La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Contenus à risque & sécurité des mineurs

OnlyFans/MYM, caming et proxénétisme

Le sujet tient sur un paradoxe assumé par son principal témoin : l'écosystème OnlyFans/MYM est décrit comme un système d'exploitation organisé, mais son description la plus précise est aussi celle qui conclut à l'absence de prise pénale et dédouane les plateformes elles-mêmes. La commission, faute de levier sur le cœur du dispositif, déplace alors la question vers les portes d'entrée — les grandes plateformes et le contrôle de l'âge.

Le réquisitoire est porté presque entièrement par un seul locuteur, le journaliste Mathieu Barrère (cr21c), qui a suivi une formation d'agent avant de témoigner. Il décrit une industrie structurée : des agents qui « revendent quotidiennement des centaines de contrats de modèles du monde entier » sur Telegram, des « tchateurs », principalement des hommes, qui « se font passer pour les modèles dans les conversations avec les clients », et des formations dont « le discours véhiculé vise à conditionner les futurs agents à exploiter les émotions des femmes ». Il pose lui-même la qualification : « cette pratique s'apparente à de l'exploitation, les agents percevant jusqu'à 80 % des revenus ». Sur l'ampleur, il avance que « 80 à 90 % du contenu de ces plateformes serait à caractère pornographique » — en précisant d'emblée ne pas disposer « de chiffres officiels vérifiés » et s'appuyer sur des sources internes à MYM. Le point d'entrée des mineurs, il le documente par le contournement : les jeunes utilisent « le RIB d'une connaissance majeure, parfois en modifiant numériquement des pièces d'identité ». Le député Stéphane Vojetta (cr21c) ajoute le « rabattage », ces messages directs « à de jeunes femmes, parfois même à des adolescentes ».

C'est le même Barrère qui referme la porte, deux fois. Sur le droit : « le terme de proxénétisme 2.0 est évocateur mais, juridiquement, tant que les échanges restent numériques et que la modèle est consentante, il n'existe pas de moyen de rendre ces pratiques pénalement répréhensibles ». Sur les responsables : « ce ne sont pas les plateformes elles-mêmes qui mettent en place des stratégies de rabattage et [...] Mym et OnlyFans ne ciblent pas directement les jeunes ». Le témoin à charge est donc aussi le témoin à décharge — la faute est distribuée aux agents, l'infrastructure reste hors d'atteinte.

D'où le déport de l'audition suivante (cr28a) vers les plateformes d'accès. Arthur Delaporte y fait la démonstration en séance : « je suis majeur, mais j'aurais pu accéder à ce contenu en étant mineur, puisqu'on ne m'a jamais demandé mon âge », après avoir noté qu'« au-delà du nom de la plateforme, X, il y a beaucoup de contenu X ». Laure Miller verrouille : « vous n'avez aucun dispositif de vérification de l'âge ». Claire Dilé (X) ne conteste pas le contenu mais l'imputation : « la décision relative aux contenus pour adultes n'a pas été prise par X, elle est antérieure au rachat ». Meta oppose l'inverse, une « politique de nudité hyperstricte » qu'Anton'Maria Battesti revendique comme « puritaine » mais « efficace ».

Reste, en creux, l'hypothèse que la rapporteure teste en cr30a sans la trancher : les grandes plateformes serviraient « parfois simplement d'intermédiaires pour renvoyer les usagers, notamment les jeunes » vers OnlyFans ou MYM. Chacun renvoie ainsi la responsabilité à l'échelon voisin — les plateformes aux agents, X à son passé, la commission au contrôle d'âge — pendant que le circuit financier échappe déjà aux acteurs traditionnels : selon Vojetta, « ni Mym ni OnlyFans ne collaborent avec les géants du paiement tels que Visa, MasterCard ou American Express ».

Qui en parle

  • M. Mathieu Barrère — journaliste, Envoyé spécial (France Télévisions), audition cr21c (2025-06-03). Source quasi unique du réquisitoire : agents, Telegram, tchateurs, formations masculinistes, captation de 80 % des revenus, contournement des contrôles par les mineurs. Porte aussi les deux principales réserves : pas de qualification pénale possible en l'état du droit, et les plateformes ne ciblent pas directement les jeunes. Signale lui-même que son chiffre de 80-90 % de contenu pornographique n'est pas vérifié.
  • M. Stéphane Vojetta — député (EPR), cr21c. Décrit le « rabattage » par messages directs, y compris vers des adolescentes, à partir de sa propre observation ; apporte le constat du refus des grands réseaux de paiement.
  • Arthur Delaporte — président de la commission, cr28a (2025-06-17). Établit en séance l'accès sans contrôle d'âge au contenu pour adultes sur X.
  • Laure Miller — rapporteure, cr28a et cr30a (2025-06-24). Affirme l'absence de tout dispositif de vérification d'âge sur X ; teste l'hypothèse des grandes plateformes comme intermédiaires vers OnlyFans/MYM.
  • Claire Dilé — X, cr28a. Défense par l'héritage : la décision sur les contenus pour adultes est antérieure au rachat.
  • Anton'Maria Battesti — Meta, cr28a. Défend une politique de nudité « hyperstricte », qualifiée de puritaine mais présentée comme efficace.
Interventions regroupées (17 citations · 3 auditions)

