La part du citoyenTikTok et les mineurs

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Radicalisation, haine et complotisme

Sur ce sujet, la ligne de partage ne passe pas entre les témoins mais à l'intérieur de leurs propres témoignages : les mêmes personnes qui placent TikTok en tête pour les contenus terroristes le dédouanent sur la haine en ligne, ou saluent sa vitesse de retrait. L'axe — TikTok est-il un vecteur spécifique d'exposition des mineurs à la haine, à la radicalisation et à la violence ? — se fracture ainsi selon le segment de contenu et selon ce qu'on mesure : la détection ou le retrait.

Les chiffres à charge sont convergents. Cécile Augeraud (Ofac / Pharos, cr18d) indique que « 134 injonctions de retrait TCO ont été formulées par Pharos pour des contenus présents sur TikTok, sur un total de 159 injonctions de retrait TCO ». Yann Lescop (Point de Contact, cr14c) constate que « de 14 signalements de contenus terroristes en 2023, nous sommes passés à 32 en 2024. TikTok se positionne ainsi comme la deuxième plateforme sur laquelle nous identifions le plus ce type de contenus » — chiffres issus des seuls signalements reçus par l'association. Jérôme Pacouret (MIAI Grenoble Alpes, cr03b) avance que « 20 % des jeunes utilisateurs de TikTok interrogés ont été personnellement la cible de discours dévalorisants, discriminants, haineux ou ont été harcelés au moins une fois par mois ». Hugo Micheron (Ceri / Sciences Po, cr30c) rapporte qu'à partir du mot « islam », « le résultat n'a jamais été supérieur à cinq vidéos – c'était entre trois et cinq » avant d'atteindre du contenu salafiste — test pédagogique, précise-t-il, non une recherche publiée.

Mais les mêmes voix posent les limites. Lescop, dans une commission qui enquête sur TikTok, affirme : « En matière de haine en ligne, ce n'est pas TikTok que nous identifierions comme étant plus problématique », citant X et Meta comme sources de « sérieuses difficultés » de retrait. Il rappelle aussi la frontière juridique — « il n'est a priori pas illégal de faire l'apologie de la maigreur » — et la doctrine de son association, « soucieux de ne pas être perçus comme des censeurs ». Augeraud, après son chiffre accablant, note que les contenus TCO « ont tous été retirés dans l'heure » et suppose un recul des contenus terroristes, « la plateforme ayant sans doute plus pris conscience de notre très grande attention » — hypothèse, non démonstration. Antonin Atger (cr16a) déplace la cause : « les gens qui prennent la parole sur les réseaux […] sont très investis, plutôt aux extrêmes et polarisés », auto-sélection sociologique plutôt qu'algorithme.

Les témoignages qualitatifs, eux, décrivent une escalade sans la mesurer. Audrey Chippaux (cr16a) suit deux groupes désormais descriptibles « comme d'extrême droite et d'extrême gauche », où « il fallait frapper ». Valentin Petit (CAPA, cr30c) dit avoir vu « des gens mourir […] agrémenté de musiques à la mode, de stickers rose flashy », relève que ces contenus sont « créés par des mineurs pour des mineurs », et rapporte le passage à l'acte d'un lycéen de 17 ans « après avoir consommé ces types de contenus » — succession décrite par le témoin, non causalité établie. Sophie Taïeb (Crif, cr30c) témoigne enfin d'un effet de renforcement : « à force de consulter des contenus antisémites, TikTok me propose automatiquement des vidéos antisémites ».

Le présupposé jamais formulé : mesurer la haine par les signalements reçus, c'est mesurer la vigilance des signalants autant que la plateforme. Alejandra Mariscal Lopez (Point de Contact, cr14c) l'admet à demi — « nous recevons moins de signalements, car les citoyens pensent que cela ne sert à rien ».

