La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Régulateurs & institutions françaises : compétences et moyens

Autres autorités : DGCCRF, MIVILUDES, DGS, PEReN...

Derrière l'Arcom et la CNIL, la commission découvre un archipel d'administrations qui se comptent en dizaines d'agents, chacune compétente sur un fragment du problème, aucune sur la santé mentale des mineurs elle-même — et c'est cette arithmétique, plus que les textes, qui structure le débat sur les moyens.

Les chiffres sont livrés par les administrations elles-mêmes, sans qu'on les leur arrache. Donatien Le Vaillant décrit une Miviludes de « quatre agents recrutés sous contrat et de dix agents mis à disposition par d'autres ministères, auquel s'ajoute un alternant, ce qui représente un total de quinze personnes » (cr08a), tout en notant que « le volume des signalements a doublé depuis 2015 et que, selon les membres de mon équipe, leur gravité s'est notablement intensifiée ». Il va plus loin et concède l'impréparation : « les agents de l'État, y compris au sein de notre propre service, ne disposent pas encore de la formation nécessaire pour mettre pleinement en œuvre cette réglementation ». Kerian Berose-Perez chiffre la DGS à « environ sept personnes travaillent sur ce sujet de manière ponctuelle et transversale » (Mme Sarah Sauneron), Nicolas Deffieux le PEReN à « Trente personnes s'y consacrent » (cr18e). Léonard Brudieu, pour la DGCCRF, en fait un argument budgétaire explicite : « nous disposons de 9,6 millions d'euros de budget de fonctionnement. Cette somme est bien inférieure au montant des amendes perçues par l'État du fait de nos activités » (cr29c).

L'axe se joue sur la portée de ce constat. Arthur Delaporte pousse la critique au-delà des effectifs, jusqu'à l'usage des outils existants : dans les rapports de transparence, « les chiffres de signalements administratifs sont proches de zéro. Cela démontre que l'administration ne mobilise pas pleinement son pouvoir de signalement, ce qui nous laisse démunis » (Mme Sarah Sauneron). Il conteste aussi le calendrier de l'action publique, centrée sur les plus jeunes : « Le temps que les mesures d'interdiction des écrans pour les plus jeunes produisent leurs effets, il faudra compter dix à douze ans ». En face, Sarah Sauneron oppose une défense frontale : « la France n'est nullement à la traîne au niveau européen sur ce sujet et [...] elle est, au contraire, citée en exemple par d'autres États membres » (Mme Sarah Sauneron) — et justifie la lenteur par la méthode, l'analogie du tabac à l'appui : « c'est lorsque nous avons établi les liens avec le cancer du poumon que nous avons pu imposer des mesures face aux industriels ».

Le sens latent est dans le périmètre plus que dans le budget. Brudieu définit lui-même la DGCCRF comme « la police du mensonge », gardienne des allégations commerciales — pas des effets psychologiques. Sur son propre terrain, il assume la sélection : « Il s'agit d'une question de priorisation des moyens de l'État. Un signalement isolé concernant une entreprise ne déclenche pas une enquête » (cr29c) ; Paul-Emmanuel Piel en montre l'angle mort, des influenceurs à Dubaï « auteurs de pratiques graves n'avaient fait l'objet que d'un seul signalement sur SignalConso ». Julien Tanti retourne alors la faiblesse administrative en défense — « Nous respectons les lois qu'on nous donne. Si on ne nous les donne pas, malheureusement, on ne peut pas les respecter » (cr24d) —, argument que le président coupe net : « Nul n'est censé ignorer la loi. »

