La part du citoyen

Énergies renouvelables et mix électrique

Hydroélectricité et concessions hydrauliques

Synthèse

Le corpus fait apparaître un large consensus parmi les intervenants : l'ouverture à la concurrence des concessions hydrauliques exigée par la Commission européenne n'est pas souhaitable. Pour M. Henri Proglio (M. Henri Proglio), la France doit s'y opposer catégoriquement, quitte à payer des amendes, car les barrages « appartiennent à la nation » et leur valeur réside dans le stockage et l'optimisation du système : « il est hors de question que la France se prive de ses barrages ! La France doit opposer un niet à l'Europe. » Une table ronde (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) qualifie le passage à des actionnaires privés étrangers de « risque stratégique inacceptable », argument repris par Philippe Page Le Mérour qui juge inaudible que des propriétaires privés, « dont nous ignorerions tant la nationalité que les intentions », contrôlent des barrages situés parfois en amont de centrales nucléaires. La table ronde M. Jacky Chorin e.a. plaide pour maintenir l'hydraulique, « première EnR pilotable », dans une EDF intégrée. M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) appelle à un renouvellement sans mise en concurrence avec EDF comme exploitant public, fort selon lui d'un « consensus national depuis 2019 ».

Un deuxième constat partagé concerne le coût de l'inaction. Plusieurs intervenants estiment que le contentieux a stérilisé les investissements. M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) parle d'un blocage juridique ayant « stérilisé pendant des années le développement du potentiel hydroélectrique et des Step » : « les conditions économiques pourraient être remplies mais le droit ne le permet pas. » M. Bensasson chiffre le contentieux à « bientôt vingt ans » et rappelle deux mises en demeure de la Commission depuis 2015 (abus de position dominante et droit des concessions).

Les clivages portent sur la cause du blocage et sur la marge de manœuvre. Mme Ségolène Royal (Mme Ségolène Royal) défend que refuser l'ouverture était « la bonne décision protectrice » et impute la non-modernisation à une défaillance du PDG d'EDF, non au droit : « Si le patron d'EDF n'a pas réalisé les investissements, ce n'est pas sérieux. » Cette lecture s'oppose frontalement à celle de MM. Lévy et Bensasson, qui pointent un verrou juridique. Sur la marge de manœuvre face à Bruxelles, M. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) relativise la contrainte : « il est possible d'avoir une entreprise publique qui fonctionne dans un marché libéral et ouvert », Bruxelles n'exigeant que la séparation production/transport. M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo), favorable par principe de droit mais convaincu que l'ouverture n'était pas souhaitable, dit avoir préparé un décret sans déclencher de procédure pour gagner du temps. M. François de Rugy (M. François de Rugy) juge le système des concessions « un bon système » mais veut lever le statu quo, soit par une société publique distincte d'EDF, soit par un renouvellement au fil de l'eau.

Points saillants : potentiel hydroélectrique résiduel évalué à « environ 5 gigawatts » (Bensasson, M. Bruno Bensasson), gain possible de 10 à 15 % de capacité via les Step (Proglio, M. Henri Proglio), contentieux européen de près de vingt ans.

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 11 auditions)

Domaine : Énergies renouvelables et mix électrique · Sujet : hydraulique-concessions

Couverture : 11 citations · 11 positions · 11 auditions

_Slugs bruts fusionnés : concessions-hydrauliques, concessions-hydroelectriques, hydraulique-concessions, hydroelectricite-concessions, hydroelectricite-step-concessions, mise-concurrence-barrages, potentiel-hydraulique-step, potentiel-hydroelectrique, statut-edf-concessions-hydro, statut-edf-hydraulique_

