La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Interdiction & restriction d'accès

Limitation du temps d'écran et couvre-feu

Sur ce sujet, le corpus ne contient aucune voix contre : personne, devant la commission, ne vient défendre l'usage illimité. Le désaccord s'est déplacé ailleurs — non pas sur le principe d'une limite, mais sur qui doit la poser (les parents, la plateforme, l'État), sous quelle forme (plafond horaire, friction technique, horaires collectifs) et pour quelle classe d'âge en priorité.

Premier signe de ce déplacement : plusieurs auditionnés désamorcent une objection technique que personne ne formule devant eux. Claude Malhuret (cr06a) note que « l'application Douyin est configurée de façon à s'arrêter automatiquement après soixante minutes » — le blocage existe donc déjà, en Chine. Mickaël Vallet (cr06a) enfonce le même clou par un autre angle : « Le splinternet – ou cyberbalkanisation – existe déjà ». Le présupposé est net : l'argument « c'est impossible » est traité comme l'obstacle principal, avant même d'être opposé.

Deuxième ligne de faille, celle de la charge. Emmanuelle Piquet (cr09b) s'adresse aux familles : elle « encourage à établir des règles claires comme limiter l'utilisation à une ou deux heures par jour et interdire les portables après 22 heures ». Louise Lefebvre-Lepetit (M. Franck Lecas) déplace exactement cette charge vers l'industrie : « Il est très important que ce soient les acteurs du numérique qui prennent en charge la réponse à ces revendications », vérification d'âge comprise. Entre les deux, Bernard Basset (M. Franck Lecas) propose une voie technique intermédiaire — rendre « le visuel moins attractif après une durée à déterminer », par exemple en noir et blanc — c'est-à-dire freiner sans interdire.

La proposition la plus tranchée vient de Karine de Leusse (cr19a), qui raisonne par analogie avec les commerces régulés : « On ne laisse pas un bar ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ni un casino », d'où sa demande d'« horaires collectifs » imposés à TikTok. Philippe Babe (cr19a) s'y rallie dans la même audition, et son motif est explicitement stratégique : l'idée « sera sans doute plus entendue qu'une interdiction pure et dure avec un âge barrière ». Le couvre-feu apparaît là moins comme un optimum sanitaire que comme la mesure politiquement praticable.

Reste la tension la plus vive, et elle oppose la commission à l'administration. Arthur Delaporte (Mme Sarah Sauneron) conteste le calendrier gouvernemental : « Le temps que les mesures d'interdiction des écrans pour les plus jeunes produisent leurs effets, il faudra compter dix à douze ans », alors que « nous devons également nous préoccuper des adolescents de 14 ou 15 ans ». Laure Miller (M. Marc Pelletier) presse dans le même sens sur l'application des recommandations de la commission écrans, non suivies d'effet un an après. Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) répond sur deux registres : le palier d'âge — « à partir de 15 ans, un accès aux réseaux sociaux mais éthiques » — et la défense du bilan, « la France n'est nullement à la traîne au niveau européen ». Le désaccord porte donc sur le tempo et la cible, pas sur la limite elle-même.

Qui en parle

  • Claude Malhuret (Sénat, cr06a) — le blocage à 60 minutes est réalisable : Douyin le fait.
  • Mickaël Vallet (Sénat, cr06a) — l'argument d'impossibilité technique ne tient pas, l'internet est déjà segmenté.
  • Emmanuelle Piquet (cr09b) — plafond d'une à deux heures et couvre-feu à 22 h, portés par les parents.
  • Bernard Basset (Association Addictions France, M. Franck Lecas) — friction technique graduée (passage en noir et blanc).
  • Louise Lefebvre-Lepetit (Association Addictions France, M. Franck Lecas) — la charge de la limitation incombe aux plateformes.
  • Karine de Leusse (psychologue clinicienne, cr19a) — horaires collectifs d'ouverture et de fermeture imposés à TikTok.
  • Philippe Babe (pédiatre, urgences pédiatriques CHU Lenval, cr19a) — se rallie au couvre-feu, jugé plus audible qu'un âge barrière.
  • Laure Miller (rapporteure, EPR, M. Franck Lecas, M. Marc Pelletier) — sollicite des recommandations, puis presse sur leur non-application.
  • Arthur Delaporte (président, SOC, Mme Sarah Sauneron) — l'urgence est immédiate pour les adolescents déjà exposés.
  • Sarah Sauneron (Direction générale de la santé, Mme Sarah Sauneron) — paliers d'âge (réseaux sociaux à 15 ans) et défense du bilan français.
Interventions regroupées (12 citations · 6 auditions)

Domaine : Interdiction & restriction d'accès · Sujet : temps-ecran-limites

Couverture : 12 citations · 4 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : temps-ecran-blocage-60min, temps-ecran-mesures-techniques, temps-ecran-modele-reperes, recommandations-age-ecrans, regles-ecran-couvre-feu, couvre-feu-numerique, commission-ecrans-recommandations_

