La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Régulateurs & institutions françaises : compétences et moyens

Coordination et pilotage des pouvoirs publics

Sur ce sujet, la commission entend deux discours qui ne se répondent jamais frontalement : d'un côté des auditionnés qui décrivent un dispositif public fragmenté, sans chef d'orchestre ni sanction effective ; de l'autre des administrations et des autorités qui, plutôt que de contester ce diagnostic, exposent méthodiquement les limites de leur propre compétence — au point que le vide dénoncé et le cadrage juridique qui l'explique finissent par dire la même chose depuis deux places différentes.

Le grief tient en trois formulations. Rayna Stamboliyska (cr04a) déplace le problème du texte vers son exécution : « Si les recommandations ne suffisent pas, il faut forcer ceux qui ne respectent pas la loi à s'y conformer. La loi n'est pas une option. » Elle ajoute que la transparence existante n'arme personne — les rapports sont publiés, mais « Nous sommes confrontés à une forme de plafond de verre. » Cyril di Palma (cr14b) formule le même constat sur le versant éducatif : « le principal reproche que je formule concerne le manque de coordination. Les initiatives sont fragmentées. » Mathieu Barrère (cr21c) va plus loin en décrivant, pour la plateforme, « l'absence totale de contrôle externe », « l'Arcom se déclarant incompétente et la police ne pouvant agir sans dépôt de plainte préalable ».

Les institutions convoquées répondent en périmètre, pas en défense. Marie-Laure Denis (cr20a) précise que « La Cnil n’est donc pas compétente pour faire respecter la réglementation relative à la régulation des contenus, qui relève de l'Arcom […] ni celle sur les pratiques commerciales, qui relève de la DGCCRF ». Sébastien Bakhouche (M. Loïc Duflot) trace la même frontière : « notre responsabilité se limite à la conception de la réglementation […] L'application de ces textes relève, quant à elle, de la compétence des régulateurs. » Quand Laure Miller les presse de dire « si, selon vous, l'esprit du DSA est actuellement respecté par les grandes plateformes », Matthieu Couranjou (M. Loïc Duflot) refuse : « il n'est pas de notre ressort d'y répondre officiellement. » Le sens latent de cet échange est là : la rapporteure cherche un responsable capable de juger, et chaque institution renvoie à une autre. Bakhouche concède pourtant l'écart — « Le constat du décalage entre la réglementation et la réalité est indéniable et partagé par tous » — sans en conclure à un échec du dispositif.

Deux voix compliquent le partage. Marietta Karamanli (cr19b) durcit, en qualifiant de « naïveté politique » l'idée que les plateformes « s’autoréguleront », et en affirmant qu'« Elles ont volontairement laissé prospérer des fonctionnalités qui encouragent cette addiction » — une intentionnalité alléguée, non démontrée en audition. Stamboliyska, elle, tient les deux bouts : celle qui exige la sanction est aussi celle qui conteste le réflexe d'interdiction, jugeant qu'« Il faudrait au contraire approfondir la réflexion et chercher de quoi la situation actuelle est le symptôme. »

Thomas Rohmer (cr24a) déplace enfin la critique vers l'État lui-même, et il le fait deux fois : affiches « pas d’écran avant trois ans » dans des hôpitaux où « les brancards sont équipés d’écrans », évaluation nationale de sixième qui « s’est déroulée exclusivement sur ordinateur ». Isabelle Rauch (cr19b) ajoute un angle mort du pilotage : « de nombreuses demandes de rendez-vous très insistantes de la part de TikTok », dont les représentants « nous disaient que la régulation et la modération étaient parfaites » — restitution, pas validation.

Qui en parle

  • Rayna Stamboliyska (RS Strategy, cr04a) — le déficit est dans l'application et la sanction, pas dans l'existence des règles ; mais elle refuse le réflexe d'interdiction et renvoie à la cause sociale. Seule voix du corpus à porter les deux positions.
  • Cyril di Palma (Génération numérique, cr14b) — défaut de pilotage collectif de l'éducation au numérique : les acteurs existent, la coordination manque.
  • Marietta Karamanli (députée, cr19b) — l'autorégulation est une « naïveté politique » ; accuse les plateformes d'avoir laissé prospérer « volontairement » des fonctionnalités addictives.
  • Isabelle Rauch (députée, groupe HOR, cr19b) — témoigne du lobbying insistant de TikTok et restitue son discours d'autosatisfaction sans le reprendre à son compte.
  • Marie-Laure Denis (présidente, CNIL, cr20a) — cadrage de compétences : ni les contenus (Arcom) ni les pratiques commerciales (DGCCRF) ne relèvent d'elle.
  • Mathieu Barrère (journaliste, Envoyé spécial, cr21c) — constate un vide de contrôle externe aboutissant à une autorégulation opaque.
  • Sébastien Bakhouche (DGMIC, M. Loïc Duflot) — l'administration conçoit, les régulateurs appliquent ; reconnaît le décalage réglementation/réalité sans conclure à l'échec.
  • Matthieu Couranjou (DGMIC, M. Loïc Duflot) — refuse officiellement d'apprécier le respect du DSA par TikTok.
  • Laure Miller (rapporteure, groupe EPR, M. Loïc Duflot) — presse les administrations de se prononcer sur l'esprit du DSA.
  • Thomas Rohmer (OPEN, cr24a) — incohérence des institutions publiques elles-mêmes sur les écrans, illustrée par deux exemples.
Interventions regroupées (16 citations · 7 auditions)

