La part du citoyenAudiovisuel public

Explorer · Gouvernance, nominations et rémunérations

La tutelle de l'État et le pilotage stratégique (contrats d'objectifs)

Le corpus fait ressortir un constat largement partagé : l'audiovisuel public fonctionne, depuis fin 2023, sans contrat d'objectifs et de moyens (COM). Ce vide est présenté comme un grief central par les dirigeants, le président et le rapporteur. Selon M. Rodolphe Belmer (M. Rodolphe Belmer), « après plus de deux ans sans contrat d'objectifs et de moyens (COM), les missions du secteur public sont à l'évidence insuffisamment définies et contrôlées ». Stéphane Le Bars (Uspa, Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production) déplore une gestion réduite à « la réduction budgétaire pour seul étalon », et une table ronde (Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production) décrit un « stop and go » budgétaire empêchant toute réforme structurelle. M. Philippe Nicolas (IGAC, M. Thomas Cargill) chiffre l'écart passé : sur 2011-2022, les financements ont été « inférieurs de 1,1 milliard d'euros à ce qui était prévu », les COM n'ayant été respectés que « lorsqu'ils prévoyaient une baisse ».

L'instabilité budgétaire est un point de convergence transpartisan. M. Franck Riester (Mme Rima Abdul-Malak) résume : « Comment piloter de telles structures quand on croit recevoir 100 et qu'on finit par recevoir 95 ? » Le président Patrier-Leitus (M. Christian Vion) abonde : « Aucune entreprise privée ne pourrait être pilotée avec des budgets aussi fluctuants ! »

Un clivage porte sur la nature et le périmètre de la tutelle. Mme Florence Philbert (DGMIC, Mme Florence Philbert) la décrit comme « essentiellement macro, budgétaire et financière » : validation des budgets et marchés au-delà de 10 M€, aucun « droit éditorial », les rémunérations individuelles relevant du contrôle général économique et financier. M. Thomas Cargill (IGF, M. Thomas Cargill) souligne une tutelle éclatée (culture, budget, Arcom) qui dilue la responsabilité, tandis que Patrice Duhamel (Mme Michèle Cotta) parle de « huit » actionnaires étatiques réels et refuse le mot « tutelle » au profit d'« actionnaire ».

Un désaccord net concerne la cause de l'absence de COM. Mme Philbert (Mme Florence Philbert) l'impute à l'instabilité gouvernementale, « largement indépendant de l'action de la DGMIC », et récuse tout « dysfonctionnement de la tutelle ». Le président (Mme Florence Philbert) lui oppose la Cour des comptes, qui y voit « un dysfonctionnement des tutelles ».

Sur le rôle du ministre, Mme Rachida Dati (Mme Rachida Dati) renvoie l'impartialité et les nominations à l'Arcom et aux dirigeants — « je ne dirige pas [...] les entreprises de l'audiovisuel public » — quand Mme Rima Abdul-Malak (Mme Rima Abdul-Malak) revendique une tutelle « la plus rigoureuse possible », avec trajectoire pluriannuelle et part variable conditionnée.

Plusieurs insinuations du rapporteur Charles Alloncle restent non établies et sont démenties : une proximité personnelle ministre-dirigeante (Mme Rima Abdul-Malak), rejetée par Roselyne Bachelot (« je ne déjeune pas avec elle ») ; une volonté de tromper le CGEFI (M. Christian Vion), niée par M. Christian Vion ; une éviction politique d'Yves Bigot par Mme Dati (M. Bruno Patino), citée d'après Télérama et non confirmée. Côté pistes, Mme Sandra Desmettre (IGF, M. Thomas Cargill) évoque le modèle suédois de la « fondation-écran », et M. Bruno Patino (Arte, M. Bruno Patino) la Staatsferne allemande comme garanties de distance à l'État.

