La part du citoyen

Surgénérateurs, RNR et recherche nucléaire

Réacteurs à neutrons rapides et 4e génération

Les réacteurs à neutrons rapides (RNR) et la quatrième génération nucléaire cristallisent l'un des clivages les plus nets du corpus. Plusieurs intervenants s'accordent sur l'intérêt physique de cette technologie : capacité de surgénération, exploitation de l'uranium 238 ou du thorium, et réduction ou retraitement des déchets à vie longue. Pour Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici), « pour que le nucléaire soit durable, il faut absolument passer à la quatrième génération, capable d'exploiter soit l'uranium 238 soit du thorium », et il plaide pour un effort massif à horizon quinze ans, les EPR assurant la jonction. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) défend lui aussi un lancement immédiat des projets de quatrième génération, en s'appuyant sur le Forum international génération IV. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) y voit « la technologie du futur », tout en notant que sa commercialisation « se heurte au coût et à la réticence des exploitants ».

Le principal désaccord oppose ces partisans d'une relance à François Jacq (M. François Jacq), qui juge irrationnel de construire maintenant un prototype RNR. Son argument est technico-économique : « tant que nous avons de la matière nucléaire, il n'y a aucune urgence (...) comme l'investissement est de 50 % supérieur, l'électricité sera plus chère ». Il recadre la question en « rationalité technique » : « est-il rationnel de construire dès maintenant le prototype d'une génération de réacteurs qui ne sera déployée que dans soixante-dix ans ? ». Le rapporteur Antoine Armand (M. François Jacq) teste cette cohérence en relevant l'existence de « projets de réacteurs à neutrons rapides » en Russie et en Chine.

La concurrence internationale constitue justement un constat partagé du décrochage français. Colombani (M. Pascal Colombani) observe que « la France ne développe plus de projets de réacteurs à neutrons rapides, alors qu'il en existe partout ailleurs – en Chine, par exemple », et illustre le recul des compétences par une anecdote sur Astrid. Daniel Verwaerde (M. Daniel Verwaerde) abonde : la démarche chinoise est « la copie conforme de ce que nous avons fait en France ». Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) critique enfin la PPE : le multi-recyclage du plutonium dans les EPR « ne conduit pas à l'autonomie stratégique recherchée avec les RNR » et repousser ces réacteurs au siècle prochain est un mauvais choix, les décisions devant se prendre « à horizon de plus d'un siècle ».

Un second clivage, historique, porte sur Superphénix (Creys-Malville). Lionel Jospin (M. Lionel Jospin) défend sa fermeture : « un échec industriel (...) incident sur incident ». Jean-Philippe Tanguy (RN, M. Lionel Jospin) attaque frontalement cette qualification – « par définition, un prototype est chaotique » – et y voit la perte d'une « avance inédite ». Marie-Noëlle Battistel (SOC, M. Lionel Jospin) soutient Jospin, l'abandon d'Astrid en 2019 validant selon elle son analyse.

Qui en parle

Interventions regroupées (16 citations · 7 auditions)

Domaine : Surgénérateurs, RNR et recherche nucléaire · Sujet : rnr-quatrieme-generation

Couverture : 16 citations · 5 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : reacteurs-neutrons-rapides, neutrons-rapides-generation-iv, quatrieme-generation, filiere-surgenerateur-4e-generation, comparaison-internationale-rnr, concurrence-internationale-rnr, cout-rentabilite-rnr, ppe-multirecyclage-plutonium_

Positions exprimées

  • M. Yannick d’Escatha (M. Yannick d’Escatha) : Il faut lancer maintenant les projets de quatrième génération à neutrons rapides, dont les propriétés physiques (surgénération, réduction des déchets à vie longue) sont précieuses pour l'avenir du nucléaire, en s'appuyant sur le Forum international génération IV. _(tranchant 3)_
  • M. François Jacq (M. François Jacq) : Construire maintenant un prototype RNR n'est pas rationnel : la filière produirait une électricité plus chère, l'investissement est 50 % supérieur et le cycle associé n'existe pas encore. _(tranchant 3)_
  • M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : Il faut un effort massif sur la quatrieme generation (horizon quinze ans en economie de guerre), les EPR assurant la jonction, plutot que de tout miser sur des EPR2. _(tranchant 1)_
  • M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) : Les réacteurs à neutrons rapides sont la technologie du futur (retraitement des déchets en ressources) mais leur commercialisation se heurte au coût et à la réticence des exploitants. _(tranchant 1)_
  • Mme Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : Le multi-recyclage du plutonium dans les EPR retenu par la PPE ne conduit pas a l'autonomie strategique et risque de compliquer le passage au cycle ferme ; repousser les RNR au siecle prochain est un mauvais choix. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Pour que le nucléaire soit durable, il faut absolument passer à la quatrième génération, capable d’exploiter soit l’uranium 238 soit du thorium »

M. Jean-Marc Jancovici (audite, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Condition de durabilite du nucleaire et axe central de sa recommandation._

