La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Outils, référentiel et co-construction

La commission se heurte à une question d'architecture plus que de bonne volonté : faut-il fixer aux plateformes un référentiel de modération opposable, ou continuer à miser sur des outils partagés, des chartes et un dialogue que plusieurs auditionnés décrivent comme resté sans effet ? La tension ne sépare pas deux camps bien rangés — elle traverse jusqu'aux propos d'une même ministre.

Du côté du référentiel contraignant, l'argument est d'abord juridique. Jean-Baptiste Boisseau (AVI, cr13b) situe le blocage dans un critère trop haut : « Actuellement, de nombreuses plateformes se retranchent derrière l'argument de l'absence d'illicéité manifeste pour justifier leur inaction. » Sans grille commune, dit-il en substance, l'inaction est légale. Le reproche se double d'un constat d'inertie opérationnelle : selon Alejandra Mariscal Lopez (Point de Contact, cr14c), « aucune plateforme n'utilise encore cet outil » — l'outil proactif Disrupt — et « TikTok […] nous a donné un avis favorable, mais nous attendons toujours depuis cinq mois ». L'écart pointé n'est pas entre refus et acceptation, mais entre accord de principe et mise en œuvre. Justine Atlan (e-Enfance, cr18b) va plus loin en expliquant son départ du safety board de TikTok : « leur cœur de problème réside dans leur modèle économique et […] leurs algorithmes n'étaient absolument pas contestés » ; l'association décrit son travail comme « colmater les brèches ». C'est une accusation portée par elle, non un constat validé par la commission — et elle vise la coconstruction elle-même, jugée décorative.

À l'inverse, la coopération garde une défense assumée. Clara Chappaz (ministre déléguée, cr29b) l'affirme sans détour : « je crois en la coconstruction avec les plateformes. » Elle rapporte aussi une mesure invoquée par TikTok face aux vidéos prônant l'extrême maigreur — des contenus explicatifs mis en avant — mais assortit immédiatement ce point à décharge d'une réserve : « Je ne sais pas si cela fonctionne ». Et elle referme sur un ultimatum : « Soit nous le faisons ensemble, soit nous le faisons contre elles ». Même voix, deux registres : la contrainte n'est pas présentée comme l'alternative à la coconstruction, mais comme son horizon en cas d'échec. Marion Joud (Mme Marion Joud) tient une ligne voisine, proposant d'étendre à TikTok la charte signée avec YouTube sans nécessairement la rendre obligatoire, et renvoyant l'arbitrage au législateur.

Le matériau fait apparaître un présupposé que le débat ne formule pas : réguler suppose de savoir ce qui circule. Or Lucile Petit (Arcom, cr13c) rappelle que « le DSA ne s'applique pas aux messageries privées des plateformes », et la DGS décrit une veille artisanale — Kerian Berose-Perez (Mme Sarah Sauneron) explique que « notre équipe utilise des comptes enfants et adolescents pour explorer les réseaux sociaux », quand Sarah Sauneron (Mme Sarah Sauneron) présente la détection du « Paracétamol challenge » avant sa médiatisation comme un succès. Arthur Delaporte (président, Mme Sarah Sauneron) en tire une conclusion sèche : « il n'existe actuellement aucun véritable système de veille opérationnel. »

Qui en parle

  • M. Jean-Baptiste Boisseau — Collectif d'aide aux victimes d'influenceurs (AVI), cr13b : demande un référentiel clair de modération et un blocage administratif, pour ôter aux plateformes l'argument de l'absence d'illicéité manifeste.
  • Mme Alejandra Mariscal Lopez — Point de Contact, cr14c : documente la non-adoption de l'outil proactif Disrupt, TikTok compris ; plaide le passage d'une modération ex post à une prévention en amont.
  • Mme Justine Atlan — Association e-Enfance, cr18b : justifie son départ du safety board de TikTok ; accuse l'instance de ne jamais toucher à l'algorithme ni au modèle économique.
  • Mme Clara Chappaz — ministre déléguée chargée de l'IA et du numérique, cr29b : porte les deux termes de l'axe — coconstruction revendiquée, doute sur l'efficacité des mesures TikTok, ultimatum final.
  • Mme Marion JoudMme Marion Joud : propose d'étendre à TikTok la charte de bonne conduite signée avec YouTube pour les médecins-influenceurs, sans trancher son caractère obligatoire.
  • Mme Lucile Petit — Arcom, cr13c : signale l'angle mort du DSA sur les messageries privées.
  • M. Yann Lescop — Point de Contact, cr14c : illustre l'action hors cadre DSA (fermeture d'un canal de 200 000 personnes avec StopFisha).
  • M. Kerian Berose-Perez et Mme Sarah Sauneron — Direction générale de la santé, Mme Sarah Sauneron : décrivent la veille de l'État sur les tendances émergentes (SkinnyTok, « Paracétamol challenge »).
  • M. Arthur Delaporte — président, cr18b et Mme Sarah Sauneron : relance sur le départ du safety board ; conclut à l'absence de système de veille opérationnel.
Interventions regroupées (12 citations · 7 auditions)

Domaine : Modération & signalements · Sujet : outils-referentiel

Couverture : 12 citations · 4 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : outil-disrupt, referentiel-moderation-arcom, safety-board-tiktok, charte-bonnes-pratiques, coconstruction-plateformes, veille-tendances-emergentes, moderation-messageries-privees, messageries-privees_

