La comptabilité analytique et la transparence des coûts
La question de savoir si France Télévisions dispose d'une comptabilité analytique exploitable, et si les coûts de ses programmes sont transparents, traverse plusieurs auditions et oppose nettement la direction, les corps de contrôle et une organisation syndicale.
Le principal désaccord porte sur l'existence même de l'outil. Delphine Ernotte Cunci (Mme Delphine Ernotte Cunci) réfute frontalement le grief : « oui, Monsieur le rapporteur, nous avons bien une comptabilité analytique et la Cour des comptes ne dit pas autre chose », la controverse relevant selon elle d'un simple format de présentation par métier à fournir. Christian Vion (M. Christian Vion) tient la même ligne — « France Télévisions dispose bien sûr d'une comptabilité analytique ! » — et attribue le reproche des tutelles à une « profonde incompréhension » : il porterait sur une présentation par nature plutôt que par métier.
Les corps de contrôle nuancent ou contestent cette lecture. Thomas Cargill (IGF, M. Thomas Cargill) reconnaît une comptabilité par métier et par nature, mais souligne que « les outils de comptabilité interne permettent difficilement de croiser les deux » : hétérogénéité des systèmes d'information, temps de travail non rattaché à un objet, Radio France restant plus lisible par antenne. Le rapporteur Charles Alloncle (M. Thomas Cargill) oppose explicitement cette analyse aux propos d'Ernotte selon qui « tout allait bien ». Nacer Meddah (Cour des comptes, M. Nacer Meddah) juge que l'absence de comptabilité par nature empêche de chiffrer les coûts par chaîne, tout en relativisant certaines responsabilités : sur l'échec de Salto (perte de 57,7 M€), il évoque « un échec collectif qui résulte d'éléments exogènes à l'entreprise ». Jean-Jacques Cordival (SNPCA-CGC, M. Jean-Jacques Cordival) durcit le constat : la comptabilité analytique serait promise depuis 2015 sans jamais être mise en place, « dix ans » d'annonces sans conséquence sur les reconductions ni sanction des tutelles.
Le volet transparence des coûts oppose secret des affaires et exigence de traçabilité. En table ronde (M. Manuel Alduy e.a.), la direction verse les contrats et comptes rendus de comités à la data room et refuse de détailler les coûts oralement. Florent Dumont : « Les informations sur les coûts sont couvertes par le secret des affaires. » Arnaud Lesaunier invoque la concurrence — « je ne voudrais pas que mes tarifs et mes marges soient connus [...] de mes concurrents » — et la séparation ordonnateur/comptable comme garde-fou, là où le rapporteur y voit une dérobade. Alloncle met aussi en cause la traçabilité des avis des comités de déontologie.
Le rapporteur va jusqu'à insinuer une dissimulation — « Pourquoi avez-vous caché la véritable situation financière [...] depuis 2018 ? » (Mme Delphine Ernotte Cunci) — mais le terme « caché » reste une affirmation qu'il porte, non un fait établi par le corpus.
Qui en parle
- Delphine Ernotte Cunci (France Télévisions, Mme Delphine Ernotte Cunci) : l'outil existe ; seul le format de présentation par métier est en cause.
- Christian Vion (France Télévisions, M. Christian Vion) : même ligne ; le grief traduit une incompréhension technique (nature vs métier).
- Thomas Cargill (IGF, M. Thomas Cargill) : comptabilité réelle mais difficilement exploitable ; Radio France plus lisible.
- Nacer Meddah (Cour des comptes, M. Nacer Meddah) : l'absence de comptabilité par nature empêche le pilotage ; mise en place nécessaire.
- Jean-Jacques Cordival (SNPCA-CGC, M. Jean-Jacques Cordival) : promesse répétée depuis 2015 jamais tenue et non sanctionnée.
- Florent Dumont / Arnaud Lesaunier (France Télévisions, M. Manuel Alduy e.a.) : refus de détailler les coûts oralement (secret des affaires, concurrence, séparation ordonnateur/comptable) ; renvoi à la data room.
- Charles Alloncle (rapporteur, UDR) : pointe contradictions et défauts de traçabilité, et insinue une dissimulation financière.