La part du citoyen

Cycle du combustible et uranium

Dépendance russe sur l'uranium et le combustible

Le corpus partage un constat de base : la totalité de l'uranium naturel consommé par les centrales françaises est importée. Selon Bérengère Mesqui (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.), « la totalité de l'uranium naturel utilisé dans nos centrales est importée », alors même que, « par convention statistique, le nucléaire [...] [est] considéré comme [une] énergie nationale ». Elle souligne aussi la concentration des fournisseurs : « les principaux producteurs en sont le Kazakhstan, à hauteur de 45 %, la Namibie, à 12 %, et le Canada, à 10 % », des pays « moins diversifiés que ceux dont provient le pétrole ». Patrick Landais (M. Patrick Landais) chiffre les flux : « 7 à 9 000 tonnes d'uranium naturel par an », pour « 0,5 à 1 milliard d'euros par an », et qualifie cette dépendance amont, « concentr[ée] dans des pays à stabilité politique incertaine », de « fragilité de souveraineté à observer avec une extrême attention ».

Un clivage net apparaît sur l'interprétation de cette dépendance, et plus particulièrement sur le lien avec la Russie.

D'un côté, les dirigeants de la filière la minimisent. François Jacq (M. François Jacq) affirme que « la dépendance envers la Russie n'est que potentielle », limitée au réenrichissement de l'uranium de retraitement, technologie « maîtrisable en France ». Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) recentre le débat : « notre vraie dépendance se situe [...] par rapport à l'énergie fossile », l'uranium ayant des flux faibles et stockables (« 100 grammes d'uranium naturel équivalent à 1 tonne de pétrole »). Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) et Luc Rémont (M. Luc Rémont) abondent : « la France n'est pas dépendante de la fourniture de la Russie pour faire vivre son parc nucléaire ». Tous nuancent toutefois sur un point : le retraitement de l'uranium repose sur Tenex, filiale de Rosatom, « seule [...] à disposer d'une technologie de retraitement » (Rémont, M. Luc Rémont), un service « non visé par les sanctions ».

De l'autre, des voix soulignent la réalité de cette dépendance. Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) chiffre : « plus de 40 % de notre uranium provient du Kazakhstan et d'un pays voisin [...] sous contrôle de la Russie » et « 20 % de la préparation des combustibles dépendent de la Russie », arguments contre l'idée d'une indépendance nucléaire. Henri Proglio (M. Henri Proglio) assume une coopération durable : la France « devra encore durablement travailler avec les nucléaires russe et chinois ». Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) en détaille la nature concrète : Framatome a fabriqué « des copies de combustibles russes », relations aujourd'hui « quasi au point mort ».

Plusieurs intervenants relient la dépendance à des causes structurelles. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) y voit « la traduction de cette recherche effrénée du meilleur prix », et Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) impute à un « manque de conviction politique » l'affaiblissement d'EDF et d'Areva à l'export. Eric Besson (M. Eric Besson) propose une issue technologique : une « indépendance totale [...] grâce à l'uranium appauvri » sous vingt à trente ans. Enfin, interrogé sur le Niger, Knoche (M. Philippe Knoche) réfute toute violation des droits humains (« nous ne bafouons pas les droits humains ») tout en disant ignorer une affaire de 2009.

Qui en parle

Interventions regroupées (18 citations · 12 auditions)

Domaine : Cycle du combustible et uranium · Sujet : dependance-russie-uranium

Couverture : 18 citations · 11 positions · 12 auditions

_Slugs bruts fusionnés : approvisionnement-combustible-russie, dependance-russie-rosatom, dependance-russie-uranium, dependance-uranium-importe, dependance-uranium-rosatom, dependance-fossile-vs-uranium, liens-rosatom-russie, concurrence-rosatom, responsabilite-niger-droits-humains, dependance-russe-prix_

