Pornographie et exposition à la sexualité
Sur ce sujet, le corpus est mince et dissymétrique — dix citations, quatre auditions, une seule voix à décharge — et il présente une particularité que l'axe ne laissait pas prévoir : la pornographie y est presque toujours évoquée hors de TikTok. La plateforme y figure comme le décor d'une exposition précoce généralisée plus que comme sa source documentée.
Le chiffre le plus frappant vient de la clinique. Sylvie Dieu-Osika (cr06c) avance que « l'âge moyen de la première exposition à ce contenu est de dix ans, contre quatorze ans auparavant » — quatre ans perdus en une génération, mais une donnée dont le verbatim n'indique pas la source et qui ne vise pas TikTok en particulier. Laurent Marcangeli (cr29a) ne travaille pas la donnée mais l'image : « le gamin de 13 ans qui participe au déjeuner de famille du dimanche est peut-être en train d'en regarder juste à côté de vous. » Et il assume explicitement ce qui manque à sa démonstration : « Si nous avions les chiffres réels, nous rentrerions tous chez nous la boule au ventre. » Le présupposé est là, formulé par l'alerte elle-même : l'inquiétude se nourrit du chiffre absent autant que du chiffre établi.
Ce que le corpus documente réellement sur TikTok relève moins du pornographique que du choquant non filtré. Morgan Lechat (cr21d) témoigne que « mes élèves ont appris l'assassinat d'un enseignant en France sur TikTok », par contraste avec une jeunesse où « l'exposition médiatique se limitait essentiellement au journal de 20 heures ». Claire Marais-Beuil (cr24c) opère d'ailleurs ce recentrage à voix haute, en interrogeant un audité sur ses propres vidéos : « avez-vous changé votre façon de monter vos vidéos ou de faire votre promotion, de manière à ne pas les choquer ? »
La tension se noue dans cette audition (cr24c). Les élus construisent leur charge sur l'âge du public : Laure Miller oppose une donnée d'usage — « À 11 ans, un jeune sur deux est sur TikTok. Cela devrait peut-être vous amener à réagir » —, Christelle D'Intorni pousse à la projection personnelle : « Accepteriez-vous que votre fille de 13 ans puisse suivre un homme comme vous sur TikTok ? » L'audité, Adrien Laurent, ne conteste pas le fait mais son partage : « Je le sais, mais l'indignation est à géométrie variable », opposant des paroles de chansons librement accessibles ; Arthur Delaporte lui réplique que la comparaison ne tient pas au regard des conditions d'utilisation de TikTok. Le président produit alors la seule pièce matérielle du sujet — un test en séance : « un compte qui est censé être détenu par un mineur […] a pu accéder à un live sans problème », et « nous avons une vidéo d'un de vos lives avec un mineur ». Elle porte sur la défaillance du contrôle d'âge, pas sur un contenu pornographique.
L'axe reste donc ouvert dans le corpus lui-même : la conviction d'une exposition massive et précoce est portée avec force, mais elle est adossée à des images, des chiffres non sourcés dans le verbatim et un accès non filtré aux lives — pas à une mesure de la pornographie sur TikTok.
Qui en parle
- Sylvie Dieu-Osika — audité, Collectif Surexposition écrans (CoSE) / AP-HP (cr06c, 2025-04-29) : avance l'âge moyen de première exposition tombé de quatorze à dix ans.
- Laurent Marcangeli — audité (cr29a, 2025-06-19) : alerte sur une banalisation massive et « à bas bruit », tout en reconnaissant l'absence de chiffres réels.
- Arthur Delaporte — président (cr24c, 2025-06-10) : oppose des éléments matériels (vidéo d'un live avec un mineur, test d'accès en séance) aux règles d'âge invoquées.
- Laure Miller — rapporteure (cr24c) : oppose la donnée d'usage réel (un jeune sur deux à onze ans) à la défense « théorique » de l'audité.
- Christelle D'Intorni — députée, UDR (cr24c) et Claire Marais-Beuil — députée, RN (cr24c) : mettent l'audité face à l'effet de ses contenus sur un public très jeune.
- Morgan Lechat — audité, Monsieurlechat (cr21d, 2025-06-03) : témoigne d'une exposition sans médiation aux contenus traumatisants.
- Adrien Laurent — audité (cr24c) : seule voix à décharge, il dénonce une « indignation à géométrie variable ».