La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Interdiction & restriction d'accès

Interdiction du smartphone et du téléphone à l'école

Sur ce sujet, le corpus fait apparaître un accord large sur un périmètre étroit — le téléphone hors de l'établissement scolaire — et un désaccord net dès que la mesure déborde les grilles de l'école pour viser la possession ou la vente de l'appareil.

Le point d'appui institutionnel est l'expérimentation « portable en pause ». Stéphanie Gutierrez (DGESCO, M. Marc Pelletier) en décrit le périmètre : « nous avons mené une expérimentation visant à interdire totalement le portable, qu'il s'agisse de son port ou de son usage par les élèves. » Marc Pelletier (DGESCO, M. Marc Pelletier) en avance le bilan — « plus de 30 000 élèves », « une amélioration globale du climat scolaire » — mais qualifie lui-même la nature de cette preuve : elle est « rapportée par les établissements eux-mêmes ». Sur le terrain, Morgan Lechat (cr21d) tient la même ligne pour une raison pratique : « leur présence constitue invariablement un prétexte pour les utiliser en classe. » Pelletier nomme au passage la contradiction dans laquelle l'école se trouve, celle d'une « double injonction » : former au numérique et protéger de ses « effets pervers ».

La vraie ligne de fracture est ailleurs. Elle passe par le déplacement de la cible : des contenus vers l'objet. Stéphane Blocquaux (cr05b) le martèle en trois temps. Il pose la conclusion — « La seule solution consisterait à interdire aux mineurs la possession d'un smartphone » —, la justifie par l'échec supposé de la régulation par les contenus (« 96 % des mineurs ont eu accès à ce type de contenus avant leur majorité, malgré l'interdiction faite aux moins de 18 ans », chiffre qu'il avance sans en donner la source), et retourne l'objection libérale : on protège des « risques physiques mais pas des risques psychiques », dit-il, « au motif qu'une telle interdiction serait liberticide ». Justine Atlan (e-Enfance, cr18b) prolonge le raisonnement jusqu'au marché : puisque la « mauvaise rencontre » du smartphone et des réseaux serait « à la source des problèmes », elle se déclare « favorables à l'interdiction de la vente des smartphones aux moins de 15 ans ». Karine de Leusse (cr19a) charge l'objet lui-même — un « biberon » numérique — et Anne-Hélia Roure (cr19a) plaide l'accès conditionné par l'âge : « Je ne donnerais pas les clefs de ma voiture à mon fils de 8 ans. »

C'est précisément là que le camp du oui se scinde. Emmanuelle Piquet (cr09b) accepte l'un et refuse l'autre dans la même phrase : « Concernant l'interdiction des appareils dans les établissements scolaires, je soutiens cette mesure. Je suis, en revanche, extrêmement sceptique quant à une interdiction plus large. » Deux voix objectent frontalement. Sophie Jehel (cr05b) oppose l'ancrage des usages : « L'interdiction semble la solution la plus rapide, mais cette démarche me fait peur », « 99 % des adolescents de 15 ans ont des comptes sur plusieurs réseaux sociaux ». Le pédiatre urgentiste Philippe Babe (cr19a) tranche sur la faisabilité : « Il ne me semble pas envisageable d'interdire les écrans avant 15 ans. »

Un présupposé traverse le camp de l'interdiction sans être discuté : que l'échec de la régulation par les contenus vaut argument pour interdire l'appareil. Elisa Jadot (cr05b) en tire une variante non réglementaire — « inverser la pression sociale afin que l'enfant différent ne soit plus celui qui n'a pas de téléphone ». La rapporteure Laure Miller, elle, sollicite les avis sans afficher de position (cr09b, cr21d), et le président Arthur Delaporte recadre le périmètre quand la discussion dérive (Mme Alixe Rivière e.a.).

Qui en parle

  • Stéphane Blocquaux (chercheur, cr05b) — la ligne maximaliste : interdire la possession du smartphone aux mineurs, l'appareil plutôt que les contenus.
  • Justine Atlan — e-Enfance (cr18b) — interdiction de la vente aux moins de 15 ans ; dissocier smartphone et réseaux sociaux.
  • Emmanuelle Piquet (psychopraticienne, cr09b) — pour l'interdiction à l'école, « extrêmement sceptique » au-delà.
  • Sophie Jehel (chercheuse, cr05b) — à décharge : usages trop massifs et ancrés pour qu'une interdiction opère.
  • Philippe Babe (pédiatre urgentiste, cr19a) — à décharge : interdire les écrans avant 15 ans n'est pas « envisageable ».
  • Karine de Leusse et Anne-Hélia Roure (table ronde santé, cr19a) — l'objet lui-même en cause ; accès selon l'âge et la maturité.
  • Morgan Lechat (créateur de contenus, cr21d) — opposition ferme au téléphone dans l'établissement.
  • Marc Pelletier et Stéphanie Gutierrez (DGESCO, M. Marc Pelletier) — périmètre et bilan auto-rapporté de « portable en pause » ; la « double injonction » de l'école.
  • Elisa Jadot (cr05b) — levier de la norme sociale plutôt que la seule contrainte.
  • Laure Miller (rapporteure, cr09b, cr21d) et Arthur Delaporte (président, Mme Alixe Rivière e.a.) — sollicitation d'avis et recadrage du périmètre.
Interventions regroupées (20 citations · 7 auditions)