Domaine : Régulateurs & institutions françaises : compétences et moyens · Sujet : coordination-pouvoirs

Couverture : 16 citations · 6 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : coordination-politique-publique, coordination-regulateurs, injonctions-contradictoires-institutions, role-administration-refus-juger, absence-controle-externe, autoregulation-insuffisante, application-controle-sanctions_

Positions exprimées

  • Mme Rayna Stamboliyska (cr04a) : Le problème relève moins du législateur que des autorités de contrôle : il faut faire appliquer et sanctionner, car « la loi n'est pas une option ». _(tranchant 4)_
  • Mme Marietta Karamanli (cr19b) : Compter sur l’autodiscipline des plateformes est une « naïveté politique » : l’autorégulation ne suffit pas, il faut une législation contraignante. _(tranchant 4)_
  • M. Mathieu Barrère (cr21c) : Le secteur fonctionne en autorégulation opaque, sans contrôle externe effectif : Arcom incompétente, police tributaire d'une plainte, communication de l'entreprise verrouillée — « un système totalement hermétique ». _(tranchant 4)_
  • M. Loïc Duflot (M. Loïc Duflot) : En tant qu'administrations centrales chargées de la conception et de la négociation des textes, il ne leur appartient pas de juger si TikTok respecte la réglementation : cette appréciation revient aux régulateurs (Commission, comité où siège l'Arcom), seuls destinataires des informations nécessaires. _(tranchant 3)_
  • M. Thomas Rohmer (cr24a) : Les institutions publiques (hôpitaux, écoles, Éducation nationale) tiennent un discours incohérent sur les écrans, souvent au service des intérêts des adultes, ce qui déroute les jeunes et sape la cohérence éducative. _(tranchant 2)_
  • M. Cyril di Palma (cr14b) : Le principal problème de l'éducation au numérique en France est le manque de coordination et de pilotage collectif, plus que l'absence d'acteurs. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« de nombreuses personnes, dont des élus, veulent interdire et verrouiller ceci ou cela et les poncifs se multiplient sur le fait que tout est la faute d'internet ou des jeux vidéo. Il faudrait au contraire approfondir la réflexion et chercher de quoi la situation actuelle est le symptôme. »

Rayna Stamboliyska — RS Strategy (audite, audition cr04a, 2025-04-23)

_Position de fond : critique du réflexe d'interdiction, invitation à traiter la cause sociale plutôt que le symptôme technologique._

« Compte tenu de mon travail, je lis ces rapports, mais ce n'est pas le cas de 99 % des gens. S'ils les lisaient, ils ne les comprendraient probablement pas et, de toute façon, n'en tireraient pas pour conséquence d'engager des actions vis-à-vis de ces plateformes. Nous sommes confrontés à une forme de plafond de verre. »

Rayna Stamboliyska — RS Strategy (audite, audition cr04a, 2025-04-23)

_Établit la limite de la transparence-papier : les rapports existent mais sont illisibles et sans levier pour les citoyens (« plafond de verre »)._

« Si les recommandations ne suffisent pas, il faut forcer ceux qui ne respectent pas la loi à s'y conformer. La loi n'est pas une option. »

Rayna Stamboliyska — RS Strategy (audite, audition cr04a, 2025-04-23)

_Punchline sur le passage de la recommandation à la contrainte : le déficit est dans l'application, pas dans l'existence des règles._

« Cependant, le principal reproche que je formule concerne le manque de coordination. Les initiatives sont fragmentées. »

Cyril di Palma — Génération numérique (audite, audition cr14b, 2025-05-22)

_Diagnostic central de l'auditionné sur la politique publique d'éducation au numérique : pas d'absence de moyens seulement, mais un défaut de pilotage._

