Aurélien Saintoul
Role dans la commission : Depute membre — groupe LFI-NFP
Biographie
Aurélien Saintoul, né le 26 mai 1988 à Drancy (Seine-Saint-Denis), est un homme politique français, député de la 11e circonscription des Hauts-de-Seine depuis le 22 juin 2022, membre du groupe La France insoumise.
Ancien élève des classes préparatoires du lycée Louis-le-Grand, il est agrégé de lettres classiques et a exercé comme cadre de la fonction publique (enseignant). Engagé tôt dans les mouvements militants et syndicaux, il a été collaborateur parlementaire du député LFI Bastien Lachaud jusqu'en 2022, puis élu conseiller municipal de Montrouge en 2020.
Élu à l'Assemblée nationale en 2022 sous la bannière de la NUPES (il bat la députée sortante Renaissance Laurianne Rossi), il est réélu en 2024 sous celle du Nouveau Front populaire. Il siège à la commission de la défense nationale et des forces armées.
Point saillant directement lié au présent dossier : en 2024, Aurélien Saintoul a été rapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'attribution, le contenu et le contrôle des autorisations de diffusion de services de télévision sur la TNT (présidée par Quentin Bataillon, Renaissance). Son rapport, examiné le 7 mai 2024, comptait 47 propositions (dont 9 n'engageant que le rapporteur) et visait notamment les chaînes du groupe Bolloré C8 et CNews — Saintoul y estimant ne pas « comprendre » comment leurs autorisations de diffusion pourraient être renouvelées « en l'état ». Cette expérience nourrit directement ses interventions dans la présente commission (il s'appuie à plusieurs reprises sur « son » rapport et sur des documents internes de CNews).
Dans la commission
Dossier riche (68 interventions sur 26 réunions), en qualité de député membre. Saintoul est l'un des contradicteurs les plus actifs de la commission ; deux registres se combinent chez lui.
1. Une contestation frontale de la commission et du rapporteur. Il dénonce à répétition la méthode d'enquête du rapporteur Alloncle (UDR), qu'il présente comme une entreprise politique de la droite/extrême droite contre l'audiovisuel public : « le rapporteur a décidé de transformer cette commission d'enquête en inquisition… » (Mme Eléonore Duplay), le rapporteur « marie bizarrement la casuistique et le maccarthysme » (M. Stéphane Sitbon-Gomez), et va jusqu'à le qualifier de « membre de l'extrême droite » à propos des libertés syndicales (Mme Eléonore Duplay). Il conteste parfois l'objet même d'une audition : « je ne vois pas non plus l'objet de cette audition » (Mme Léa Salamé), ou « je ne suis pas complètement sûr de la pertinence de cette audition » (M. Laurent Guimier). Il recadre les auditionnés qui glissent vers l'accusation sans preuve : « Ce n'est pas une tribune, comme vous semblez le croire, monsieur Cardoze » (M. Jacques Cardoze), et exige « des faits précis auxquels vous pensez pour savoir si ça vaut la peine au moins qu'on enquête » (M. Jacques Cardoze).
2. Un retournement systématique du procès en partialité. Là où le rapporteur cherche un biais « de gauche » du service public, Saintoul documente l'inverse : sous-représentation chiffrée de la gauche radicale (« LR s'est vu accorder 8,85 % du temps de parole et le PS 8,66 %, contre seulement 6,32 % pour LFI et 4,79 % pour les écologistes », M. Gilles Bornstein) ; complaisance envers l'extrême droite (interview « fleuve très complaisante » de Bardella, M. Manuel Alduy e.a.) ; entrisme de profils venus « de la chaîne d'extrême droite CNews » dans le service public (Corbé/BFM, Devers et Melun/CNews, M. Alexandre Kara) ; éditorialistes-« sachants » non spécialistes (« des personnes qui ont vocation à parler de tout sans être spécialistes de rien », Mme Delphine Ernotte Cunci). Il pousse la logique jusqu'à contester la fonction même d'éditorialiste : « Le service public ne gagnerait-il pas à se passer d'éditorialistes et à s'en tenir à sa mission d'information du public ? » (M. Lionel Thompson), avec l'ironie mordante : « Sur les antennes de Radio France, il n'y a qu'une seule ligne éditoriale : vous n'avez donc pas besoin d'avoir plusieurs éditorialistes ! » (Mme Sibyle Veil).
3. La cible Bolloré/CNews et le régulateur. Fort de son rapport TNT, il rouvre le dossier de l'influence de l'actionnaire privé : documents internes de CNews montrant « une véritable culture de la transgression » (M. Olivier Schrameck), « N'est-ce pas un manquement manifeste au principe d'indépendance ? » (M. Roch-Olivier Maistre). Il reproche à l'Arcom de sous-utiliser ses pouvoirs (auto-saisine) et rappelle que « RSF a eu gain de cause devant le Conseil d'État » sur le pluralisme de CNews (Audition, ouverte à la presse). Il met en cause des sources de la commission (M. de Lamotte, « financé par M. Stérin à travers le collectif Justicia et [ayant] été candidat d'extrême droite en Belgique », M. Aymeric de Lamotte) et Bataillon lui-même, soupçonné de travailler pour « une filiale du groupe Bolloré » (M. Quentin Bataillon).
4. Une défense du service public et des positions LFI-NFP. Sur le financement, il pointe la « double injonction » — « faire autant voire mieux avec moins – ce qui est impossible – et rester compétitif sur un marché ouvert » (M. Laurent-Éric Le Lay) — et défend les moyens, l'emploi et la lutte contre la précarité (cas Claudy Siar, 30 ans sous contrat de grille assimilé à un CDD, Mme Marie-Christine Saragosse). Sur les missions, il plaide pour l'accès gratuit au sport le plus populaire (« Que se passerait-il si le Gouvernement et le Parlement décidaient que le championnat de France devait dorénavant être diffusé en clair ? », M. Laurent-Éric Le Lay) et raille les dépenses techniques secondaires (UHD, M. Laurent-Éric Le Lay). Sur les principes, il assume une lecture non « neutraliste » : « L'audiovisuel public n'a pas à être neutre ; la République elle-même ne l'est pas » (M. Patrick Cohen). Enfin, sur la privatisation présentée comme « l'objectif de l'extrême droite », il tend un piège à Xavier Niel, « le grand capitaliste dans cette pièce », pour lui faire avouer l'appétit privé qu'elle susciterait (M. Xavier Niel).
En synthèse, Saintoul incarne dans cette commission la ligne LFI-NFP : hostilité au cadrage jugé instrumental de la commission (origine UDR), défense inconditionnelle du service public et des libertés syndicales, ciblage de la concentration privée (Bolloré) et de la complaisance médiatique envers l'extrême droite, et exigence de moyens accrus pour le régulateur — tout en réclamant de ses contradicteurs preuves et rigueur factuelle.
Sources
- https://en.wikipedia.org/wiki/Aur%C3%A9lien_Saintoul
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA795982
- https://www.aureliensaintoul.fr/a-propos
- https://politique.pappers.fr/acteurs/aurelien-saintoul
- https://lcp.fr/actualites/commission-d-enquete-sur-les-frequences-de-la-tnt-desaccords-et-bras-de-fer-avant-l
- https://www.cbnews.fr/medias/image-commission-enquete-tnt-rapport-47-propositions-84518
- https://www.lejdd.fr/politique/commission-denquete-tnt-les-deputes-precisent-que-certaines-propositions-nengageront-que-le-rapporteur-aurelien-saintoul-144946