Office mineurs (OFMIN) et signalements internationaux
Sur ce sujet, la tension ne dresse pas deux camps l'un contre l'autre : elle traverse une seule voix, celle de l'Office mineurs, qui décrit à la fois une explosion des signalements venus de TikTok et son incapacité à en faire quelque chose. Le matériau est étroit — l'essentiel provient d'une audition (cr30a), TikTok n'y répond pas —, ce qui invite à la prudence sur la portée des constats.
Le point de départ est un ordre de grandeur. Selon Cyril Colliou, pour l'Ofmin (cr30a), « En 2024, cette unité a reçu 170 000 signalements, soit 465 par jour en moyenne, dont 164 516 provenant de la détection effectuée par les plateformes du numérique elles-mêmes ». Le chiffre porte un présupposé que le cadrage répressif ne formule pas : la quasi-totalité de ce que voit la police judiciaire vient des plateformes elles-mêmes. L'État n'est pas ici l'œil qui surveille, il est le destinataire de ce que d'autres veulent bien détecter.
C'est sur cette dépendance que se joue le reste. Le même intervenant sépare nettement les acteurs et met TikTok du mauvais côté : il note « chez la plupart des grandes plateformes, dont Meta, des progrès considérables dans les signalements qui nous sont adressés, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif », puis oppose le cas de TikTok — « 4 432 signalements en 2023, 6 039 en 2024 et 17 589 au 16 juin 2025 » — dont « le traitement que nous en effectuons est toutefois assez résiduel et ne concerne qu'une minorité d'entre eux, en raison du manque de qualité et de pertinence des éléments qui nous sont fournis ». La critique est donc ciblée, pas dirigée contre les plateformes en général. Elle coupe aussi dans l'autre sens : le volume croissant de signalements TikTok ne vaut pas, dans cette lecture, preuve d'efficacité — ni d'ailleurs, en lui-même, preuve d'une aggravation.
Deux limites viennent de l'office lui-même, et non de la défense de la plateforme. Sur les moyens d'abord : « On pourrait multiplier par deux, trois, quatre ou cinq les effectifs de l'Ofmin, nous serions tous occupés » — l'aveu relativise l'idée que la réponse répressive suffirait, et il l'appuie d'une image, « le sentiment de vider la mer avec une petite cuillère ». Sur le cadre juridique ensuite : si aucun règlement ne vient enjoindre aux plateformes de détecter ces contenus, « nous risquons de devenir aveugles ». La détection est volontaire ; elle peut cesser.
Un seul élément vient d'ailleurs, sans contradiction ni confirmation : Alejandra Mariscal Lopez, pour Point de Contact (cr14c), avance que « 90 % des contenus qualifiés de pédocriminels concernaient des filles ». Le président Arthur Delaporte clôt l'échange par un remerciement — « dans des conditions pas simples » — qui ne tranche rien sur le fond.
Qui en parle
- Cyril Colliou, Office mineurs (Ofmin) — DNPJ, audité (cr30a, 2025-06-24) : porte la quasi-totalité du sujet. Ligne à double détente — progrès reconnus chez la plupart des grandes plateformes, dont Meta ; signalements TikTok en explosion mais jugés peu exploitables ; office débordé quel que soit l'effectif ; alerte sur le risque de « devenir aveugles » sans obligation réglementaire de détection.
- Alejandra Mariscal Lopez, Point de Contact, auditée (cr14c, 2025-05-22) : apport statistique isolé sur la dimension genrée des contenus pédocriminels signalés (90 % de filles).
- Arthur Delaporte, président de la commission (cr30a) : remerciement à l'office, sans position de fond.