Domaine : Interdiction & restriction d'accès · Sujet : smartphone-ecole

Couverture : 20 citations · 6 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : interdiction-smartphone-mineurs, interdiction-portable-college, interdiction-vente-smartphone, telephone-ecole, portable-en-pause, ent-deconnexion, smartphone-outil_

Positions exprimées

  • Mme Elisa Jadot (cr05b) : Après quinze ans d'échec de la régulation des contenus, la seule mesure vraiment efficace serait d'interdire la possession d'un smartphone aux collégiens, comme le scooter aux moins de 14 ans (Blocquaux). _(tranchant 5)_
  • M. Morgan Lechat (cr21d) : Opposition ferme à l'usage des téléphones dans les établissements scolaires. _(tranchant 4)_
  • Mme Emmanuelle Piquet (cr09b) : Favorable à l'interdiction du téléphone dans les établissements scolaires. _(tranchant 3)_
  • Mme Justine Atlan (cr18b) : Favorable à l'interdiction de la vente de smartphones aux moins de 15 ans, car interdire les seuls réseaux sociaux sans toucher au smartphone ne réglerait pas le problème. _(tranchant 3)_
  • Mme Karine de Leusse (cr19a) : Au-delà du contenu, l'objet smartphone lui-même favorise un usage régressif et excessif ; c'est un outil puissant qui exige une régulation d'accès selon l'âge et la maturité. _(tranchant 3)_
  • M. Marc Pelletier (M. Marc Pelletier) : L'interdiction totale du portable au collège (« portable en pause »), expérimentée sur plus de 30 000 élèves avec une amélioration rapportée du climat scolaire, doit être généralisée dès la rentrée. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« La seule solution consisterait à interdire aux mineurs la possession d’un smartphone – je ne parle pas, bien sûr, du téléphone à neuf touches. »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Thèse la plus tranchée de la table ronde : cibler l'appareil plutôt que les contenus. Position personnelle assumée (« je me suis radicalisé sur le plan scientifique »)._

« Nous sommes capables de protéger les mineurs des risques physiques mais pas des risques psychiques, au motif qu’une telle interdiction serait liberticide et constituerait une intrusion dans la vie des foyers. »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Formule-argument opposant régulation des risques physiques (scooter) et absence de régulation des risques psychiques ; cœur rhétorique de sa proposition._

« 96 % des mineurs ont eu accès à ce type de contenus avant leur majorité, malgré l’interdiction faite aux moins de 18 ans. »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Chiffre (pornographie) avancé pour montrer l'échec de l'interdiction par les contenus et justifier de cibler l'appareil. Attribué à ses quinze ans de recherches, source précise non donnée._

« J’ai rencontré dernièrement des CM2 : sur 108 élèves, 48 avaient un smartphone connecté au net, et 22 un iPhone. On marche sur la tête ! »

Stéphane Blocquaux (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Donnée de terrain (échantillon d'une intervention) sur l'équipement précoce en smartphone. Statistique locale non représentative, attribuée à son observation._

« L’interdiction semble la solution la plus rapide, mais cette démarche me fait peur, car l’usage des réseaux sociaux est massif : 99 % des adolescents de 15 ans ont des comptes sur plusieurs réseaux sociaux, et ils y sont attachés. »

Sophie Jehel (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Position nuancée / à décharge sur l'interdiction : contrepoint direct à Blocquaux, argument du contournement et de l'ancrage social des usages._

« il faut surtout réussir à inverser la pression sociale afin que l’enfant différent ne soit plus celui qui n’a pas de téléphone mais, au contraire, celui qui en possède un. »

Elisa Jadot (audite, audition cr05b, 2025-04-23)

_Formule sur le levier social (norme de possession du téléphone) plutôt que la seule contrainte réglementaire. Rejoint la logique de Blocquaux sur le smartphone._

« Concernant l'interdiction des appareils dans les établissements scolaires, je soutiens cette mesure. Je suis, en revanche, extrêmement sceptique quant à une interdiction plus large. »

Emmanuelle Piquet (audite, audition cr09b, 2025-05-13)

_Réponse directe aux deux propositions soumises par la rapporteure : favorable à l'interdiction du portable au collège, opposée à une interdiction générale des réseaux aux mineurs. Position tranchée._

« Par ailleurs, que pensez-vous de l'éventuelle interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de quinze ou seize ans ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr09b, 2025-05-13)

_Question de la rapporteure sollicitant l'avis de l'experte sur les deux mesures phares du débat (portable au collège, majorité numérique à 15/16 ans)._