Positions exprimées

  • MM. Mickaël Vallet (cr06a) : Favorables au blocage de l’application après 60 minutes pour les mineurs ; c’est techniquement faisable puisque Douyin le fait déjà, et ce relève de la santé publique et non de la censure. _(tranchant 4)_
  • Mme Karine de Leusse (cr19a) : Il faut imposer à la plateforme des horaires collectifs d'ouverture/fermeture (comme un bar ou un casino) pour réintroduire le rythme jour/nuit (de Leusse, soutenue par Babe). _(tranchant 4)_
  • Mme Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) : La DGS s'approprie les recommandations Mouton-Benyamina (pas d'écran avant 3 ans, réseaux sociaux à partir de 15 ans) et les décline opérationnellement, en priorisant la petite enfance. _(tranchant 3)_
  • M. Franck Lecas (M. Franck Lecas) : Introduire une friction technique contre le temps d'écran, par exemple un basculement du visuel en noir et blanc après une durée donnée. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Or l’application Douyin est configurée de façon à s’arrêter automatiquement après soixante minutes. »

Claude Malhuret — Sénat (audite, audition cr06a, 2025-04-29)

_Fait technique avancé par l’auditionné pour montrer que le blocage à 60 minutes est réalisable puisque déjà appliqué en Chine._

« Le splinternet – ou cyberbalkanisation – existe déjà : en Chine, on n’a pas accès aux mêmes contenus que dans l’Union européenne. »

Mickaël Vallet — Sénat (audite, audition cr06a, 2025-04-29)

_Réplique à l’argument technique du « on ne peut pas » : la segmentation de l’internet par zone existe déjà, donc brider une application serait techniquement faisable. Analyse de l’auditionné._

« je les encourage à établir des règles claires comme limiter l'utilisation à une ou deux heures par jour et interdire les portables après 22 heures et, surtout, à s'y tenir. »

Emmanuelle Piquet (audite, audition cr09b, 2025-05-13)

_Recommandation concrète et actionnable pour les parents (plafond de temps, couvre-feu à 22 h, constance et exemplarité). Conseil pratique de l'auditionnée._

« Une solution technique consisterait à rendre le visuel moins attractif après une durée à déterminer – trente minutes, une heure –, par exemple en le passant en noir et blanc, afin que le fait de rester devant l’écran devienne moins attirant à mesure que le temps s’écoule. »

Bernard Basset — Association Addictions France (audite, audition de M. Franck Lecas, 2025-05-26)

_Proposition concrète et actionnable de « friction » technique contre le temps d'écran ; recommandation de l'association._

« Il est très important que ce soient les acteurs du numérique qui prennent en charge la réponse à ces revendications, qu’il s’agisse de la vérification de l’âge – en demandant des justificatifs – ou des mesures techniques permettant de limiter le temps d’exposition. »

Louise Lefebvre-Lepetit — Association Addictions France (audite, audition de M. Franck Lecas, 2025-05-26)

_Synthèse du plaidoyer : la charge de la vérification d'âge et de la limitation du temps d'écran incombe aux plateformes, pour tous les publics._

« Avez-vous des recommandations à formuler en matière de politique de santé publique ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de M. Franck Lecas, 2025-05-26)

_Question ouverte sollicitant des recommandations opérationnelles pour le rapport de la commission._

« On ne laisse pas un bar ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ni un casino. Alors pourquoi TikTok échapperait-il à cette règle de bon sens ? Je propose donc que l’on impose des horaires collectifs à TikTok, je propose de réintroduire le rythme du jour, de la nuit, des pauses, du souffle, du réel. »

Karine de Leusse — psychologue / psychothérapeute clinicienne (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Proposition réglementaire concrète et actionnable (couvre-feu / horaires d'ouverture de la plateforme), reprise ensuite par Babe._

« Je retiens la proposition de Madame de Leusse sur l’instauration d’horaires d’ouverture et de fermeture, comme pour un établissement. Cela me paraît être une très bonne idée, qui sera sans doute plus entendue qu’une interdiction pure et dure avec un âge barrière. »

Philippe Babe — pédiatre, chef de service des urgences pédiatriques CHU Lenval (Nice) (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Ralliement de l'urgentiste à la proposition d'horaires de de Leusse, jugée plus audible qu'une interdiction par âge ; convergence entre auditionnés._

« depuis la commission écrans, dont les conclusions ont été rendues à l'été 2024, les programmes destinés aux enfants, aux parents ou aux professeurs n'ont pas encore été modifiés. Les recommandations de cette commission n'ont-elles donc pas encore été appliquées concrètement ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition de M. Marc Pelletier, 2025-06-05)

_Question de contrôle : la rapporteure presse l'administration sur le retard d'application des recommandations de la commission écrans, un an après leur remise._

« nous devons également nous préoccuper des adolescents de 14 ou 15 ans. Le temps que les mesures d’interdiction des écrans pour les plus jeunes produisent leurs effets, il faudra compter dix à douze ans »

Arthur Delaporte — SOC (president, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Le président reproche à la stratégie gouvernementale de se concentrer sur les moins de 3 ans alors que l'urgence est immédiate pour les adolescents déjà exposés._

« Je tiens à souligner que la France n’est nullement à la traîne au niveau européen sur ce sujet et qu’elle est, au contraire, citée en exemple par d’autres États membres. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Réponse en défense de la DGS face aux critiques d'insuffisance de moyens : la France serait en avance et reconnue à l'international (OMS Europe, demandes de traduction du rapport Mouton-Benyamina)._

« Enfin, à partir de 15 ans, un accès aux réseaux sociaux mais éthiques. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Reprise par la DGS du seuil de 15 ans du rapport Mouton-Benyamina pour l'accès aux réseaux sociaux, assorti d'une exigence d'éthique des plateformes._