La part du citoyen

Énergies renouvelables et mix électrique

Complémentarité ou concurrence nucléaire / renouvelables

Le corpus fait apparaître un constat très largement partagé : l'opposition frontale entre nucléaire et renouvelables est jugée nuisible et dépassée. Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) y voit « le péché originel de toute notre politique énergétique », un débat « biaisé du fait des positions foncièrement antagonistes » des deux camps. Plusieurs anciens responsables convergent vers une doctrine de complémentarité : M. François de Rugy (M. François de Rugy), qui se présente comme ancien écologiste assumant désormais que « le nucléaire est une contribution importante pour relever le défi climatique », plaide pour « un développement des renouvelables et un maintien et un renouvellement du nucléaire ». M. François Hollande (M. François Hollande) refuse l'opposition binaire et regrette « un débat vicié entre les partisans du tout-nucléaire et ceux du tout-renouvelable ». Du côté des industriels, M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson), responsable des renouvelables chez EDF, affirme qu'« il est tout à fait possible d'être à la fois pronucléaire et prorenouvelable » et reformule la transition comme la substitution des fossiles par le nucléaire et les renouvelables conjugués, dans l'objectif de sortir des 63 % d'énergie fossile d'ici 2050.

Au-delà de ce socle, plusieurs clivages apparaissent. Sur la compétitivité, M. David Marchal (M. David Marchal) avance le jugement le plus contesté : « la technologie du nouveau nucléaire […] est plus chère que les technologies renouvelables », des mix renouvelables avec flexibilités dans un cadre européen pouvant « coûter moins cher que des mix avec recours aux EPR ». Il concède toutefois, sous la pression du rapporteur, que « plus nous consommons et moins nous saurons le faire uniquement avec des énergies renouvelables », conditionnant sa thèse à la réussite de la sobriété. M. Hollande (M. François Hollande) nuance différemment : le nucléaire est « une énergie pilotable indispensable » tandis que le renouvelable « sera sans doute, dans quelques années, l'énergie la moins coûteuse ».

Sur la substituabilité, M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) tient la position la plus tranchée : « Ceux qui expliquent que le renouvelable peut se substituer au nucléaire mentent : c'est impossible. » Il chiffre l'alternative : remplacer vingt-quatre réacteurs exigerait « 30 000 éoliennes, ce qui représente 115 milliards d'euros d'investissement », et reproche une asymétrie aux partisans du renouvelable. M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) réfute également la thèse selon laquelle il faudrait arrêter le nucléaire pour développer les renouvelables. M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) défend un objectif de mix paritaire 50/50 « raisonnable ».

Enfin, une ligne de fracture porte sur la responsabilité du retard renouvelable. Mme Pompili (Mme Barbara Pompili) accuse, « sous serment », EDF de n'avoir « pas fait beaucoup d'efforts […] pour développer les énergies renouvelables ». M. Bensasson (M. Bruno Bensasson) réfute de l'intérieur l'idée que le parc nucléaire dispensait d'investir : « Ce n'est pas parce que le nucléaire est important qu'il ne faut pas faire beaucoup de renouvelables. » M. Hollande (M. François Hollande) précise enfin viser « le tout-nucléaire » comme modèle dépassé, non le nucléaire lui-même, contre la lecture qu'en faisait M. Sarkozy.

Qui en parle

Interventions regroupées (16 citations · 8 auditions)

Domaine : Énergies renouvelables et mix électrique · Sujet : complementarite-nucleaire-enr

Couverture : 16 citations · 8 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : antagonisme-nucleaire-renouvelables, competitivite-nucleaire-vs-enr, complementarite-nucleaire-renouvelables, concurrence-nucleaire-renouvelables, fin-opposition-nucleaire-renouvelables, mix-paritaire-50-50_

Positions exprimées

  • M. David Marchal (M. David Marchal) : À niveau de consommation proche de l'actuel, le nouveau nucléaire (EPR) est moins compétitif que les renouvelables avec flexibilités intégrées dans un mix européen ; l'avantage du nucléaire ne se réaffirme que si la consommation augmente fortement. _(tranchant 4)_
  • Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) : L'antagonisme entre pro-nucleaire et pro-renouvelables est le peche originel de la politique energetique francaise ; EDF a freine les renouvelables en France pour sauver le soldat nucleaire. _(tranchant 3)_
  • M. François Hollande (M. François Hollande) : Nucléaire et renouvelables sont complémentaires et indispensables ; le tout-nucléaire est un modèle dépassé, pas le nucléaire. _(tranchant 3)_
  • M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : Un mix paritaire 50/50 nucleaire/renouvelables est un objectif raisonnable ; les renouvelables sont un complement utile du nucleaire dans certaines limites, l'eolien apportant un optimum economique a EDF exploitant. _(tranchant 2)_
  • M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : Il faut cesser d'opposer nucléaire et renouvelables : les deux, avec la sobriété et l'efficacité énergétique, sont nécessaires pour sortir des 63 % d'énergie fossile d'ici 2050. On peut être à la fois pronucléaire et prorenouvelable. _(tranchant 2)_
  • M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) : Il refute la these qu'il faille arreter le nucleaire pour developper les renouvelables ; ce n'etait pas son option, meme si certains la partageaient au sein de la majorite. _(tranchant 2)_
  • M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) : Nucléaire et renouvelables sont complémentaires et non substituables ; prétendre remplacer le nucléaire par le renouvelable est un mensonge. _(tranchant 2)_
  • M. François de Rugy (M. François de Rugy) : La bonne politique énergétique combine maintien et renouvellement du nucléaire avec un fort développement des renouvelables ; ancien écologiste, il assume désormais que le nucléaire est une contribution importante au climat. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« la technologie du nouveau nucléaire – avec les hypothèses de coûts de production et d’investissement issus de la concertation de RTE – est plus chère que les technologies renouvelables. Nos scénarios montrent qu’il est possible de faire des mix électriques renouvelables, avec des flexibilités associées et intégrées dans un mix européen, qui coûte moins cher que des mix avec recours aux EPR. »