Positions exprimées

  • M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : Maintenir des liens avec le nucléaire civil russe est légitime car le nucléaire n'est pas sous sanction et la France devra durablement travailler avec les nucléaires russe et chinois ; il refuse de démissionner du conseil consultatif. _(tranchant 4)_
  • M. François Jacq (M. François Jacq) : La dépendance à la Russie est potentielle et non critique pour la France ; elle concerne surtout le réenrichissement de l'uranium de retraitement, technologie maîtrisable en France si nécessaire. _(tranchant 3)_
  • M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : La dépendance à l'uranium importé, concentré dans des pays à stabilité politique incertaine, est une fragilité de souveraineté à observer avec une extrême attention. _(tranchant 3)_
  • M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) : Les relations avec Rosatom relèvent d'un accord-cadre (pas d'un contrat) et sont aujourd'hui quasi au point mort ; Framatome développe des copies de combustibles russes et des solutions souveraines pour réduire la dépendance de l'Europe centrale. _(tranchant 2)_
  • Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : Le nucleaire n'assure pas l'independance francaise compte tenu de la dependance a l'uranium (Kazakhstan, Niger) et a la Russie pour la preparation des combustibles et l'envoi de dechets. _(tranchant 2)_
  • M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : La veritable dependance energetique de la France est aux energies fossiles, pas a l'uranium dont les flux sont faibles, stockables et le cout marginal dans le MWh nucleaire. _(tranchant 2)_
  • M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) : La dependance accrue de l'Europe a la Russie est la consequence du modele concurrentiel et de la recherche du meilleur prix immediat plutot que d'une strategie de diversification. _(tranchant 2)_
  • M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : Orano applique les memes standards de radioprotection au Niger qu'en France et ne bafoue pas les droits humains ; figure parmi les entreprises les plus sures. _(tranchant 1)_
  • M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : La dependance a la Russie sur l'uranium de retraitement est marginale, releve d'un arbitrage economique d'EDF et la France pourrait s'en passer jusqu'a 2040. _(tranchant 1)_
  • M. Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) : La France n'est pas dépendante de la Russie pour faire vivre son parc, sauf de manière temporaire pour le retraitement de l'uranium assuré par Tenex. _(tranchant 1)_
  • M. Luc Rémont (M. Luc Rémont) : EDF n'est pas dependante de la Russie pour l'uranium grace a la diversification, malgre un accord avec TENEX (Rosatom) seule a detenir la technologie de retraitement et non vise par les sanctions. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Par convention statistique, le nucléaire et les énergies renouvelables sont considérés comme des énergies nationales. Cependant, la totalité de l’uranium naturel utilisé dans nos centrales est importée. »

Bérengère Mesqui (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Met a nu le coeur de la convention statistique qui fonde l'independance energetique francaise : le nucleaire est compte national alors que tout son combustible est importe._

« Les principaux producteurs en sont le Kazakhstan, à hauteur de 45 %, la Namibie, à 12 %, et le Canada, à 10 %. Les pays fournisseurs d’uranium sont moins diversifiés que ceux dont provient le pétrole. »

Bérengère Mesqui (audite, audition de Mme Ketty Attal-Toubert e.a., 2022-11-15)

_Detaille la concentration des fournisseurs d'uranium, un angle mort de la souverainete nucleaire._

« Le manque de conviction politique a affaibli la position concurrentielle d’EDF et d’Areva par rapport aux Russes, aux Japonais, aux Coréens et aux Américains, sur des marchés qui s’ouvraient. »

M. Pascal Colombani (audite, audition de M. Pascal Colombani, 2022-11-30)

_Lie le manque de soutien politique à la perte de compétitivité de la filière française à l'export._

« La dépendance envers la Russie n’est que potentielle. »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Minimisation de la dépendance russe, point contesté par Écolo-NUPES._

« Nous avions donc convenu à l’époque de nous associer avec Rosatom pour fabriquer, sur des sites de Framatome, des copies de combustibles russes. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Révèle la nature concrète de la coopération Framatome-Rosatom : fabrication de copies de combustibles russes._

