La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Santé mentale et physique des mineurs

Contenus de suicide et d'automutilation

Le corpus documente deux choses que les auditions n'ont pas toujours séparées : l'accessibilité, largement établie en séance, de contenus valorisant le suicide et l'automutilation malgré une politique de blocage affichée par TikTok — et la part que ces contenus prendraient dans les passages à l'acte, qui reste, de l'aveu même de plusieurs intervenants à charge, un lien à démontrer.

Sur le premier point, les chiffres convergent sans être de même nature. Elisa Jadot dit avoir scrollé « quatre minutes quarante-cinq, exactement » avant de « tomber sur des vidéos qui valorisaient le suicide » (cr05b) ; Katia Roux avance « entre trois et vingt minutes » d'après l'enquête technique d'Amnesty International sur des comptes gérés manuellement (cr19c) ; Marie-Laure Denis rapporte les « moins de dix minutes en moyenne » du Center for Countering Digital Hate, en précisant que c'est l'ONG qui l'établit, pas la CNIL (cr20a). Marc Faddoul décrit, « selon une étude d'AI Forensics » dont il est cofondateur, le chemin d'une rupture amoureuse aux « idées suicidaires » en moins d'une demi-heure (cr06b).

Le contournement de la modération est ce que le corpus martèle le plus. Océane Herrero documente les mots détournés, « comme unalive » (cr04b) ; Delphine Dapui, mère de Charlize, nomme les codes — « le zèbre pour les scarifications, le drapeau suisse pour le suicide » (cr11b) ; la rapporteure Laure Miller les reprend jusqu'à souligner qu'ils sont « pourtant connues de tous » (cr28b), et un ancien modérateur confirme qu'en interne « nous avions reçu une communication au sujet de l'émoji zèbre » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux). À Marie Hugon affirmant que « certains mots comme « suicide » sont interdits dans le moteur de recherche » (Mme Marlène Masure), Miller oppose en séance que « je veux mourir » ou « je veux me pendre » « ne donnent lieu à aucun blocage ni à aucun message de prévention », quand Google, relève Arthur Delaporte, affiche « aide disponible ». Marlène Masure défend la position inverse — « s'ils n'ont pas été modérés, c'est qu' a priori ils ne le sont pas » (Mme Marlène Masure) —, que Delaporte contredit avec des vidéos signalées puis refusées en appel. Deux voix nuancent pourtant la thèse d'une modération simplement défaillante : Nicolas Deffieux, du PEReN, prévient que « à partir du moment où TikTok va interdire les zèbres, un autre hashtag sera créé dans la minute » (cr18e), et Cécile Augeraud rappelle que le traitement pénal de l'incitation au suicide suppose « qu'une tentative de suicide soit intervenue » (cr18d).

C'est sur la causalité que le corpus se divise réellement. Roux affirme que l'exposition « aggrave incontestablement » la santé mentale des jeunes déjà fragiles, mais elle est aussi celle qui concède que « l'algorithme de TikTok n'est pas conçu en soi pour promouvoir des contenus liés à la dépression, à l'automutilation ou le suicide » (cr19c). Jérôme Pacouret rappelle, via les travaux de Muriel Darmon, qu'un média peut participer d'une « carrière d'anorexie » sans être « la cause de ce processus, qui trouve bien d'autres déterminants sociaux ou familiaux » (cr03b). Amine Benyamina, favorable à la démonstration, la désigne comme un « nécessaire et minutieux travail à mener » (cr13a). Un ancien modérateur se nuance lui-même : ses troubles alimentaires préexistaient et ont été « accentués par ces contenus » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux).

Le cadrage par les « contenus » laisse dans l'ombre ce que plusieurs témoins déplacent vers l'appariement : Morgane Jaehn distingue une fille « addict , non pas aux réseaux sociaux, mais aux contenus mortifères » (cr11b), Arnaud Ducoin dit que « TikTok lui a simplement offert un miroir sombre » (cr11b). Bruno Studer pose la borne juridique — l'apologie du suicide risquerait d'atteindre « Les Souffrances du jeune Werther » — et conclut : « Très sincèrement, je ne sais pas. » (cr19b)

Qui en parle

  • Laure Miller (rapporteure, EPR — cr14b, cr18e, cr19b, Mme Marlène Masure, cr28a, cr28b) : porte la charge la plus constante ; accès facile, codes de contournement connus, absence de prévention sur les requêtes suicidaires, exigence d'une « obligation de résultat ».
  • Arthur Delaporte (président — cr20b, Mme Marlène Masure, cr28a) : oppose des preuves matérielles (signalements refusés en appel, comparaison avec Google), refuse la logique de seuil (« N'est-ce pas, déjà, quatre de trop ? »), et relativise lui-même une barrière d'âge à quinze ans.
  • Katia Roux (Amnesty International France — cr19c) : les deux faces du dossier — « trois et vingt minutes », aggravation « incontestable », mais algorithme non conçu pour cela.
  • Marie Hugon et Marlène Masure (TikTok — Mme Marlène Masure) : blocage du mot « suicide » revendiqué, présomption de non-dangerosité des contenus non modérés.
  • Jérôme Pacouret (MIAI Grenoble Alpes — cr03b) et Bruno Studer (cr19b) : les deux prudences du corpus — corrélation ≠ causalité ; qualifier l'apologie sans dériver vers la censure.
  • Nicolas Deffieux (PEReN — cr18e), Cécile Augeraud (Ofac / Pharos — cr18d), Cyril di Palma (Génération numérique — cr14b) : limites techniques et juridiques de la modération des contenus « gris ».
  • Familles et témoins (cr11a, cr11b) : Laure Boutron-Marmion (« tuent nos jeunes »), Delphine Dapui, Arnaud Ducoin, Morgane Jaehn, M. Y, Mme X, M. Z — vécu et deuil, lien affirmé mais non établi en séance.
  • Cliniciens : Emmanuelle Piquet (cr09b, compétition suicidaire chez des collégiennes), Michael Stora (cr07b, apologie vs évocation), Sabine Duflo (cr08b), Anne-Hélia Roure (cr19a).
  • Jean-Marie Cavada (iDFrights — cr07a) : « au moins huit cas de suicide » recensés à titre personnel, cas Sewell et Molly Russell.
  • M. X, ancien modérateur TikTok / Teleperformance (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) : connaissance interne des codes, séquelles personnelles rapportées avec leur antériorité.
Interventions regroupées (94 citations · 33 auditions)