Qui en parle

  • Cécile Augeraud — Ofac / Pharos (cr18d) : porte simultanément la charge (134 injonctions TCO sur 159 visent TikTok) et la décharge (retrait à 100 % dans l'heure, recul supposé sous la pression de Pharos).
  • Yann Lescop — Point de Contact (cr14c) : doublement des signalements terroristes et 2e place de TikTok, mais juge X et Meta plus problématiques sur la haine ; rappelle la frontière préjudiciable / illicite.
  • Valentin Petit — agence CAPA (cr30c) : témoignage journalistique de première main sur les contenus mortifères, produits « par des mineurs pour des mineurs », jusqu'au récit d'un passage à l'acte.
  • Sophie Taïeb — Crif (cr30c) : antisémitisme vécu (« 69 % des Juifs » selon des études non précisées), boucle de recommandation renforçante, indexation qui ne couvre pas le contenu parlé.
  • Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (cr30c) : trois à cinq vidéos depuis « islam » suffiraient pour atteindre du contenu salafiste.
  • Antonin Atger — doctorant en psychologie sociale (cr16a) : principale voix relativisant l'algorithme au profit d'une auto-sélection des militants ; décrit aussi la monétisation du conflit israélo-palestinien.
  • Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (cr16a) : observation longitudinale de deux groupes qui se radicalisent jusqu'à l'appel à frapper.
  • Jérôme Pacouret — MIAI Grenoble Alpes (cr03b) : chiffre d'exposition personnelle des jeunes usagers aux discours haineux.
  • Alejandra Mariscal Lopez — Point de Contact (cr14c) : baisse des signalements lue comme découragement et banalisation.
  • Lucile Petit — Arcom (cr13c) : ancienneté des relations opérationnelles régulateur-TikTok depuis la loi de 2018.
  • Laure Miller — rapporteure, EPR (cr16a) : cherche le ressort — viralité ou polarisation — qui attire les influenceurs problématiques.
Interventions regroupées (24 citations · 7 auditions)

Domaine : Contenus à risque & sécurité des mineurs · Sujet : radicalisation-haine

Couverture : 24 citations · 1 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : contenus-terroristes, contenus-terroristes-attentats, contenus-terroristes-tco, haine-en-ligne, haine-en-ligne-observatoire, discours-haine-cyberharcelement, polarisation-complotisme-desinformation, continuum-violences, antisemitisme-plateforme_

Positions exprimées

  • Mme Audrey Chippaux (cr16a) : Atger : la polarisation tient autant à une mécanique sociologique (auto-sélection des militants) qu'aux algorithmes, et dépasse TikTok. Chippaux : les groupes observés se radicalisent jusqu'à des appels à la violence. _(tranchant 3)_

Citations (verbatim, sourcées)

« 20 % des jeunes utilisateurs de TikTok interrogés ont été personnellement la cible de discours dévalorisants, discriminants, haineux ou ont été harcelés au moins une fois par mois lors d’une période récente. »

M. Jérôme Pacouret — MIAI Grenoble Alpes (chaire Société algorithmique) (audite, audition cr03b, 2025-04-03)

_Chiffre sur le harcèlement/haine visant personnellement les jeunes usagers de TikTok (enquête Feeding Bias, 18 ans et plus)._

« Dans 90 % des cas que nous accompagnons, en effet, les cyberviolences sur TikTok ou d'autres plateformes s'accompagnent de violences physiques dans la vie réelle. »

Shanley Clemot McLaren — Stop Fisha (audite, audition cr12a, 2025-05-16)

_Chiffre avancé par Stop Fisha pour établir le continuum en ligne / hors ligne ; statistique interne à l'association (cas accompagnés), non représentative de l'ensemble des utilisateurs._

« Nous sommes en relation avec l’équipe française de TikTok depuis des années, puisque la plateforme était concernée par la loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l’information. »

Mme Lucile Petit — Arcom (audite, audition cr13c, 2025-05-20)

_Établit l’ancienneté et la nature des relations opérationnelles Arcom-TikTok (Observatoire de la haine, échanges bihebdomadaires en période électorale). Contrepoids factuel au récit d’une plateforme injoignable._

