La part du citoyen

Doctrine & géopolitique de la souveraineté

Définir la souveraineté numérique

Aucune définition unique ne se dégage du corpus : la commission a d'abord constaté un vide conceptuel et juridique. Selon Laurent Choukroun (M. Charles-Antoine Beyney), « il n'existe pas de définition légale de la souveraineté – d'ailleurs, si le législateur venait à en proposer une, cela nous serait très utile », et la députée Isabelle Rauch (Mme Anne Le Hénanff) reproche frontalement aux ministres de ne pas avoir donné « [leur] définition de la souveraineté numérique et de la dépendance ». Plusieurs auditionnés contestent même le mot : Soizic Pénicaud (Odap, Mme Soizic Pénicaud) le juge « équivoque » et ne l'emploie pas ; Henri d'Agrain (Cigref, M. Henri d’Agrain) tranche que « la souveraineté est un attribut exclusif de l'État » et que parler de « cloud souverain » relève « d'une forme de paresse intellectuelle », d'où sa distinction entre résilience (des entreprises) et souveraineté (de l'État).

Un large accord se dessine néanmoins sur ce que la souveraineté n'est pas : ni autarcie, ni indépendance technologique totale. Pour Luca Belli (M. Luca Belli), elle est « la capacité effective de décision, de choix, de contrôle et de gouvernance au sein d'écosystèmes pluriels et nécessairement interconnectés » ; David Amiel (Mme Anne Le Hénanff) la définit « classiquement » comme « la capacité de se donner sa propre loi », en écartant l'autarcie ; Anne Le Hénanff (Mme Anne Le Hénanff) juge « l'indépendance technologique totale » irréaliste. La définition la plus opérationnelle est celle de la Dinum : selon Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer), c'est « la capacité d'une nation à agir de manière autonome […] en maîtrisant les dépendances […] envers des acteurs non européens », déclinée en immunité au droit extraterritorial (label SecNumCloud, Cloud Act) et en réversibilité.

Un clivage porte sur le critère de souveraineté. Les centrales d'achat retiennent la nationalité du siège social (Edward Jossa, Ugap, des acheteurs publics : 723 M€ de ventes « souveraines », soit 55,5 %, mais un non-souverain en croissance), critère jugé trompeur puisque « des pépites françaises peuvent être hébergées chez des hyperscalers américains » (Thomas Jan, des acheteurs publics). Vincent Strubel (Anssi, M. Vincent Strubel) estime que le critère européen/non-européen « n'est pas le plus significatif » face à la maîtrise des dépendances, et propose une lecture en trois déterminants ; Charles-Antoine Beyney et Laurent Choukroun (M. Charles-Antoine Beyney) plaident pour objectiver via un indicateur gradué, le « SovScore ».

Autre ligne de fracture : le rôle de l'État. L'Autorité de la concurrence (Umberto Berkani, M. Umberto Berkani) rappelle que le droit de la concurrence est « strictement neutre quant à la nationalité » et renvoie la souveraineté à la « stratégie industrielle », tandis que la DGE, le Trésor et le SGPI (M. Thomas Courbe) défendent une intervention publique sélective, ciblée sur les « défaillances de marché avérées ». Plusieurs voix cadrent enfin le sujet comme régalien : Antoine Duboscq (M. Antoine Duboscq) le compare à « la maîtrise du nucléaire dans les années 1950 », et Frédéric Geraud de Lescazes (Google, des représentants en France des Gafam) résume l'enjeu du kill switch : « pourrons-nous allumer la lumière demain matin ? »

Qui en parle

Interventions regroupées (52 citations · 15 auditions)

Domaine : Doctrine & géopolitique de la souveraineté · Sujet : definition-souverainete

Couverture : 52 citations · 15 positions · 15 auditions

_Slugs bruts fusionnés : souverainete-numerique, definition-souverainete-numerique, souverainete-notion-equivoque, souverainete-definition, souverainete-numerique-definition, souverainete-numerique-etat, souverainete-numerique-strategique, souverainete-attribut-etat, trois-piliers-souverainete, sovscore-definition-souverainete, souverainete-hors-champ_

