La part du citoyen

Crise de disponibilité du parc et production 2022

Effondrement de la disponibilité du parc nucléaire

La chute de la disponibilité et de la production du parc nucléaire français en 2022 constitue l'un des faits les plus matériels du corpus, sur lequel les intervenants convergent quant à l'ampleur tout en s'opposant frontalement sur les causes.

Constats partagés et chiffres clés. L'ampleur de l'effondrement est documentée par plusieurs locuteurs. Selon M. Jean-Luc Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier), la production « est de 275 à 285 térawattheures, quand le niveau maximum avait pu dépasser 400 térawattheures, et était encore bien au-delà de 300 en 2019, avant la crise du covid ». Bérengère Mesqui (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) note que la production nucléaire est « inférieure de 15 % à son niveau le plus élevé, observé en 2005 ». M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) chiffre la trajectoire : environ 400 TWh/an entre 2000 et 2015, 385 TWh entre 2016 et 2019, 330 TWh en 2020, puis « environ 280 » en 2022, soit une baisse « de 25 % ». M. François de Rugy (M. François de Rugy) objective la disponibilité : « un taux de disponibilité de 54 % sur les réacteurs nucléaires » en 2022, contre « plus de 70 % » en moyenne sur les vingt dernières années. Plusieurs s'accordent aussi sur les facteurs techniques (retards de maintenance liés au covid, corrosion sous contrainte), évoqués par M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) et Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne).

Désaccords sur les causes. Le clivage central oppose la thèse technique/imprévisible à la thèse politique. M. Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) refuse toute origine dans les politiques publiques : les difficultés « ne sont dues en rien à des orientations de politiques publiques » (loi NOME, LTECV, PPE) mais « à l'indisponibilité du parc nucléaire », précisant que « la baisse du nucléaire [...] n'a pas été voulue par qui que ce soit ». M. de Rugy (M. François de Rugy) impute l'imprévision à EDF, qui assurait l'inverse : la chute s'est produite « à l'inverse de tout ce que nous avaient indiqué les responsables d'EDF », chocs « totalement imprévisibles en 2017, 2018 ou même 2019 ». M. François Hollande (M. François Hollande) défend la même ligne : la baisse « n'est, en aucune manière, la conséquence d'une décision politique » et écarte Fessenheim (« Non, quatre fois non »), rappelant qu'EDF a perdu « 130 térawattheures » quand Fessenheim « ne produisait [...] que de 10 à 12 térawattheures ». Mme Borne (Mme Élisabeth Borne) impute la faible disponibilité à un « sous-investissement dans le nucléaire dans la décennie 2000-2010 », donc antérieur à la majorité.

Position dissonante. M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) déplace le débat : il critique la « foi » française dans le tout-nucléaire, l'hiver 2022 prouvant que ce sont « les centrales à charbon, à gaz et à énergies renouvelables » qui pallient « les défaillances de presque la moitié de notre parc », tout en jugeant le nucléaire « optimal pour la France » sans être « la panacée ». M. Michel (M. Laurent Michel) reconnaît n'avoir pas anticipé « une conjonction aussi importante ».

Qui en parle

Interventions regroupées (18 citations · 8 auditions)

Domaine : Crise de disponibilité du parc et production 2022 · Sujet : disponibilite-parc

Couverture : 18 citations · 5 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : disponibilite-parc-nucleaire, indisponibilite-parc-nucleaire, crise-electrique-2022, fin-parc-nucleaire-2022, baisse-production-nucleaire-2022, production-nucleaire-2022_

Positions exprimées

  • M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) : La crise de 2022 resulte d'une conjonction non anticipee entre les retards de maintenance lies au covid et la decouverte de la corrosion sous contrainte, abaissant la production a 280 TWh. _(tranchant 3)_
  • M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : Les difficultes de l'hiver 2022-2023 ne resultent en rien des politiques publiques (LTECV, PPE, loi NOME) mais de l'indisponibilite du parc nucleaire, dont la production a chute de 25 %. _(tranchant 3)_
  • M. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : Croire que le nucleaire peut repondre a toutes les demandes est une illusion francaise ; l'hiver 2022 le demontre, avec presque la moitie du parc defaillant pallie par charbon, gaz et renouvelables. _(tranchant 2)_
  • M. François de Rugy (M. François de Rugy) : La crise énergétique actuelle vient de l'effondrement imprévisible de la disponibilité du parc nucléaire, conséquence des assurances trompeuses d'EDF et non des décisions politiques de 2018-2019. _(tranchant 2)_
  • Mme Élisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) : La faible disponibilité du parc résulte d'un sous-investissement des années 2000-2010, de retards de maintenance, de la Covid et de la corrosion sous contrainte, pas d'un abandon récent. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« elle est de 275 à 285 térawattheures, quand le niveau maximum avait pu dépasser 400 térawattheures, et était encore bien au-delà de 300 en 2019, avant la crise du covid. La baisse est donc très notable ; elle se prolongera très probablement en moyenne annuelle l’an prochain. »

M. Jean-Luc Tavernier (audite, audition de M. Jean-Luc Tavernier, 2022-11-09)

_Chiffre central de la crise 2022 : l'effondrement de la production nucléaire d'EDF, donnée la plus matérielle de l'audition._

« La production nucléaire est par conséquent inférieure de 15 % à son niveau le plus élevé, observé en 2005. »

Bérengère Mesqui (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Quantifie l'ampleur du recul de la production nucleaire francaise en 2021._