Domaine : Santé mentale et physique des mineurs · Sujet : contenus-suicide-automutilation

Couverture : 94 citations · 10 positions · 33 auditions

_Slugs bruts fusionnés : contenus-suicide-automutilation, contenus-suicide-apologie, contenus-suicide-idees-noires, contenus-suicide-recherche, contenus-automutilation, contenus-anorexie-automutilation, incitation-suicide-contenus, tutos-methodes-suicide, competition-suicide-groupes, imputabilite-suicides_

Positions exprimées

  • Mme Emmanuelle Piquet (cr09b) : TikTok amplifie indéniablement des dynamiques d'extrême dangerosité, dont la compétition autour de la tentative de suicide chez certaines collégiennes. _(tranchant 4)_
  • M. Mehdi Arfaoui (cr03b) : TikTok « instille » des idées nouvelles chez les enfants (scarification au taille-crayon, vidéo virale du chat au mixeur) plus que d'autres plateformes — affirmation d'Elbaz, non quantifiée ni établie causalement. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (cr12b) : Dans des cas extrêmes, l'application peut encourager des actes dangereux (automutilation, idées suicidaires, scarification chez des préadolescents). _(tranchant 3)_
  • Mme Cécile Augeraud (cr18d) : Le traitement pénal des incitations au suicide est bridé par l’exigence qu’une tentative soit intervenue, ce qui limite l’action préventive ; ces contenus sont sinon envisagés sous l’angle du harcèlement. _(tranchant 3)_
  • Mme Agathe Boudin (cr30a) : L'absence totale de signalement par TikTok de messages suicidaires de mineurs (alors que Pharos en remonte régulièrement) « interroge » et laisse « légitimement penser » à un défaut de détection — sans que ce soit présenté comme prouvé. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (cr11a) : Affirment, à partir de leur vécu, un lien entre l'exposition algorithmique à des contenus de suicide/automutilation et l'aggravation de leur mal-être ou des passages à l'acte (dont un décès) — lien vécu, non établi scientifiquement dans l'audition. _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (cr13a) : Il faut mener un travail rigoureux pour établir l'imputabilité et le lien de causalité direct entre réseaux sociaux et suicides, en vue des enjeux de réparation — lien qui reste à établir. _(tranchant 2)_
  • Mme Marie-Laure Denis (cr20a) : La CNIL relaie les risques graves (rabbit hole, suicide, scarifications, anorexie) mais en les attribuant systématiquement à des tiers (littérature scientifique, ONG CCDH, collectif Algos Victima) et rappelle n'avoir aucune expertise psychologique — posture prudente, sans établir de causalité. _(tranchant 2)_
  • M. Michael Stora (cr07b) : Il faut distinguer l'évocation des sujets sensibles (légitime) de leur apologie ou valorisation (inacceptable et dangereuse) ; l'inaction face au mal-être exprimé équivaut à une non-assistance à personne en danger. _(tranchant 1)_
  • M. Cyril di Palma (cr14b) : Distinguer contenus illégaux (pornographie, cadre légal clair) et contenus « gris » non illégaux (suicide, automutilation), dont la modération est plus complexe faute de qualification légale par âge. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Certains utilisateurs, toujours exposés au même type de contenus, considèrent qu’ils se trouvent dans un espace sécurisé, parfois appelé safe place. Évidemment, il arrive que les contenus ne soient pas très safe et soient même violents ou porteurs d’une idéologie, ce qui peut devenir très préoccupant. »

Mme Laurence Allard — Université Sorbonne Nouvelle / Université de Lille (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Nuance ambivalente : l'enfermement algorithmique est vécu comme sécurisant mais peut enfermer dans du contenu violent ou idéologique._

« Des travaux sociologiques – je pense en particulier à ceux de Mme Muriel Darmon sur l’anorexie – tendent à relativiser l’effet propre des médias. En effet, ce n’est pas parce qu’ils servent de source d’information ou d’interactions pouvant participer d’une « carrière d’anorexie » – pour reprendre une formule employée en sociologie –, qu’ils sont la cause de ce processus, qui trouve bien d’autres déterminants sociaux ou familiaux. »

M. Jérôme Pacouret — MIAI Grenoble Alpes (chaire Société algorithmique) (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Point clé de neutralité : TikTok peut participer sans être la cause d'un trouble comme l'anorexie ; distinction corrélation/causalité, en réponse à l'affirmation d'une influence directe._

« TikTok sait très bien faire entrer de nouvelles idées dans l’esprit des enfants, ce qui n’est pas forcément le cas de toutes les plateformes. Typiquement, pour vous donner un exemple d’idée instillée par la plateforme, il y a celle qui consiste à démonter la lame de son taille-crayon pour se scarifier. »

Mme Jennifer Elbaz — CNIL (mission éducation au numérique) (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Affirmation la plus à charge de l'audition : TikTok « instillerait » des idées d'automutilation (scarification). Constat de terrain non quantifié, présenté comme une spécificité de TikTok par Elbaz._

« Lorsque nous avons commencé l’étude, tous les enfants racontaient avoir vu sur TikTok la vidéo d’un chat passé au mixeur. »

Mme Jennifer Elbaz — CNIL (mission éducation au numérique) (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Exemple concret d'un contenu ultra-violent viral vu par « tous les enfants » interrogés, jamais évoqué avec un adulte. Témoignage de terrain, non chiffré._

« Pour contourner cette politique, les utilisateurs ont recours à des mots détournés, comme unalive , dont la signification est « qui n’est plus en vie » en anglais. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Documente le mécanisme de contournement des filtres de prévention suicide (mots détournés, lettre remplacée par un chiffre) ; établit une limite concrète de la modération._

« Lorsque vous regardez plusieurs vidéos sur le même thème, l’algorithme le prend en compte pour alimenter le fil « Pour toi », sans faire preuve du recul qui serait nécessaire compte tenu de la sensibilité de ces questions, notamment auprès d’un public d’adolescents. »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Établit que l’algorithme amplifie les thèmes sensibles (dont le suicide) sans distinction prévention/incitation, avec un enjeu pour le public adolescent._

