La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Modération par IA et intervention humaine

Devant la commission, personne ne défend une modération purement humaine : le débat porte sur ce que la machine sait faire, et surtout sur ce que son insuffisance révèle — une limite technique ou un arbitrage d'entreprise.

Le point de départ est un ordre de grandeur. Gilles Dowek (Inria, cr05a) pose que « seul un ordinateur est en mesure de contrôler l’ensemble des vidéos – dont le nombre doit s’élever à 1 million, au bas mot – qui sont postées, quotidiennement, sur la plateforme ». Le chiffre est le sien, donné « au bas mot », et il ferme d'emblée l'hypothèse d'un contrôle humain exhaustif. Miloude Baraka (Live'up Agency, cr21a) le confirme à son échelle : avec « 800 influenceurs actifs simultanément », son agence ne dispose « ni des ressources humaines ni des infrastructures nécessaires ».

De là, plusieurs auditionnés déplacent la question du possible vers le voulu. Valentin Petit (agence CAPA, cr30c) avance un argument de symétrie : « Si l’algorithme est capable de pousser ces contenus viraux (…), il est tout aussi capable de les détecter. La modération pourrait donc facilement être plus active. » Hugo Micheron (Ceri / Sciences Po, cr30c) tient la même ligne sur le plan technique — « Il est tout à fait possible, grâce à l’intelligence artificielle, de mettre en place une modération basée sur la sémantique » — et l'étend à la souveraineté : « Nous avons en France tous les ingénieurs tech qu’il faut ». Simon Corsin (Mindie / Snapchat, cr28b) fait tomber le dernier verrou invoqué, celui du coût : la modération par IA sera « bien plus efficace qu’aujourd’hui, à un coût raisonnable ». Il présente cela comme une anticipation, pas comme un résultat démontré.

Le contre-argument ne nie pas la capacité, il attaque la qualité. Baraka décrit une IA qui « manque cruellement de nuance, notamment en ce qui concerne la compréhension de l'humour et des expressions idiomatiques », et produit l'exemple d'un influenceur « banni définitivement, sans possibilité de recours » pour avoir dit « je n'aime pas quand il y a des blancs comme ça » — anecdote qu'il rapporte lui-même, en tant que partie sanctionnée, et que la commission ne vérifie pas. Rayna Stamboliyska (RS Strategy, cr04a) refroidit l'enthousiasme d'une autre manière : « L'IA est à la mode, mais les pratiques ne sont pas toujours vertueuses ». Et Anton'Maria Battesti (Meta, cr28a) donne la formule de la doctrine des plateformes : « C’est ceinture et bretelles ! Il faut des humains, parce que l’IA ne peut pas tout faire, et il faut plus d’IA pour ce qu’elle sait faire. »

Les deux camps ne se croisent donc pas tout à fait : les uns parlent de détection, les autres de discernement. Ce qui reste latent, c'est la question du dernier mot. Serge Abiteboul (Inria / ENS, cr05a) rappelle que « chez Facebook – je suppose qu’il en va de même chez TikTok –, l’algorithme ne peut pas décider de fermer un compte » — la supposition est explicite et non vérifiée pour TikTok. Le président Arthur Delaporte (cr05a) en tire la conséquence en citant l'ouvrage des auditionnés : « La responsabilité des actes d’un algorithme incombe à ceux qui le conçoivent et l’utilisent ». Un élément factuel vient tempérer le récit d'une automatisation triomphante : M. X, ancien modérateur TikTok chez Teleperformance (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux), déclare qu'« En 2023, nous n’avions pas d’outil d’intelligence artificielle ; je ne sais pas si c’est désormais le cas. »

