La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Publicité ciblée et ciblage des mineurs

Sur ce sujet, le corpus n'établit pas que TikTok cible publicitairement les mineurs : il établit que c'est techniquement possible, et c'est sur ce déplacement — de l'intention prouvée vers la capacité admise — que se joue tout l'échange.

Le point de départ est un constat d'outil, apporté par une praticienne du secteur. Amélie Ébongué (cr03a) décrit la mécanique sans la juger : « l'achat d'espaces permet, sur TikTok, de cibler les centres d'intérêt et les âges », et « selon le budget investi », la plateforme « poussera » le contenu « auprès des utilisateurs que vous avez choisi de cibler ». Mais la même témoin porte l'élément à décharge le plus net : « je n'ai pas vu de stratégie directe de la part des marques pour viser ce très jeune public », et, sur sa propre pratique, « Mais en aucun cas je ne travaille à cibler les mineurs ». Capacité technique d'un côté, absence d'usage observé de l'autre : les deux tiennent dans la même bouche.

Cette dissociation est confirmée du côté institutionnel. Donatien Le Vaillant, pour la Miviludes (cr08a), est explicite : « Nous ne disposons donc pas, à ce stade, d'éléments d'analyse permettant d'établir un ciblage intentionnel et spécifique des mineurs. » Il chiffre par ailleurs ce qu'il a reçu — « 135 signalements relatifs à la plateforme TikTok, dont 17 concernaient expressément des mineurs » — sans en tirer de conclusion sur le ciblage.

L'audition de la régie publicitaire (M. Arnaud Cabanis) est le moment où la tension devient frontale. Arnaud Cabanis, pour TikTok, défend un non-ciblage des moins de 18 ans, mais concède que « les 15-17 ans pourraient être exposés au premier format publicitaire, Top View ». Laure Miller (M. Arnaud Cabanis) requalifie aussitôt : « Vous ne respectez donc pas le DSA stricto sensu » — lecture juridique de la rapporteure, contestée par l'audité. Arthur Delaporte pousse sur l'autre brèche, celle des mineurs déclarés majeurs : « Or vous allez les cibler algorithmiquement et capter leurs préférences. Reconnaissez-vous que c'est possible ? » Réponse : « Techniquement, c'est possible. » L'aveu porte sur la possibilité, pas sur l'ampleur — et le présupposé non formulé est que toute la défense de la plateforme repose sur une déclaration d'âge dont chacun sait qu'elle se contourne.

Une troisième ligne dépasse le litige de conformité. Katia Roux, pour Amnesty International France (cr19c), demande l'interdiction « de la publicité ciblée à destination des mineurs dans le cadre du DSA européen, qu'il faudrait étendre à l'échelle du globe », et juge le texte insuffisant puisque « la publicité ciblée n'est pas interdite pour tous et toutes ». Joëlle Toledano (cr16b) va plus loin encore : « Il faut donc s'attaquer directement au modèle économique », et rapporte — sans la reprendre à son compte — la piste d'économistes américains proposant « de la taxer très fortement, jusqu'à 50 % ». Simon Corsin (cr28b), venu du secteur, retourne enfin l'argument des garde-fous : les fonctionnalités de protection seraient plutôt « des atouts marketing à destination de l'adulte responsable de l'enfant ». Appréciation d'un témoin, non un fait établi.