« Sur TikTok, dont l’algorithme est le plus puissant de tous les réseaux sociaux, ce fut encore plus rapide : après avoir scrollé moins de cinq minutes – quatre minutes quarante-cinq, exactement –, j’ai fini par tomber sur des vidéos qui valorisaient le suicide. »

Elisa Jadot (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Chiffre-choc de l'audition. Affirmation d'expérience personnelle de la réalisatrice à partir d'un faux profil, non contre-expertisée ni vérifiée en séance ; n'établit pas un fait généralisable mais illustre la thèse de la spirale algorithmique._

« à l’image de cette mère qui a eu le courage d’accompagner son enfant dans ses scarifications – elle lui donnait les lames, l’attendait derrière la porte et entrait pour le consoler une fois qu’il avait terminé. »

Elisa Jadot (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Témoignage extrême rapporté par la journaliste pour illustrer la défaillance de la prise en charge et le lien allégué avec TikTok. Récit de terrain non vérifiable, attribué à son enquête._

« Ainsi, selon une étude d’AI Forensics, un utilisateur suivant du contenu lié à une rupture amoureuse se retrouve, en moins d’une demi-heure, exposé à du contenu lié aux dépressions, puis à des idées suicidaires. »

Marc Faddoul — AI Forensics (audite, audition cr06b, 2025-04-29)

_Chiffre/mécanisme au cœur du sujet de la commission, explicitement attribué à une étude d'AI Forensics (dont Faddoul est cofondateur) : un enchaînement rapide vers des idées suicidaires. Affirmation sourcée par l'organisation de l'auditionné, non un constat indépendant._

« J’aimerais revenir au cœur de notre sujet : la santé mentale des enfants. »

Kévin Mauvieux — RN (depute, audition cr06b, 2025-04-29)

_Recadrage du député RN qui juge la table ronde trop centrée sur la technique et l'éducation, et ramène au cœur du mandat : la santé mentale des enfants et les suicides._

« Je préfère que la peur dissuade un enfant d’utiliser la plateforme que de le voir happé vers une issue fatale, lorsque celle-ci aura exploité ses vulnérabilités. »

Kévin Mauvieux — RN (depute, audition cr06b, 2025-04-29)

_Position du député RN opposée à celle de Coquelin : assume la peur comme moyen de dissuasion protecteur. Explicite un clivage de méthode sur la protection des mineurs._

« Le rapport d'Amnesty International met en lumière les risques liés à l'utilisation prolongée de TikTok, notamment l'exposition à des contenus relatifs à l'automutilation et aux tentatives de suicide. »

Sylvie Dieu-Osika — Collectif Surexposition écrans (CoSE) / AP-HP (audite, audition cr06c, 2025-04-29)

_Source à charge citée par Dieu-Osika (rapport Amnesty International) reliant l'usage prolongé de TikTok à l'exposition à des contenus d'automutilation et de suicide ; c'est le rapport qui l'établit, non l'auditionnée elle-même._

« Ma collègue maître Laure Boutron-Marmion, qui défend aujourd’hui douze familles, détient dans son portefeuille des témoignages accablants, dont ceux de deux familles dont les enfants se sont donné la mort. Ces suicides ne peuvent être dissociés de l’influence de contenus diffusés sur TikTok, où l’on constate une convergence de suggestions morbides, parfois à peine voilées. »

Jean-Marie Cavada — iDFrights (audite, audition cr07a, 2025-05-02)

_Affirmation d'un lien entre suicides d'enfants et contenus TikTok, portée par Cavada renvoyant à l'avocate Boutron-Marmion. Lien causal affirmé, non établi (affaires évoquées, non jugées) : ne pas présenter comme fait établi._

« Aux États-Unis, le jeune Sewell, âgé d’environ quinze ans, s’est donné la mort après être tombé amoureux d’un avatar rencontré en ligne. Au Royaume-Uni, en 2017, Molly Russell, une adolescente de treize ou quatorze ans, a connu le même destin tragique, victime de l’addiction, de l’isolement et du mal-être engendrés par une exposition prolongée aux écrans. »

Jean-Marie Cavada — iDFrights (audite, audition cr07a, 2025-05-02)

_Cas internationaux (Sewell, Molly Russell) invoqués pour ancrer le lien exposition aux écrans / suicide. Faits tragiques rapportés par Cavada ; l'attribution causale aux plateformes reste une affirmation, pas un constat judiciaire établi en séance._

« En France, j’ai pu recenser au moins huit cas de suicide directement liés à ce phénomène et il est fort probable que le chiffre réel soit bien plus élevé. »

Jean-Marie Cavada — iDFrights (audite, audition cr07a, 2025-05-02)

_Chiffre (au moins huit suicides liés à l'incitation à l'anorexie) avancé par Cavada sur la base d'un recensement personnel, présenté comme probablement sous-évalué. Donnée non sourcée ni vérifiée : à attribuer strictement à lui._

« Nous faisons aujourd'hui face à une situation que je n'hésite pas à qualifier de non-assistance à personne en danger. »

Michael Stora — Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (audite, audition cr07b, 2025-05-02)

_Requalification forte et clivante de l'inaction face au mal-être verbalisé en ligne, empruntée au vocabulaire pénal ; jugement de l'auditionné._

« Ce qui l'est, en revanche, c'est la diffusion de contenus qui en font l'apologie ou qui présentent ces comportements comme des réponses acceptables, voire valorisées. »

Michael Stora — Observatoire des mondes numériques en sciences humaines (audite, audition cr07b, 2025-05-02)

_Distingue le contenu à réguler (apologie) de la simple évocation, en réponse à Genetet ; critère opérationnel pour la modération et la liberté d'expression._

« Un gendarme nous a récemment sollicités à propos d’une tentative de suicide impliquant une enfant de treize ans, décrite comme « addicte » à une influenceuse. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Cas rapporté à la Miviludes par un gendarme (tentative de suicide d'une enfant de 13 ans « addicte » à une influenceuse) : témoignage rapporté, lien de causalité non établi par la Miviludes elle-même._

« « Je pense ne plus rester. Je n’aurai pas la force. Elle m’a aidée. J’espère qu’elle reviendra en bonne forme. Je suis en pleurs depuis ce matin. Je ne vais pas bien en ce moment ». »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Verbatim d'une jeune internaute cité par Le Vaillant pour illustrer la détresse en l'absence de l'influenceuse — matériau brut, restitué tel quel._