Qui en parle

  • Florence Philbert (DGMIC, Mme Florence Philbert) : tutelle « macro, budgétaire et financière », sans micro-management ni droit éditorial ; absence de COM imputée à l'instabilité, non à la DGMIC.
  • Jérémie Patrier-Leitus (président, M. Thomas Cargill/34/50) : interroge l'effectivité de la tutelle, oppose la Cour des comptes, sépare responsabilité politique et administrative.
  • Charles Alloncle (rapporteur, Mme Rima Abdul-Malak/34/58/61) : porte plusieurs soupçons (proximité, tromperie du CGEFI, éviction de Bigot), non établis et démentis.
  • Thomas Cargill / Philippe Nicolas / Sandra Desmettre (IGF-IGAC, M. Thomas Cargill) : tutelle éclatée, COM non tenus (-1,1 Md€), pistes (fondation-écran, révision constitutionnelle).
  • Rima Abdul-Malak / Franck Riester / Roselyne Bachelot (anciens ministres, Mme Rima Abdul-Malak) : tutelle revendiquée comme rigoureuse ; instabilité budgétaire transpartisane.
  • Rachida Dati (ministre, Mme Rachida Dati) : renvoie impartialité et nominations à l'Arcom et aux dirigeants.
  • Rodolphe Belmer / David Larramendy / Stéphane Le Bars (Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production/58) : absence de COM = missions floues ; État actionnaire jugé « à courte vue ».
  • Patrice Duhamel / Michèle Cotta (Mme Michèle Cotta) : fragmentation du pilotage (« huit » actionnaires), handicap structurel hérité de l'ORTF.
Interventions regroupées (57 citations · 15 auditions)

Domaine : Gouvernance, nominations et rémunérations · Sujet : tutelle-etat-pilotage

Couverture : 57 citations · 12 positions · 15 auditions

_Slugs bruts fusionnés : tutelle-politique, gouvernance-tutelle, gouvernance-tutelle-etat, gouvernance-etat-actionnaire, tutelle-actionnaire-etat, tutelle-independance, tutelle-cgefi-transparence, role-nature-tutelle, com-pilotage-tutelle, contrats-objectifs-moyens, contrats-objectifs-moyens-etat, com-contrats-objectifs-moyens, com-absence, diversite-com, gouvernance-double-poste_