Domaine : Contenus à risque & sécurité des mineurs · Sujet : exploitation-onlyfans

Couverture : 17 citations · 4 positions · 3 auditions

_Slugs bruts fusionnés : onlyfans-agents, onlyfans-mym-caming, onlyfans-mym-pornographie, pornographie-liens-mym-onlyfans, proxenetisme-2-0, rabattage-recrutement, agents-ofm-exploitation, tchateurs-usurpation, formations-agents-masculinisme, moyens-paiement_

Positions exprimées

  • M. Mathieu Barrère (cr21c) : Ce ne sont pas les plateformes elles-mêmes mais les agents et les influenceurs qui ciblent et rabattent les jeunes ; la responsabilité doit être distinguée. _(tranchant 3)_
  • M. Mathieu Barrère (cr21c) : En l'état du droit, l'absence d'acte physique et le consentement de personnes majeures empêchent toute qualification pénale (prostitution/proxénétisme) ; il n'a pas identifié de bascule vers la prostitution physique dans le cadre des plateformes étudiées. _(tranchant 3)_
  • M. Mathieu Barrère (cr21c) : Ces plateformes pratiquent une « fausse transparence » : une façade grand public (musique, cuisine, sport) masque une réalité où la grande majorité du contenu est pornographique (80 à 90 % selon des sources internes non vérifiées). _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (cr28a) : X autorise mais « restreint » (filtre de visibilité, age gating) le contenu pour adultes légal, décision héritée d'avant le rachat; Meta et YouTube l'interdisent et modèrent les liens vers OnlyFans/Mym, tout en reconnaissant qu'ils passent parfois. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« L'exemple récent d'une institutrice qui, en arrêt maladie, a produit des vidéos pornographiques dans l'enceinte de son école pour les monétiser sur OnlyFans illustre l'étendue du phénomène. Cette pratique de home-porn monétisé s'est aujourd'hui largement banalisée. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Image forte destinée à établir l'ampleur et la banalisation du phénomène ; le cas de l'institutrice est un exemple rapporté par le journaliste, non un fait vérifié par la commission._

« Bien que je ne dispose pas de chiffres officiels vérifiés, plusieurs sources, notamment internes à Mym, suggèrent que 80 à 90 % du contenu de ces plateformes serait à caractère pornographique. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Chiffre clé, mais explicitement présenté par le journaliste comme non vérifié officiellement et attribué à des sources internes : à ne pas restituer comme un fait établi._

« Ces agents forment des réseaux sur Telegram, échangeant conseils et offres d'emploi mais, surtout, ils y revendent quotidiennement des centaines de contrats de modèles du monde entier, avec une prédominance de jeunes femmes d'Amérique du Sud et d'Europe de l'Est, ainsi que des Françaises. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Décrit un marché de revente de contrats de modèles sur Telegram, souvent à leur insu ; observation du journaliste._

« Cette pratique s'apparente à de l'exploitation, les agents percevant jusqu'à 80 % des revenus générés par le contenu pornographique des modèles. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Chiffre-clé sur le partage des revenus ; qualification d'« exploitation » par le journaliste._

« Le discours véhiculé vise à conditionner les futurs agents à exploiter les émotions des femmes afin de maximiser la production de contenu, y compris le plus explicite, dans le but d'augmenter les revenus. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Établit la dimension masculiniste des formations d'agents, sur la base de la formation suivie par le journaliste (Anthony Sirius)._

« Ils recrutent des « tchateurs », principalement des hommes, qui se font passer pour les modèles dans les conversations avec les clients. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Révèle une usurpation d'identité systémique : les échanges avec les clients ne sont pas menés par les modèles mais par des tiers rémunérés à la commission._