« Une autre a écrit : « Si elle le fait, je le fais ». »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Verbatim illustrant la contagion mimétique du geste suicidaire au sein de la communauté — cité par la Miviludes pour caractériser la surenchère émotionnelle._

« En réaction aux contrariétés exprimées par Ophenya, certaines ont publié des photographies montrant des cicatrices de scarification ou des blessures, tandis que d’autres annonçaient entamer une grève de la faim ou évoquaient un projet de suicide. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Description des comportements mimétiques signalés dans la communauté d'Ophenya ; faits rapportés dans le signalement, non vérifiés judiciairement par la Miviludes._

« ce que veut l’adolescent, c’est ne plus avoir d’idées noires qui lui donnent envie d’en finir avec la vie. »

Sabine Duflo — psychologue clinicienne / collectif Attention (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Rappelle la gravité clinique (idéation suicidaire) des cas reçus. Description de la demande des patients, sans imputation causale directe à une plateforme._

« Elles y partagent les mêmes histoires de rejet et adoptent les mêmes solutions négatives de scarification ou d’automutilation. »

Sabine Duflo — psychologue clinicienne / collectif Attention (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Décrit le mécanisme de groupe de pairs négatif et la spirale d'enfermement autour de l'automutilation. Récit clinique typifié, pas donnée statistique._

« Cette volonté de se démarquer et d’attirer l’attention des influenceurs pousse certains mineurs à adopter des comportements excessifs tels que des publications à outrance, l’envoi de cadeaux, la livraison de nourriture et parfois le passage à des actes d’automutilation ou l’annonce de leur suicide. »

Marie-Christine Cazaux — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Affirmation d'un lien entre recherche d'attention des influenceurs et passage à l'automutilation/annonce de suicide chez des mineurs : observation du collectif, présentée comme un lien de comportement, non un lien causal établi scientifiquement._

« Au regard de tous ces éléments, il ne fait pour nous aucun doute que l’utilisation de TikTok par des mineurs représente un risque réel pour leur sécurité comme pour leur santé. »

Marie-Christine Cazaux — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Conclusion générale du propos liminaire. « pour nous » marque une conviction du collectif, non une démonstration établie par la commission._

« Nous avons effectué plus de cent signalements à Pharos, chacun concernant un mineur différent, pour des contenus publiés sur les réseaux sociaux évoquant ce type de comportements. »

Catherine Martin — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Quantifie l'activité de signalement liée au suicide/automutilation : plus de cent cas, un mineur par signalement. Chiffre avancé par le collectif en réponse au président._

« Par exemple, une jeune fille qui se livre à des pratiques d’automutilation peut rapidement se retrouver exposée à des contenus encourageant des pratiques plus dangereuses ou des méthodes pour dissimuler ces comportements. »

Emmanuelle Piquet (audite, audition cr09b, 2025-05-13)

_Décrit un mécanisme d'aggravation algorithmique pour les adolescentes vulnérables. Affirmation clinique de l'auditionnée sur le fonctionnement de l'exposition aux contenus, non une démonstration causale chiffrée._

« Je reçois actuellement en consultation des collégiennes qui appartiennent à des groupes dans lesquels se développe une véritable compétition autour de la tentative de suicide la plus spectaculaire. »

Emmanuelle Piquet (audite, audition cr09b, 2025-05-13)

_Témoignage clinique le plus alarmant de l'audition : une dynamique de compétition suicidaire en groupe. Observation de première main de l'auditionnée, à distinguer d'une donnée épidémiologique._

« De ce point de vue, TikTok contribue indéniablement à amplifier cette tendance qui est, à mes yeux, d’une extrême dangerosité. »

Emmanuelle Piquet (audite, audition cr09b, 2025-05-13)

_Point le plus à charge contre TikTok dans l'audition : un rôle amplificateur, formulé comme conviction personnelle (« à mes yeux ») plutôt qu'établi par une mesure. Amplification, non origine du phénomène._

« Ce qui est très nocif sur TikTok, ce sont les tutos qui expliquent comment se faire du mal, comment faire un nœud pour se pendre, plein de choses de ce genre. »

Mme X (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Décrit l'existence de contenus « tutoriels » de passage à l'acte. Témoignage sur la nature des contenus rencontrés ; leur prévalence n'est pas quantifiée._

« Ma grande sœur s’est pendue en février 2024. Avant cela, elle avait effectué quatre tentatives de suicide avec des médicaments. C’est pour ça que je dis qu’elle a été victime des réseaux sociaux : cette idée de se pendre ne lui est pas venue toute seule. »

M. Y (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Témoignage le plus lourd de l'audition : un décès par suicide attribué par le frère aux réseaux sociaux. Le lien causal (« cette idée ne lui est pas venue toute seule ») est l'affirmation d'un proche endeuillé, non un fait établi._

« Je suis tombé sur une vidéo qui prônait l’automutilation. Étant naïf, jeune, un peu triste, j’ai décidé de franchir le pas et d’essayer. »

M. Z (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Le témoin relie directement une première exposition à un passage à l'acte. Vécu personnel rapporté ; le lien de causalité entre la vidéo et le geste est son interprétation._

« Je pense notamment à une vidéo où la première image dit : « la nuit porte conseil », et la deuxième : « moi, elle m’a dit de prendre une corde et un tabouret ». »

Mme X (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Exemple concret d'un « trend » à connotation suicidaire diffusé largement. Illustre le format viral et détourné des contenus mortifères._

« Il y avait aussi des vidéos expliquant quels médicaments prendre pour en finir, comment cacher ses cicatrices à ses parents, comment se fournir en médicaments, etc. »

Mme X (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Détaille la nature des contenus « tutoriels » (méthodes, dissimulation). Témoignage sur les contenus rencontrés, appuyant la demande de modération._

« Je cherchais #ts pour « tentative de suicide » ou #$h pour « self-harm », « automutilation ». Je tombais sur certaines vidéos, mais aussi sur des vidéos de Taylor Swift dont « ts » est le diminutif… »

M. Z (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Montre à la fois la recherche active de contenus par hashtags codés et l'effet de bord (collision avec Taylor Swift), qui complique la modération automatique. Le témoin reconnaît avoir cherché ces contenus._