Positions exprimées

  • M. Henri d’Agrain (M. Henri d’Agrain) : La souveraineté est un attribut exclusif de l’État ; il faut distinguer le niveau microéconomique (résilience, responsabilité des entreprises et des DSI) du niveau macroéconomique (souveraineté, responsabilité de l’État et de l’UE via réglementation, investissements et commande publique). _(tranchant 5)_
  • Mme Maud Quessard (Mme Maud Quessard) : Le retour à la souveraineté numérique est atteignable à un coût raisonnable ; il ne manque ni les compétences ni les solutions techniques mais une volonté politique et une stratégie cohérente, sans se réfugier dans un levier unique (monisme) ni dans le défaitisme. _(tranchant 4)_
  • MM. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) : Plutôt que d'aligner leurs systèmes d'information sur le plus haut niveau technologique, les administrations devraient viser une performance strictement adaptée à leurs besoins, car la course à la performance à court terme met en cause la souveraineté sur les données et crée une dépendance à un éditeur dominant. _(tranchant 4)_
  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Le terme de souveraineté est équivoque et l’Odap ne l’emploie pas ; l’enquête sur Mistral AI montre qu’une entreprise française peut violer le droit d’auteur, ce qui vide de sens une souveraineté purement géographique ou linguistique. _(tranchant 4)_
  • MM. Umberto Berkani (M. Umberto Berkani) : La reconquête de l'indépendance numérique relève de la stratégie industrielle et du politique, pas du droit de la concurrence : l'Autorité n'est ni légitime ni outillée pour créer des concurrents français ou définir des objectifs de souveraineté. _(tranchant 4)_
  • MM. Emmanuel Marcovitch (M. Emmanuel Marcovitch) : La volonté politique de souveraineté numérique est affirmée mais n'est pas encore intégrée dans les stratégies numériques des administrations ; quatre domaines de contradiction subsistent (gouvernance insuffisante, tension cybersécurité/souveraineté, tension performance/souveraineté, faiblesse de Pi et Nubo), et la marge de progrès est grande sans nécessiter d'investissements lourds. _(tranchant 3)_
  • Mme Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) : La souveraineté numérique se définit comme la capacité à agir de façon autonome en maîtrisant les dépendances envers les acteurs non européens ; elle se décline concrètement en immunité au droit extraterritorial (SecNumCloud pour les données sensibles) et en réversibilité (pouvoir remplacer toute brique par une alternative). _(tranchant 3)_
  • M. Charles-Antoine Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) : La souveraineté n'a pas de définition légale et doit être objectivée par un indicateur gradué (SovScore) portant sur le lieu, le contrôle de l'entreprise et les couches logicielles ; la maîtrise de la chaîne « de l'infrastructure à l'utilisateur final » en est la condition. _(tranchant 3)_
  • M. Vincent Strubel (M. Vincent Strubel) : La souveraineté numérique se décompose en trois piliers (cybersécurité, droit, liberté de choix des technologies critiques) ; le seul critère européen/non-européen n'est pas le plus significatif, c'est la maîtrise des dépendances et l'objectivation des leviers d'ingérence qui comptent. _(tranchant 3)_
  • MM. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : L'intervention publique doit être sélective, ciblée sur les défaillances de marché avérées et l'effet de levier maximal, pour éviter le saupoudrage — la souveraineté n'appelle pas des solutions simples mais une analyse en profondeur. _(tranchant 3)_
  • M. Luca Belli (M. Luca Belli) : La souveraineté numérique n'est pas l'autarcie ni le fait de tout produire soi-même, mais la capacité effective de décision, de choix, de contrôle et de gouvernance au sein d'écosystèmes interconnectés ; elle s'atteint par la coopération et suppose de calibrer stratégiquement des dépendances assumées. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des acheteurs publics) : Faute de mieux, la souverainete d'un fournisseur se juge sur la nationalite declarative du siege social et de la maison mere — critere imparfait, mouvant, qui laisse de cote le kill switch et l'hebergement reel des donnees. _(tranchant 2)_
  • MM. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : La souveraineté numérique repose sur trois piliers : soutenir une offre compétitive (France 2030, Piiec), diffuser les solutions dans l'économie, et agir par la réglementation (règlement IA, protection des données, DMA). _(tranchant 2)_
  • (table ronde) (des représentants en France des Gafam) : Il ne faut pas choisir entre innovation de pointe et souveraineté : les deux sont conciliables, la dépendance n’est pas une fatalité, il faut organiser et gouverner des interdépendances mondiales inévitables. _(tranchant 2)_
  • Mme Anne Le Hénanff (Mme Anne Le Hénanff) : La souveraineté numérique repose sur trois exigences : connaître ses dépendances, développer une offre souveraine française et européenne, défendre ses valeurs (la « troisième voie » plaçant l'humain au cœur de la technologie, distincte des modèles américain et chinois). Elle ne signifie pas l'indépendance technologique totale, irréaliste. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Nous sommes confrontés à un problème de souveraineté numérique car le droit des États compte moins que le droit de ces gouvernements privés. »

