Gestion des déchets et Cigéo
Le corpus aborde la gestion des déchets radioactifs principalement sous l'angle du projet de stockage géologique profond Cigéo (Bure) et de la question, plus large, de la responsabilité envers les générations futures. Un cadrage institutionnel est posé par le président Raphaël Schellenberger (M. Pierre-Marie Abadie), qui rappelle que l'ANDRA est « un EPIC, dont le Conseil d'administration compte parmi ses membres deux parlementaires ».
Un premier ensemble d'intervenants défend l'enfouissement et l'urgence de Cigéo. Pour Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie), le projet est mûr après trente ans de recherche, et « la France peut clairement être fière de sa politique de gestion des déchets radioactifs » ; il soutient qu'aucun risque ne sera pris, les risques d'exploitation (incendie, bitumes) étant intégrés dès la conception grâce au retour d'expérience du WIPP et de StocaMine. François Jacq (M. François Jacq) juge le stockage profond à Bure « faisable de manière sûre », sans garantie d'absence absolue d'accident, et estime que le WIPP est un accident d'exploitation qui ne remet pas en cause le principe. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) considère la peur des déchets disproportionnée et privilégie l'enfouissement : « l'option préférentielle est de les mettre dans un trou et de les oublier, ce que les Suédois ont décidé de faire. » Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) appelle la commission à l'affirmer « haut et fort : nous n'avons pas le temps, et nous devons absolument être en mesure d'enfouir rapidement des déchets ». Elle relève par ailleurs un avantage concurrentiel russe, la reprise des déchets vendus avec le combustible, « alors que la France en est empêchée par une loi ».
À l'opposé, plusieurs voix expriment une réserve morale. Ségolène Royal s'oppose viscéralement à l'enfouissement (« Je ne suis pas venue sur Terre pour cela. Je le refuse, viscéralement »), interroge l'horizon de 100 000 ans face aux pyramides « oubliées en 3 000 ans » et affirme n'avoir « jamais rien signé en faveur de l'enfouissement » (Mme Ségolène Royal). Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) formule un argument philosophique : « nous donnons procuration aux générations futures (...) sans qu'elles en soient informées. »
Deux points saillants ressortent. D'abord, l'aveu de Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet), pourtant favorable au nucléaire : « il est mensonger de parler de recyclage pour la filière des déchets nucléaires (...) la filière n'est pas bouclée », ce qui justifie selon elle de poursuivre la recherche, dont la quatrième génération. Ensuite, la question de l'acier de démantèlement : Yves Marignac (M. Yves Marignac) plaide pour une réutilisation dans le seul circuit nucléaire plutôt qu'un seuil de libération des TFA, tandis que le président Schellenberger lui oppose une contradiction, citant « 150 000 tonnes d'acier, (...) 15 tours Eiffel » pour la seule usine Georges Besse 1.
Qui en parle
- Pierre-Marie Abadie (M. Pierre-Marie Abadie, ANDRA) : Cigéo mûr et sûr, fierté de la filière française.
- François Jacq (M. François Jacq) : stockage profond faisable de manière sûre.
- Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : enfouissement comme option préférentielle, peur disproportionnée.
- Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) : urgence absolue d'enfouir, contrainte légale française vs offre russe.
- Yves Marignac (M. Yves Marignac) : réutilisation de l'acier dans le seul circuit nucléaire, contre le seuil de libération TFA.
- Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : cycle non bouclé, le « recyclage » est trompeur, poursuivre la recherche.
- Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) : réserve morale, responsabilité déléguée aux générations futures.
- Ségolène Royal (Mme Ségolène Royal) : opposition viscérale et morale à l'enfouissement, pour le stockage en surface réversible.
- Raphaël Schellenberger (président, M. Pierre-Marie Abadie/M. Yves Marignac) : cadrage de l'ANDRA, relève la contradiction sur l'acier.