Qui en parle

  • Gilles Dowek (Inria, cr05a) — l'échelle rend la modération automatisée inévitable (1 million de vidéos/jour, chiffre qu'il donne « au bas mot »).
  • Serge Abiteboul (Inria / ENS, cr05a) — l'algorithme propose, l'humain décide ; extension à TikTok explicitement supposée, non vérifiée.
  • Arthur Delaporte (président, cr05a) — ancre la responsabilité des décisions algorithmiques chez leurs concepteurs et utilisateurs.
  • Rayna Stamboliyska (RS Strategy, cr04a) — prudence de principe sur l'IA comme solution de blocage.
  • Miloude Baraka (Live'up Agency, cr21a) — la voix la plus fournie du sujet : impossibilité d'un contrôle humain des lives, faux positifs de l'IA, 15 à 20 signalements automatiques par mois pour ~1 000 influenceurs actifs (ses chiffres, sa base).
  • Anton'Maria Battesti (Meta, cr28a) — doctrine plateforme du « ceinture et bretelles » : IA + humain, pas l'un sans l'autre.
  • Thibault Guiroy (YouTube, cr28a) — volumétrie revendiquée par la plateforme : 8 à 9 millions de vidéos retirées par trimestre dans le monde, environ 65 000 en France.
  • Simon Corsin (Mindie / Snapchat, cr28b) — prospective : l'IA lèvera bientôt la contrainte coût/qualité.
  • Valentin Petit (agence CAPA, cr30c) — argument de symétrie : recommander, c'est pouvoir détecter.
  • Hugo Micheron (Ceri / Sciences Po, cr30c) — modération sémantique faisable et ingénieurs disponibles en France : l'obstacle n'est pas technique.
  • M. X (ancien modérateur TikTok / Teleperformance, Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) — aucun outil d'IA à disposition des modérateurs sous-traitants en 2023.
Interventions regroupées (15 citations · 7 auditions)

Domaine : Modération & signalements · Sujet : ia-moderation

Couverture : 15 citations · 5 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : ia-moderation, ia-moderation-prudence, moderation-automatique-ia, moderation-ia-humain, moderation-semantique-ia, intelligence-artificielle-moderation, intervention-humaine-responsabilite_

Positions exprimées

  • M. Hugo Micheron (cr30c) : Une modération sémantique par IA est techniquement possible ; l'inaction relève de l'absence de volonté, non d'un obstacle technique. _(tranchant 4)_
  • MM. Serge Abiteboul (cr05a) : L'algorithme est écrit, vérifiable et modifiable par des humains ; la responsabilité incombe à ceux qui le conçoivent et l'utilisent. Le grand public croit à tort les machines autonomes. _(tranchant 3)_
  • M. Miloude Baraka (cr21a) : La modération automatique de TikTok est excessivement punitive envers les agences et manque cruellement de nuance sur l'humour et les expressions idiomatiques, produisant des faux positifs et des amendes injustifiées. _(tranchant 3)_
  • Mme Rayna Stamboliyska (cr04a) : Prudence sur l'IA comme solution de blocage : pratiques non vertueuses, prédation de contenus ; des IA non génératives existent déjà mais restent difficiles à imposer aux plateformes. _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (cr28a) : La qualité de la modération ne se mesure pas au seul nombre de modérateurs mais à la combinaison IA + humain (« ceinture et bretelles »); l'humain reste indispensable pour le contexte et les appels. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« L'IA est à la mode, mais les pratiques ne sont pas toujours vertueuses, comme la prédation de contenus. Je serai donc assez prudente s'agissant de son utilisation. »

Rayna Stamboliyska — RS Strategy (audite, audition cr04a, 2025-04-23)

_Réponse prudente à la proposition (dép. Perez) d'utiliser l'IA pour bloquer les moins de 13 ans : l'IA n'est pas une solution évidente._

« chez Facebook – je suppose qu’il en va de même chez TikTok –, l’algorithme ne peut pas décider de fermer un compte : il ne peut que le proposer, la décision revenant à une personne. »

Serge Abiteboul — Inria / ENS (audite, audition cr05a, 2025-04-23)

_Précise la place de l'humain dans les décisions de modération ; supposition (« je suppose ») pour TikTok, non vérifiée._

« seul un ordinateur est en mesure de contrôler l’ensemble des vidéos – dont le nombre doit s’élever à 1 million, au bas mot – qui sont postées, quotidiennement, sur la plateforme, afin de censurer celles qui, par exemple, contiennent des injures. »

Gilles Dowek — Inria (audite, audition cr05a, 2025-04-23)

_Chiffre (1 million de vidéos/jour, ordre de grandeur donné par Dowek « au bas mot ») justifiant l'inévitabilité d'une modération automatisée à grande échelle._

« La responsabilité des actes d’un algorithme incombe à ceux qui le conçoivent et l’utilisent »

Arthur Delaporte (president, audition cr05a, 2025-04-23)

_Le président cite l'ouvrage des auditionnés pour ancrer la responsabilité humaine et de la plateforme dans l'algorithme._

« Il nous est matériellement impossible de surveiller en permanence tous les lives de l'ensemble de nos influenceurs. Avec 800 influenceurs actifs simultanément, nous ne disposons ni des ressources humaines ni des infrastructures nécessaires pour un tel contrôle. »

Miloude Baraka — Live'up Agency (audite, audition cr21a, 2025-06-03)