M. Robin Berjon — Supramundane / ex-New York Times (audite, audition de Mme Maud Quessard, 2026-03-10)

_Formule le cœur du diagnostic : la souveraineté est perdue non par la technique mais parce que les règles privées priment sur le droit public._

« On parle de Big Tech Nations, dont les architectures techniques sont globalisées. »

Mme Maud Quessard — Irsem (audite, audition de Mme Maud Quessard, 2026-03-10)

_Nomme le concept d'entreprises devenues quasi-États, situant l'enjeu dans une souveraineté partagée inédite._

« Sur un réseau social comme Mastodon ou Bluesky, un compte ne coûte que 1 euro par an et par utilisateur. Ce n'est rien. »

M. David Chavalarias — CNRS-EHESS / ISC-PIF (audite, audition de Mme Maud Quessard, 2026-03-10)

_Chiffre le coût dérisoire d'infrastructures souveraines, désamorçant l'argument budgétaire._

« À défaut, le prix à payer sera probablement la démocratie. Les choix vous reviennent. »

M. David Chavalarias — CNRS-EHESS / ISC-PIF (audite, audition de Mme Maud Quessard, 2026-03-10)

_Chute rhétorique renvoyant explicitement la responsabilité politique aux députés._

« l'ambition affichée par la France en matière de souveraineté numérique peine à être satisfaite »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Chatelain cite le constat central du rapport de la Cour, qui pose le cadre de toute l'audition : l'écart entre l'ambition affichée et les résultats._

« Il n'y a pas de souveraineté nationale ou européenne sur ce segment »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Constat sans détour sur le matériel (semi-conducteurs, réseaux, ordinateurs, smartphones) : la souveraineté est déjà perdue en amont de la chaîne._

« le parfait exercice des missions de service public peut être garanti sans nécessairement aligner les spécifications des systèmes d'information sur le plus haut niveau technologique. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Thèse doctrinale centrale de la Cour : renoncer à la course à la performance pour préserver la souveraineté, message directement actionnable pour la commande publique._

« Aller plus loin ne nécessiterait probablement pas d'investissements lourds au regard des budgets numériques de l'État et de ce qui a été investi jusqu'ici dans les enjeux de souveraineté. »

Emmanuel Marcovitch — Cour des comptes (audite, audition de M. Emmanuel Marcovitch, 2026-03-17)

_Désamorce l'argument budgétaire : selon la Cour, progresser sur la souveraineté relève surtout de la volonté et de la gouvernance, pas de moyens financiers massifs._

« Je précise d’ailleurs nous n’employons pas, à l’Odap, ce terme de souveraineté, que nous jugeons équivoque. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Rare : une auditionnée devant une commission sur la souveraineté numérique récuse le terme lui-même._

« il n’existe pas de garde-fou pour empêcher la restitution de ces contenus : si vous demandez à l’agent conversationnel de Mistral AI de restituer ces contenus, il n’avertit pas qu’ils sont protégés par le droit d’auteur, ce que font la plupart des entreprises américaines. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Le champion français fait moins que les entreprises américaines sur les garde-fous : renverse le récit souverainiste._

« Ce texte, toujours accessible, contient à la fin de cette phrase la première occurrence connue du terme « souveraineté numérique ». »

M. Bernard Benhamou — Institut de la souveraineté numérique (audite, audition de M. Bernard Benhamou, 2026-04-02)

_Benhamou se pose en source historique du concept, ce qui asseoit son autorité sur le sujet._

« Le fait est que des pépites françaises peuvent être hébergées chez des hyperscalers américains. »

Thomas Jan — UniHa / CAIH (audite, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Souligne que la nationalite d'un editeur ne dit rien de la souverainete reelle si son infrastructure d'hebergement est etrangere : la definition par le siege social est trompeuse._

« Nous nous contentons donc de retenir la nationalité du fournisseur, c’est-à-dire le pays où est implanté son siège social, et de sa maison mère. »