« EDF et le nucléaire français continuent de travailler avec le nucléaire russe, et elle devra encore durablement travailler avec les nucléaires russe et chinois, ne vous en déplaise ! »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Position assumée sur la dépendance durable au nucléaire russe et chinois, malgré le contexte ukrainien._

« Nous importons 7 à 9 000 tonnes d’uranium naturel par an du Kazakhstan, premier producteur mondial, de l’Ouzbékistan, du Niger et de l’Australie pour un montant de 0,5 à 1 milliard d’euros par an. »

M. Patrick Landais (audite, audition de M. Patrick Landais, 2022-12-15)

_Chiffre la dépendance amont du nucléaire français à l'uranium importé, angle de souveraineté souvent occulté._

« plus de 40 % de notre uranium provient du Kazakhstan et d'un pays voisin qui sont sous contrôle de la Russie. Par ailleurs, 20 % de la préparation des combustibles dépendent de la Russie au niveau européen et au nôtre »

Corinne Lepage (audite, audition de Mme Corinne Lepage, 2023-01-10)

_Chiffrage de la dependance amont du nucleaire, argument contre l'idee d'independance nucleaire._

« Notre vraie dépendance se situe donc par rapport à l’énergie fossile. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Recentre le debat sur la souverainete : pour le DG d'Orano, la dependance critique de la France n'est pas l'uranium mais les fossiles._

« 100 grammes d’uranium naturel équivalent à 1 tonne de pétrole, soit un facteur 10 000 qu’il est parfois difficile de se représenter. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Argument cle de l'industrie nucleaire sur la faible vulnerabilite des flux d'approvisionnement d'uranium._

« La réponse est dans la question. Nous ne bafouons pas les droits humains »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Refutation directe de l'accusation de violation des droits humains au Niger._

« le cas de 2009 que vous mentionnez m’est inconnu, mais je pourrai me renseigner, sachant que je n’ai pris en charge les activités d’Areva – et en particulier les activités minières – qu’en 2014. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Le DG dit ignorer l'affaire publique du deces au Niger, ce qui surprend la deputee._

« la France n’est pas dépendante de la fourniture de la Russie pour faire vivre son parc nucléaire. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Affirmation clé sur la souveraineté du cycle combustible, nuancée ensuite sur le retraitement._

« Actuellement, seule l’usine de Tenex en Russie a la capacité d’accomplir ce travail de retraitement de l’uranium en Europe. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Nuance majeure : une dépendance russe résiduelle subsiste sur le retraitement de l'uranium._

« J’estime que la dépendance accrue des pays européens à l’égard de la Russie ces dernières décennies constitue également la traduction de cette recherche effrénée du meilleur prix à un moment donné. »

Dominique Maillard (audite, audition de M. Dominique Maillard, 2023-01-26)

_Lie directement la dependance russe au modele concurrentiel et a la course au prix bas, coeur du mandat de la commission._

« Selon moi, nous pouvons atteindre une indépendance totale en matière d’électricité nucléaire grâce à l’uranium appauvri, dans un horizon de vingt à trente ans. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Reponse a l'argument de la dependance a l'uranium : la 4e generation rendrait la France totalement independante._

« Nous ne sommes pas dépendants de la Russie en matière de fourniture d’uranium et donc du cycle du combustible. »

Luc Rémont (audite, audition de M. Luc Rémont, 2023-02-28)

_Reponse directe a la question politiquement sensible de la dependance russe._

« Nous avons un accord relativement ancien avec TENEX, une filiale de Rosatom, pour l’uranium de retraitement. Il se trouve que cette filiale de Rosatom est la seule au monde à disposer d’une technologie de retraitement. »

Luc Rémont (audite, audition de M. Luc Rémont, 2023-02-28)

_Nuance importante : nie la dependance tout en confirmant un lien strategique avec une filiale de Rosatom sur une technologie monopolistique._