_Aveu de l'impossibilité d'un contrôle humain en temps réel des lives, l'agence n'employant que des prestataires à temps partiel. Souligne la dépendance à la modération automatique et à l'auto-signalement entre créateurs._

« Il semble que TikTok utilise une intelligence artificielle pour détecter les contenus potentiellement problématiques, mais ce système manque cruellement de nuance, notamment en ce qui concerne la compréhension de l'humour et des expressions idiomatiques. »

Miloude Baraka — Live'up Agency (audite, audition cr21a, 2025-06-03)

_Critique de l'auditionné sur les limites de la modération automatique de TikTok (faux positifs sur l'humour et les idiomes). Appréciation de Baraka, partie prenante sanctionnée ; à mettre en regard de son éloge de la rigueur de TikTok sur les contenus sexuels._

« Un de nos influenceurs a été banni définitivement, sans possibilité de recours, pour avoir utilisé l'expression « je n'aime pas quand il y a des blancs comme ça » en parlant d'un silence dans une conversation. L'IA a interprété cela comme un propos raciste, ignorant totalement le contexte et le sens réel de l'expression. »

Miloude Baraka — Live'up Agency (audite, audition cr21a, 2025-06-03)

_Exemple concret avancé par l'auditionné de faux positif de la modération automatique. Illustre un défaut de compréhension contextuelle et linguistique de l'IA ; anecdote non vérifiée par la commission._

« nous recevons en moyenne quinze à vingt signalements automatiques par mois de la part de TikTok. Ces signalements concernent notre base de 1 200 influenceurs, dont environ 1 000 sont actifs. Je précise ici que je fais uniquement référence aux signalements émanant de l'algorithme de TikTok, et non à ceux effectués par les utilisateurs. »

Miloude Baraka — Live'up Agency (audite, audition cr21a, 2025-06-03)

_Ordre de grandeur des signalements automatiques (15-20/mois pour ~1 000 actifs) avancé par l'auditionné. Chiffre à attribuer à Baraka ; ne couvre pas les signalements des utilisateurs, invisibles pour l'agence._

« C’est ceinture et bretelles ! Il faut des humains, parce que l’IA ne peut pas tout faire, et il faut plus d’IA pour ce qu’elle sait faire. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Formule résumant la doctrine des plateformes: la modération n'est pas qu'un nombre de modérateurs mais une combinaison IA + humain. Répond à la question de l'évolution des effectifs._

« Nous retirons 8 à 9 millions de vidéos par trimestre dans le monde et, ce qui est assez peu, environ 65 000 par trimestre en France. »

Thibault Guiroy — YouTube (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Volumétrie de retrait avancée par YouTube; sert à illustrer l'échelle et l'efficacité revendiquée de la modération (chiffres de la plateforme)._

« Dans un futur extrêmement proche, voire dès aujourd’hui, la modération pourra être effectuée par l’IA, de manière plus automatisée. J’estime que nous pourrions très bientôt obtenir une modération bien plus efficace qu’aujourd’hui, à un coût raisonnable. »

M. Simon Corsin — Mindie / Snapchat (audite, audition cr28b, 2025-06-17)

_Anticipation du témoin : l'IA lèverait bientôt la contrainte coût/qualité de la modération — prospective personnelle, non un résultat démontré, mais qui affaiblit l'argument du coût prohibitif._

« Si l’algorithme est capable de pousser ces contenus viraux, qui associent hashtags , musiques, challenges, etc., il est tout aussi capable de les détecter. La modération pourrait donc facilement être plus active. »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Argument de symétrie technique : la capacité de recommandation implique la capacité de détection. Renforce la thèse d'une inaction volontaire._

« Il est tout à fait possible, grâce à l’intelligence artificielle, de mettre en place une modération basée sur la sémantique »

Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Recommandation technique centrale : passer de la modération par mot-clé à une modération sémantique par IA, présentée comme faisable et déjà pratiquée à Sciences Po._

« Nous avons en France tous les ingénieurs tech qu’il faut pour nous outiller et penser une démocratie numérique costaude, capable de résister à du contenu haineux en ligne. »

Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Recommandation unique s'il n'en fallait qu'une : souveraineté technique française pour bâtir des outils de contrôle. Appel à l'action pour le législateur._

« En 2023, nous n’avions pas d’outil d’intelligence artificielle ; je ne sais pas si c’est désormais le cas. »

M. X — ancien modérateur TikTok / Teleperformance (audite, audition de Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 2025-06-26)

_Précise l'absence d'aide par IA pour les modérateurs en 2023, sans certitude sur la période récente. Nuance le débat sur le rôle de l'automatisation dans la modération._