Positions exprimées

  • M. Nicolas Bouhdjar (M. Nicolas Bouhdjar) : Les restructurations répondent à des indicateurs de gestion imposés par une instance supérieure, en particulier l'État, via les contrats d'objectifs et de moyens. _(tranchant 4)_
  • Mme Rachida Dati (Mme Rachida Dati) : Le ministre de la culture relève de la réglementation ; la régulation, le contrôle de l’impartialité, des contenus et des nominations relèvent exclusivement de l’Arcom et des dirigeants. Elle ne dirige ni ne commente l’audiovisuel public. _(tranchant 4)_
  • Mme Florence Philbert (Mme Florence Philbert) : La tutelle de la DGMIC est « essentiellement macro, budgétaire et financière » : elle valide budgets et marchés au-delà de 10 M€ (15 M€ pour le sport) mais ne connaît pas les décisions de gestion, contrats de travail ou rémunérations individuelles, qui relèvent du contrôle général économique et financier. _(tranchant 4)_
  • M. Rodolphe Belmer (M. Rodolphe Belmer) : L'absence de COM depuis deux ans et demi rend les missions du service public floues et insuffisamment contrôlées — grief partagé par les dirigeants, le président et le rapporteur. _(tranchant 4)_
  • Mme Rima Abdul-Malak (Mme Rima Abdul-Malak) : La tutelle a été exercée de façon constante et « la plus rigoureuse possible » (dialogue via DGMIC et Bercy, trajectoire pluriannuelle à part variable conditionnée) ; les ministres rappellent qu'ils ne gèrent ni ne nomment les dirigeants de l'audiovisuel public. _(tranchant 3)_
  • M. Thomas Cargill (M. Thomas Cargill) : Des COM absents, tardifs ou remis en cause fragilisent les sociétés et empêchent toute projection de long terme, notamment le virage numérique ; disposer d'un COM stable et respecté est un atout, dans la ligne du règlement européen sur la liberté des médias. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production) : L'absence prolongée de COM et le « stop and go » budgétaire (COM remis en cause six mois après signature) empêchent toute réforme structurelle ; la représentation nationale doit défendre la création et rétablir la prévisibilité. _(tranchant 3)_
  • Mme Florence Philbert (Mme Florence Philbert) : L'absence de COM depuis fin 2023 n'est pas un « dysfonctionnement de la tutelle » mais la conséquence de l'instabilité gouvernementale, des affaires courantes et de la dégradation des finances publiques, « largement indépendant de l'action de la DGMIC ». _(tranchant 3)_
  • Mme Michèle Cotta (Mme Michèle Cotta) : La dualité originelle entre une autorité de régulation sans pouvoir budgétaire et un État qui tient les cordons de Bercy est un handicap structurel, hérité de la rupture du « cordon ombilical » entre l'État et la télévision. _(tranchant 3)_
  • M. Thomas Cargill (M. Thomas Cargill) : La tutelle de l'audiovisuel public est partagée (culture, budget, Arcom) : le ministère de la culture exerce sa part mais n'est pas seul à définir le cap ; face au foisonnement d'idées, il faut clarifier qui décide de l'avenir du secteur. _(tranchant 2)_
  • M. Yannick Letranchant (M. Yannick Letranchant) : L'existence de deux directions des opérations spéciales (information / antennes) est normale, se retrouve à Canal+ et TF1, et le rattachement de Letranchant à la présidente se justifie par son rôle transversal. _(tranchant 2)_
  • M. Christian Vion (M. Christian Vion) : Il n'y a eu aucune volonté de tromper les tutelles : le contenu des tableaux de bord transmis au CGEFI était convenu, et le contrôleur, présent à tous les conseils et comités, connaît parfaitement la situation des capitaux propres et de la trésorerie. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Je rappelle que je suis moi-même membre du conseil d'administration de France Médias Monde depuis le mois d'octobre 2024 et j'ai été corapporteur de la proposition de loi relative à la réforme de l'audiovisuel public au nom de la commission des affaires culturelles et de l'éducation. »

M. Jérémie Patrier-Leitus — HOR (president, audition de M. Nacer Meddah, 2025-12-04)

_Déclaration d'intérêts du président de séance : membre du CA de France Médias Monde et corapporteur de la réforme de l'audiovisuel public. Élément de transparence important sur le positionnement du président._

« Je pense donc très sain que l’audiovisuel public soit un objet de débat car, en tant que service public, nous appartenons à tous. »

Delphine Ernotte-Cunci — France Télévisions (audite, audition de Mme Delphine Ernotte Cunci, 2025-12-10)

_Posture d'ouverture d'Ernotte : accepter le contrôle démocratique tout en revendiquant la légitimité du service public. Sert de socle rhétorique à toutes ses réponses._

« Quelles erreurs pouvez-vous admettre devant la représentation nationale ? Pensez-vous que n’importe quel dirigeant d’une entreprise privée aurait été renouvelé pour un troisième mandat avec un tel bilan financier ? »

Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de Mme Delphine Ernotte Cunci, 2025-12-10)

_Première question du rapporteur : angle de la responsabilité personnelle de la dirigeante et de la légitimité de son troisième mandat. Cherche à obtenir un aveu d'échec de gestion ; n'établit rien par elle-même mais installe la ligne d'attaque de toute l'audition._

« qu’une personne qui n’a jamais disposé d’une carte de presse, qui n’est pas journaliste, soit le patron de près de 4 000 journalistes. »

Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de Mme Delphine Ernotte Cunci, 2025-12-10)

_Attaque du rapporteur sur la nomination de Stéphane Sitbon-Gomez (ex-cadre EELV/LFI selon lui) comme numéro deux éditorial, présentée comme une entorse à la neutralité. Faits sur le parcours rapportés par le rapporteur (article du Monde 2014) ; la qualification d'« entorse » est son interprétation._

