Lobbies pro et antinucléaires et financements
Le corpus aborde la question des groupes d'influence dans le débat énergétique sous deux angles : l'existence et l'opacité d'un lobby pronucléaire d'une part, l'action et le financement des mouvements antinucléaires (et plus largement pro-renouvelables) d'autre part. Un constat partagé traverse plusieurs auditions : le débat sur le nucléaire est polarisé et difficile à apaiser, chaque camp reprochant à l'autre une posture dogmatique. Julie Laernoes (Écolo-NUPES, Mme Corinne Lepage) interroge ainsi la possibilité d'un « débat apaisé en France sur le nucléaire, compte tenu de la puissance des lobbys et de leurs croyances absolues et ferventes », quand Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) résume la critique inverse d'un débat où « on est là dans la foi, pas dans l'argumentation ».
Les clivages portent d'abord sur la nature des financements publics. Lors de l'audition de l'ADEME (M. David Marchal), le président Raphaël Schellenberger accuse frontalement : « nous appelons cela des actions de lobbying subventionnées par une agence de l'État sur fonds publics », et suggère un traitement asymétrique selon les filières (« si cet événement concernait l'agroalimentaire ou le nucléaire, le fait qu'il s'agit de lobbying sauterait aux yeux de tout le monde »). M. David Marchal (M. David Marchal) conteste cette qualification : selon lui, colloques, guides et études financés relèvent de l'information et de la communication ouvertes au public, sans que l'ADEME endosse le contenu produit.
Sur le lobby pronucléaire, Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) décrit un secteur « endogamique et opaque », marqué par le pantouflage (« allers-retours permanents entre les directions centrales de Bercy et les grandes entreprises »), où la critique est immédiatement suspecte. À l'inverse, M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) dénonce un lobbying antinucléaire, relayé par le ministère de l'environnement et des ONG comme Greenpeace, ayant « saboté » la décision publique (projet de Bure). M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) défend le financement par Framatome de l'association Les Voix du nucléaire comme réponse à une attente des salariés (« ils aimeraient que d'autres gens prennent la parole »).
Le débat s'étend au financement des mouvements pro-renouvelables. M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) signale qu'en Allemagne « des mouvements écologistes pro-énergies renouvelables ont bénéficié de financements russes », ce qui « revenait à soutenir l'industrie gazière », tout en écartant l'idée d'un complot généralisé et en rappelant que « l'opinion publique est favorable au nucléaire ». M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) réfute pour la France toute hypothèse de lobbying gazier pro-renouvelables, revendiquant s'être « bagarré » au sein de la profession pour les développer.
Un point chiffré ressort de l'audition de Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage), qui pose un argument économique (renouvelable « à 4 centimes » contre nucléaire « à 12 centimes » sur un engagement de soixante ans) et refuse la « lutte religieuse », tout en reconnaissant que « le nucléaire a effectivement assuré l'indépendance de la France ».
Qui en parle
- Raphaël Schellenberger (président, M. David Marchal, M. François Jacq) : qualifie de lobbying sur fonds publics les subventions de l'ADEME aux filières EnR ; dénonce une asymétrie de traitement.
- David Marchal (ADEME, M. David Marchal) : conteste la qualification de lobbying, parle d'information publique sans endossement du contenu.
- Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : critique l'endogamie, l'opacité et le pantouflage du secteur nucléaire et un débat fondé sur la « foi ».
- Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) : met en cause le lobbying antinucléaire et les ONG (Greenpeace) accusés d'avoir saboté la décision publique (Bure).
- Bernard Fontana (Framatome, M. Bernard Fontana) : justifie le soutien à Les Voix du nucléaire comme contre-discours attendu par les salariés.
- Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) : pointe les financements russes de mouvements pro-renouvelables allemands, sans thèse complotiste.
- Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : nie tout lobbying gazier pro-renouvelables en France.
- Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : défend un raisonnement économique, refuse l'opposition de principe ; ciblée par Antoine Armand (rapporteur), Frédéric Falcon (RN) et soutenue dans son questionnement par Julie Laernoes (Écolo-NUPES).