« On continue de croire, en France, que le nucléaire peut répondre à toutes les demandes. L’hiver qui s’annonce nous prouvera qu’il n’en est rien ; si la France peut limiter les dégâts cet hiver, ce sera grâce aux centrales à charbon, à gaz et à énergies renouvelables qui permettront de pallier les défaillances de presque la moitié de notre parc nucléaire. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Critique frontale de la foi francaise dans le tout-nucleaire, adossee a la crise de disponibilite de l'hiver 2022._

« Le nucléaire est absolument nécessaire dans le monde et c’est un choix optimal pour la France. Toutefois, ce n’est pas la panacée dans sa technologie actuelle. »

M. Philippe Sauquet (audite, audition de M. Philippe Sauquet, 2022-12-01)

_Position nuancee : le nucleaire est juge optimal pour la France tout en niant qu'il soit la solution unique._

« Nous n’avions pas identifié une conjonction aussi importante, amenant la production à n’atteindre que 280 TWh cette année. »

M. Laurent Michel (audite, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Aveu central : l'ampleur de la baisse de production nucleaire 2022 n'avait pas ete anticipee._

« les difficultés de sécurité d’approvisionnement que la France rencontre cet hiver ne sont dues en rien à des orientations de politiques publiques, qu’il s’agisse de la loi de 2010 portant nouvelle organisation du marché de l’électricité (loi Nome), de la LTECV ou d’une PPE. Elles sont liées à l’indisponibilité du parc nucléaire. »

M. Xavier Piechaczyk (audite, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Refute frontalement la these de la commission selon laquelle les choix politiques (50 % nucleaire) auraient cause la crise._

« Entre 2000 et 2015, le parc nucléaire français produisait environ 400 TWh d’électricité par an. Entre 2016 et 2019, sa production atteignait 385 TWh par an. Ce total est passé à 330 TWh en 2020, année de la crise sanitaire. Cette année, le parc produira environ 280. La production a donc diminué de 25 %. »

M. Xavier Piechaczyk (audite, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Chiffrage precis de l'effondrement de la production nucleaire qui ancre la these technique plutot que politique de la crise._

« La baisse du nucléaire que j’ai décrite n’a pas été voulue par qui que ce soit. »

M. Xavier Piechaczyk (audite, audition de M. Xavier Piechaczyk, 2022-12-15)

_Ecarte toute intention politique derriere la chute de production nucleaire, point de tension avec la commission._

« Nous pouvons être fiers collectivement d’être le seul pays d’Europe à avoir tenu le cap du nucléaire. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Revendication d'une continuité nucléaire française, opposée au choix allemand, malgré les fermetures décidées sous la majorité._

« Plusieurs raisons l’expliquent, d’abord les conséquences d’un sous-investissement dans le nucléaire dans la décennie 2000-2010. »

Élisabeth Borne (audite, audition de Mme Élisabeth Borne, 2023-03-02)

_Désigne une cause antérieure à la majorité actuelle pour expliquer la faible disponibilité du parc._

« L’autre phénomène est la chute jamais vue des disponibilités du parc nucléaire français, c’est-à-dire la capacité des centrales nucléaires à produire de l’électricité, à l’inverse de tout ce que nous avaient indiqué les responsables d’EDF, en tout cas pendant toute la période où j’étais ministre, c’est incontestable. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Cœur de la défense de De Rugy : la dégradation actuelle vient d'EDF qui assurait le contraire, pas des choix politiques._

« En 2022, nous avons eu un taux de disponibilité de 54 % sur les réacteurs nucléaires. En moyenne, dans les vingt dernières années, incluant celles où j’étais ministre, nous étions à plus de 70 %. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Chiffre clé objectivant l'ampleur de la chute de disponibilité du parc._

« Il est sûr que l’on ne peut pas faire un scénario qui inclut une telle chute de la production alors que l’opérateur – il n’y en a qu’un, EDF – indique, chaque fois qu’on le consulte « nous assurerons le même taux de disponibilité », malgré l’âge avancé des réacteurs, qui était connu. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Reporte la responsabilité de l'imprévision sur les assurances d'EDF, dédouane RTE et le politique._

« Cela tient pour moi à la conjonction de deux phénomènes totalement imprévisibles en 2017, 2018 ou même 2019 quand j’ai quitté mes fonctions. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Cadre central de défense : la crise vient de chocs imprévisibles, non des décisions de son époque._

« Est-ce lié à la fermeture de Fessenheim ? Non, quatre fois non. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Formule martelée qui résume sa ligne de défense : la chute de production n'a aucune cause politique._

« La baisse de la production d’électricité nucléaire, en 2021 et 2022, n’est donc, en aucune manière, la conséquence d’une décision politique, ni d’un arrangement électoral remontant à plus de dix ans, ni d’un désintérêt à l’égard d’une filière essentielle pour notre pays. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Thèse centrale exonérant ses choix de mandat de toute responsabilité dans la crise actuelle._

« Depuis mon mandat, EDF a perdu, à cause des arrêts que j’ai mentionnés, une capacité de production de 130 térawattheures. La centrale de Fessenheim ne produisait, lorsqu’elle était en activité, que de 10 à 12 térawattheures. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Argument chiffré pour relativiser Fessenheim face à l'ampleur réelle des pertes de capacité._

« Je me suis demandé, en vous écoutant, si vous m’aviez vous-même entendu. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Réplique cinglante au député RN Loubet, marquant l'agacement face à la répétition du procès Fessenheim._