Filières industrielles renouvelables et souveraineté
Sur ce sujet, le corpus fait apparaître un constat largement partagé : la France a manqué l'industrialisation des énergies renouvelables. L'aveu est formulé jusqu'au plus haut niveau de l'État. Selon Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne), « nous avons tous été choqués de voir que notre pays a raté la marche du photovoltaïque. Nous avons également raté la marche de l'éolien terrestre. » Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) en fait sa thèse centrale, soulignant qu'elle souhaite parler de « l'industrialisation des énergies renouvelables, qui est un échec de notre pays », et pointe le paradoxe d'une indépendance énergétique présentée comme reposant sur les renouvelables alors que « tout est fabriqué en Chine, ce qui est un peu problématique. »
Les intervenants divergent en revanche sur les causes de cet échec. Plusieurs avancent une explication culturelle et idéologique. Mme Ségolène Royal (Mme Ségolène Royal) décrit un climat de dénigrement : « Quand on évoquait le solaire ou l'éolien à cette époque, on était presque considéré comme un zombie », et dénonce une hiérarchie des métiers au sein d'EDF où « la noblesse du métier d'énergéticien résidait dans le nucléaire ». Mme Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) parle de mépris politique laissant le marché à la Chine, et Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) impute à un défaut de volonté politique l'abandon de filières innovantes (solaire du CEA, méthanisation, power to gas) que la France était selon elle capable de porter.
Un clivage net porte sur le modèle de marché. Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) lie le retard à l'ouverture à la concurrence : « Pour moi, l'éolien offshore démontre l'absurdité du principe d'ouverture à la concurrence. La dispersion explique en grande partie le retard de la France dans ce domaine. » Elle plaide pour un « patriotisme écologique » avec critères made in France/Europe et planification publique, et met en cause Bercy, qui selon elle « refusait d'investir dans les économies d'énergie ».
Un autre désaccord concerne le rôle d'EDF. M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) considère qu'EDF n'a pas et ne doit pas avoir la compétence de fabrication d'équipements renouvelables, ses compétences nucléaires n'étant pas transférables ; il défend par ailleurs un mix paritaire où « chacun produirait la moitié de l'énergie ». Cette position contraste avec le diagnostic de Mme Royal, qui voit dans la marginalisation interne des renouvelables une cause du retard.
Enfin, sur la stratégie de réponse, M. Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) admet le caractère réactif de l'action publique, la crise ayant servi « d'opportunité pour accélérer la réforme du code minier, la sécurisation des approvisionnements à l'étranger et le recyclage ». Mme Borne (Mme Élisabeth Borne) borne l'ambition en rappelant que « l'étude menée par RTE a montré qu'un scénario 100 % renouvelable n'était pas soutenable », tout en appelant à reconquérir une souveraineté industrielle sur les énergies d'avenir.
Qui en parle
- Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) : reconnaît l'échec industriel passé, appelle à reconquérir la souveraineté, écarte le scénario 100 % renouvelables (RTE).
- Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) : échec d'industrialisation par mépris politique/idéologique ; dépendance à la Chine.
- Mme Ségolène Royal (Mme Ségolène Royal) : cause culturelle (dénigrement des renouvelables, primauté du nucléaire chez EDF) ; récit de pionnière.
- Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : patriotisme écologique, planification publique ; l'ouverture à la concurrence comme cause du retard ; Bercy en frein.
- Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : abandon systématique de filières innovantes par défaut de volonté politique.
- M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : EDF n'est pas un fabricant d'équipements ENR ; défense d'un mix paritaire nucléaire/renouvelables.
- M. Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : caractère réactif de la stratégie (code minier, approvisionnements, recyclage).