« si j’en ai fait un numéro deux pour la partie éditoriale, c’est que je n’ai jamais rencontré un homme aussi doué, aussi intelligent et aussi intègre de toute ma carrière professionnelle. »

Delphine Ernotte-Cunci — France Télévisions (audite, audition de Mme Delphine Ernotte Cunci, 2025-12-10)

_Défense personnelle et frontale de son numéro deux, assumant le choix managérial contre l'accusation de partialité. Rappelle qu'un manager perd sa carte de presse et que l'information restera pilotée par un journaliste._

« L’évolution des coûts salariaux est observée de façon très attentive depuis les vingt dernières années, au travers notamment des contrats d’objectifs et de moyens donnés à l’entreprise. »

Mme Mickaële Lantin-Mallet — CEDAET (audite, audition de M. Nicolas Bouhdjar, 2026-01-22)

_Relie la dégradation des conditions de travail aux contraintes budgétaires imposées via les COM. Déplace la cause vers le pilotage économique par l'État._

« le problème ne résulte pas tant d’une volonté délibérée d’assécher les effectifs que de restructurations successives, destinées à répondre à des indicateurs de gestion commandés par une instance supérieure – en particulier l’État. »

Mme Mickaële Lantin-Mallet — CEDAET (audite, audition de M. Nicolas Bouhdjar, 2026-01-22)

_Déplacement de la responsabilité : la cause profonde n'est pas une intention managériale mais les indicateurs de gestion imposés par l'État via les COM. Élément structurant pour le débat financement/tutelle._

« Entre 2017 et 2022, l’audiovisuel public a réalisé environ 190 millions d’euros d’économies et enregistré une baisse des effectifs d’environ 6 % ; on ne peut donc pas dire qu’aucun effort n’a été consenti. »

Rima Abdul Malak — Ancienne ministre de la Culture (2022-2024) (audite, audition de Mme Rima Abdul-Malak, 2026-02-04)

_Élément à décharge : chiffrage des efforts de gestion déjà consentis, pour contrer l'idée d'une gestion laxiste. Chiffres avancés par l'auditionnée._

« Comment piloter de telles structures quand on croit recevoir 100 et qu’on finit par recevoir 95 ? »

Franck Riester — Ancien ministre de la Culture (2018-2020) (audite, audition de Mme Rima Abdul-Malak, 2026-02-04)

_Point de convergence des quatre ministres : l'instabilité budgétaire (écart entre COM et décisions annuelles) sous tous les gouvernements, qui empêche le pilotage. Argument transpartisan._

« Entreteniez-vous une proximité particulière avec Delphine Ernotte justifiant que le ministère de la culture s’émeuve peu d’une entreprise au bord de la faillite ? »

Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de Mme Rima Abdul-Malak, 2026-02-04)

_Insinuation d'un lien personnel ministre-dirigeante justifiant un défaut de tutelle. Soupçon exprimé par le rapporteur, sans élément produit ; démenti fermement par Bachelot et Abdul Malak. Non établi._

« Puisque le rapporteur s’en inquiète, je ne déjeune pas avec elle et nous ne partons pas en vacances ensemble ! »

Roselyne Bachelot — Ancienne ministre de la Culture (2020-2022) (audite, audition de Mme Rima Abdul-Malak, 2026-02-04)

_Réplique cinglante de Bachelot, jugeant l'insinuation de proximité « totalement déplacée ». Rejette le sous-entendu du rapporteur._

« L’enjeu de la proximité est l’un des objectifs prioritaires de la trajectoire finale que j’avais négociée dans les contrats d’objectifs et de moyens. La part variable que j’ai déjà mentionnée devait être conditionnée à l’accélération de ces rapprochements mais j’ai le sentiment que ce n’est pas allé assez vite. »

Rima Abdul Malak — Ancienne ministre de la Culture (2022-2024) (audite, audition de Mme Rima Abdul-Malak, 2026-02-04)

_Établit le dispositif de tutelle qu'elle revendique (COM sur 5 ans, part variable conditionnée) tout en reconnaissant un rythme insuffisant. Élément factuel sur sa méthode._

