France Info et l'information en continu
Le corpus oppose deux lectures de France Info TV : une chaîne d'information publique légitime mais tardive et coûteuse à installer, ou une chaîne dont la raison d'être est mise en cause. Le clivage principal court entre le rapporteur Charles Alloncle (UDR) et les dirigeants passés ou présents de France Télévisions, complété par les points de vue des acteurs privés du marché de l'information en continu.
Le procès de l'audience et du coût, porté par le rapporteur. Charles Alloncle avance des chiffres pour opposer moyens et résultats : selon lui (M. Alexandre Kara), « la part d'audience de France Info TV n'excède pas les 1 %, loin derrière les 3,4 % de CNews, les 2,8 % de BFM TV ou les 2 % de LCI ». Il résume son angle par une formule (M. Gilles Bornstein) : la chaîne serait « à la fois le cancre et l'enfant chéri de la télévision numérique terrestre », bénéficiant de moyens croissants (budget doublé, canal 16) pour une audience faible. Il questionne la « justification de son existence face à ses trois concurrents privés » et dénonce l'opacité des comptes en dramatisant l'écart des évaluations (28, 40 ou 100 M€) : « En définitive, combien la chaîne France Info coûte-t-elle au contribuable ? »
La défense par le service public et le temps long. Les responsables de France Télévisions ne contestent pas la légitimité d'une chaîne d'info publique. Selon Laurent Guimier (M. Laurent Guimier), son existence est « légitime et non discutable comme partout en démocratie », même si, arrivée la dernière, elle « met du temps à trouver son identité » — tout en restant la première plateforme numérique d'information. Gilles Bornstein (M. Gilles Bornstein) parle non de désamour mais d'« un amour naissant qui demande à être confirmé » et assume un repositionnement : « faire de France Info la chaîne du débat d'actualité ». Interrogé sur le coût, il répond : « je ne me suis jamais interrogé sur le coût global de notre grille de programmes », tout en illustrant les coûts cachés par les « frais de taxi » d'un plateau. Alexandre Kara (M. Alexandre Kara) va jusqu'à s'interroger publiquement — « Y a-t-il une chaîne de trop ? » — avant de conclure qu'elle a sa place, et relativise le débat d'audience selon la mesure retenue (Médiamétrie vs Reach) : « on peut faire dire beaucoup de choses aux chiffres ». Muriel Pleynet (M. Alexandre Kara) revendique l'atteinte de l'objectif de 7 millions de téléspectateurs fixé par Delphine Ernotte, mesure via Reach que le rapporteur juge trompeuse.
Le chiffrage. Christian Vion (M. Christian Vion) tranche entre les estimations divergentes en avançant « de l'ordre de 50 millions » (40 M€ de charges directes + une dizaine de moyens mutualisés), « certainement pas 100 M€ », tout en admettant l'imprécision et l'absence de comptabilité complète.
Le regard des acteurs privés. Rodolphe Belmer (M. Rodolphe Belmer) rapporte que chaque chaîne revendique une identité (LCI l'international, BFMTV le direct, CNews le débat d'opinions) et qu'aucun dirigeant ne conseille franceinfo. Thierry Thuillier (M. Laurent Guimier) relativise la thèse de la chaîne « de trop » : l'audience cumulée des chaînes d'info est passée « entre 2 et 3 % » à « 11,2 % au mois de mars ». Maxime Saada (M. Rodolphe Belmer) attribue le succès de CNews à une « parole plus libre » et affirme que la méthodologie de RSF mettant en cause son pluralisme « a été désavouée par l'ARCOM » — affirmation qui lui est propre. Le rapporteur rapporte enfin les propos d'Ernotte qualifiant « CNews » de « chaîne d'extrême droite » pour illustrer les tensions public/privé, sans que la commission ne les valide.
Qui en parle
- Charles Alloncle (rapporteur, UDR — M. Alexandre Kara, M. Gilles Bornstein, M. Rodolphe Belmer) : conteste l'audience (~1 %), le coût opaque et la raison d'être de France Info TV face au privé.
- Gilles Bornstein (France Télévisions — M. Gilles Bornstein) : « amour naissant », chaîne du débat d'actualité ; assume ne pas connaître le coût global.
- Alexandre Kara (France Télévisions — M. Alexandre Kara) : s'interroge sur le nombre de chaînes mais défend la place de France Info ; relativise les mesures d'audience.
- Muriel Pleynet (France Télévisions — M. Alexandre Kara) : objectif des 7 millions de téléspectateurs atteint (Reach).
- Laurent Guimier (M. Laurent Guimier) : légitimité non discutable d'une chaîne d'info publique, identité longue à trouver.
- Christian Vion (France Télévisions — M. Christian Vion) : coût estimé ~50 M€, non consolidé.
- Rodolphe Belmer, Thierry Thuillier (TF1), Maxime Saada (Canal+) (M. Laurent Guimier, M. Rodolphe Belmer) : acteurs privés — identités concurrentes, marché en forte croissance, positionnement et pluralisme de CNews.