La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Interdire ou encadrer/éduquer : le débat

Le corpus ne tranche pas entre interdire et éduquer : il montre une commission qui teste l’hypothèse de l’interdiction faute de croire aux leviers existants, des cliniciens et chercheurs qui la jugent contre-productive, et une plateforme qui adopte exactement l’argumentaire des seconds.

L’ouverture est le fait de la rapporteure. Dès cr04b, Laure Miller pose le doute sur l’encadrement : « TikTok n’a aucun intérêt à modifier son algorithme, voire à modérer certains contenus. Nos efforts pour encadrer ou réguler son activité ne sont-ils pas vains ? » Elle enchaîne, dans la même audition : « comment l’y contraindre ? La solution n’est-elle pas de prendre des décisions plus radicales ? » Le présupposé du cadrage est net : si la régulation est sans prise, l’escalade devient la variable d’ajustement. La menace est reprise en clôture par le président Arthur Delaporte face à TikTok (Mme Marlène Masure) : « [...] demain, d’autres jeunes se suicident, ce sera la fin de votre modèle, qui risquera l’interdiction » — un avertissement politique, pas une décision de la commission. Un seul auditionné va au bout : le créateur de contenu Isac Mayembo (cr24b), qui déclare « TikTok est, selon moi, à bannir » tout en reconnaissant « je gagne de l’argent avec TikTok ».

En face, l’objection dominante est celle de l’efficacité. Séverine Erhel (Université de Rennes 2, cr08b) avance le cas de la Floride, où l’interdiction des réseaux sociaux avant 16 ans aurait produit « une augmentation de 1 150 % de l’achat de VPN » — chiffre qu’elle porte, sans source précisée. Elie Andraos (CHU Amiens-Picardie, même audition) rapporte le contournement de la vérification d’âge en Chine, et conclut : « on peut réduire les dangers et les dommages liés aux réseaux sociaux sans aller jusqu’à les bannir. » Le point de friction le plus vif : Sabine Duflo (psychologue clinicienne, collectif Attention, cr08b) retourne ce même fait — « C’est la preuve du caractère éminemment addictif des écrans. » Le fait est partagé, sa lecture non : échec de la mesure pour les uns, démonstration de l’addiction pour l’autre.

L’argument se déplace ensuite du terrain de l’efficacité vers celui de la relation. Carole Copti (diététicienne-nutritionniste, cr08c) l’énonce sans détour : « L’interdiction n’est pas une solution. Au contraire, c’est contre-productif car l’enfant risque de se rebeller et de se fermer. » Nathalie Godart (UVSQ/Inserm, cr08c) ajoute, en son nom propre de mère : « interdire n’est pas un comportement parental courant. » Marietta Karamanli (cr19b) déplace encore la cible vers le législateur : « produire toujours plus de réglementation sans évaluation fait courir le risque d’une surabondance et d’une fausse sécurité. »

Reste une coïncidence : la position de TikTok emprunte la même syntaxe que celle des chercheurs. Marlène Masure (TikTok, Mme Marlène Masure) reformule deux fois le débat — « Faut-il interdire ou prévenir ? Cette question se pose à tout le secteur, pas uniquement à TikTok », puis « il vaut mieux interdire ou accompagner et éduquer à l’usage des plateformes ». Le renvoi au secteur n’est pas propre à elle : Océane Herrero (cr04b) demandait déjà si TikTok « devrait être la seule concernée ». Delaporte, lui, avait salué en cr08c le fait de « sortir du débat binaire pour ou contre l’interdiction ».

Qui en parle

  • Laure Miller (rapporteur, EPR — cr04b, cr08c, cr19b, Mme Marlène Masure) : ouvre l’hypothèse de « décisions plus radicales » face à l’impuissance supposée de l’encadrement, et sonde la marge de manœuvre nationale face au droit européen.
  • Arthur Delaporte (président — cr08c, Mme Marlène Masure) : salue la sortie du « débat binaire », mais brandit l’interdiction comme issue possible devant TikTok.
  • Séverine Erhel (Université de Rennes 2 — cr08b) : le contournement (VPN, Floride) invalide l’efficacité d’une interdiction.
  • Elie Andraos (CHU Amiens-Picardie — cr08b) : réduction des risques plutôt que bannissement ; cas chinois à l’appui.
  • Sabine Duflo (psychologue clinicienne, collectif Attention — cr08b) : lit le contournement comme preuve d’addiction, à rebours d’Erhel.
  • Carole Copti (diététicienne-nutritionniste, TCA — cr08c) : l’interdiction sèche est contre-productive ; dialogue et responsabilisation des parents.
  • Nathalie Godart (professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, UVSQ/Inserm — cr08c) : interdire n’est plus un comportement parental courant.
  • Marietta Karamanli (cr19b) : évaluer les dispositifs déjà votés avant d’en produire d’autres.
  • Marlène Masure (TikTok — Mme Marlène Masure) : accompagner et éduquer à l’usage plutôt qu’interdire ; renvoi au secteur entier.
  • Isac Mayembo (créateur de contenu — cr24b) : « TikTok est, selon moi, à bannir », alors qu’il en tire des revenus ; opinion personnelle.
  • Océane Herrero (cr04b) : interroge le périmètre — TikTok seul ou un modèle sectoriel généralisé.
Interventions regroupées (20 citations · 6 auditions)