« Je pense qu’il y a trois grands réseaux sociaux à supprimer : TikTok, à cause des contenus suicidaires et dépressifs, Instagram, pour la même raison, et Snapchat à cause de la nudité et de la pornographie. »

M. Y (audite, audition cr11a, 2025-05-15)

_Élargit le champ au-delà de TikTok en désignant Instagram et Snapchat. Point de vue du témoin sur la dangerosité comparée des plateformes._

« Oui, ayons le courage de reconnaître que les réseaux sociaux, tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, tuent nos jeunes. »

Maître Laure Boutron-Marmion — Algos Victima / barreau de Paris (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Thèse liminaire de l'avocate, à charge : elle pose un lien direct réseaux sociaux/mort des jeunes. Affirmation militante, non un fait établi._

« Le cynisme de l’outil TikTok est tel que, lorsque vous êtes émotionnellement plus fragile, la plateforme vous propose jusqu’à douze fois plus de contenus mortifères. »

Maître Laure Boutron-Marmion — Algos Victima / barreau de Paris (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Chiffre avancé par l'avocate (« douze fois plus ») : affirmation attribuée, non sourcée dans l'audition ni établie._

« Sauf que, en fait, il existe des moyens détournés, comme les émoticônes, pour y accéder : le zèbre pour les scarifications, le drapeau suisse pour le suicide. »

Mme Delphine Dapui — Algos Victima (mère de Charlize) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Démonstration concrète du contournement de la modération par des codes : établit que le blocage par mots-clés est facilement déjoué._

« TikTok lui a simplement offert un miroir sombre, dans lequel sa douleur se reflétait. »

M. Arnaud Ducoin — Algos Victima (père de Pénélope) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Image forte : l'algorithme renverrait l'enfant à sa propre détresse au lieu de proposer une aide. Témoignage._

« Ma fille était devenue addict , non pas aux réseaux sociaux, mais aux contenus mortifères. Il me semble qu’il y a là une petite nuance. »

Mme Morgane Jaehn — Algos Victima (mère de Zoé) (audite, audition cr11b, 2025-05-15)

_Distinction fine posée par une mère : l'addiction ne porterait pas sur le réseau mais sur les contenus mortifères eux-mêmes._

« Dans certains cas extrêmes, l’application peut même encourager des comportements ou actes dangereux, tels que l’automutilation ou les idées suicidaires. La pratique de la scarification, malheureusement observée chez les préadolescents, est un exemple alarmant de ces dérives. »

Bruno Gameliel (audite, audition cr12b, 2025-05-16)

_Affirmation grave (l'application « peut encourager » automutilation et idées suicidaires, scarification chez des préadolescents). Formulée au conditionnel/possibilité par l'auditionné ; lien causal non établi, à restituer comme affirmation clinique._

« Je pense par exemple au nécessaire et minutieux travail à mener sur l’imputabilité de cas de suicides aux réseaux sociaux. Parce que les plateformes n’hésiteront pas à se défendre et à rejeter toute forme de responsabilité, il est essentiel d’affirmer clairement la définition de l’addiction ainsi que le lien de causalité direct, notamment en vue des enjeux de réparation. »

Amine Benyamina — Commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (audite, audition cr13a, 2025-05-20)

_Point stratégique : l'expert lie explicitement la démonstration d'un lien de causalité direct aux enjeux judiciaires de réparation. Il reconnaît que ce lien reste à établir (« travail à mener »), ce n'est donc pas un fait acquis._

« La répétition de contenus choquants entraîne une perte d’indignation et peut même susciter une recherche d’adrénaline à travers des contenus de plus en plus choquants, tels que des vidéos à caractère sexuel ou montrant des tortures. »

Socheata Sim — CAMELEON Association France (audite, audition cr14a, 2025-05-22)

_Décrit un mécanisme de désensibilisation/escalade attribué aux plateformes. Hypothèse de terrain de l'association sur les effets psychologiques, non une causalité démontrée._

« En revanche, la modération des contenus dits « gris », qui ne sont pas illégaux, s’avère plus complexe, car il n’existe pas de qualification légale précise interdisant leur accès avant un certain âge. »

Cyril di Palma — Génération numérique (audite, audition cr14b, 2025-05-22)

_Distinction clé pour le débat sur la modération : entre contenus illégaux (cadre clair) et contenus « gris » (suicide, automutilation, hypersexualisation non pornographique) sans base légale d'interdiction par âge. Éclaire la difficulté de réguler ces contenus._

« nous avons évoqué la semaine dernière avec des familles de victimes la facilité d’accès à des contenus faisant la promotion du suicide ou de l’automutilation. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr14b, 2025-05-22)

_La rapporteure relie l'audition aux témoignages de familles de victimes ; l'affirmation de facilité d'accès est présentée par elle, l'auditionné y répond en distinguant contenus illégaux et « gris »._

« j’ai récemment vu une vidéo relative au « Labello Challenge ». Des adolescents appliquent du baume à lèvres et, à chaque événement négatif dans leur vie, ils en coupent une partie. J’avais pu lire dans les médias que ce défi pouvait parfois mener à des idées à tendance suicidaires une fois le baume entièrement consommé. »

Nawale Hadouiri — CHU de Dijon (praticien hospitalo-universitaire) (audite, audition de Mme Marion Joud, 2025-05-22)

_Décrit un challenge et son lien allégué avec des idées suicidaires — le lien est explicitement attribué à des lectures dans les médias (« J'avais pu lire dans les médias »), donc non établi par l'intervenante._

« TikTok incarne en effet, à mes yeux, la quintessence des dangers que représente un réseau social, en particulier pour un public – les mineurs – vulnérable. »

Guilhem Julia — Université Sorbonne Paris-Nord (maître de conférences en droit privé) (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Cadrage à charge dès le propos liminaire : opinion de l'universitaire sur la dangerosité de TikTok pour les mineurs, non un fait établi._

« Pour me familiariser avec cette plateforme, je l’ai utilisée pendant une matinée, la semaine dernière. C’est pire qu’un train fantôme ! Je n’imaginais pas qu’on puisse avoir accès en France à des contenus glorifiant l’automutilation, la boulimie ou le suicide. »