Edward Jossa — Ugap (audite, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Explicite le critere operationnel — declaratif et par le siege social — que les centrales retiennent faute de mieux, avec ses failles reconnues._

« nous vendons des solutions souveraines à hauteur de 723 millions d’euros, soit 55,5 % des ventes totales de logiciels de l’Ugap – Microsoft et Oracle compris. Nous vendons du souverain, mais nous avons une croissance constante et régulière des ventes de logiciels non souverains. »

Edward Jossa — Ugap (audite, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Donnee chiffree nuancee : la majorite des ventes de logiciels est dite souveraine, mais le non-souverain continue de croitre — la bascule n'est pas acquise._

« la capacité d’une nation à agir de manière autonome dans ses domaines stratégiques, en maîtrisant les dépendances technologiques, opérationnelles et réglementaires envers des acteurs non européens sur l’ensemble de la chaîne technologique : infrastructures, logiciels, services, hébergement et matériels. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Définition officielle et opposable de la souveraineté numérique retenue par l'État, qui structure toute la doctrine d'achat et de dépendance._

« d’abord la recherche de l’immunité au droit extraterritorial, qui nous conduit à choisir des solutions répondant à cette exigence, notamment le label SecNumCloud lorsqu’il s’agit de données sensibles »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Traduit la souveraineté en critère opérationnel : immunité au Cloud Act / droit extraterritorial via SecNumCloud pour les données sensibles._

« Nous considérons que la souveraineté numérique est un sujet stratégique, au même titre que l'était la maîtrise du nucléaire dans les années 1950 et 1960. »

Antoine Duboscq — Wimi / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Cadre le numérique comme enjeu régalien et non comme simple outil._

« Lorsque la France a décidé de se doter d'une aviation de chasse dans les années 1950, elle n'a pas commencé par acheter massivement des avions américains »

Antoine Duboscq — Wimi / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Analogie historique justifiant un soutien volontariste de l'État à une filière initialement en retard._

« Soit on adopte une politique de bannissement total, comme l'ont fait les Chinois, qui ont décrété que tout le numérique gouvernemental devait être chinois en cinq ans. »

Antoine Duboscq — Wimi / collectif #Fab8 (audite, audition de M. Antoine Duboscq, 2026-04-29)

_Pose l'alternative entre bannissement à la chinoise (écarté) et politique de rééquilibrage._

« Sauf erreur de ma part, il n’existe pas de définition légale de la souveraineté – d’ailleurs, si le législateur venait à en proposer une, cela nous serait très utile. »

Laurent Choukroun — Oreus (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Constat d'un vide juridique adressé directement au législateur, qui justifie la création d'un outil privé (SovScore) pour objectiver la souveraineté._

« Nous avons créé au sein d’Oreus un « SovScore », une sorte de « nutri-score » de la souveraineté, car nous pensons qu’il faut pouvoir objectiver cette notion. »

Laurent Choukroun — Oreus (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Proposition concrète d'un indicateur gradué de souveraineté, transposable à une politique publique d'information des acheteurs._

« Décréter qu’aucun data center ne peut voir le jour en France si 100 % de ses clients ( off-takers ) sont extraterritoriaux. »

Laurent Choukroun — Oreus (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Proposition réglementaire directe et actionnable : conditionner l'implantation des data centers à une part de clients non extraterritoriaux._

« Quelle garantie puis-je apporter que le projet restera 100 % français ? Je vais répondre très franchement : aucune. »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Aveu frontal qui contredit la promesse de souveraineté portée par le montage : la pérennité française n'est pas garantie, elle dépend d'offres de rachat._

« l’un de vos plus importants data centers a été revendu en 2008 à Equinix, une société américaine. De même, un certain nombre de data centers d’Etix ont été revendus en 2020 à Vantage, une société américaine. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_La rapporteure documente un antécédent de reventes à des acteurs américains pour mettre en cause la crédibilité de l'engagement de souveraineté du principal._

« J’axerai donc mon propos liminaire sur les trois déterminants que j’identifie généralement pour notre souveraineté numérique, en précisant à chaque fois leur intersection avec les missions de l’Anssi puisque cette dernière n’est pas, à proprement parler, en charge de la souveraineté numérique, même si elle y contribue. »

