Cycle fermé, retraitement et MOX
Le corpus aborde la fermeture du cycle du combustible (retraitement, recyclage, MOX, perspective des réacteurs à neutrons rapides) comme un enjeu central mais souvent occulté du débat nucléaire. Selon M. François Jacq (M. François Jacq), « si l'on parle beaucoup des réacteurs, on ne parle jamais du cycle, ce qui n'est guère cohérent puisque si l'on veut fabriquer de tels réacteurs, c'est pour fermer le cycle. »
Constats partagés. Plusieurs intervenants soulignent l'avance industrielle française. M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) présente l'économie circulaire et le retraitement comme « un atout industriel unique au monde », chiffrant à « 96 % du combustible usé » la part revalorisable, la France étant « le seul pays au monde à avoir opéré ce choix réellement industriel ». M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) abonde : « de nombreux pays maîtrisent cette opération au plan scientifique, mais seule la France la maîtrise au plan industriel », assumant une fierté nationale (« impossible n'est pas français », « pour une fois que l'autoflagellation n'est pas complètement applicable »). Un autre point de convergence : la fermeture du cycle ne supprime pas les déchets. M. Jacq (M. François Jacq), ancien gestionnaire de déchets, juge « scientifiquement absurde » de croire qu'« un cycle fermé ne produirait pas de déchets », et M. Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie) rappelle que « la séparation-transmutation n'est pas une option qui permet d'éviter le stockage. »
Désaccords et clivages. Le rythme et la justification de la fermeture divisent. M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) la juge « indispensable même pour un usage modéré du nucléaire », les RNR à caloporteur sodium étant l'option « la plus mature ». M. Jacq (M. François Jacq) défend au contraire une progression « pas à pas » (multirecyclage en REP puis RNR) à l'horizon fin de siècle, plutôt qu'un prototype RNR immédiat. M. Abadie (M. Pierre-Marie Abadie) nuance l'argument déchets : « la gestion des déchets ne justifie pas à elle seule l'investissement dans une génération IV », et pointe une incohérence du programme de 2012 (« 50 % 2025 » avec maintien du retraitement). Un clivage plus politique oppose la filière et les écologistes : M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) réfute « factuellement et totalement faux » l'intention prêtée à l'abandon d'ASTRID de « fragiliser la filière », et M. Knoche (M. Philippe Knoche) requalifie le questionnement d'une députée Écolo-NUPES (« il est classique de vouloir la mort du nucléaire en décrétant l'absence de solutions »). Côté écologiste, Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) interroge l'horizon temporel des déchets MOX : « le temps de refroidissement est de l'ordre de trois siècles [...] Sommes-nous sûrs de la stabilité des sociétés humaines ? », tandis que le président Raphaël Schellenberger (Mme Dominique Voynet) cherche à établir une « logique de fuite en avant » et une intention de blocage du cycle.
Point saillant. M. Knoche (M. Philippe Knoche) plaide pour une décision politique de filière entre 2023 et 2025, car « les industriels s'accommodent mal des stratégies de stop & go ou clignotantes », sans opposer RNR et multi-recyclage.
Qui en parle
- M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : l'économie circulaire/retraitement, atout industriel unique au monde, à poursuivre.
- M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : savoir-faire industriel français maîtrisé, besoin d'une décision politique de filière, contre le stop & go.
- M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : fermeture du cycle indispensable, RNR sodium comme option la plus mature.
- M. François Jacq (M. François Jacq) : fermeture pas à pas (REP puis RNR), mais lucidité sur les déchets résiduels.
- M. Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie) : la transmutation/RNR ne dispense pas du stockage ; incohérences du programme de 2012.
- M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas) : réfute que l'abandon d'ASTRID ait visé à fragiliser la filière.
- Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : horizon temporel inhumain de la gestion des déchets MOX.
- Raphaël Schellenberger (Mme Dominique Voynet, président) : questionne une « fuite en avant » et une intention écologiste de blocage.