La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Emprise mentale et dérives sectaires

Le vocabulaire de l'emprise sectaire est mobilisé devant la commission par des cliniciens, un collectif de parents et la Miviludes elle-même, mais l'institution la mieux placée pour l'établir est aussi celle qui pose le caveat le plus net : elle signale sans avoir vérifié. C'est là, et non entre deux camps opposés, que se joue la tension du sujet.

Le cas le plus documenté est celui de l'influenceuse Ophenya, porté par Donatien Le Vaillant (Miviludes, cr08a). Il décrit une communauté de mineures en surenchère émotionnelle : « En réaction aux contrariétés exprimées par Ophenya, certaines ont publié des photographies montrant des cicatrices de scarification ou des blessures, tandis que d'autres annonçaient entamer une grève de la faim ou évoquaient un projet de suicide. » Il ajoute un verbatim de contagion mimétique — une autre a écrit « Si elle le fait, je le fais » — et un cas transmis par un gendarme, une tentative de suicide impliquant une enfant de treize ans, décrite comme « addicte » à une influenceuse. Mais dans la même audition, il se déjuge sur le statut de ces faits : « n'étant pas habilités à diligenter des enquêtes judiciaires, nous n'ayons pu ni vérifier ces allégations ni approfondir les investigations relatives au compte de l'influenceuse Ophenya ». Il double ce caveat d'un rappel probatoire — « les captures d'écran ne constituent pas des preuves recevables en justice » —, qui pèse précisément sur le matériau dont il vient de faire état.

Le déplacement le plus significatif de l'audition est ailleurs. La rapporteure Laure Miller cherche explicitement un mécanisme propre à la plateforme : « identifiez-vous un phénomène de contagion sociale qui leur serait spécifiquement associé ? […] certaines spécificités propres à TikTok en matière d'amplification de ces phénomènes ? » La réponse ne l'accorde pas : Le Vaillant répond par « le phénomène d'homophilie, c'est-à-dire la propension des individus à se regrouper au sein de communautés homogènes et à adopter les comportements majoritaires », un mécanisme social générique, aggravé chez les mineurs mais non imputé à un ciblage algorithmique. Le présupposé de la question — qu'il existe une spécificité TikTok — reste ainsi non validé par l'auditionné.

Les cliniciens, eux, assument un vocabulaire plus dur, à titre d'observation clinique et non de constat scientifique. Carole Copti (cr08c) revendique le mot : « Ce que j'observe chez ces jeunes, c'est un véritable endoctrinement – le mot est fort, mais juste » ; elle avance aussi un seuil chiffré — « une exposition de 8 minutes à des contenus prominceur sur TikTok suffit à ternir l'image corporelle » — attribué à « une récente étude » qu'elle ne nomme pas. Karine de Leusse (cr19a) élargit le cadre au-delà de l'addiction : TikTok serait « un outil de déconstruction psychique ». Nathalie Godart (cr08c) formule le mécanisme intermédiaire, plus sobre : « Les réseaux redéfinissent aussi la notion de sachant. » Côté collectif Meer, Marie-Christine Cazaux (cr09a) relie la quête d'attention des influenceurs au « passage à des actes d'automutilation ou l'annonce de leur suicide », et Catherine Martin (cr09a) rapporte « un montage réalisé par intelligence artificielle montrant une mineure se mariant avec son influenceuse préférée ».

Aucune voix contradictoire extérieure — plateforme ou chercheur sceptique — n'apparaît dans ce matériau : la seule mise en garde à décharge vient de l'accusation elle-même.

Qui en parle

  • Donatien Le Vaillant — Miviludes (cr08a, 2025-05-06) : porte le cas Ophenya, l'homophilie comme mécanisme explicatif, et pose lui-même le caveat que rien n'a été vérifié ni instruit.
  • Carole Copti — diététicienne-nutritionniste spécialisée TCA (cr08c, 2025-05-06) : parle d'« endoctrinement » assumé et avance le seuil des 8 minutes, attribué à une étude non nommée.
  • Karine de Leusse — psychologue / psychothérapeute clinicienne (cr19a, 2025-05-28) : thèse-cadre de la « déconstruction psychique », au-delà de l'addiction.
  • Nathalie Godart — professeure de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, UVSQ/Inserm (cr08c, 2025-05-06) : déplacement de l'autorité épistémique vers les influenceurs.
  • Marie-Christine Cazaux et Catherine Martin — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (cr09a, 2025-05-13) : comportements extrêmes pour attirer l'attention des influenceurs ; montage IA sexualisant le lien mineure/influenceuse.
  • Laure Miller — rapporteure, EPR (cr08a, 2025-05-06) : cherche à faire établir une contagion sociale et une amplification propres à TikTok ; n'obtient que l'homophilie.
Interventions regroupées (14 citations · 4 auditions)

Domaine : Contenus à risque & sécurité des mineurs · Sujet : emprise-sectaire

Couverture : 14 citations · 2 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : emprise-mentale-phases, emprise-numerique, derives-sectaires-numerique, cas-ophenya, endoctrinement-perte-esprit-critique, communautes-pression-groupe, deconstruction-psychique_

Positions exprimées

  • Mme Karine de Leusse (cr19a) : TikTok n'est pas qu'une captation d'attention ou une addiction : c'est un « outil de déconstruction psychique » qui dissocie le rapport au corps, au temps et à soi (de Leusse), à l'origine de troubles mentaux profonds (Roure). _(tranchant 5)_
  • Mme Carole Copti (cr08c) : Les patientes subissent un « endoctrinement » et une perte d'esprit critique qui rendent la prise en charge tres difficile ; on ne lutte pas a armes egales face au temps d'exposition (Copti, Buigues). _(tranchant 4)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Les réseaux sociaux ont ceci de spécifique qu’ils pénètrent l’espace privé des mineurs, souvent sans que les parents, insuffisamment armés sur le plan technique, soient en mesure de paramétrer ou de sécuriser les contenus diffusés. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Souligne la difficulté des parents à contrôler l'exposition, présentée comme un défi inédit ; ne quantifie pas mais pose le cadre._

