La part du citoyenTikTok et les mineurs

Explorer · Contenus à risque & sécurité des mineurs

Autres contenus problématiques

Sur les contenus problématiques qui ne relèvent ni du suicide ni des troubles alimentaires — contenus choc, « dramas », dark romance, trafic de stupéfiants —, la commission et ses auditionnés s'accordent sur le mécanisme (le conflictuel performe mieux que le pédagogique) mais s'opposent frontalement sur qui en répond : l'offre qui expose, ou la demande qui réclame.

L'hypothèse de travail est posée par la rapporteure : « Nous savons que l'algorithme a tendance à mettre en avant des contenus choc, car c'est ce qui retient l'attention du public, en particulier des jeunes », affirme Mme Laure Miller (cr24e). Le fait remarquable est que la concession vienne de celui qui la conteste au départ. Le créateur de contenu Nasser Sari décrit d'abord la pression qui pèse sur les siens — « cette course aux vues, cette course à l'audimat, cette course au buzz […] la pression nous poussent des fois, nous créateurs de contenus, à poster des choses sans même en être conscient » (cr24e) —, puis lâche la mécanique elle-même : « un drama fera largement plus de vues qu'une vidéo qui explique, je ne sais pas… ». Interrogé par le président sur le fait que le drama rapporte davantage d'argent que la pédagogie, il répond « Totalement ! ». Le ressort économique de la viralité est ainsi admis par l'audité, non démontré par la commission.

Mais le même Sari referme aussitôt la porte de la responsabilité en déplaçant la cause vers le public : « si demain TikTok les retire, vous verrez qu'ils les chercheront sur d'autres plateformes. Beaucoup de gens, leur centre d'intérêt, c'est les dramas » (cr24e). C'est exactement l'argument que tient TikTok par la voix de Marlène Masure : « Nous n'avons pas la capacité d'influencer des tendances ; la communauté va décider des sujets dont elle a envie de s'emparer » (Mme Marlène Masure). Le sens latent est là : créateur et plateforme, sans se concerter, logent l'agentivité dans « les gens » et « la communauté », ce qui rend la question de la modération secondaire — si la demande préexiste, ni l'algorithme ni le créateur n'ont à répondre de ce qu'ils exposent. La commission, elle, présuppose l'inverse.

L'affrontement se durcit sur les faits. Mme Léa Balage El Mariky (EcoS, cr24e) énumère ce que seraient ces contenus s'ils étaient réels — « il s'agit souvent d'actes pénalement répréhensibles – menaces avec couteau, racisme, harcèlement, exploitation, détournement de mineur et violences conjugales » — accusations énoncées devant la commission, non établies par elle. Sari oppose la mise en scène (« Cette scène-là, je vous le dis clairement, elle a été surjouée ») et sa propre version sur une créatrice mineure (« Oui, elle avait 16 ans, elle nous avait menti »). Aucune des deux versions n'est vérifiable par la commission. La tension devient procédurale quand le président doit rappeler que « toutes les paroles prononcées par un parlementaire dans l'enceinte de l'Assemblée sont couvertes par l'immunité parlementaire » (cr24e), après une menace de plainte en diffamation.

Sur les autres fronts, l'échange reste au stade de la question ouverte : le président interroge la dark romance derrière BookTok — Mme Masure y répond par le bilan (« Je suis prête à recevoir toutes les critiques mais BookTok, c'est une si belle histoire ! », Mme Marlène Masure) — et met une autre plateforme face au trafic : « Pourquoi le trafic de drogue se fait-il sur Snapchat ? » (cr30b).

Qui en parle

  • Mme Laure Miller — rapporteure (EPR), cr24e : pose l'hypothèse d'un algorithme qui privilégie les contenus choc auprès des jeunes.
  • M. Nasser Sari — créateur de contenu, audité, cr24e : concède le mécanisme économique du drama, mais impute la demande au public et conteste la qualification des faits qui lui sont opposés.
  • Mme Léa Balage El Mariky — députée (EcoS), cr24e : qualifie les contenus en cause d'actes pénalement répréhensibles, ou à défaut de mises en scène à assumer et à modérer.
  • Mme Marlène Masure — TikTok, Mme Marlène Masure : dénie à la plateforme tout rôle éditorial dans l'émergence des tendances et défend le bilan de BookTok.
  • M. Arthur Delaporte — président de la commission, cr24e et cr30b : rappelle le cadre de l'immunité parlementaire après une menace de plainte, et interroge l'usage des plateformes pour le trafic de stupéfiants.
Interventions regroupées (12 citations · 3 auditions)

