute frontalement le chiffre de 90 % d'uranium sous influence russe ou chinoise avancé par la députée._

« Je n’en ai pas entendu parler à l’époque, car ce n’était pas une préoccupation. Nous étions sûrs d’en avoir en grande quantité, pour toujours et sans difficulté. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Illustre l'absence totale d'inquietude sur la souverainete du combustible, alors meme que c'est l'objet central de la commission._