Cyrielle Chatelain
Role dans la commission : Rapporteure de la commission — groupe ECOS (Écologiste et Social)
Biographie
Cyrielle Chatelain, née le 15 juillet 1987 à Montbéliard (Doubs), est une femme politique française, députée écologiste de la 2e circonscription de l'Isère et présidente du groupe Écologiste et Social à l'Assemblée nationale.
Issue d'une famille engagée (parents éducateurs spécialisés, militants antinucléaires et Greenpeace), elle est titulaire d'une double licence en philosophie et science politique et d'un master en entrepreneuriat dans l'économie sociale et solidaire. Elle adhère à Europe Écologie Les Verts (EÉLV) à 18 ans, en 2006, et est cosecrétaire fédérale des Jeunes Écologistes de 2008 à 2010.
Son parcours professionnel est centré sur les questions de logement et d'insertion : collaboratrice parlementaire du député EÉLV Éric Alauzet (2012-2014), chargée du logement et de l'hébergement des sans-abri au cabinet de Christophe Ferrari, président de la métropole de Grenoble (2015-2018), puis conseillère technique au cabinet de Bruno Bernard, président de la métropole de Lyon (2020-2022). Elle a aussi travaillé pour une fédération d'associations d'insertion par le logement.
Élue députée de l'Isère le 19 juin 2022 (52,13 % face au sortant Jean-Charles Colas-Roy, LREM), elle devient coprésidente du groupe écologiste avec Julien Bayou le 23 juin 2022, puis présidente seule à partir du 27 septembre 2022. Réélue en 2024 sous la bannière du Nouveau Front populaire (62,07 %), elle est reconduite le 16 juillet 2024 à la présidence du groupe Écologiste et Social. Son orientation est celle de l'écologie politique de gauche : elle articule justice sociale et transition écologique (« le désastre écologique est un désastre social »).
Le 18 février 2026, elle est désignée rapporteure de la commission d'enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques du secteur du numérique (présidée par Philippe Latombe, MoDem), dont elle a été l'une des initiatrices via son travail parlementaire « Numérique/s/ ».
Dans la commission
Rapporteure, Cyrielle Chatelain est de très loin l'intervenante la plus présente du corpus (417 interventions sur 45 auditions). Elle mène le questionnement de fond et imprime une ligne claire : la souveraineté numérique française est une ambition affichée mais non atteinte (« l'ambition affichée par la France en matière de souveraineté numérique peine à être satisfaite », M. Emmanuel Marcovitch), et la dépendance aux acteurs américains est à la fois technologique, économique et politique.
Traque du « faux souverain » (sovereign washing). C'est son angle le plus récurrent. Elle vise nommément les offres de « cloud de confiance » adossées à des technologies américaines : « nous voyons apparaître des opérateurs tels que Bleu Cloud et S3NS, qui sont souverains dans leur entité et leur financement, mais qui utilisent des technologies américaines, et pour cette raison ne prémunissent pas contre le risque de kill switch » (M. Laurent Vilboeuf). Elle dénonce Kyndryl, « acteur américain [...] qui se prévaut [...] des solutions cloud qu'il fournit au Nuage public pour se féliciter de contribuer à la souveraineté française » (des acheteurs publics), et rappelle que l'enjeu « n'est pas lié à la localisation des données, mais à l'opérateur de la capacité où elles sont stockées » (Mme Christel Heydemann).
SecNumCloud comme étalon, Cloud Act comme menace. Elle plaide pour aligner les certifications par le haut (« Serait-il pertinent [...] d'aligner la certification HDS sur les exigences de souveraineté de la qualification SecNumCloud ? », M. Laurent Vilboeuf) et pour l'export de la norme (« nous plaidons pour son déploiement au niveau européen », Mme Christel Heydemann). L'extraterritorialité du droit américain est son fil rouge : « On peut donc présumer qu'ils transmettraient volontiers les données qui pourraient leur être réclamées au titre du Cloud Act » (des acheteurs publics).
Charge contre Palantir. Elle est ouvertement critique : « À la lumière des prises de position de son fondateur, j'ai des doutes sur le respect du cadre légal par Palantir » ; « un opérateur dominant, dont le fondateur exprime des vues politiques hostiles au modèle européen et démocratique » (M. Dominique Luzeaux). Elle en fait un enjeu de vision du monde : « En fonction de la manière dont les données sont triées et analysées, Palantir impose donc une certaine vision du monde » (des directeurs de systèmes d’information de ministères).
Éthique de l'IA et modèle économique de captation. Elle interroge l'encadrement de l'IA de défense en citant Anthropic comme contre-modèle vertueux (refus des tirs sans intervention humaine et de la surveillance de masse, M. Dominique Luzeaux et M. Aiman Ezzat). Elle nomme la racine du problème : « la force du modèle américain, c'est la captation des données. C'est même la base de leur modèle économique » (Mme Maya Noël), un « modèle monopolistique où Google ou Microsoft tirent leurs revenus du fait d'avoir rendu les utilisateurs dépendants » (M. Bernard Benhamou), avec des stratégies de verrouillage : « Ce que je retiens, ce sont des stratégies de verrouillage (lock-in) » (des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche).
Défense de la puissance publique et du levier réglementaire. Contre le discours anti-État, elle défend la légitimité de l'opérateur public : « Entendre que l'État serait "l'adversaire de la nation" ne me semble ni juste, ni mesuré » (M. Antoine Duboscq) ; « la nation ne peut justement pas se réduire à une somme d'intérêts privés » (M. Antoine Duboscq) ; et souhaite « que l'État dispose d'une capacité de développement autonome, en plus de ses collaborations avec les acteurs privés » (M. Michel Paulin). Elle relativise le poids du lobbying comme preuve a contrario de l'efficacité de la régulation (« Si la régulation est absolument inopérante, pourquoi dépenser autant en lobbying ? », M. Yann Lechelle) et ne ménage pas les champions nationaux : « La start-up Mistral AI, elle fait du lobbying, c'est normal. [...] Elle défend son business aujourd'hui, et non l'intérêt général » (M. Thierry Breton).
Conditionnalité de l'argent public et scepticisme sur la « bulle IA ». Elle questionne l'efficacité des aides (« faut-il vraiment consacrer davantage d'argent à soutenir les investissements en R&D de boîtes qui seront revendues au bout de trois ou quatre ans ? », Mme Maya Noël ; les 264 Md€ chiffrés par le Cigref qui partent vers les solutions américaines, M. Arnaud Caudoux) et convoque une étude du MIT « selon laquelle le retour sur investissement pour les entreprises ayant développé l'IA générative est globalement égal à zéro » (Mme Maya Noël). Sur les data centers, elle doute qu'une infrastructure « située chez nous, mais qui ne nous appartiendra pas » réponde aux enjeux de souveraineté (M. Arnaud Caudoux).
Ligne d'ensemble : une rapporteure exigeante et systématique, qui refuse la souveraineté de façade, articule dépendance numérique et souveraineté démocratique, et défend un rôle actif de l'État régulateur et opérateur face à des modèles économiques et politiques jugés incompatibles avec les valeurs européennes.
Sources
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyrielle_Chatelain
- https://en.wikipedia.org/wiki/Cyrielle_Chatelain
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA794008
- https://www.cyriellechatelain.fr/qui-je-suis/
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/cnpe/ce-dependance-numerique
- https://www.usine-digitale.fr/souverainete/souverainete-numerique-lassemblee-nationale-vote-la-creation-dune-commission-denquete-sur-les-dependances-structurelles-et-vulnerabilites-systemiques.T6ZHYHBUOBGSZJFRLOK3NPZBMA.html