« Un gendarme nous a récemment sollicités à propos d’une tentative de suicide impliquant une enfant de treize ans, décrite comme « addicte » à une influenceuse. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Cas rapporté à la Miviludes par un gendarme (tentative de suicide d'une enfant de 13 ans « addicte » à une influenceuse) : témoignage rapporté, lien de causalité non établi par la Miviludes elle-même._

« Une autre a écrit : « Si elle le fait, je le fais ». »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Verbatim illustrant la contagion mimétique du geste suicidaire au sein de la communauté — cité par la Miviludes pour caractériser la surenchère émotionnelle._

« Il convient de rappeler que les captures d’écran ne constituent pas des preuves recevables en justice, contrairement aux liens internet, à condition que leur mise en ligne effective puisse être démontrée. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Point juridique et pratique : la difficulté probatoire des captures d'écran, qui pèse sur le traitement du cas Ophenya et le rôle de Pharos._

« En réaction aux contrariétés exprimées par Ophenya, certaines ont publié des photographies montrant des cicatrices de scarification ou des blessures, tandis que d’autres annonçaient entamer une grève de la faim ou évoquaient un projet de suicide. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Description des comportements mimétiques signalés dans la communauté d'Ophenya ; faits rapportés dans le signalement, non vérifiés judiciairement par la Miviludes._

« Ce signalement couvre l’ensemble des éléments mentionnés, bien que, n’étant pas habilités à diligenter des enquêtes judiciaires, nous n’ayons pu ni vérifier ces allégations ni approfondir les investigations relatives au compte de l’influenceuse Ophenya. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Caveat central à décharge : la Miviludes signale sur le fondement de l'article 40 mais n'a ni vérifié ni instruit les allégations sur Ophenya — rien n'est établi._

« Le phénomène d’homophilie, c’est-à-dire la propension des individus à se regrouper au sein de communautés homogènes et à adopter les comportements majoritaires, représente un risque accru pour les mineurs. »

Donatien Le Vaillant — Miviludes (audite, audition cr08a, 2025-05-06)

_Concept-clé mobilisé pour expliquer la surenchère mimétique chez les mineurs, indépendamment d'un ciblage intentionnel de la plateforme._

« en ce qui concerne les réseaux sociaux, identifiez-vous un phénomène de contagion sociale qui leur serait spécifiquement associé ? Observez-vous, plus précisément, certaines spécificités propres à TikTok en matière d’amplification de ces phénomènes ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr08a, 2025-05-06)

_La rapporteure cherche à faire établir une contagion sociale et une spécificité amplificatrice propre à TikTok ; l'auditionné répondra par l'homophilie sans imputer un mécanisme algorithmique propre._

« Ce que j’observe chez ces jeunes, c’est un véritable endoctrinement – le mot est fort, mais juste. »

Carole Copti — Diététicienne-nutritionniste (TCA) (audite, audition cr08c, 2025-05-06)

_Terme fort revendique par Copti pour decrire la perte d'esprit critique des patientes. Jugement clinique, pas un constat scientifique general._

« selon une récente étude, une exposition de 8 minutes à des contenus prominceur sur TikTok suffit à ternir l’image corporelle »

Carole Copti — Diététicienne-nutritionniste (TCA) (audite, audition cr08c, 2025-05-06)

_Chiffre (8 minutes) attribue par Copti a « une recente etude » non nommee : affirmation non verifiable en l'etat, a citer comme telle._

« Les réseaux redéfinissent aussi la notion de sachant, de personne apte à fournir de l’information. »

Nathalie Godart — Professeure de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (UVSQ/Inserm) (audite, audition cr08c, 2025-05-06)

_Analyse de fond sur le deplacement de l'autorite epistemique vers les influenceurs, rendant la voix des professionnels et des parents « peu audible »._

« Cette volonté de se démarquer et d’attirer l’attention des influenceurs pousse certains mineurs à adopter des comportements excessifs tels que des publications à outrance, l’envoi de cadeaux, la livraison de nourriture et parfois le passage à des actes d’automutilation ou l’annonce de leur suicide. »

Marie-Christine Cazaux — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Affirmation d'un lien entre recherche d'attention des influenceurs et passage à l'automutilation/annonce de suicide chez des mineurs : observation du collectif, présentée comme un lien de comportement, non un lien causal établi scientifiquement._

« Nous avons notamment été récemment témoins d’un montage réalisé par intelligence artificielle montrant une mineure se mariant avec son influenceuse préférée, incluant une scène de baiser prolongé. »

Catherine Martin — Collectif Mineurs, éthique et réseaux (Meer) (audite, audition cr09a, 2025-05-13)

_Réponse au député Perez sur l'emprise et l'IA : exemple d'un montage IA sexualisant le lien mineure/influenceuse. Cas rapporté par le collectif illustrant la confusion affective._

« Aujourd’hui, TikTok n’est pas simplement un divertissement mal encadré, mais un espace qui désorganise en profondeur le rapport au temps, au corps, à soi, aux autres. C’est un outil de déconstruction psychique. »

Karine de Leusse — psychologue / psychothérapeute clinicienne (audite, audition cr19a, 2025-05-28)

_Thèse-cadre de l'auditionnée : déplacer le débat de l'addiction aux écrans vers une atteinte psychique de fond. Affirmation clinique, non une donnée établie._