M. Vincent Strubel — Anssi (audite, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_Pose le cadre d'analyse en trois déterminants et précise que l'Anssi contribue à la souveraineté sans en être chargée._

« des choix technologiques qui engagent sur 20 ou 30 ans ne peuvent reposer sur la seule configuration actuelle des alliances, au risque de supposer qu’elle restera inchangée à cette échéance, hypothèse que rien ne permet de garantir. »

M. Vincent Strubel — Anssi (audite, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_Justifie de ne pas fonder les choix technologiques longs sur l'alliance actuelle avec les États-Unis._

« La France dispose ainsi aujourd’hui d’une véritable autonomie d’appréciation de la menace, puisque ces apports extérieurs enrichissent notre analyse, mais ne la conditionnent pas. »

M. Vincent Strubel — Anssi (audite, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_Affirme l'autonomie française de renseignement cyber, non dépendante des contributions extérieures._

« la souveraineté est un attribut exclusif de l’État »

M. Henri d’Agrain — Cigref (audite, audition de M. Henri d’Agrain, 2026-04-30)

_Thèse de cadrage centrale : elle disqualifie l’usage marketing de « souverain » et réserve le mot à l’État, réorientant tout le débat vers la responsabilité publique._

« parler de « solutions souveraines » ou de « cloud souverain » relève bien souvent d’une forme de paresse intellectuelle »

M. Henri d’Agrain — Cigref (audite, audition de M. Henri d’Agrain, 2026-04-30)

_Formule polémique qui congédie le vocabulaire dominant du débat public ; distingue résilience (entreprises) et souveraineté (États)._

« Je précise enfin que le droit de la concurrence est strictement neutre quant à la nationalité des acteurs. Un abus de position dominante est sanctionné de la même manière, que l’entreprise soit européenne, américaine ou chinoise. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Point de friction fondamental avec l'objet de la commission : le droit de la concurrence est aveugle à la nationalité et ne peut donc servir d'instrument de souveraineté ou de préférence nationale._

« il n’appartient pas aux autorités de concurrence de définir elles-mêmes les objectifs de politique économique. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Balise la légitimité de l'Autorité : elle refuse de se substituer au politique pour définir des objectifs de politique industrielle ou de souveraineté._

« Les pistes de réflexion que soulève votre propos tiennent davantage à la stratégie industrielle qu’au droit de la concurrence. »

Umberto Berkani — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Réponse directe à la présidente qui cherche des solutions de reconquête : Berkani renvoie la balle vers le politique, la souveraineté n'étant pas un levier du droit de la concurrence._

« Il est en effet compliqué de trouver un outil législatif qui permettrait à un petit opérateur français d’aller concurrencer ces grands opérateurs américains, à la fois verticalement intégrés et horizontalement étendus. Cela sort de notre rôle. »

Julien Neto — Autorité de la concurrence (audite, audition de M. Umberto Berkani, 2026-05-05)

_Le rapporteur général adjoint reconnaît explicitement l'impuissance du droit de la concurrence à faire émerger un champion français face à des acteurs intégrés verticalement et horizontalement._

« Je concentrerai mon propos liminaire sur l’idée que les enjeux de souveraineté numérique reposent sur trois grands piliers d’action. »

Thomas Courbe — DGE (direction générale des entreprises) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Pose la grille de lecture officielle de l'administration : la souveraineté numérique comme politique industrielle en trois piliers._

« il ne s’agit pas de financer indistinctement tous les segments, mais d’intervenir là où les défaillances de marché sont avérées et où l’effet de levier est maximal. »

Benjamin Delozier — DGT (direction générale du Trésor) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Énonce la doctrine d'intervention publique sélective du Trésor, fondée sur les défaillances de marché._

« Les solutions simples, lorsqu’elles sont avancées, me semblent soit naïves, soit assez malintentionnées. »

Florent Kirchner — SGPI (secrétariat général pour l’investissement) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Disqualification des discours souverainistes simplificateurs ; pique implicite contre les réponses radicales._

« certains États membres ne considèrent pas qu’elle constitue un enjeu majeur. »

Thomas Courbe — DGE (direction générale des entreprises) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Révèle l'isolement relatif de la France : la dépendance n'est pas perçue partout comme un problème stratégique._