Qui en parle

  • Donatien Le Vaillant (audité, Miviludes, cr08a) — chiffre ses quinze agents face à des signalements doublés depuis 2015 et reconnaît le déficit de formation de l'État sur le DSA.
  • Léonard Brudieu (audité, DGCCRF, cr29c) — sous-dotation revendiquée (9,6 M€ contre des amendes supérieures), périmètre borné à la loyauté commerciale, priorisation assumée.
  • Paul-Emmanuel Piel (audité, DGCCRF, cr29c) — documente la faille de SignalConso : gravité et volume de signalements ne se recoupent pas.
  • Sarah Sauneron (audité, DGS, Mme Sarah Sauneron) — défend l'action française, « citée en exemple », et la méthode fondée sur la preuve scientifique (analogie tabac).
  • Kerian Berose-Perez (audité, DGS, Mme Sarah Sauneron) — chiffre les moyens humains de la DGS : environ sept personnes, à temps partiel.
  • Nicolas Deffieux (audité, PEReN, cr18e) — chiffre les trente personnes du PEReN mobilisées sur le sujet.
  • Arthur Delaporte (président, SOC, cr08a/cr18e/cr24d/Mme Sarah Sauneron) — porte la charge contre l'insuffisance des moyens et l'inutilisation des pouvoirs de signalement ; oppose « Nul n'est censé ignorer la loi » à la défense des Tanti.
  • Laure Miller (rapporteure, EPR, cr18e) — rappelle les pouvoirs de la commission pour obtenir les pièces des administrations.
  • Julien Tanti (audité, cr24d) — impute son manquement à l'absence de notification par l'administration, tout en attestant un contrôle et une amende DGCCRF antérieurs.
Interventions regroupées (19 citations · 5 auditions)

Domaine : Régulateurs & institutions françaises : compétences et moyens · Sujet : autres-autorites

Couverture : 19 citations · 3 positions · 5 auditions

_Slugs bruts fusionnés : moyens-miviludes, moyens-peren, moyens-etat-dgs, role-moyens-dgccrf, dgccrf-controle-sanction, signalconso-plateforme_

Positions exprimées

  • M. Léonard Brudieu (cr29c) : La DGCCRF est sous-dotée au regard de ses missions (9,6 M€, budget inférieur aux amendes qu'elle génère) mais monte en compétence numérique ; ses moyens pourraient être renforcés. _(tranchant 3)_
  • M. Donatien Le Vaillant (cr08a) : Avec quinze personnes et des effectifs stables depuis 2015 alors que les signalements ont doublé et gagné en gravité, le service doit arbitrer en permanence entre urgences, instruction longue et prévention. _(tranchant 2)_
  • Mme Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) : Malgré des moyens limités (environ sept ETP), la DGS revendique un tournant depuis le rapport Mouton-Benyamina et une reconnaissance internationale de l'action française. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Il apparaît cependant que les agents de l’État, y compris au sein de notre propre service, ne disposent pas encore de la formation nécessaire pour mettre pleinement en œuvre cette réglementation. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Aveu institutionnel : les administrations, dont la Miviludes, ne sont pas encore outillées pour appliquer le DSA sur les risques systémiques._

« Notre service se compose actuellement de quatre agents recrutés sous contrat et de dix agents mis à disposition par d’autres ministères, auquel s’ajoute un alternant, ce qui représente un total de quinze personnes. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Chiffre des effectifs de la Miviludes (15 personnes), en réponse au président — élément sur les moyens de l'État._

« Il convient néanmoins de souligner que le volume des signalements a doublé depuis 2015 et que, selon les membres de mon équipe, leur gravité s’est notablement intensifiée. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Contraste entre doublement du volume des signalements depuis 2015 et effectifs stables — argument implicite sur l'insuffisance des moyens._

« Trente personnes s’y consacrent. »

Nicolas Deffieux — PEReN (audite, audition cr18e, 2025-05-27)

_Chiffre les moyens humains du PEReN, jugés modestes par rapport à la Commission mais performants._

« Je rappelle que, dans le cadre d’une commission d’enquête, le rapporteur dispose d’un certain nombre de pouvoirs pour obtenir des pièces auprès des administrations. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr18e, 2025-05-27)

_Rappel des prérogatives de la commission pour obtenir les travaux non publiés du PEReN ; manière d’acter que les documents seront réclamés._

« Compte tenu de l’ampleur de la tâche qui vous est confiée, estimez-vous que les moyens à votre disposition sont à la hauteur des enjeux ? »

Arthur Delaporte (president, audition cr18e, 2025-05-27)

_Question sur l’adéquation des moyens du PEReN, ouvrant la voie à un plaidoyer sur le sous-dimensionnement de l’expertise publique._

« Nous respectons les lois qu’on nous donne. Si on ne nous les donne pas, malheureusement, on ne peut pas les respecter. »

M. Julien Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Ligne de défense fondée sur l'idée qu'une règle doit leur être explicitement notifiée pour s'appliquer ; révèle un rapport à la responsabilité contesté par le président (« nul n'est censé ignorer la loi »)._