Domaine : Interdiction & restriction d'accès · Sujet : interdire-ou-encadrer

Couverture : 20 citations · 4 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : interdiction-vs-education, interdiction-vs-encadrement, interdiction-decisions-radicales, reduction-risques-vs-abstinence, contournement-interdiction, interdiction-tiktok-nefaste, evaluation-lois_

Positions exprimées

  • M. Isac Mayembo (cr24b) : TikTok est une plateforme « néfaste » et « à bannir », particulièrement néfaste pour les jeunes et mal encadrée — position affirmée alors même qu'il en tire des revenus. _(tranchant 5)_
  • Mme Carole Copti (cr08c) : L'interdiction seche est contre-productive et utopique ; il faut encadrer, eduquer, dialoguer et responsabiliser les parents plutot qu'interdire. _(tranchant 4)_
  • Mme Marlène Masure (Mme Marlène Masure) : Il vaut mieux accompagner et éduquer à l’usage (promotion des outils, contrôle parental, limite de 60 minutes) que d’interdire ou d’imposer des dispositifs plus contraignants aux mineurs. _(tranchant 4)_
  • Mme Marietta Karamanli (cr19b) : Les dispositifs déjà votés (contrôle parental, enfants influenceurs) doivent être évalués avant de légiférer davantage ; la surabondance non évaluée crée une fausse sécurité. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Si le sujet est l’impact de TikTok sur les mineurs, cette application devrait-elle être la seule concernée, alors que beaucoup d’autres se sont inspirées de son modèle, ont tenté d’imiter la finesse de son algorithme et repris le format vertical des vidéos qui produit des effets similaires chez les utilisateurs ? »

Océane Herrero (audite, audition cr04b, 2025-04-23)

_Argument de nuance : cible TikTok seul serait incohérent si le problème est un modèle généralisé ; distingue l’angle « mineurs » de l’angle « Chine »._

« En prenant un peu de recul, on s’aperçoit que TikTok n’a aucun intérêt à modifier son algorithme, voire à modérer certains contenus. Nos efforts pour encadrer ou réguler son activité ne sont-ils pas vains ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr04b, 2025-04-23)

_Angle de la rapporteure : poser l’hypothèse que la régulation classique est impuissante et ouvrir la voie à des mesures plus radicales._

« Puisqu’elle n’a aucun intérêt à revoir ses pratiques, comment l’y contraindre ? La solution n’est-elle pas de prendre des décisions plus radicales ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr04b, 2025-04-23)

_La rapporteure teste explicitement l’idée de décisions « radicales » (interdiction/contrainte forte) faute de levier suffisant ; révèle une ligne ouverte à l’escalade réglementaire._

« En Floride, il a été décidé d’interdire aux adolescents de moins de 16 ans l’accès aux réseaux sociaux. À la suite de cette mesure, on a constaté une augmentation de 1 150 % de l’achat de VPN (réseaux privés virtuels), qui permettent de contourner la règle. »

Séverine Erhel — Université de Rennes 2 (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Argument-clé contre l'efficacité d'une interdiction : contournement massif par VPN. Chiffre (+1 150 %) attribué à Erhel citant le cas de la Floride, sans référence précise dans le transcript._

« En Chine, il a été décidé que les mineurs devaient présenter leur carte d’identité pour pouvoir jouer aux jeux vidéo, pendant une durée maximale de deux heures par semaine. Les jeunes ont alors emprunté les papiers de leurs parents et de leurs grands-parents pour pouvoir jouer davantage. »

Elie Andraos — CHU Amiens-Picardie (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Exemple à l'appui de la thèse « l'interdiction ne marche pas » : contournement de la vérification d'âge en Chine. Cas rapporté par Andraos, sans source précise dans le transcript._

« on peut réduire les dangers et les dommages liés aux réseaux sociaux sans aller jusqu’à les bannir. »

Elie Andraos — CHU Amiens-Picardie (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Synthèse de la logique de réduction des risques appliquée aux écrans : responsabiliser les concepteurs plutôt qu'interdire. Ligne opposée à celle de Duflo._

« C’est la preuve du caractère éminemment addictif des écrans. »

Sabine Duflo — psychologue clinicienne / collectif Attention (audite, audition cr08b, 2025-05-06)