Qui en parle

  • Amélie Ébongué, consultante réseaux sociaux (cr03a) — pivot du sujet : reconnaît le ciblage par âge comme fonctionnalité payante, mais nie tout ciblage des mineurs dans sa pratique et n'en a pas observé chez les marques.
  • Donatien Le Vaillant, Miviludes (cr08a) — à décharge sur l'intention : aucun élément établissant un ciblage intentionnel et spécifique des mineurs ; apporte la volumétrie des signalements.
  • Arnaud Cabanis, TikTok, régie publicitaire France & Benelux (M. Arnaud Cabanis) — ligne de défense : pas de ciblage des moins de 18 ans, conformité au DSA ; concède une exposition résiduelle des 15-17 ans et la possibilité technique du profilage de mineurs enregistrés comme majeurs.
  • Laure Miller, rapporteure, EPR (M. Arnaud Cabanis) — transforme la concession en non-conformité au DSA.
  • Arthur Delaporte, président (M. Arnaud Cabanis) — cible la faille de la déclaration d'âge pour obtenir l'admission du profilage.
  • Katia Roux, Amnesty International France (cr19c) — interdiction de la publicité ciblée aux mineurs, à étendre mondialement ; DSA jugé trop court.
  • Joëlle Toledano, Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (cr16b) — déplace la cible vers le modèle économique lui-même ; rapporte la piste d'une taxation forte.
  • Simon Corsin, Mindie / Snapchat (cr28b) — lit les dispositifs de protection affichés comme des arguments marketing destinés aux parents.
Interventions regroupées (15 citations · 6 auditions)

Domaine : Modèle économique & monétisation · Sujet : publicite-ciblee

Couverture : 15 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : publicite-ciblee, publicite-ciblee-mineurs, ciblage-publicitaire-mineurs, protections-mineurs-marketing, ciblage-mineurs-non-etabli_

Positions exprimées

  • (table ronde) (cr28b) : Les fonctionnalités de protection des mineurs mises en avant par les plateformes relèvent davantage d'atouts marketing destinés à l'adulte responsable que d'un réel objectif de protection des enfants. _(tranchant 4)_
  • Mme Katia Roux (cr19c) : Favorable à l'interdiction de la publicité ciblée aux mineurs (via le DSA, à étendre mondialement) et à la fin du profilage par défaut du fil « Pour toi ». _(tranchant 3)_
  • M. Arnaud Cabanis (M. Arnaud Cabanis) : TikTok ne cible pas publicitairement les moins de 18 ans depuis juillet 2023 et respecte le DSA ; seule une exposition résiduelle et « infime » des 15-17 ans reste techniquement possible par déparamétrage volontaire, ce que personne ne fait. _(tranchant 3)_
  • Mme Amélie Ébongué (cr03a) : Elle ne cible jamais les mineurs et n'a pas observé de marque le demander, mais reconnaît que l'achat d'espaces publicitaires permet techniquement de cibler par âge et centres d'intérêt. _(tranchant 2)_
  • M. Donatien Le Vaillant (cr08a) : La Miviludes ne dispose pas d'éléments établissant un ciblage intentionnel et spécifique des mineurs par TikTok, même si la forte proportion de mineurs et les effets de groupe inquiètent. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« je n’ai pas vu de stratégie directe de la part des marques pour viser ce très jeune public. »

Amélie Ébongué (audite, audition cr03a, 2025-04-03)

_Élément à décharge : de son expérience de consultante, elle n'a pas observé de ciblage marketing direct des moins de 13 ans par les marques._

« Mais en aucun cas je ne travaille à cibler les mineurs. »

Amélie Ébongué (audite, audition cr03a, 2025-04-03)

_Élément à décharge sur sa propre pratique professionnelle, en réponse au député EPR sur un éventuel ciblage des mineurs._

« Si l’on souhaite un ciblage beaucoup plus spécifique, il faut avoir recours à la monétisation : l’achat d’espaces permet, sur TikTok, de cibler les centres d’intérêt et les âges. »

Amélie Ébongué (audite, audition cr03a, 2025-04-03)

_Établit que l'outil publicitaire de TikTok autorise un ciblage par âge et centres d'intérêt moyennant paiement — à rapprocher de l'interdiction DSA de cibler les mineurs._

« Selon le budget investi, la plateforme valorisera votre contenu pendant une période plus ou moins longue et le poussera auprès des utilisateurs que vous avez choisi de cibler. »

Amélie Ébongué (audite, audition cr03a, 2025-04-03)

_Confirme, sur l'exemple d'un produit vendu à des 13-17 ans, que le budget publicitaire commande la poussée du contenu vers une tranche d'âge choisie — mécanique de ciblage payant._