« Nul n’est censé ignorer la loi. »

Arthur Delaporte (president, audition cr24d, 2025-06-10)

_Rappel de principe opposé à l'argument d'ignorance de la loi avancé par les Tanti._

« Nous avons déjà été contrôlés par la DGCCRF. D’ailleurs, j’ai eu une amende et ça s’est su publiquement. »

M. Julien Tanti (audite, audition cr24d, 2025-06-10)

_Reconnaissance d'un antécédent de contrôle et de sanction, mobilisée pour appuyer l'argument selon lequel l'interdiction relative aux enfants ne leur aurait pas été signalée._

« Au total, environ sept personnes travaillent sur ce sujet de manière ponctuelle et transversale. »

Kerian Berose-Perez — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Ordre de grandeur des moyens humains de la DGS sur le sujet, que le président jugera insuffisant._

« car c’est lorsque nous avons établi les liens avec le cancer du poumon que nous avons pu imposer des mesures face aux industriels. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Analogie stratégique avec le tabac : c'est la preuve scientifique du lien causal qui légitime l'action réglementaire ; explique pourquoi la DGS investit dans la recherche avant de réguler._

« lorsque nous examinons les rapports de transparence concernant la santé mentale ou la protection des mineurs, les chiffres de signalements administratifs sont proches de zéro. Cela démontre que l’administration ne mobilise pas pleinement son pouvoir de signalement, ce qui nous laisse démunis. »

Arthur Delaporte — SOC (president, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Constat à charge du président contre l'État lui-même : les outils de signalement existants ne sont quasiment pas utilisés pour la santé mentale, à la différence du terrorisme._

« nous devons également nous préoccuper des adolescents de 14 ou 15 ans. Le temps que les mesures d’interdiction des écrans pour les plus jeunes produisent leurs effets, il faudra compter dix à douze ans »

Arthur Delaporte — SOC (president, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Le président reproche à la stratégie gouvernementale de se concentrer sur les moins de 3 ans alors que l'urgence est immédiate pour les adolescents déjà exposés._

« Je tiens à souligner que la France n’est nullement à la traîne au niveau européen sur ce sujet et qu’elle est, au contraire, citée en exemple par d’autres États membres. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Réponse en défense de la DGS face aux critiques d'insuffisance de moyens : la France serait en avance et reconnue à l'international (OMS Europe, demandes de traduction du rapport Mouton-Benyamina)._

« Dans ce cadre, elle vérifie donc les allégations commerciales et constitue en quelque sorte « la police du mensonge ». »

M. Léonard Brudieu — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Définit l'identité et le périmètre de la DGCCRF : loyauté de l'information commerciale, pas la santé mentale._

« Concernant les moyens financiers, nous disposons de 9,6 millions d’euros de budget de fonctionnement. Cette somme est bien inférieure au montant des amendes perçues par l’État du fait de nos activités. »

M. Léonard Brudieu — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Argument de sous-dotation : la DGCCRF rapporte plus qu'elle ne coûte, appel implicite à plus de moyens._

« Le premier signalement relatif à TikTok, qui constitue l’objet de votre commission, est intervenu en mars 2023. Depuis, nous avons enregistré près de 1 200 signalements concernant spécifiquement les influenceurs sur TikTok. »

M. Léonard Brudieu — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Chiffre attribué à la DGCCRF : ~1 200 signalements TikTok depuis mars 2023, à comparer aux >9 000 Facebook+Instagram — donc TikTok reste minoritaire mais en hausse._

« Nous avons constaté un cas où des influenceurs installés à Dubaï et auteurs de pratiques graves n’avaient fait l’objet que d’un seul signalement sur SignalConso. »

M. Paul-Emmanuel Piel — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Illustre la faille de SignalConso : la gravité des pratiques n'est pas corrélée au volume de signalements ; les pires cas peuvent être quasi invisibles dans l'outil._

« Il s’agit d’une question de priorisation des moyens de l’État. Un signalement isolé concernant une entreprise ne déclenche pas une enquête. »

M. Léonard Brudieu — DGCCRF (audite, audition cr29c, 2025-06-19)

_Assume la logique de priorisation faute de moyens : réponse défensive à la critique du président._