Programme EPR2 et montée en cadence
Le corpus aborde le programme de relance nucléaire (EPR2) autour d'une logique partagée par plusieurs intervenants : construire en série plutôt qu'à l'unité, et faire monter en cadence l'outil industriel de façon stable. Pour M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha), il faut relancer par un palier d'au moins six EPR pour donner de la visibilité à la filière, reconquérir les compétences et attirer les jeunes : « il fallait donc construire (...) L'avenir, c'est faire du neuf. » Il en tire une justification chiffrée de l'effet de série : « à partir de six réacteurs nucléaires, le coût de construction baissait significativement », ce coût étant « la composante essentielle » du coût du kilowattheure nucléaire. Il déplore aussi une inaction politique : sa préconisation de 2018 (un palier d'EPR) serait restée sans suite — un rapport « remis puis classifié », « je n'en ai plus jamais entendu parler » — alors que la relance n'a été annoncée qu'en 2022.
La thèse de la cadence stable est portée par M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : « il faut faire monter en cadence l'industrie au lieu de faire du yo-yo, car c'est le plus sûr moyen de se retrouver avec un outil industriel incapable de produire » ; cela suppose un engagement de l'État à donner les moyens (200 M€/an). M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) chiffre la série : six EPR2 pour « 51 milliards d'euros, comme s'ils étaient construits à date », le troisième EPR2 servant de référence de coûts et délais récurrents. Il reconnaît un décalage entre la performance passée et la capacité actuelle : « ils ont réussi à construire 58 réacteurs en vingt ans et elle finira par nous rattraper. »
Les clivages portent sur l'ampleur, la faisabilité et le raisonnement sous-jacent. M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) juge le programme de 14 EPR comme « un maximum industriel très ambitieux » et met en garde : « rien ne serait pire que de promettre de construire beaucoup d'EPR sans y parvenir, tout en restreignant nos efforts sur les renouvelables », défendant par ailleurs l'objectivité des hypothèses de RTE issues d'une « discussion avec la filière industrielle ». M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) relève une contradiction : la filière a obtenu à Belfort les objectifs qu'elle réclamait, mais « le réflexe a été de dire que la filière n'était pas en état de les atteindre ». Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) souligne une singularité française dans la course à la puissance : « nous sommes le seul pays au monde à avoir fait le choix de réacteurs de plus en plus puissants ». Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) critique un raisonnement à climat constant : un réacteur ouvert en 2045 fonctionnera « encore (...) en 2085 », d'où la nécessité d'envisager la ressource en eau à cet horizon. Enfin, M. Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie) se veut rassurant sur les déchets : « l'impact des six EPR supplémentaires est parfaitement gérable. »
Qui en parle
- M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) : promoteur d'un palier d'au moins six EPR, effet de série sur les coûts, dénonce l'inaction de 2018.
- M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : cadence industrielle stable vs « yo-yo », besoin d'un engagement de l'État (200 M€/an).
- M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) : chiffrage (6 EPR2, 51 Md€), troisième réacteur comme référence de coûts.
- M. Xavier Piechaczyk (M. Xavier Piechaczyk) : 14 EPR = maximum ambitieux ; prudence, ne pas relâcher les renouvelables.
- M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) : contradiction entre demandes de la filière et incapacité affichée à les satisfaire.
- Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : singularité française de la course à la puissance des réacteurs.
- Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : critique du raisonnement à climat et ressource en eau constants.
- M. Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie) : impact des six EPR sur les déchets « parfaitement gérable ».