Guilhem Julia — Université Sorbonne Paris-Nord (maître de conférences en droit privé) (audite, audition cr16b, 2025-05-26)

_Témoignage d'expérience personnelle de Julia ; établit son observation directe, pas une mesure statistique de la prévalence._

« Les enfants et les jeunes qui regardent des contenus liés à la santé mentale sur leur fil « Pour toi » de TikTok sont rapidement entraînés dans des spirales de contenus qui idéalisent et encouragent les pensées dépressives, l'automutilation et le suicide. »

Bérangère Couillard — Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH) (audite, audition cr18a, 2025-05-27)

_Affirmation centrale à charge sur le mécanisme algorithmique de spirale. Présentée par la témoin comme un effet du fil « Pour toi » ; lien de causalité affirmé, non établi dans cette audition (elle renvoie explicitement l'analyse aux professionnels de santé)._

« Lorsqu'un utilisateur montre un intérêt pour un contenu en lien avec la santé mentale, au bout de cinq ou six heures passées sur la plateforme, près d'une vidéo sur deux parle de ce sujet de manière potentiellement nocive. C'est dix fois plus que ce qui est présenté aux comptes n'ayant indiqué aucun intérêt pour la santé mentale. »

Bérangère Couillard — Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH) (audite, audition cr18a, 2025-05-27)

_Chiffre-clé (une vidéo sur deux, dix fois plus) quantifiant l'effet d'amplification algorithmique. Avancé par la témoin sans source citée dans le verbatim ; corrélation présentée, causalité non démontrée._

« Un autre rapport de Common Sense Media a découvert que 69 % des filles adolescentes présentant des symptômes de dépression élevés ont été exposées au moins une fois par mois à du contenu lié au suicide, qui est poussé par l'algorithme de TikTok. »

Bérangère Couillard — Haut Conseil à l'Égalité entre les hommes et les femmes (HCEFH) (audite, audition cr18a, 2025-05-27)

_Chiffre attribué à un rapport tiers (Common Sense Media), relayé par la témoin. Établit une corrélation (adolescentes déprimées / exposition mensuelle à du contenu suicide), pas un lien causal démontré._

« Les législateurs peuvent décider de sanctionner par des lois supplémentaires certains harcèlements ou comportements déviants – comme l’incitation au suicide – qui circulent sur les réseaux ; et de les connecter au DSA. »

M. Thierry Breton (audite, audition cr18c, 2025-05-27)

_Trace la marge d'action laissée aux législateurs nationaux : des lois spécifiques (incitation au suicide, harcèlement) peuvent se greffer sur le cadre horizontal du DSA._

« Je pense par exemple aux incitations au suicide qui peuvent particulièrement toucher des adolescents. Nous avons ainsi reçu 14 signalements pour ce type de fait en 2024, pour 10 contenus différents. Cependant, pour pouvoir traiter ces contenus à ce titre, il faut qu’une tentative de suicide soit intervenue. »

Cécile Augeraud — Ofac / Pharos (audite, audition cr18d, 2025-05-27)

_Établit une limite juridique concrète : l’incitation au suicide ne peut être traitée à ce titre qu’après une tentative avérée — angle mort potentiel du droit actuel pour la protection des mineurs._

« À partir du moment où TikTok va interdire les zèbres, un autre hashtag sera créé dans la minute. »

Nicolas Deffieux — PEReN (audite, audition cr18e, 2025-05-27)

_Illustre le jeu du chat et de la souris de la modération par mots-clés ; nuance la thèse d’une modération simple, sans dédouaner la plateforme._

« il existe des contenus suffisamment médiatisés, comme la tendance hashtag SkinnyTok qui prône l’anorexie. Un autre exemple est celui de la scarification, où l’on sait que l’émoji zèbre conduit à des contenus de ce type sans avoir besoin de taper le mot-clé. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr18e, 2025-05-27)

_Apporte des exemples concrets et médiatisés de contenus dangereux facilement accessibles pour pousser l’expert à reconnaître une modération défaillante._

« J’ai reçu Léa, qui se scarifie tous les soirs sur TikTok, soutenue et encouragée par une communauté, sans que ses parents n’aient la moindre idée de ce qui se passe, alors que de nombreux jeunes à l’école le savent pertinemment. »

Anne-Hélia Roure — médecin psychiatre (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Cas d'automutilation encouragée par une communauté en ligne ; illustre le rôle des contenus et le déficit d'alerte parentale. Témoignage clinique._

« Nous avons auditionné des familles dont les enfants ont malheureusement perdu la vie, en particulier en raison de l’usage de TikTok. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr19a, 2025-05-28)

_La rapporteure rappelle les auditions de familles endeuillées et le sentiment d'isolement des parents ; oriente vers l'association des parents dans le soin. Le lien causal (« en raison de l'usage de TikTok ») est repris de ces familles._

« dans une démocratie, la liberté d’expression se contrôle toujours a posteriori »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Rappel de principe qui limite les marges de la modération préventive : on ne peut contrôler l’expression qu’après publication, d’où la difficulté de réguler le flux._

« vous avez raison de mentionner l’apologie au suicide, mais d’aucuns pourraient rétorquer avec mauvaise foi que Les Souffrances du jeune Werther ou Le cercle des poètes disparus constituent également une forme d’apologie du suicide. »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Nuance de prudence : Studer pointe la difficulté de qualifier juridiquement l’apologie du suicide sans dériver vers la censure d’œuvres culturelles._

« Le suicide demeure par ailleurs la deuxième cause de mortalité chez les jeunes, après les accidents de la route. »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Chiffre avancé par Studer (2e cause de mortalité des jeunes) situant l’enjeu ; non sourcé dans le propos, attribué à l’auditionné._

« Comment gérer ces problèmes, de manière définitive ? Très sincèrement, je ne sais pas. »

Bruno Studer (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Aveu d’humilité rare en audition : Studer reconnaît l’absence de solution définitive, contrepoint aux affirmations tranchées._

« Je pense notamment au hashtag SkinnyTok ou à des contenus qui font l’apologie du suicide, mais qui ne peuvent être retirés que lorsque la victime a réellement tenté de se suicider. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr19b, 2025-05-28)

_La rapporteure pointe le vide juridique de la « zone grise » : des contenus dangereux (SkinnyTok, apologie du suicide) non retirables tant qu’un passage à l’acte n’a pas eu lieu. Constat rapporté par Miller._