Domaine : Contenus à risque & sécurité des mineurs · Sujet : autres-contenus

Couverture : 12 citations · 0 positions · 3 auditions

_Slugs bruts fusionnés : booktok-dark-romance, contenus-violents-dramas, trafic-drogue-snapchat_

Citations (verbatim, sourcées)

« Nous savons que l’algorithme a tendance à mettre en avant des contenus choc, car c’est ce qui retient l’attention du public, en particulier des jeunes. »

Mme Laure Miller — EPR (rapporteur, audition cr24e, 2025-06-10)

_La rapporteure pose l'hypothèse de travail de la commission (algorithme qui privilégie les contenus choc), attribuée aux experts entendus ; Nasser Sari la conteste immédiatement._

« Cette course aux vues, cette course à l’audimat, cette course au buzz – je pense que vous avez déjà entendu le mot buzz –, la pression nous poussent des fois, nous créateurs de contenus, à poster des choses sans même en être conscient. »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_Aveu de l'audité que la logique de vues pousse à publier sans recul ; établit un mécanisme (pression du buzz) sans exonérer les créateurs._

« un drama fera largement plus de vues qu’une vidéo qui explique, je ne sais pas… »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_Concession clé de l'audité : les contenus conflictuels (« dramas ») génèrent plus de vues que la pédagogie, ce qui rejoint la thèse de la commission qu'il contestait au départ._

« Totalement ! »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_Réponse par laquelle l'audité confirme au président que le drama rapporte plus d'argent que la pédagogie ; admission d'un ressort économique de la viralité._

« si demain TikTok les retire, vous verrez qu’ils les chercheront sur d’autres plateformes. Beaucoup de gens, leur centre d’intérêt, c’est les dramas. »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_Argument de l'audité relativisant la modération : la demande de contenus conflictuels préexiste et se reporterait ailleurs ; nuance le rôle de la seule plateforme._

« Cette scène-là, je vous le dis clairement, elle a été surjouée. »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_À propos de la scène où Djibril jette un téléphone sur sa compagne, qualifiée de violence conjugale par la députée EcoS : l'audité affirme qu'elle a été « surjouée », donc mise en scène ; version invérifiable par la commission._

« Oui, elle avait 16 ans, elle nous avait menti, ce qui avait aussi fait scandale sur les réseaux. »

M. Nasser Sari (audite, audition cr24e, 2025-06-10)

_Sur Leyna, mineure : l'audité confirme son âge (16 ans) et présente une version (elle serait venue elle-même annoncer une grossesse, aurait menti) qui contredit l'accusation de la députée EcoS ; faits contestés, non établis par la commission._

« Si c’est le cas, il s’agit souvent d’actes pénalement répréhensibles – menaces avec couteau, racisme, harcèlement, exploitation, détournement de mineur et violences conjugales. »

Mme Léa Balage El Mariky — EcoS (depute, audition cr24e, 2025-06-10)

_Accusations énumérées par la députée EcoS sur la nature des contenus, non établies ; elle en tire une alternative : soit des faits pénalement répréhensibles, soit une mise en scène à assumer et à modérer._

« toutes les paroles prononcées par un parlementaire dans l’enceinte de l’Assemblée sont couvertes par l’immunité parlementaire »

M. le président Arthur Delaporte (president, audition cr24e, 2025-06-10)

_Rappel du cadre par le président après que l'audité a menacé de porter plainte pour diffamation (« Ça va finir au commissariat ! ») face à l'évocation d'un propos « Banania » ; établit le régime juridique de l'échange._

« Nous n’avons pas la capacité d’influencer des tendances ; la communauté va décider des sujets dont elle a envie de s’emparer. »

Marlène Masure — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_TikTok soutient ne pas manipuler les tendances (BookTok/dark romance), tout attribuant à la communauté — thèse de non-responsabilité éditoriale que la commission met en doute._

« Je suis prête à recevoir toutes les critiques mais BookTok, c’est une si belle histoire ! »

Marlène Masure — TikTok (audite, audition de Mme Marlène Masure, 2025-06-12)

_Illustration du décalage de registre entre la défense enthousiaste de TikTok (BookTok positif) et l’insistance du président sur la dark romance (soumission, viol, jeunes filles de 12-15 ans)._

« Pourquoi le trafic de drogue se fait-il sur Snapchat ? »

Arthur Delaporte (president, audition cr30b, 2025-06-24)

_Le président met la plateforme face à l'usage documenté de Snapchat pour le trafic de stupéfiants (arrestation en Corrèze)._