Relations parasociales
Sur les relations parasociales, le corpus est unanime sur le phénomène et divisé sur son imputation : personne devant la commission ne conteste qu'un lien affectif asymétrique se noue entre un spectateur et un créateur qu'il ne connaît pas ; le désaccord porte sur la question de savoir qui l'exploite, et si l'exploitation est délibérée.
La définition, personne ne la discute. Antonin Atger, doctorant en psychologie sociale, la pose en termes descriptifs : « Il s’agit de gens qui ont le sentiment d’avoir une relation réelle avec une personne imaginaire – un personnage de roman – ou avec une star, une célébrité, un youtubeur, un tiktokeur ou autres » (cr16a). Rien là qui désigne un responsable — le concept précède TikTok et vaut pour le roman comme pour la télévision.
C'est au moment de l'imputation que la ligne se creuse. Audrey Chippaux, auteure de « Derrière le filtre », vise le créateur et sa volonté : « Dans cette affaire, l’influenceur n’est pas innocent : il fait croire à un lien d’amitié avec les personnes qui donnent » (cr16a). Atger, lui, vise la plateforme, mais en refusant de lui attribuer l'origine du mal : « Le malaise existant dans la vraie vie est exploité par TikTok. Il faut donc agir sur TikTok, mais aussi sur les problèmes existant dans la vraie vie » (cr16a). Sa formulation est double par construction — la fragilité préexiste, la plateforme la monétise — et elle interdit de conclure que TikTok produit la vulnérabilité qu'il capte.
Face à cela, les deux intervenants du côté de l'offre reconnaissent le risque et déplacent la faute. Miloude Baraka, de Live'up Agency, admet un cas concret — une influenceuse « qui aurait feint des relations amoureuses avec certains fans pour des gains financiers » — mais la situe aussitôt « extérieure à notre agence » (cr21a). Il verse par ailleurs un constat qui fragilise sa propre défense : ses influenceurs reçoivent « fréquemment des messages de personnes en difficulté sollicitant de l'aide », une détresse qu'il dit « omniprésente » (cr21a) — sans que l'âge de ces personnes soit précisé, limite que le matériau ne permet pas de lever. Le créateur Morgan Lechat, seul à opposer frontalement une position à la thèse de l'exploitation, la retourne en vertu individuelle : « Je suis pleinement conscient de la nécessité d’être vigilant face aux relations parasociales » (cr21d). Chez l'un comme chez l'autre, le présupposé est le même et n'est jamais formulé : le risque viendrait d'individus déviants ou négligents, pas du dispositif qui rend le lien rentable.
Le président Arthur Delaporte, lui, ne conclut pas : il s'interroge sur les « potentiels effets néfastes de ces relations parasociales, notamment en termes de dépendance ou d’addiction » et les rapproche des « mécanismes de gamification » (cr21a). La question qu'il pose — le lien affectif, articulé au don et à la mécanique de jeu — reste ouverte dans le corpus disponible sur ce sujet : aucune donnée chiffrée, aucun travail de recherche n'y est versé.
Qui en parle
- Audrey Chippaux, auteure de « Derrière le filtre » (cr16a, 2025-05-26) — impute la fabrication délibérée du faux lien d'amitié à l'influenceur lui-même.
- Antonin Atger, écrivain, doctorant chercheur en psychologie sociale, Londres (cr16a, 2025-05-26) — apporte la définition du concept et tient une ligne d'équilibre : la plateforme exploite des fragilités qu'elle n'a pas créées ; la réponse doit être plateforme et hors-ligne.
- Miloude Baraka, Live'up Agency (cr21a, 2025-06-03) — reconnaît un cas de manipulation affective monétisée, l'attribue à une créatrice extérieure à son agence, et constate une détresse fréquente dans l'audience des lives.
- Morgan Lechat, créateur « Monsieurlechat » (cr21d, 2025-06-03) — seule position en défense : oppose la vigilance et la distance du créateur à la thèse de l'exploitation.
- Arthur Delaporte, président de la commission, SOC (cr21a, 2025-06-03) — formule l'axe sous forme d'interrogation, en liant relation parasociale, gamification et risque d'addiction.