Filière solaire/photovoltaïque et moratoire
Le corpus converge sur un constat central : la filière industrielle photovoltaïque européenne et française a été perdue au profit de la Chine. Selon Jacques Percebois (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel), « les subventions chinoises à l'industrie du photovoltaïque ou de l'éolien ont tué la technologie européenne », l'Union européenne croyant « à la vertu de la concurrence universelle, la Chine à la vertu de la concurrence chez les autres » ; il y voit « une immense naïveté » commerciale. Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) documente cet effondrement : « toute l'industrie allemande, la plus développée, a disparu : tout le monde a fait faillite ; certains ont été rachetés par des acteurs asiatiques », et regrette une R&D française manquée à Palaiseau. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) chiffre la dépendance : la Chine assure « 95 % des panneaux », les États-Unis 5 %, « la production européenne est faible ».
Plusieurs intervenants distinguent deux réalités. Bensasson (M. Bruno Bensasson) sépare la compétitivité de l'électricité solaire — coûts passés « de 500 à 50 euros par mégawatt-heure en une dizaine d'années » — de l'échec industriel de la fabrication des panneaux ; il relativise aussi le risque de souveraineté, une éventuelle restriction chinoise (« ce qu'elle n'a jamais fait ») n'ayant pas l'effet immédiat d'une coupure d'énergie fossile. Sur le cas Photowatt, Bensasson note qu'EDF y « perd régulièrement de l'ordre de 30 millions d'euros par an depuis dix ans », et Luc Rémont (M. Luc Rémont) juge impossible d'en faire un « champion du solaire photovoltaïque mondial » « sans effort à l'échelle européenne ».
Le principal clivage porte sur le moratoire photovoltaïque de 2010. Pour François de Rugy (M. François de Rugy), ce fut une erreur aberrante : « on a tout stoppé pendant six mois au motif que cela fonctionnait trop bien », alors qu'il suffisait de « baisser un peu le prix d'achat » ; il dénonce un deux-poids-deux-mesures, la casse d'une « filière avec 13 000 personnes » d'installateurs n'ayant « pas ému grand monde » contrairement à EDF, Renault ou Alstom. À l'inverse, Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) le justifie par la dépendance chinoise — « les subventions coulaient à flots mais tous les panneaux venaient de Chine » — tout comme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : « je ne trouve pas légitime que le consommateur d'électricité français s'engage à payer sur sa facture les usines de production de panneaux en Chine. » Sarkozy invoque aussi le coût croissant du rachat et le problème du stockage.
Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) adopte une position nuancée : la bataille est « perdue faute d'avoir taxé les panneaux chinois » (« quand on installe les panneaux photovoltaïques, on fait des chèques aux Chinois »), mais il défend le déploiement sur les bâtiments plutôt que « sur des terres arables ».
Qui en parle
- Jacques Percebois (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) : perte de filière imputée à la naïveté commerciale européenne face au dumping chinois.
- Philippe Sauquet (M. Philippe Sauquet) : documente la disparition de l'industrie PV européenne et la R&D manquée.
- Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : chiffre la dépendance chinoise (95 %), distingue électricité compétitive et échec industriel, relativise le risque souveraineté.
- Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : moratoire justifié, refus de subventionner l'industrie chinoise via la facture.
- Luc Rémont (M. Luc Rémont) : reconquête du solaire impossible sans politique industrielle européenne massive.
- Arnaud Montebourg (M. Arnaud Montebourg) : bataille perdue faute de taxation ; pro-PV sur bâtiments, anti-artificialisation des terres.
- François de Rugy (M. François de Rugy) : moratoire de 2010 = erreur ayant cassé 13 000 emplois.
- Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) : moratoire de 2010 justifié (coût, stockage, dépendance chinoise).