Mesure de l'audience et méthodologie
Sur ce sujet, le corpus ne contient pas de controverse : il contient un avertissement. Une seule audition l'alimente — celle de Médiamétrie (M. Yannick Carriou, 2025-04-03) — et elle sert moins à établir des chiffres qu'à délimiter ce que les chiffres peuvent dire. Le sujet est descriptif : aucun verbatim ne défend ni n'attaque TikTok, les six citations disponibles portent toutes sur la méthode.
La première borne posée par Yannick Carriou est dirigée contre l'intuition. Il ouvre en mettant en garde : « nous sommes parfois un peu victimes d’une sociologie de proximité et nous sommes enclins à tirer des conclusions à partir du comportement de nos enfants ou de nos voisins. » L'avertissement vise l'expérience personnelle comme source de preuve, à l'ouverture même des travaux d'une commission dont le sujet — les effets sur les mineurs — expose particulièrement à ce biais. Il s'y applique à lui-même : interpellé sur une comparaison entre Snapchat et TikTok, il se reprend et concède, « j’ai peut-être manqué de rigueur scientifique […] cette remarque était effectivement plutôt intuitive ».
La seconde borne est celle de son propre métier. Carriou refuse explicitement de sortir de la mesure : « Le métier de Médiamétrie est de mesurer les usages, donc je m’abstiendrai de tout commentaire au-delà de cet aspect », renvoyant aux « experts que vous recevrez » le soin de compléter son « diagnostic factuel et plat ». Il en donne la raison technique par une image qu'il file : « notre travail permet de mesurer le nombre de fois où les gens entrent dans une maison au cours de la journée et combien de temps ils y restent, mais pas de savoir ce qu’il s’y passe. » La mesure d'audience — panel, « meters », recalage sur données massives, selon le dispositif qu'il décrit — quantifie la fréquentation et le temps passé, pas les contenus consommés.
De là découle le point le plus lourd de conséquences du sujet, et il est latent plutôt qu'énoncé : « Les seuls qui seraient capables de fournir ces informations sont les éditeurs eux-mêmes. » Autrement dit, sur la question qui intéresse la commission — que voient les mineurs ? —, la mesure indépendante est structurellement aveugle, et la connaissance est détenue par la partie mise en cause. Cette dépendance n'est pas discutée dans le matériau de ce sujet ; elle est simplement constatée.
Le cadrage est repris par la rapporteure, qui en fait la règle de la commission : Laure Miller (M. Yannick Carriou) annonce vouloir « objectiver les choses et […] établir un diagnostic, en nous appuyant non pas sur des impressions mais sur des données robustes ». La convergence est nette entre le mesureur et la commission sur la méthode — elle ne dit rien, à ce stade, du fond.
Qui en parle
- Yannick Carriou (Médiamétrie, audité, M. Yannick Carriou, 2025-04-03) — porte à lui seul l'essentiel du sujet. Ligne : la mesure par panel prime sur le déclaratif ; Médiamétrie s'en tient aux usages et refuse de commenter les effets ; la mesure ne caractérise ni les contenus ni ce qui se passe dans les applications, seuls les éditeurs le peuvent.
- Laure Miller (rapporteure, EPR, M. Yannick Carriou, 2025-04-03) — fixe la méthode des travaux : diagnostic objectivé sur données robustes, pas sur impressions.