« La Miviludes a reçu à ce jour 135 signalements relatifs à la plateforme TikTok, dont 17 concernaient expressément des mineurs, principalement en lien avec l’influenceuse mentionnée précédemment. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Chiffre précis attribué à la Miviludes : 135 signalements TikTok, 17 concernant des mineurs, majoritairement liés à un même cas (Ophenya)._

« Nous ne disposons donc pas, à ce stade, d’éléments d’analyse permettant d’établir un ciblage intentionnel et spécifique des mineurs. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Élément à décharge important : la Miviludes ne dispose pas d'éléments établissant un ciblage intentionnel des mineurs par TikTok — répond au député DR._

« Il faut donc s’attaquer directement au modèle économique. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Thèse centrale de Toledano : les correctifs partiels (dégroupage des algorithmes, pluralisme) échoueront ; il faut viser le modèle d'affaires lui-même._

« Quelques-uns – des économistes américains qui ne sont pas les moins connus – proposent de la taxer très fortement, jusqu’à 50 %. »

Joëlle Toledano — Université Paris Dauphine-PSL / Conseil national du numérique (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Toledano rapporte des propositions d'économistes (taxer la publicité ciblée jusqu'à 50 %) qu'elle présente comme des pistes, non comme sa position ferme._

« nous sommes favorables à l’interdiction de la publicité ciblée à destination des mineurs dans le cadre du DSA européen, qu’il faudrait étendre à l’échelle du globe. »

Katia Roux — Amnesty International France (audite, audition cr19c, 2025-05-28)

_Recommandation concrète et actionnable d'Amnesty : interdiction mondiale de la publicité ciblée aux mineurs._

« Selon nous, il ne va pas assez loin concernant le fil par défaut et la publicité ciblée n’est pas interdite pour tous et toutes. »

Katia Roux — Amnesty International France (audite, audition cr19c, 2025-05-28)

_Limites du DSA pointées par Amnesty : fil par défaut personnalisé et publicité ciblée non interdite pour tous ; critique de l'ONG sur la portée du texte._

« les 15-17 ans pourraient être exposés au premier format publicitaire, Top View, qui se trouve en entrée d’application »

Arnaud Cabanis — TikTok (régie publicitaire France & Benelux) (audite, audition de M. Arnaud Cabanis, 2025-06-12)

_Concession centrale : une exposition publicitaire résiduelle des 15-17 ans reste techniquement possible (déparamétrage vers toute la base française), ce qui nuance l'affirmation d'un non-ciblage des mineurs._

« Si je comprends bien, cette pratique est très limitée, mais possible. Vous ne respectez donc pas le DSA stricto sensu . »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de M. Arnaud Cabanis, 2025-06-12)

_La rapporteure requalifie la concession de Cabanis en manquement au DSA ; angle : établir une non-conformité, que l'audité conteste aussitôt._

« Or vous allez les cibler algorithmiquement et capter leurs préférences. Reconnaissez-vous que c’est possible ? »

Arthur Delaporte (president, audition de M. Arnaud Cabanis, 2025-06-12)

_Le président cherche à faire admettre que des mineurs déclarés majeurs sont profilés algorithmiquement malgré les garde-fous ; question fermée pour obtenir un aveu._

« Techniquement, c’est possible. »

Arnaud Cabanis — TikTok (régie publicitaire France & Benelux) (audite, audition de M. Arnaud Cabanis, 2025-06-12)

_Aveu obtenu sous serment : des mineurs identifiés à tort comme majeurs peuvent être profilés. Concession clé pour la commission ; n'établit pas l'ampleur, seulement la possibilité._

« Je ne suis pas certain que ce genre de fonctionnalité ait vraiment pour objet de protéger les enfants. On peut plutôt les concevoir comme des atouts marketing à destination de l’adulte responsable de l’enfant, pour qu’il puisse décider des applications qui pourront être utilisées. »

M. Simon Corsin — Mindie / Snapchat (audite, audition cr28b, 2025-06-17)

_Jugement à charge d'un homme du secteur : les dispositifs de protection mis en avant par les plateformes relèveraient du marketing plus que de la protection réelle — appréciation du témoin, non une conclusion établie._