Positions exprimées

  • M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : La France doit refuser catégoriquement la mise en concurrence des barrages, quitte à payer des amendes, car ils appartiennent à la nation et leur valeur est le stockage et l'optimisation du système. _(tranchant 5)_
  • (table ronde) (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) : Il est bon que l'ouverture a la concurrence des concessions hydrauliques n'ait pas eu lieu, mais l'absence de solution au contentieux pendant dix ans a indument bloque les investissements d'EDF. _(tranchant 3)_
  • M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : Il faut donner la priorité à l'hydraulique, où l'on peut gagner 10 à 15 % de capacité (notamment via les Step) par des investissements raisonnables. _(tranchant 3)_
  • M. Jean-Bernard Lévy (M. Jean-Bernard Lévy) : La mise en concurrence des concessions hydroélectriques n'a pas de sens ; le blocage juridique a stérilisé pendant des années le développement du potentiel hydroélectrique et des Step. _(tranchant 3)_
  • M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : Les concessions hydroélectriques doivent être renouvelées sans mise en concurrence et EDF doit en rester l'exploitant public ; il appelle à sortir au plus vite du contentieux de vingt ans, fort d'un consensus national depuis 2019. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : Les concessions hydrauliques ne doivent pas etre ouvertes a la concurrence : leur passage a des actionnaires prives etrangers serait un risque strategique inacceptable. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (M. Jacky Chorin e.a.) : L'hydraulique, premiere EnR pilotable, doit rester dans une EDF integree et il faut renoncer a la mise en concurrence des concessions exigee par l'Europe. _(tranchant 2)_
  • M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) : Favorable a la mise en concurrence par etat de droit mais convaincu qu'elle n'etait pas souhaitable, il a prepare un decret sans declencher aucune procedure pour gagner du temps. _(tranchant 1)_
  • Mme Ségolène Royal (Mme Ségolène Royal) : Avoir refusé d'ouvrir les concessions de barrages à la concurrence européenne était la bonne décision protectrice ; si EDF n'a pas investi malgré cette protection, c'est la défaillance de son PDG, pas un blocage juridique. _(tranchant 1)_
  • M. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) : Une entreprise publique peut operer en marche ouvert ; Bruxelles n'exige que la separation production/transport, le reste relevant d'un choix national. _(tranchant 1)_
  • M. François de Rugy (M. François de Rugy) : Le système des concessions est un bon système ; le statu quo qui bloque les investissements doit cesser, soit par une société publique séparée d'EDF, soit par un renouvellement au fil de l'eau. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« il est hors de question que la France se prive de ses barrages ! La France doit opposer un niet à l’Europe. »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Position souverainiste tranchée sur les concessions hydrauliques, assumée jusqu'au refus d'obéir aux règles européennes._

« La renationalisation complète de la partie nucléaire d’EDF à laquelle nous assistons me paraît à ce titre positive. »

M. François Brottes (audite, audition de M. François Brottes, 2022-12-14)

_Position favorable à la renationalisation, en cohérence avec sa défense du monopole public nucléaire._

« Aujourd’hui, les prix sont élevés, les conditions économiques pourraient être remplies mais le droit ne le permet pas. »

M. Jean-Bernard Lévy (audite, audition de M. Jean-Bernard Lévy, 2022-12-14)

_Résume l'impasse hydroélectrique : potentiel non exploité bloqué par le contentieux européen sur les concessions._

« Le potentiel est évalué à environ 5 gigawatts, en grande majorité autour de nos concessions. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Chiffrage du gisement hydroélectrique restant, conditionné au déblocage du dossier des concessions._

« Toutefois, pour aller plus loin et reprendre la voie d’un développement hydroélectrique plus important, il faudra sortir du contentieux, qui dure depuis bientôt vingt ans, autour du renouvellement des concessions et de leur éventuelle mise en concurrence. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Pointe le blocage majeur du développement hydroélectrique : un contentieux européen de vingt ans non résolu._

« Depuis 2015, la France a reçu deux mises en demeure de la Commission européenne au titre d’une part d’un supposé abus de position dominante et d’autre part de l’application du droit des concessions. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Origine juridique européenne du blocage des concessions hydroélectriques, élément factuel clé pour la commission._

« il ne serait pas audible que des actionnaires privés, dont nous ignorerions tant la nationalité que les intentions, puissent devenir propriétaires de concessions et de barrages hydrauliques en France, voire, en amont des centrales nucléaires qu’ils refroidissent. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Argument de souverainete sur le risque strategique de la mise en concurrence des barrages._

« Si le patron d’EDF n’a pas réalisé les investissements, ce n’est pas sérieux. J’aurais dû en donner l’ordre, mais je ne pouvais pas contrôler, en plus de tout le reste, ce que faisait le patron d’EDF pour entretenir ses barrages. »

Mme Ségolène Royal (audite, audition de Mme Ségolène Royal, 2023-02-07)

_Renvoie la responsabilité de la non-modernisation des barrages au PDG d'EDF tout en concédant un défaut de pilotage._

« Être nommé patron d’une telle entreprise constitue une chance, et M. Jean-Bernard Levy vient pleurnicher parce qu’il ne dispose pas d’un texte pour entretenir les barrages ? Il ne mérite pas d’être à la tête d’EDF. »

Mme Ségolène Royal (audite, audition de Mme Ségolène Royal, 2023-02-07)

_Attaque personnelle inhabituelle sous serment contre l'ancien PDG d'EDF, qui en dit long sur le conflit de responsabilités._

« il est possible d’avoir une entreprise publique qui fonctionne dans un marché libéral et ouvert. »

M. Dominique Ristori (audite, audition de M. Dominique Ristori, 2023-03-01)

_Decouple le statut juridique de l'entreprise des regles de marche, point cle pour EDF._

« Au niveau d’EDF, Bruxelles aurait toutefois demandé la séparation entre, d’un côté, la production et la fourniture et, d’un autre côté, le transport. »

M. Dominique Ristori (audite, audition de M. Dominique Ristori, 2023-03-01)

_Precise la seule exigence de Bruxelles sur EDF : la separation production/transport._