« Le terme de proxénétisme 2.0 est évocateur mais, juridiquement, tant que les échanges restent numériques et que la modèle est consentante, il n'existe pas de moyen de rendre ces pratiques pénalement répréhensibles. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Nuance de fond (prudence / décharge juridique) : en l'état du droit, l'absence d'acte physique et le consentement des majeures empêchent la qualification pénale ; recours limités au civil._

« Il est important de préciser que ce ne sont pas les plateformes elles-mêmes qui mettent en place des stratégies de rabattage et que Mym et OnlyFans ne ciblent pas directement les jeunes. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Nuance / décharge : responsabilité déplacée des plateformes vers les agents et influenceurs quant au ciblage des jeunes ; distinction importante pour la commission._

« la majorité opère dans la clandestinité et contourne les restrictions en utilisant le RIB d'une connaissance majeure, parfois en modifiant numériquement des pièces d'identité pour faire correspondre les informations. »

M. Mathieu Barrère — Envoyé spécial (France télévisions) (audite, audition cr21c, 2025-06-03)

_Montre comment les jeunes contournent le contrôle bancaire (RIB de tiers, pièces retouchées), ce qui limite l'efficacité d'une régulation par le moyen de paiement suggérée par la députée Marais-Beuil._

« L'une des dérives les plus préoccupantes que j'aie observées est ce que j'appelle le rabattage, ces personnes qui envoient des messages directs à de jeunes femmes, parfois même à des adolescentes, pour les inciter à créer un compte, en leur proposant de le gérer et en minimisant initialement la nature du contenu demandé. »

M. Stéphane Vojetta — EPR (depute, audition cr21c, 2025-06-03)

_Le député décrit, à partir de sa propre observation (compte OnlyFans ouvert pour étudier le modèle), le « rabattage » ciblant parfois des adolescentes ; pose le cadre de ses amendements._

« Il est important de préciser que ni Mym ni OnlyFans ne collaborent avec les géants du paiement tels que Visa, MasterCard ou American Express, ces derniers refusant toute association. »

M. Stéphane Vojetta — EPR (depute, audition cr21c, 2025-06-03)

_Le député apporte un élément factuel : les grands réseaux de paiement refusent ces plateformes, qui se rabattent sur des prestataires prélevant 20 à 30 %._

« J’assume pleinement une politique de nudité hyperstricte. Certains la qualifient de puritaine, mais elle a le mérite d’être efficace. »

Anton’Maria Battesti — Meta (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_Meta revendique une politique de nudité « hyperstricte/puritaine » au nom de la protection des mineurs, tout en distinguant le sexisme (non systématiquement modéré). Cœur du débat sur l'asymétrie des interdits._

« Au-delà du nom de la plateforme, X, il y a beaucoup de contenu X. »

Arthur Delaporte (president, audition cr28a, 2025-06-17)

_Formule du président soulignant l'abondance de contenu pornographique sur X; introduit l'interrogatoire sur l'accès des mineurs et les liens vers Mym/OnlyFans._

« Je suis majeur, mais j’aurais pu accéder à ce contenu en étant mineur, puisqu’on ne m’a jamais demandé mon âge. »

Arthur Delaporte (president, audition cr28a, 2025-06-17)

_Démonstration séance tenante par le président: sur X, un mineur pourrait accéder à un extrait pornographique renvoyant vers Mym sans aucune vérification d'âge. Établit une défaillance concrète._

« La décision relative aux contenus pour adultes n’a pas été prise par X, elle est antérieure au rachat de la plateforme. »

Claire Dilé — X (audite, audition cr28a, 2025-06-17)

_X confirme autoriser (en le « restreignant ») le contenu pour adultes, en attribuant la décision à l'ère pré-Musk; défense sur l'héritage historique._

« Une chose est sûre, vous n’avez aucun dispositif de vérification de l’âge. Il est donc possible de créer un compte sur X sans avoir à justifier de son âge et d’accéder à du contenu pornographique. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr28a, 2025-06-17)

_Constat sec de la rapporteure: X n'a aucune vérification d'âge effective, donc le droit de protection des mineurs n'est pas respecté. Verrouille le point sur X._

« Il semblerait que ces plateformes servent parfois simplement d’intermédiaires pour renvoyer les usagers, notamment les jeunes, vers d’autres plateformes dont le contenu est moins modéré, moins contrôlé, comme OnlyFans ou Mym. »

Laure Miller (rapporteur, audition cr30a, 2025-06-24)

_La rapporteure teste l'hypothèse du rôle d'« intermédiaire » des grandes plateformes vers des espaces moins modérés ; cherche à documenter le mécanisme de rebond vers OnlyFans/Mym._