_Retourne l'argument du contournement (VPN) : loin d'invalider l'interdiction, il prouverait selon Duflo le caractère addictif. Lecture opposée à celle d'Erhel sur le même fait._

« Je suis moi-même mère d’un enfant de quinze ans et c’est très difficile car, actuellement, interdire n’est pas un comportement parental courant. »

Nathalie Godart — Professeure de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (UVSQ/Inserm) (audite, audition cr08c, 2025-05-06)

_Constat sociologique de terrain (et personnel) sur la difficulte a poser des limites ; nourrit le debat interdiction vs encadrement._

« L’interdiction n’est pas une solution. Au contraire, c’est contre-productif car l’enfant risque de se rebeller et de se fermer. »

Carole Copti — Diététicienne-nutritionniste (TCA) (audite, audition cr08c, 2025-05-06)

_Position claire contre l'interdiction seche au profit de l'encadrement et de la communication : ligne partagee par les trois auditionnees._

« La question se pose à un moment ou certains prônent une interdiction des réseaux sociaux pour les plus jeunes qui seraient moins armés pour résister à ces influences »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr08c, 2025-05-06)

_La rapporteure relie la question de l'age de vulnerabilite au debat sur l'interdiction des reseaux aux plus jeunes — coeur du mandat de la commission._

« Lors des consultations, posez-vous parfois aux parents la question de l’interdiction du téléphone, outil d’accès aux réseaux sociaux, en leur expliquant qu’il expose leur enfant à un risque pour la santé ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr08c, 2025-05-06)

_La rapporteure teste l'acceptabilite d'une interdiction du telephone au niveau familial — cherche a mesurer si la restriction est praticable en pratique clinique._

« Merci de nous avoir permis de sortir du débat binaire pour ou contre l’interdiction en essayant d’être un peu plus nuancées – le sujet dont nous discutons le mérite. »

Arthur Delaporte (president, audition cr08c, 2025-05-06)

_Le president salue en cloture la sortie du debat binaire interdiction/pas interdiction : signale l'orientation nuancee retenue par la commission._

« produire toujours plus de réglementation sans évaluation fait courir le risque d’une surabondance et d’une fausse sécurité. »

Marietta Karamanli (audite, audition cr19b, 2025-05-28)

_Met en garde contre l’inflation législative non évaluée : la multiplication des textes peut créer un faux sentiment de protection._

« Comment pouvons-nous en France nous approprier le sujet et peut-être prendre de l’avance sur le droit européen dans ce domaine ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr19b, 2025-05-28)

_La rapporteure teste la marge de manœuvre nationale (santé publique = compétence des États) alors que le DSA n’est pas pleinement effectif trois ans après._

« Même si je gagne de l’argent avec TikTok – j’ai envie d’être 100 % honnête aujourd’hui –, je pense que cette plateforme est, de manière générale, néfaste. »

M. Isac Mayembo (audite, audition cr24b, 2025-06-10)

_Un créateur qui reconnaît des intérêts financiers sur TikTok qualifie néanmoins la plateforme de néfaste — opinion personnelle de l'auditionné, non une évaluation établie de la commission._

« Pour résumer mon introduction, TikTok est, selon moi, à bannir. Je pense que cette plateforme est néfaste pour les jeunes, surtout si elle est mal encadrée, ce qui est le cas à mon avis. »

M. Isac Mayembo (audite, audition cr24b, 2025-06-10)

_Conclusion du propos liminaire : appel à bannir TikTok, opinion de l'auditionné (non un constat de la commission)._

« Faut-il interdire ou prévenir ? Cette question se pose à tout le secteur, pas uniquement à TikTok. »

Marlène Masure — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Reformulation par TikTok du débat en alternative interdire/prévenir, doublée du renvoi au « secteur » — leitmotiv de la défense._

« Ou alors, dites-nous que vous avez tout intérêt à ce que des enfants n’ayant pas l’âge requis pour s’inscrire sur la plateforme l’utilisent ! »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_La rapporteure suggère un intérêt de TikTok à la présence de mineurs, à propos du refus du dispositif ÉduConnect proposé par l’Éducation nationale. Hypothèse accusatoire, non admise par TikTok._

« La question est de savoir s’il vaut mieux interdire ou accompagner et éduquer à l’usage des plateformes. Personnellement, j’estime qu’il faut sans cesse améliorer la communication sur les fonctionnalités et les outils. »

Marlène Masure — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Position de fond de TikTok : privilégier l’éducation et la communication sur les outils plutôt que l’interdiction ou des dispositifs plus contraignants._

« Si tel n’est pas le cas et que, demain, d’autres jeunes se suicident, ce sera la fin de votre modèle, qui risquera l’interdiction. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Avertissement politique de clôture : le président agite la menace d’une interdiction si les décès se poursuivent. Position de la commission, non une décision._