« La souveraineté numérique ou technologique ne consiste pas à tout produire seul mais consiste, à mon sens, à préserver une capacité effective de décision, de choix, de contrôle et de gouvernance au sein d’écosystèmes pluriels et nécessairement interconnectés. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Définition-pivot de la souveraineté numérique portée par l'audition : ni autarcie ni tout-produire-soi-même, mais capacité de décision et de contrôle dans des écosystèmes interconnectés._

« L’erreur a été de concevoir l’open source uniquement comme une solution à adopter, et non comme une technologie à produire. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Leçon transposable à la France : l'adoption de logiciel libre ne fonde pas la souveraineté ; il faut produire la technologie, pas seulement la consommer._

« Cet engagement s’appuie sur l’atout juridique unique que constitue l’article 219 de la Constitution fédérale, qui érige l’autonomie technologique en objectif constitutionnel. À ma connaissance, aucun autre pays au monde n’inscrit une telle nécessité dans sa loi fondamentale. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Rareté juridique frappante : le Brésil constitutionnalise l'autonomie technologique, ce qui ouvre une réflexion sur l'ancrage juridique de la souveraineté en France/UE._

« Surtout, PIX brise le monopole de Visa et Mastercard sur la collecte et le traitement des données. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Cœur de la démonstration PIX : une infrastructure publique de paiement est un levier de souveraineté sur les données, pas seulement sur les flux financiers._

« L’effet principal de cette pression ne réside finalement pas dans la menace directe, mais dans ce que l’on pourrait appeler un wake-up call , un réveil de la classe politique qui a enfin compris le coût et le risque de cette dépendance structurelle. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Retournement rhétorique : les pressions coercitives américaines produisent une prise de conscience salutaire sur la dépendance structurelle._

« Un élément que je considère essentiel est que la souveraineté numérique n’est pas synonyme d’autarcie ou d’isolement. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Garde-fou conceptuel répété tout au long de l'audition : la souveraineté se construit par la coopération, pas par le repli._

« le modèle brésilien me semble, à titre personnel, inspirant dans sa manière de gérer la relation aux puissances étrangères ainsi qu’aux Gafam. »

M. Aurélien Taché (president, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Cadre de l'audition posé par la présidence de séance : le Brésil est convoqué comme modèle inspirant de gestion des Gafam et des puissances étrangères._

« Pourtant, j’ai le sentiment que nous partageons la volonté de sortir des dépendances vis-à-vis des oligopoles, qu’ils soient américains ou chinois. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_La rapporteure explicite l'objectif transversal de la commission : sortir des dépendances aux oligopoles américains comme chinois, et cherche des coopérations._

« nous pensons que les entreprises françaises ne devraient pas avoir à choisir entre innovation et souveraineté numérique : il faut garantir les deux. »

Julien Lépine — AWS (audite, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Antienne partagée par les trois groupes : refus du dilemme innovation/souveraineté, socle rhétorique de toute leur défense._

« La question du kill switch est donc majeure et fondamentale : pourrons-nous allumer la lumière demain matin ? »

Frédéric Geraud de Lescazes — Google Cloud (audite, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Google prend l’enjeu au sérieux via l’analogie du nucléaire civil français encore sous licences Westinghouse, image forte de dépendance durable._

« Depuis ma nomination, j'ai fait de la souveraineté numérique le fil rouge de mon action et le premier ministre a rappelé encore très récemment à quel point le numérique était un enjeu régalien. »

Mme Anne Le Hénanff — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Pose la souveraineté numérique comme enjeu régalien et fil directeur de la ministre._

« le numérique est le champ de bataille de notre liberté et de notre souveraineté. »

M. David Amiel — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Cadrage géopolitique fort qui érige le numérique en enjeu de liberté nationale._

« ceux qui promettent une sortie immédiate, totale et indolore des dépendances racontent des histoires : Rome ne se fera pas en un jour. »

M. David Amiel — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Gestion des attentes : le gouvernement assume une sortie lente et graduée plutôt qu'une rupture spectaculaire._

« Je considère classiquement qu'elle est la capacité de se donner sa propre loi. Elle n'est évidemment pas l'autarcie. »

M. David Amiel — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Définition doctrinale de la souveraineté, en réponse au reproche d'imprécision, distinguant souveraineté et fermeture._

« je ne crois pas que vous nous ayez donné votre définition de la souveraineté numérique et de la dépendance. »

Mme Isabelle Rauch — HOR (depute, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Pointe une lacune conceptuelle et force les ministres à préciser les notions fondatrices de la commission._