« les ENT ne sont pas l’objet central de notre commission, à savoir TikTok. »

Arthur Delaporte (president, audition de Mme Alixe Rivière e.a., 2025-05-15)

_Le président recadre la discussion, qui a largement dérivé vers les ENT et le droit à la déconnexion, vers l'objet réel de la commission ; marque la limite du hors-sujet._

« Le grand bouleversement est intervenu au moment où ont été créés simultanément les réseaux sociaux avec Facebook et le smartphone , avec l’iPhone. Cette « mauvaise rencontre » est à la source des problèmes que rencontrent les jeunes aujourd’hui et la dissociation de ces deux usages serait certainement vertueuse. »

Justine Atlan — Association e-Enfance (audite, audition cr18b, 2025-05-27)

_Pose la thèse fondatrice de l'association : le couple réseaux sociaux + smartphone est la racine du problème, justifiant sa position sur l'interdiction des smartphones._

« Nous serions donc favorables à l’interdiction de la vente des smartphones aux moins de 15 ans. »

Justine Atlan — Association e-Enfance (audite, audition cr18b, 2025-05-27)

_Préconisation forte et clivante allant au-delà de l'interdiction des réseaux sociaux : interdire la vente de smartphones aux moins de 15 ans._

« Il ne me semble pas envisageable d’interdire les écrans avant 15 ans ; ce n’est pas de cette manière que nous parviendrons à gérer cette situation. »

Philippe Babe — pédiatre, chef de service des urgences pédiatriques CHU Lenval (Nice) (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Position de nuance / à décharge sur l'interdiction : l'urgentiste juge irréaliste et inefficace une interdiction des écrans avant 15 ans, préférant l'éducation._

« qui correspond en quelque sorte à un « biberon » numérique. Ils s’abreuvent de ce biberon et, comme un bébé, hurlent quand on leur retire. »

Karine de Leusse — psychologue / psychothérapeute clinicienne (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Réponse à la rapporteure : l'objet smartphone favorise en lui-même l'usage régressif et excessif, au-delà du contenu._

« Je ne donnerais pas les clefs de ma voiture à mon fils de 8 ans. »

Anne-Hélia Roure — médecin psychiatre (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Analogie plaidant pour une régulation d'accès au smartphone selon l'âge et la maturité ; argument de l'auditionnée._

« Quel que soit le contenu qu’ils véhiculent, diriez-vous que les réseaux sociaux ont par nature un impact sur la santé mentale de nos jeunes ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr19a, 2025-05-28)

_Question de la rapporteure cherchant à faire établir un impact intrinsèque des réseaux, indépendant des contenus modérables._

« Je m’oppose fermement à l’utilisation des téléphones dans les établissements scolaires, car leur présence constitue invariablement un prétexte pour les utiliser en classe. »

Morgan Lechat — Monsieurlechat (audite, audition cr21d, 2025-06-03)

_Position tranchée du témoin sur le téléphone à l'école, contrastant avec sa neutralité sur l'interdiction des réseaux aux moins de 15 ans._

« quelles recommandations formuleriez-vous pour mieux encadrer leur usage ? Avez-vous expérimenté la pause numérique dans votre établissement ? Quel est votre avis sur cette pratique qui va se généraliser dès la rentrée prochaine ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr21d, 2025-06-03)

_La rapporteure sollicite des recommandations concrètes de terrain sur l'encadrement, dont la « pause numérique » à l'école._

« Nous devons répondre à une double injonction, celle de former impérativement les élèves aux compétences numériques et leur fournir les ressources nécessaires à une utilisation pertinente de ces outils, tout en luttant contre leurs effets pervers, ce qui nous contraint parfois à en contrôler l'usage, voire à l'interdire. »

Marc Pelletier — DGESCO (audite, audition de M. Marc Pelletier, 2025-06-05)

_Formule le paradoxe structurel de l'école : éduquer au numérique et en protéger simultanément — cadre la posture institutionnelle et justifie l'ambivalence des messages._

« L'expérimentation a concerné plus de 30 000 élèves, et les résultats de l'évaluation que nous avons pu en tirer témoignent d'une amélioration globale du climat scolaire, telle qu'elle a été rapportée par les établissements eux-mêmes, avec une augmentation des interactions entre les élèves ainsi qu'une plus grande sérénité dans l'espace de la classe. »

Marc Pelletier — DGESCO (audite, audition de M. Marc Pelletier, 2025-06-05)

_Chiffre et bilan de l'expérimentation « portable en pause » ; amélioration auto-rapportée par les établissements (pas une évaluation externe randomisée), à attribuer à cette source._

« nous avons mené une expérimentation visant à interdire totalement le portable, qu'il s'agisse de son port ou de son usage par les élèves. »

Stéphanie Gutierrez — DGESCO (audite, audition de M. Marc Pelletier, 2025-06-05)

_Précise la nature de l'expérimentation « portable en pause » : interdiction totale du port et de l'usage, au-delà de l'interdiction en activité pédagogique déjà prévue par la loi._