La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · thème

Régulateurs & institutions françaises : compétences et moyens

Sur ce domaine, le corpus fait apparaître une constante : chaque autorité française auditionnée commence par borner sa propre compétence avant de parler de ses moyens — de sorte que la commission, qui cherche qui peut agir sur TikTok, s'entend répondre par des périmètres, des effectifs en dizaines d'agents, et des pouvoirs de sanction situés ailleurs (Bruxelles, Dublin). Les auditionnés ne se divisent pas sur les faits juridiques, largement partagés ; ils divergent sur ce qu'il faut en conclure — impuissance structurelle pour les uns, dispositif jeune et perfectible pour les autres.

Ce que chaque sujet apporte.

  • Arcom : pouvoirs et moyens. Le régulateur documente lui-même ses trois limites : Martin Ajdari indique que « l'Arcom ne peut pas prendre de sanction contre les plateformes comme TikTok » (cr13c), Lucile Petit que l'accès aux données de l'article 40 du DSA « n'est pas ouvert aux coordinateurs des pays de destination », et l'Arcom avance le chiffre de 23 ETP sur 350 personnes. Ajdari refuse pourtant le mot d'impuissance : « Je ne partage donc pas l'idée que cela ne marche pas, même si cela ne marche pas assez, pas assez vite ».
  • CNIL et guichet unique irlandais. Marie-Laure Denis (cr20a) rappelle que le guichet unique du RGPD confie TikTok à la Data Protection Commission irlandaise, et que la coopération hors de ce cadre est « informel[le] » : « Nous n'avons aucun moyen de le contraindre ». Elle chiffre en sens inverse les sanctions irlandaises (345 puis 530 M€) et l'activité de plainte (environ 150 plaintes, une seule concernant les données d'un mineur).
  • Pharos, police et parquet numériques. Le sujet oppose une thèse de sous-dotation — « une quarantaine d'agents » selon Shanley Clemot McLaren (cr12a), cadrage repris par le président — à la réponse de Cécile Augeraud (cr18d), qui situe TikTok à « environ 4 % » des signalements 2024 et annonce que « les pouvoirs de Pharos seront encore plus étendus ». S'y ajoutent les récits de familles (refus de plainte, téléphone inexploitable) et la proposition d'un parquet du numérique élargi portée par Jean-Baptiste Boisseau (cr13b).
  • Office mineurs (OFMIN). Cyril Colliou (cr30a) apporte une donnée de dépendance : sur 170 000 signalements reçus en 2024, 164 516 proviennent de la détection opérée par les plateformes elles-mêmes. Il distingue TikTok (4 432 signalements en 2023, 6 039 en 2024, 17 589 au 16 juin 2025) dont le traitement reste « assez résiduel » faute de qualité, reconnaît que multiplier ses effectifs ne suffirait pas, et alerte sur le risque de « devenir aveugles » sans obligation réglementaire de détection.
  • Autres autorités. L'arithmétique domine : quinze personnes à la Miviludes (Donatien Le Vaillant, cr08a), environ sept à la DGS (Mme Sarah Sauneron), trente au PEReN (cr18e), 9,6 M€ de fonctionnement à la DGCCRF (Léonard Brudieu, cr29c), qui se définit comme « la police du mensonge » et assume une priorisation. Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) oppose que « la France n'est nullement à la traîne au niveau européen ».
  • Coordination et pilotage. Le grief de fragmentation est porté par Rayna Stamboliyska, Cyril di Palma et Mathieu Barrère ; les institutions y répondent en périmètre — Denis (cr20a), Sébastien Bakhouche (M. Loïc Duflot, « l'administration conçoit, les régulateurs appliquent »), Matthieu Couranjou refusant d'apprécier officiellement le respect du DSA.

Les clivages. Le premier est un clivage de diagnostic, pas de fait : les acteurs s'accordent sur l'absence de pouvoir de sanction français, mais Ajdari y voit une architecture qui monte en puissance quand Barrère y lit « l'absence totale de contrôle externe ». Le deuxième porte sur la nature du manque : moyens humains (Clemot McLaren, Le Vaillant, Brudieu) contre prérogatives juridiques (Augeraud, Colliou) — l'institution concernée ne formule pas toujours sa priorité comme ceux qui la défendent. Le troisième oppose deux lectures de l'Irlande : Stamboliyska (cr04a) et Claude Malhuret (cr06a) tiennent la DPC pour structurellement conciliante voire captée par la fiscalité, appréciations d'auditionnés ; la CNIL, elle, produit deux amendes à neuf chiffres. Le quatrième est un clivage de tempo : Delaporte conteste un calendrier où les effets se mesureraient en « dix à douze ans » ; Sauneron défend la méthode par la preuve, analogie du tabac à l'appui. Le cinquième, plus discret, oppose l'État tel qu'il se décrit à l'État tel que Thomas Rohmer (cr24a) l'observe — affiches « pas d'écran avant trois ans » et brancards équipés d'écrans.

Ce que le temps explique. Le domaine se lit sur l'entrée en application encore récente du DSA : Le Vaillant concède que les agents de l'État « ne disposent pas encore de la formation nécessaire » pour le mettre en œuvre, et Delaporte relève que les signalements administratifs dans les rapports de transparence sont « proches de zéro » — un pouvoir existant mais peu mobilisé. La séquence OFMIN (4 432 → 6 039 → 17 589) et l'extension annoncée des pouvoirs de Pharos montrent un dispositif en mouvement, dont le corpus ne permet pas de dire s'il comble l'écart que Bakhouche qualifie de « décalage entre la réglementation et la réalité […] indéniable et partagé par tous ».

Sujets couverts

  • Arcom : pouvoirs et moyens — un régulateur qui instruit sans pouvoir sanctionner, 23 ETP, accès aux données fermé, et un président qui refuse le mot d'impuissance.
  • CNIL et guichet unique irlandais — incompétence directe sur TikTok par l'effet du RGPD, coopération informelle non contraignante, mais sanctions irlandaises à neuf chiffres.
  • Pharos, police et parquet numériques — sous-dotation dénoncée de l'extérieur, volumétrie relativisante et demande d'extension des pouvoirs venues du service lui-même.
  • Office mineurs (OFMIN) et signalements internationaux — dépendance quasi totale à la détection des plateformes, signalements TikTok en forte hausse mais jugés peu exploitables.
  • Autres autorités : DGCCRF, MIVILUDES, DGS, PEReN... — un archipel d'administrations comptées en dizaines d'agents, chacune compétente sur un fragment, aucune sur la santé mentale des mineurs.
  • Coordination et pilotage des pouvoirs publics — un vide de chef d'orchestre dénoncé d'un côté, des périmètres soigneusement bornés de l'autre, sans confrontation frontale.