« Selon notre enquête technique à partir de comptes que nous avons gérés manuellement, il ne faut qu’entre trois et vingt minutes pour que les fils « Pour toi » soient inondés de ces vidéos qui peuvent aller jusqu’à encourager le suicide. »

Katia Roux — Amnesty International France (audite, audition cr19c, 2025-05-28)

_Chiffre-clé de l'audition (3 à 20 minutes) attribué à l'enquête technique d'Amnesty sur des comptes gérés manuellement ; résultat d'enquête de l'ONG, non une mesure indépendante validée._

« l’exposition des jeunes et des enfants, déjà en proie à des symptômes dépressifs ou des fragilités psychologiques, à de nombreuses vidéos banalisant le suicide aggrave incontestablement leur santé mentale. »

Katia Roux — Amnesty International France (audite, audition cr19c, 2025-05-28)

_Affirmation d'un lien d'aggravation (« incontestablement ») entre exposition aux contenus et santé mentale ; position d'Amnesty, formulée comme lien causal mais restant une affirmation de l'ONG, non un fait démontré dans l'audition._

« Il faut bien comprendre que l’algorithme de TikTok n’est pas conçu en soi pour promouvoir des contenus liés à la dépression, à l’automutilation ou le suicide. En revanche, dès lors que l’algorithme identifie qu’un utilisateur ou une utilisatrice éprouve un intérêt pour une question, il recommandera systématiquement des contenus associés »

Katia Roux — Amnesty International France (audite, audition cr19c, 2025-05-28)

_Nuance à décharge majeure : Amnesty distingue intention de conception et effet d'amplification, écartant l'idée d'un algorithme délibérément conçu pour pousser au suicide._

« Cela peut créer une spirale infernale – ce que la littérature scientifique appelle le rabbit hole effect – et pousser des personnes à des tentatives de suicide, des scarifications, des comportements anorexiques. »

Marie-Laure Denis — CNIL (audite, audition cr20a, 2025-06-02)

_Lien entre l'adaptation rapide de l'algorithme et des conduites à risque, formulé au conditionnel de possibilité (« peut ») et rattaché à la littérature scientifique (rabbit hole effect) — présenté comme un risque potentiel, pas comme une causalité établie._

« Un rapport, publié en 2022 par le Center for Countering Digital Hate , une ONG anglo-saxonne, révélait qu’il fallait moins de dix minutes en moyenne pour que TikTok propose des contenus relatifs au suicide ou à des troubles du comportement alimentaire. »

Marie-Laure Denis — CNIL (audite, audition cr20a, 2025-06-02)

_Chiffre explicitement attribué à une ONG tierce (CCDH, 2022) — la CNIL le rapporte, elle ne l'établit pas elle-même ; correlation/vitesse d'exposition, pas causalité de dommage._

« le collectif Algos Victima regroupe des familles ayant lancé une action en justice contre TikTok qu’elles accusent d’être responsable de la dégradation de la santé d’adolescents. »

Marie-Laure Denis — CNIL (audite, audition cr20a, 2025-06-02)

_Rapporte une accusation portée par des familles (action en justice en cours) — la responsabilité de TikTok est alléguée par le collectif, non établie ; la CNIL restitue le fait procédural._

« À titre d’exemple, le dernier rapport du Centre for Countering Digital Age sur les contenus pro-anorexie concerne YouTube et je doute que la limite d’âge corresponde aux questionnements et aux états psychologiques qui entrent en jeu. »

Jean Cattan — Conseil national du numérique (CNNUM) (audite, audition cr20b, 2025-06-02)

_Rappelle que les contenus pro-anorexie ne sont pas propres à TikTok (YouTube visé) et que la limite d'âge n'adresse pas les états psychologiques sous-jacents._

« Un élément marquant des auditions, notamment celles des victimes, est que certains jeunes qui se sont suicidés avaient seize ans. Une barrière d’âge à quinze ans n’aurait donc pas empêché ces drames. »

Arthur Delaporte (president, audition cr20b, 2025-06-02)

_Argument du président contre l'efficacité d'une barrière à 15 ans, tiré des auditions de victimes ; suicides évoqués comme faits rapportés par les auditions._

« Ma nièce a vu, sans le demander, des contenus de scarification et de suicide. »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Témoignage personnel de la rapporteure appuyant l’exigence d’une obligation de résultat — illustre la thèse d’une exposition non sollicitée des mineurs._

« Vous n’avez pas une obligation de moyens mais de résultat. C’est la protection de nos enfants qui est en jeu ! »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Affirmation politique de la rapporteure exigeant une obligation de résultat — thèse que TikTok (Hugon) réfutera en fin d’audition en invoquant une simple obligation de moyens/d’analyse de risques._

« Je me souviens de cette maman qui nous a raconté lors d’une audition que son fils se scarifiait derrière une porte et qu’elle ouvrait les armoires pour prendre des lames de rasoir et les donner à son fils. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Le président rapporte un témoignage de parent entendu en audition pour établir le caractère « évitable » des drames et la mise en cause spécifique de TikTok. Témoignage rapporté, non un fait vérifié en séance._

« Je suis un être humain et, bien que je n’aie pas d’enfant, je suis touchée quand des drames se produisent. »

Marie Hugon — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Réponse de Hugon à la question du président sur l’effet des témoignages — registre émotionnel, distinct d’une reconnaissance de responsabilité._

« Comme vous le savez, certains mots comme « suicide » sont interdits dans le moteur de recherche. »

Marie Hugon — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_TikTok affirme bloquer le mot « suicide » — la commission montrera ensuite que des variantes détournées (« comment se pendre », émoticône zèbre/drapeau suisse) échappent au blocage._

« Comment justifiez-vous que les recherches « je veux mourir », « j’ai envie de mourir » et « je veux me pendre » ne donnent lieu à aucun blocage ni à aucun message de prévention ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Démonstration à l’appui de captures d’écran : des requêtes suicidaires explicites ne déclenchent aucune prévention, contrairement à ce que TikTok affirme dans ses réponses écrites. Fait montré en séance._