« Ces limites sont plutôt physiques, a contrario des limites du nucléaire, qui sont plutôt liées aux compétences et au consensus. »

M. Jean-Marc Jancovici (audite, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Distinction structurante entre limites physiques (renouvelables) et humaines (nucleaire)._

« Est-ce vraiment raisonnable de parier là-dessus pour lutter contre le réchauffement climatique ? »

M. Maxime Laisney — LFI-NUPES (depute, audition de M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02)

_Met en doute le pari nucleaire au regard des delais face au climat._

« Le résultat est que la France ne développe plus de projets de réacteurs à neutrons rapides, alors qu’il en existe partout ailleurs – en Chine, par exemple. »

M. Pascal Colombani (audite, audition de M. Pascal Colombani, 2022-11-30)

_Constat de décrochage technologique français sur les réacteurs rapides face à la concurrence._

« il faudrait vingt réacteurs Astrid en 2040 ; je lui ai répondu que je ne le ferais jamais car il faudrait déjà se réjouir d’en obtenir un seul ! »

M. Pascal Colombani (audite, audition de M. Pascal Colombani, 2022-11-30)

_Illustre par l'anecdote l'ampleur du recul des compétences sur les réacteurs rapides._

« Sa démarche stratégique dans le domaine nucléaire est la copie conforme de ce que nous avons fait en France. »

M. Daniel Verwaerde (audite, audition de M. Daniel Verwaerde, 2022-12-06)

_A propos de la Chine : la France a invente un modele qu'elle abandonne et que d'autres reprennent._

« Tant que nous avons de la matière nucléaire, il n’y a aucune urgence à se doter de réacteurs à neutrons rapides, car il n’est pas prouvé, à ce jour, qu’ils permettront de produire de l'électricité à un coût inférieur ; au contraire : comme l'investissement est de 50 % supérieur, l’électricité sera plus chère. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Justification technico-économique principale de l'abandon d'Astrid._

« est-il rationnel de construire dès maintenant le prototype d’une génération de réacteurs qui ne sera déployée que dans soixante-dix ans ? Il ne s’agit pas uniquement de coût : c’est une question de rationalité technique. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Recadrage de l'argument coût en argument de rationalité technique, face à la relance du rapporteur sur l'intériorisation de la contrainte._

« Il existe en Russie et en Chine des projets de réacteurs à neutrons rapides. Comment l’expliquez-vous ? »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Question du rapporteur testant la cohérence de l'argument selon lequel la filière RNR n'a pas d'avenir industriel à court terme._

« Elle peut stabiliser des quantités de combustible usé, mais ne conduit pas à l’autonomie stratégique recherchée avec les RNR. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Critique de fond de la strategie de la PPE : le multi-recyclage ne remplace pas l'objectif d'autonomie strategique des RNR._

« Les décisions liées à l’énergie nucléaire en France devraient être prises sur le long terme, non pas à horizon de vingt ou trente ans, mais à horizon de plus d’un siècle, sachant qu’un siècle est nécessaire pour réunir le plutonium et mettre en marche des RNR en quantité. »

Catherine Cesarsky (audite, audition de Mme Catherine Cesarsky, 2023-01-12)

_Plaidoyer pour une planification energetique a tres long terme, en rupture avec les cycles politiques courts._

« Mais la centrale dite surgénérateur lancée à Creys-Malville en 1977 et terminée en 1987 était un échec industriel. Elle n'avait jamais fonctionné de façon stable, elle avait subi un incident sur incident et connu de longs arrêts de fonctionnement. »

M. Lionel Jospin (audite, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Justification technique detaillee de la fermeture de Superphenix._

« Il y a une mauvaise habitude dans certains milieux français consistant à penser qu’un projet arrêté, sur lequel il est difficile de porter un véritable jugement, aurait été la solution miracle. »

M. Lionel Jospin (audite, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Jospin recuse le mythe du surgenerateur miracle, visant l'enquete du Point._

« L’ensemble des physiciens du nucléaire ont affirmé que le surgénérateur n’était pas un échec industriel ni technologique. C’était un prototype industriel, donc affirmer qu’il devait être fermé à cause de son parcours chaotique, c’est aberrant d’un point de vue d’ingénierie. Par définition, un prototype est chaotique. »

M. Jean-Philippe Tanguy — RN (depute, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Attaque frontale du RN contre la qualification d'echec industriel : un prototype est chaotique par nature._

« Vous semblez oublier que la France disposait d’une avance inédite parmi les démocraties occidentales. Si aucun autre pays n’a pris le relais de la France, c’est parce que notre pays disposait d’une réelle avance. »

M. Jean-Philippe Tanguy — RN (depute, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Le RN renverse l'argument de Jospin : l'absence de relais etranger prouve l'avance perdue de la France._

« L’abandon d’Astrid en 2019 valide a posteriori votre analyse et vous donne raison. »

Mme Marie-Noëlle Battistel — SOC (depute, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_La SOC defend Jospin : l'abandon d'Astrid validerait retrospectivement la fermeture de Superphenix._