« de 14 signalements de contenus terroristes en 2023, nous sommes passés à 32 en 2024. TikTok se positionne ainsi comme la deuxième plateforme sur laquelle nous identifions le plus ce type de contenus. »

Yann Lescop — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Chiffres issus des seuls signalements reçus par l'association (échantillon militant, non représentatif) ; établit une progression et un classement relatif, pas un volume absolu sur TikTok._

« Soucieux de ne pas être perçus comme des censeurs, nous sommes particulièrement vigilants quant à la préservation de la liberté d’expression. »

Yann Lescop — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Explique le faible taux de qualification d'illicéité sur la haine par une interprétation stricte protectrice de la liberté d'expression ; nuance importante sur la posture de l'association._

« En matière de haine en ligne, ce n’est pas TikTok que nous identifierions comme étant plus problématique. D’autres plateformes ont connu une dégradation notable de leurs politiques de modération ces derniers mois. X et Meta, par exemple, nous ont posé de sérieuses difficultés en termes de retrait de contenus, ce qui n’est pas le cas avec TikTok. »

Yann Lescop — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Propos nettement à décharge : dans une commission enquêtant sur TikTok, le témoin place X et Meta comme plus problématiques sur la modération de la haine ; à pondérer par le fait que les signalements proviennent d'internautes connaissant l'association._

« dans le cas de la tendance SkinnyTok, il n’est a priori pas illégal de faire l’apologie de la maigreur. »

Yann Lescop — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Point juridique central : la frontière entre contenu préjudiciable et contenu illicite ; l'apologie de la maigreur n'entre pas dans le champ pénal, ce qui limite le retrait par le canal légal._

« Nous recevons moins de signalements, car les citoyens pensent que cela ne sert à rien. D’autre part, on constate une certaine banalisation des propos haineux. »

Alejandra Mariscal Lopez — Point de Contact (audite, audition cr14c, 2025-05-22)

_Explique le faible nombre de signalements de haine par un sentiment d'inutilité et une banalisation ; enjeu de confiance des citoyens dans le dispositif de signalement._

« Est-ce la viralité des vidéos ou la plus grande capacité de polarisation de leurs propos qui fait de Tiktok un outil plus attirant pour les influenceurs problématiques que vous avez identifiés ? »

Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr16a, 2025-05-26)

_La rapporteure cherche à identifier le ressort précis (viralité vs polarisation) qui attire les influenceurs problématiques._

« L’un des matchs de ce genre les plus écœurants était un match Israël-Palestine, où l’on voyait quels soutiens donnaient le plus d’argent. »

Antonin Atger — écrivain, doctorant chercheur en psychologie sociale (Londres) (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Exemple frappant de monétisation exploitant un conflit géopolitique et la polarisation. Témoignage de l'auditionné._

« Je m’intéresse à un groupe de droite et un groupe de gauche, mais on peut aujourd’hui les décrire comme d’extrême droite et d’extrême gauche. »

Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Constat d'une radicalisation progressive des groupes observés. Observation de l'auditionnée._

« Voilà quelques semaines ou peu de mois, il s’agissait tout simplement de retrouver certaines personnes et de ne plus se laisser faire : il fallait frapper. »

Audrey Chippaux — auteure de « Derrière le filtre » (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Décrit une escalade de contenus pédagogiques vers des appels à la violence. Témoignage de l'auditionnée sur des contenus vus._

« De manière naturelle, les gens qui prennent la parole sur les réseaux, en particulier sur des thématiques politiques, sont très investis, plutôt aux extrêmes et polarisés. »

Antonin Atger — écrivain, doctorant chercheur en psychologie sociale (Londres) (audite, audition cr16a, 2025-05-26)

_Nuance : la polarisation tient à une mécanique sociologique (auto-sélection des militants), pas seulement à l'algorithme. Élément qui relativise la responsabilité propre de TikTok._