M. David Marchal (audite, audition de M. David Marchal, 2022-11-17)

_Jugement économique central et contesté de l'audition : le nouveau nucléaire moins compétitif que les renouvelables._

« Effectivement, plus nous consommons et moins nous saurons le faire uniquement avec des énergies renouvelables. »

M. David Marchal (audite, audition de M. David Marchal, 2022-11-17)

_Concession importante arrachée par le rapporteur : l'intérêt du nucléaire croît avec la consommation, ce qui conditionne la thèse pro-EnR à la réussite de la sobriété._

« Trouver un équilibre entre le nucléaire et les énergies renouvelables dans lequel chacun produirait la moitié de l’énergie est un objectif qu’il me paraît raisonnable de fixer. »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Position nuancee : il defend un mix paritaire et non un tout-nucleaire._

« Nous nous réjouissons que désormais, pour une large part de Français, la transition énergétique ne soit plus entendue comme la substitution du nucléaire par les renouvelables mais comme la substitution des énergies fossiles par le nucléaire et les renouvelables. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Position de doctrine centrale : le patron des renouvelables d'EDF refuse l'opposition nucléaire/renouvelables et la reformule comme une substitution conjointe aux fossiles._

« Dans des pays voisins, des antinucléaires étaient prorenouvelables alors, par contrecoup, en France, certains pronucléaires ont senti la nécessité d’être antirenouvelables. Or il est tout à fait possible d’être à la fois pronucléaire et prorenouvelable. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Analyse du blocage idéologique français comme cause partielle du retard renouvelable, formulée par un acteur interne au système._

« J’écarte tout de suite un argument. Ce n’est pas parce que le nucléaire est important qu’il ne faut pas faire beaucoup de renouvelables. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Réfutation directe de la thèse selon laquelle le parc nucléaire dispensait la France d'investir dans le renouvelable._

« le débat public était malheureusement biaisé du fait des positions foncièrement antagonistes des partisans des énergies renouvelables et des défenseurs de l’énergie nucléaire – et je pense que c’est là le péché originel de toute notre politique énergétique. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Pose la these centrale de son audition : la guerre des chapelles a paralyse la politique energetique._

« les opérateurs, à commencer par le plus important d’entre eux, EDF, n’ont pas fait beaucoup d’efforts – je l’affirme sous serment – pour développer les énergies renouvelables à la vitesse qui avait été prévue par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte et par la PPE. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Accusation directe et solennelle (sous serment) contre EDF, mise en cause d'une responsabilite operateur._

« Quand il était ministre de l’économie, il a beaucoup poussé à la signature du contrat Hinkley Point avec le Royaume-Uni pour EDF. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Argument factuel pour réfuter que Macron ait été antinucléaire._

« le nucléaire est une contribution importante pour relever le défi climatique. Pour avoir une énergie décarbonée, le choix, auquel j’ai participé, qui a été effectué entre 2017 et 2022, réside à la fois dans un développement des renouvelables et un maintien et un renouvellement du nucléaire. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Position pivot d'un ancien écologiste assumant le nucléaire, résumé de sa doctrine._

« Cela n’a aucun sens de l’opposer aux énergies renouvelables ! Les partisans de l’énergie nucléaire sont tous pour les énergies renouvelables, mais beaucoup de partisans des énergies renouvelables sont contre l’énergie nucléaire, alors qu’ils devraient être pour. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Formulation de sa doctrine de complémentarité et reproche d'asymétrie aux partisans du renouvelable._

« Ceux qui expliquent que le renouvelable peut se substituer au nucléaire mentent : c’est impossible. Je n’ai jamais pensé qu’il fallait choisir entre le nucléaire et le renouvelable : il faut le nucléaire et le renouvelable, en complément. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Position tranchée sur la non-substituabilité du renouvelable au nucléaire._

« Si vous voulez remplacer les vingt-quatre réacteurs nucléaires promis à la disparition, il faut 30 000 éoliennes, ce qui représente 115 milliards d’euros d’investissement. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Chiffrage avancé pour disqualifier l'idée d'un remplacement du nucléaire par l'éolien._

« Je suis également convaincu que le nucléaire et les renouvelables sont complémentaires, et que nous avons trop souffert d’un débat vicié entre les partisans du tout-nucléaire et ceux du tout-renouvelable. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Position de synthèse refusant l'opposition binaire entre les deux filières._

« Le premier est une énergie pilotable indispensable et le second sera sans doute, dans quelques années, l’énergie la moins coûteuse. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Synthèse de sa doctrine : chaque filière a sa vertu propre, pilotabilité contre coût._

« J’entendais M. Nicolas Sarkozy prétendre que j’avais dit que le nucléaire était un modèle dépassé. Il n’en est rien : c’est le tout-nucléaire qui, selon moi, était un modèle dépassé. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Précision défensive contre la lecture de Sarkozy, recadrant sa position comme pro-nucléaire mais anti-monoculture._