Pénétration et âge des utilisateurs mineurs
Sur ce sujet, le corpus ne discute presque jamais l'existence de la règle d'âge : il discute son effectivité. La ligne de fracture passe entre ceux qui décrivent une présence massive de mineurs, y compris très jeunes, derrière des déclarations d'âge fausses, et ceux qui opposent des chiffres d'audience majoritairement adulte — chiffres qui, dans le matériau, portent sur Snapchat et Twitch plutôt que sur TikTok.
Du côté de la présence massive, l'argument s'appuie d'abord sur des remontées de terrain. Samuel Comblez (cr18b) parle d'un « rajeunissement des utilisateurs qui nous contactent sur le 3018, bien avant l'entrée au collège », et avance qu'« à peu près 25 % de nos utilisateurs sont des enfants très jeunes » — donnée attribuée au 3018, portée par l'association e-Enfance. Cyril Colliou (cr30a) pose le cadre juridique pour en constater le contournement : les enfants ne devraient pas accéder aux réseaux avant 13 ans, ni sans consentement parental entre 13 et 15 ans, « or nombre d'enfants de moins de 15 ans y accèdent en totale autonomie ». Mathieu Barrère (cr21c) ajoute le témoignage journalistique — « nous avons rencontré et discuté avec de très nombreux mineurs présents sur ces plateformes » — et décrit une fracture générationnelle qui prive les parents de repères : « les quinze à trente ans connaissent presque tous ces deux plateformes, tandis que la majorité des plus de quarante ans en ignore jusqu'à l'existence ».
Arthur Delaporte, lui, martèle le point de bascule : ce n'est pas la présence des mineurs qui l'intéresse, c'est le fait qu'elle échappe aux dispositifs. « Tout ce que vous proposez pour les enfants n'est pas opérant, parce que la plupart mentent au sujet de leur âge » (cr30b), puis, dans la même audition : « au moins la moitié de vos utilisateurs mineurs apparaissent comme majeurs et ne bénéficient donc pas des modalités de protection renforcée ». La fiche brute précise que ce dernier chiffre est une déduction du président, tirée de l'écart entre mineurs déclarés et mineurs estimés, non confirmée par la plateforme. Le présupposé de l'échange est là, jamais formulé : la protection des mineurs est indexée sur la déclaration du mineur lui-même.
À décharge, Sarah Bouchahoua (cr30b) oppose une explication démographique à ce soupçon : « c'est le fameux effet Harry Potter : Snapchat a été créé en 2011, et les adolescents d'alors sont devenus des adultes ». Nasser Sari (cr24e) conteste de même l'image d'une audience enfantine — « sur Snapchat, mon réseau principal, à plus de 87 % ce sont des majeurs » — chiffre qu'il avance lui-même, non vérifié par la commission, et fait valoir une mesure concrète : il commence ses lives Twitch « presque toujours après minuit, pour faire en sorte que seulement un minimum de mineurs puisse regarder ».
Deux éléments de contexte encadrent le débat sans le trancher : Yannick Carriou (M. Yannick Carriou) situe la dynamique — « TikTok a plus que quadruplé son audience » entre 2020 et 2025, en partie du fait d'une implantation plus récente, précise-t-il ; et Stéphane Vojetta (cr21c) décrit un « rabattage » par messages directs visant « de jeunes femmes, parfois même à des adolescentes », pour les pousser à ouvrir un compte.
Qui en parle
- Samuel Comblez (audité, Association e-Enfance, cr18b) — rajeunissement observé sur le 3018 ; ~25 % de très jeunes enfants parmi les sollicitations.
- Cyril Colliou (audité, Office mineurs (Ofmin) — DNPJ, cr30a) — le cadre 13 ans / consentement parental 13-15 ans est contourné en totale autonomie.
- M. Mathieu Barrère (audité, Envoyé spécial — France télévisions, cr21c) — de très nombreux mineurs rencontrés sur des plateformes réservées aux majeurs ; fracture générationnelle 15-30 / plus de 40 ans.
- Arthur Delaporte (président, commission d'enquête, cr30b) — les protections sont inopérantes tant que l'âge déclaré est faux ; estime qu'au moins la moitié des mineurs passent pour majeurs (déduction non confirmée par la plateforme).
- Sarah Bouchahoua (audité, Snapchat, cr30b) — « effet Harry Potter » : un âge moyen élevé s'explique par le vieillissement des premiers utilisateurs.
- M. Nasser Sari (audité, cr24e) — plus de 87 % de majeurs sur son audience Snapchat ; lives Twitch programmés après minuit.
- Yannick Carriou (audité, Médiamétrie, M. Yannick Carriou) — audience de TikTok plus que quadruplée entre 2020 et 2025.
- M. Stéphane Vojetta (député, EPR, cr21c) — le « rabattage » par messages directs cible parfois des adolescentes.