« 134 injonctions de retrait TCO ont été formulées par Pharos pour des contenus présents sur TikTok, sur un total de 159 injonctions de retrait TCO. »

Cécile Augeraud — Ofac / Pharos (audite, audition cr18d, 2025-05-27)

_Montre que la très grande majorité des injonctions TCO nationales visent TikTok — poids disproportionné de la plateforme dans les contenus terroristes traités._

« C’est peut-être aussi une des explications que l’on peut donner au changement de proportion entre le terrorisme et les atteintes aux mineurs constatées entre 2024 et 2025, la plateforme ayant sans doute plus pris conscience de notre très grande attention. »

Cécile Augeraud — Ofac / Pharos (audite, audition cr18d, 2025-05-27)

_Hypothèse (non démontrée) de l’auditionnée : la pression de Pharos aurait fait reculer la proportion de contenus terroristes sur TikTok. À présenter comme interprétation, pas comme fait établi._

« Nous le constatons sur les injonctions TCO, pour lesquelles les contenus ont tous été retirés dans l’heure, conformément au texte. »

Cécile Augeraud — Ofac / Pharos (audite, audition cr18d, 2025-05-27)

_Établit une performance de retrait maximale sur un segment précis (TCO/terrorisme) : 100 % dans l’heure, conforme au règlement._

« Si vous tapez « Hitler » sur TikTok, les vidéos dans lesquelles ce mot est prononcé n’apparaîtront pas. »

Sophie Taïeb — Crif (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Constat opérationnel de la responsable cybersécurité du Crif : l'indexation empêche de retrouver les contenus par leur contenu vidéo. Rend la détection dépendante des signalements et de l'algorithme._

« à force de consulter des contenus antisémites, TikTok me propose automatiquement des vidéos antisémites. »

Sophie Taïeb — Crif (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Illustration par l'expérience directe de la logique de recommandation renforçante. Témoignage de la locutrice, non une mesure quantifiée._

« Selon des études, 69 % des Juifs disent avoir été victimes d’antisémitisme sur la plateforme. »

Sophie Taïeb — Crif (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Chiffre avancé par le Crif et attribué à des « études » non précisées ; à traiter comme une affirmation sourcée à la locutrice, non un fait vérifié en séance._

« Pour conclure, sur TikTok, j’ai vu des gens mourir, se prendre des balles dans la tête, le tout agrémenté de musiques à la mode, de stickers rose flashy et de filtres roses. »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Image de synthèse du décalage entre codes ludiques de TikTok et contenus mortifères. Témoignage journalistique de première main._

« Ces comptes et ces contenus diffusés en masse sont, dans de nombreux cas, créés par des mineurs pour des mineurs. »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Point saillant pour une commission sur les mineurs : les producteurs comme les cibles de ces contenus seraient souvent mineurs. Constat d'enquête, non une statistique._

« Il n’y a aucune solution politique. La seule solution, c’est la violence »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Propos rapporté d'un mineur néerlandais de 17 ans producteur d'edits, cité par Petit. Illustre la justification idéologique de la violence chez de jeunes créateurs._

« j’ai assisté au passage à l’acte d’un jeune Afro-Américain de 17 ans, qui a attaqué son lycée et tué une personne avec une arme de poing après avoir consommé ces types de contenus. »

Valentin Petit — agence CAPA (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Témoignage direct reliant consommation de contenus et passage à l'acte violent. Le lien est présenté comme corrélé/consécutif par le journaliste ; il n'établit pas juridiquement une causalité algorithmique._

« Le résultat n’a jamais été supérieur à cinq vidéos – c’était entre trois et cinq. »

Hugo Micheron — Ceri / Sciences Po (audite, audition cr30c, 2025-06-24)

_Réponse à l'objection « il faut chercher » de la rapporteure : à partir du mot neutre « islam », 3 à 5 vidéos suffiraient pour tomber sur du contenu salafiste. Test pédagogique à Sciences Po, non une recherche publiée (précisé par l'auteur)._