« Lorsque je fais la recherche « comment se pendre » sur Google, le premier résultat est : « aide disponible », accompagné du numéro national de prévention du suicide. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Comparaison avec Google pour établir que la prévention est techniquement possible et que TikTok ne l’applique pas sur des requêtes de mal-être — argument d’exigibilité._

« Il est hyper important de remettre les choses dans le contexte et de dire que les contenus ne sont pas, potentiellement, problématiques – s’ils n’ont pas été modérés, c’est qu’ a priori ils ne le sont pas. »

Marlène Masure — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Argument de Masure : l’absence de modération vaudrait présomption de non-dangerosité — logique renversée que la commission conteste (les contenus montrés étaient bien problématiques et signalés)._

« N’est-ce pas, déjà, quatre de trop ? »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Le président refuse la logique du seuil quantitatif (« devenir significatif ») de TikTok : même quatre vidéos suicidaires sont de trop. Oppose éthique de l’individu vs logique du volume._

« Toutes ces vidéos ont été signalées récemment, mais nous avons reçu une réponse négative de la modération. Nous avons fait appel et nous avons reçu une réponse négative de l’appel. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Établit, captures à l’appui, que des contenus de scarification signalés par la commission — puis en appel — n’ont pas été retirés. Fait matériel opposé aux chiffres de TikTok._

« On ne peut pas dire que rien n’est fait, mais des jeunes sont morts à cause de ces tendances. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Le président relie les tendances non modérées à des décès, cause originelle de la commission — affirmation forte d’un lien, présentée comme le motif de l’enquête, non comme une causalité juridiquement établie._

« l’un d’entre eux a fait part de son sentiment d’avoir été submergé par des contenus prônant l’automutilation et la scarification sur Instagram. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr28a, 2025-06-17)

_La rapporteure appuie sa question sur un témoignage recueilli par la commission (jeune victime), établissant un cas concret d'exposition massive à des contenus d'automutilation sur Instagram._

« Il y a donc effectivement un problème. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Admission de Meta, arrachée par le président: dès lors que des mineurs voient ET publient des contenus de scarification, il y a un problème. Aveu ponctuel et notable._

« Quand des utilisateurs recherchent du contenu en utilisant des mots liés au suicide ou à l’automutilation, ils sont renvoyés vers notre partenaire SOS Amitié, dont la hot-line peut leur apporter de l’aide et du soutien. »

Claire Dilé — X (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Description du dispositif de redirection de X (SOS Amitié) et distinction entre modération des contenus et protection des utilisateurs à risque; mesure défendue par la plateforme._

« J’ai tapé #Skinny sur X, et je suis tombé, parmi les premiers résultats, sur un contenu « I’ll be soon skinny », dans lequel une personne mesure l’épaisseur de son ventre avec une carte bancaire, et qui comptabilise près de 50 000 vues, 4 000 likes et 200 retweets. »

Arthur Delaporte (president, audition cr28a, 2025-06-17)

_Preuve concrète et chiffrée présentée par le président: des contenus d'apologie de la maigreur et de scarification restent accessibles et très vus sur X. Élément à charge documenté séance tenante._

« les jeunes pouvaient déjouer la modération en utilisant certains mots-clefs ou certaines émoticônes, qui sont pourtant connues de tous ; par exemple le drapeau suisse pour le suicide, le zèbre pour la scarification. »

Mme Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr28b, 2025-06-17)

_La rapporteure documente le contournement de la modération par des codes connus (émoticônes) et interroge la capacité technique des plateformes à les supprimer — affirmation de la rapporteure sur des pratiques rapportées, présentée à charge contre la faiblesse de la modération._

« Dans ce cas, il faudrait définir clairement les contenus dont le visionnage prolongé peut affecter la santé mentale. Mais sur le strict plan technique, il est complètement possible de limiter l’exposition. »

M. Simon Corsin — Mindie / Snapchat (audite, audition cr28b, 2025-06-17)

_Le témoin déplace l'obstacle du technique vers le politique : limiter l'exposition à des contenus affectant la santé mentale est faisable, à condition de les définir clairement — renvoie la responsabilité de la définition au législateur._

« Or nous n’avons encore reçu aucune information opérationnelle de ce type de la part de TikTok. Là encore, cela interroge, car on peut légitimement penser que de tels messages peuvent exister sur cette plateforme. »

Cyril Colliou — Office mineurs (Ofmin) — DNPJ (audite, audition cr30a, 2025-06-24)

_Sur les messages suicidaires de mineurs : l'Ofmin en reçoit via Pharos mais jamais de TikTok. Le constat porte sur une absence de signalement (« interroge », « peut légitimement penser »), pas sur une preuve que ces contenus circulent davantage sur TikTok._

« Je souffrais déjà de problèmes alimentaires – j’avais du mal à me nourrir –, qui ont été accentués par ces contenus, notamment d’automutilation et de scarification, qui me rendaient très triste. »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Nuance décisive sur la causalité : le témoin reconnaît un état préexistant (problèmes alimentaires antérieurs) aggravé par l'exposition aux contenus. Aggravation rapportée, pas causalité unique établie._

« j’ai perdu plus de 65 kilos, passant de 130 à 70 kilos. C’est vous dire à quel point cela m’a chamboulé. »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Illustration chiffrée de l'ampleur physique des séquelles alimentaires, telle que rapportée par le témoin._

« nous avions reçu une communication au sujet de l’émoji zèbre utilisé pour signifier « automutilation ». »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Confirme, côté modération de terrain, la connaissance interne du code émoji zèbre pour l'automutilation. À rapprocher de la déclaration des dirigeants de TikTok disant ne pas toujours en être au courant._

« Il y avait les catégories « mineurs », « terrorisme », « activités illégales », « troubles alimentaires », « violences graphiques », « violences physiques », « harcèlement », « discours haineux », « comportement dangereux », « challenge à risque », etc. »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Liste les étiquettes de classement utilisées par les modérateurs, dont troubles alimentaires, comportement dangereux et challenge à risque. Documente concrètement la taxonomie de modération._

« Je suis aussi tombé sur les vidéos du YouTubeur Tibo InShape, qui disait qu’il fallait perdre du poids pour se sentir bien dans sa peau. »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Le témoin cite un contenu d'influenceur qu'il relie à son changement de rapport à l'alimentation. Vécu personnel rapporté, la responsabilité du contenu cité n'est pas établie contradictoirement._