Positions exprimées

  • M. Jean-Baptiste Boisseau (cr13b) : Établir un référentiel clair de modération et un blocage administratif pour empêcher les plateformes de se retrancher derrière l’absence d’illicéité manifeste. _(tranchant 3)_
  • Mme Alejandra Mariscal Lopez (cr14c) : Les plateformes, TikTok compris, tardent à adopter des dispositifs proactifs comme Disrupt ; il faut passer d'une modération ex post à une prévention en amont. _(tranchant 3)_
  • Mme Marion Joud (Mme Marion Joud) : La charte de bonne conduite signée avec YouTube pour les médecins-influenceurs doit être étendue aux autres plateformes dont TikTok, sans nécessairement la rendre obligatoire (décision du législateur). _(tranchant 3)_
  • Mme Clara Chappaz (cr29b) : Avec les plateformes, il faut allier fermeté et coconstruction, sans naïveté : les faire participer à des solutions positives d’éducation, tout en assumant la régulation contrainte. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Actuellement, de nombreuses plateformes se retranchent derrière l’argument de l’absence d’illicéité manifeste pour justifier leur inaction. »

M. Jean-Baptiste Boisseau — Collectif d’aide aux victimes d’influenceurs (AVI) (audite, audition cr13b, 2025-05-20)

_Justifie la demande d’un référentiel de modération : sans critère clair, les plateformes invoqueraient l’absence d’illicéité manifeste pour ne pas agir. Un référentiel permettrait un premier tri sans passer par la voie judiciaire._

« Il faut toutefois préciser que le DSA ne s’applique pas aux messageries privées des plateformes. »

Mme Lucile Petit — Arcom (audite, audition cr13c, 2025-05-20)

_Signale un angle mort majeur de la régulation : le DSA ne couvre pas les messageries privées, alors que des utilisateurs y sont renvoyés depuis les réseaux. Limite structurelle du cadre._

« À ce jour, aucune plateforme n’utilise encore cet outil, malgré nos sollicitations auprès des grandes plateformes membres de Point de Contact depuis décembre 2024. TikTok, qui fait partie des acteurs avec lesquels nous avons davantage avancé dans les discussions, nous a donné un avis favorable, mais nous attendons toujours depuis cinq mois. »

Alejandra Mariscal Lopez — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_À charge sur l'inertie des plateformes : leur outil proactif Disrupt n'est adopté par aucune, TikTok ayant donné un avis favorable resté sans suite depuis cinq mois ; illustre l'écart entre discours et action._

« Récemment, en collaboration avec l’association StopFisha, nous avons réussi à faire fermer un canal de 200 000 personnes qui exposait des personnes haïtiennes. »

Yann Lescop — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Exemple d'action concrète sur Telegram via infiltration de canaux ; illustre les moyens d'action hors régulation européenne, Telegram n'étant pas encore soumis au DSA en tant que très grande plateforme._

« Pour quelles raisons ? »

Arthur Delaporte (president, audition cr18b, 2025-05-27)

_Relance du président sur le motif du départ du safety board de TikTok, qui appelle la réponse éthique d'Atlan._

« Mais nous avons fait le constat que leur cœur de problème réside dans leur modèle économique et que leurs algorithmes n’étaient absolument pas contestés et travaillés. Nous passions notre temps à « colmater les brèches », sans toucher le cœur du problème. »

Justine Atlan — Association e-Enfance (audite, audition cr18b, 2025-05-27)

_Explique le départ du safety board : accusation que l'algorithme et le modèle économique ne sont jamais remis en cause. Position de l'association, non un constat validé par la commission._

« Nous avions également identifié le phénomène SkinnyTok par nos propres moyens, car notre équipe utilise des comptes enfants et adolescents pour explorer les réseaux sociaux. »

Kerian Berose-Perez — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Révèle le caractère artisanal de la veille de l'État : des agents créent des comptes fictifs d'enfants/ados, faute de dispositif structuré._

« Ce dispositif nous a notamment permis d’identifier le « Paracétamol challenge » avant sa médiatisation dans la presse, ce qui nous a permis de suivre étroitement la situation. »

Sarah Sauneron — Direction générale de la santé (DGS) (audite, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Exemple de veille via la Dicom présenté comme un succès de détection précoce d'un challenge dangereux._

« Cela signifie donc qu’il n’existe actuellement aucun véritable système de veille opérationnel. »

Arthur Delaporte — SOC (president, audition de Mme Sarah Sauneron, 2025-06-16)

_Le président tire une conclusion sèche des réponses de la DGS : l'État n'a pas de veille structurée sur les tendances dangereuses._

« je crois en la coconstruction avec les plateformes. »

Clara Chappaz — Ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique (audite, audition cr29b, 2025-06-19)

_Assume une posture de dialogue avec les plateformes, en complément (non en substitution) de la régulation. Nuance la ligne purement coercitive._

« face aux vidéos prônant l’extrême maigreur, TikTok a expliqué mettre en avant des contenus qui présentent aux utilisateurs des explications sur ce type de tendances. Je ne sais pas si cela fonctionne »

Clara Chappaz — Ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique (audite, audition cr29b, 2025-06-19)

_Rapporte la défense de TikTok (contenus explicatifs face à l’extrême maigreur) avec réserve explicite sur son efficacité. Élément à décharge nuancé._

« Soit nous le faisons ensemble, soit nous le faisons contre elles ; mais, dans tous les cas, nous avancerons pour protéger nos enfants. »

Clara Chappaz — Ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique (audite, audition cr29b, 2025-06-19)

_Mot de conclusion : ligne de fermeté finale, ultimatum aux plateformes. Synthétise la posture fermeté + coconstruction._