« Elles ont volontairement laissé prospérer des fonctionnalités qui encouragent cette addiction. »

Marietta Karamanli (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Accusation d’intentionnalité (« volontairement ») portée par Karamanli contre les plateformes ; affirmation non démontrée dans l’audition._

« La naïveté politique, qui a plutôt été jusqu’à présent à l’œuvre, consiste donc à considérer que les grandes plateformes seront raisonnables et s’autoréguleront. »

Marietta Karamanli (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Positionne le rejet de l’autorégulation comme ligne des auditionnées : la confiance dans l’autodiscipline des plateformes est présentée comme une erreur._

« Lors de mon mandat de présidente de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, j’ai dû faire face à de nombreuses demandes de rendez-vous très insistantes de la part de TikTok. »

Isabelle Rauch (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Témoignage de première main sur le lobbying insistant de TikTok auprès d’une présidente de commission._

« Ces derniers nous disaient que la régulation et la modération étaient parfaites. »

Isabelle Rauch (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Rauch rapporte le discours tenu par les représentants de TikTok en audition ; restitution attribuée à la plateforme, pas un constat de la commission._

« La Cnil n’est donc pas compétente pour faire respecter la réglementation relative à la régulation des contenus, qui relève de l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), ni celle sur les pratiques commerciales, qui relève de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes). »

Marie-Laure Denis — CNIL (audite, audition cr20a, 2025-06-02)

_Établit le périmètre exact de la CNIL : ni contenus (Arcom) ni pratiques commerciales (DGCCRF) — cadrage central de toute l'audition._

« Il est tout aussi surprenant de constater l'absence totale de contrôle externe sur l'activité de cette plateforme, l'Arcom se déclarant incompétente et la police ne pouvant agir sans dépôt de plainte préalable, ce qui aboutit à une situation d'autorégulation opaque de l'entreprise. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Point central sur le vide de régulation : Arcom incompétente, police tributaire d'une plainte ; constat du journaliste sur l'autorégulation._

« En tant qu'administration centrale, notre responsabilité se limite à la conception de la réglementation et à la négociation des textes au niveau communautaire. L'application de ces textes relève, quant à elle, de la compétence des régulateurs. »

M. Sébastien Bakhouche — DGMIC (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Pose la limite de l'audition : les administrations ne se prononcent pas sur le respect du DSA par TikTok, faute d'accès aux informations réservées aux régulateurs. Décharge et cadrage institutionnel, pas une appréciation de fond._

« Bien que nous puissions avoir une opinion personnelle sur ces questions de bonne application par TikTok, il n'est pas de notre ressort d'y répondre officiellement. »

M. Matthieu Couranjou — DGMIC (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Confirme, pour la DGMIC, le refus de livrer une appréciation sur le respect du DSA par TikTok. Révèle la difficulté de la commission à obtenir un jugement de fond des administrations._

« Le constat du décalage entre la réglementation et la réalité est indéniable et partagé par tous. Nous disposons d'une réglementation, mais les effets escomptés ne se produisent pas encore dans les proportions attendues. »

M. Sébastien Bakhouche — DGMIC (audite, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_Aveu partagé d'un écart entre le cadre juridique et la réalité vécue, attribué à une entrée en application progressive du DSA (lignes directrices non adoptées, Commission sous-dotée). Ne conclut pas à un échec du dispositif._

« Mon objectif était de vous inviter à prendre du recul et à nous dire si, selon vous, l'esprit du DSA est actuellement respecté par les grandes plateformes. »

Mme Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de M. Loïc Duflot, 2025-06-05)

_La rapporteure insiste pour obtenir un jugement, même personnel, sur le respect de l'esprit du DSA, et acte la réticence des auditionnés. Révèle une frustration de la commission face à des administrations qui se retranchent derrière leur rôle._

« Dans certains hôpitaux pédiatriques parisiens, vous pouvez voir des affiches de prévention « pas d’écran avant trois ans » dans la salle d’attente des urgences alors que les brancards sont équipés d’écrans. »

Thomas Rohmer — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Illustration concrète de l'incohérence institutionnelle sur les écrans ; observation de Rohmer, exemple emblématique._

« Parallèlement, l’évaluation nationale du niveau en mathématiques et en français de tous les élèves de sixième s’est déroulée exclusivement sur ordinateur. »

Thomas Rohmer — OPEN (audite, audition cr24a, 2025-06-10)

_Second exemple d'incohérence de l'Éducation nationale (pauses numériques d'un côté, évaluations 100% numériques de l'autre) ; fait rapporté par Rohmer._