« C’est à elle que la loi a confié la mission de veiller sur l’impartialité de l’audiovisuel public, pas au ministère de la culture, encore moins à la ministre. »

Rachida Dati — Ministère de la culture (audite, audition de Mme Rachida Dati, 2026-02-05)

_Ligne de défense récurrente : renvoi à l’Arcom pour disqualifier toute question sur l’impartialité, l’éditorial ou les nominations. Sert à ne pas se prononcer._

« Je ne dirige pas, en tant que ministre de la culture, les entreprises de l’audiovisuel public : le principe d’indépendance de l’audiovisuel public l’interdit. Le ferais-je qu’on me le reprocherait ! »

Rachida Dati — Ministère de la culture (audite, audition de Mme Rachida Dati, 2026-02-05)

_Défense sur la responsabilité de gestion : la ministre décline toute responsabilité opérationnelle au nom de l’indépendance. Retourne l’argument contre ses accusateurs._

« S’agissant du recrutement et des nominations, ils sont de la responsabilité exclusive des dirigeants des entreprises. L’audiovisuel public est totalement indépendant de l’État. »

Rachida Dati — Ministère de la culture (audite, audition de Mme Rachida Dati, 2026-02-05)

_Refus de commenter la nomination Sitbon-Gomez : les nominations relèvent des dirigeants, pas du ministre. Cohérent avec sa ligne d’indépendance, mais esquive le fond du soupçon de politisation._

« dans l’esprit des auditeurs, le service public n’a qu’un actionnaire : l’État, que l’on confond assez souvent avec le pouvoir en place. Le soupçon est toujours présent. »

Laurence Bloch — Radio France (ancienne dirigeante) (audite, audition de Mme Laurence Bloch, 2026-02-05)

_Reconnaît explicitement la fragilité structurelle de l'audiovisuel public : le soupçon permanent de dépendance au pouvoir. Sert son argument que l'humour est un « marqueur d'indépendance »._

« les COM n’ont pas été respectés sur la période que nous avons regardée, 2011-2022. Les financements alloués furent inférieurs de 1,1 milliard d’euros à ce qui était prévu dans les documents, soit 3 % de l’assiette. Seuls les moments où les COM prévoyaient une baisse ont été respectés. »

M. Philippe Nicolas — IGAC (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Constat factuel fort : l'État n'a pas tenu ses engagements contractuels, ne respectant les COM que lorsqu'ils prévoyaient des baisses — établit une asymétrie au détriment des sociétés._

« C’est cette entité, et non l’État, qui détient les parts des sociétés de l’audiovisuel, ce qui crée un intermédiaire de fait entre l’État et les sociétés et renforce leur indépendance vis-à-vis des autorités publiques. »

Mme Sandra Desmettre — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Modèle suédois de la fondation-écran : une piste institutionnelle pour distancier l'État de l'audiovisuel public, contre-modèle de la tutelle directe._

« Aucune. »

M. Thomas Cargill — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Réponse à la question du rapporteur sur d'éventuelles entraves : l'inspection dit n'en avoir rencontré aucune — élément de décharge sur la coopération des sociétés, à contre-courant d'un soupçon d'obstruction._

« nous sommes dans une sorte de foisonnement d’idées sur l’avenir de l’audiovisuel public. La question est de savoir qui, entre les dirigeants, les ministres, mais aussi le Parlement et l’ensemble des personnalités qualifiées, doit participer à la cristallisation de ce qu’est l’avenir de l’audiovisuel public. »

M. Thomas Cargill — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Diagnostic d'instabilité stratégique : l'absence de cap partagé et de décideur clair bloque les réformes de fond. Renvoie la responsabilité au champ politique._

« oui, le ministère de la culture exerce sa part de tutelle, mais il est loin d’être le seul à prendre les décisions et à définir le cap stratégique des sociétés. »

M. Thomas Cargill — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Nuance la question du président sur la tutelle : elle est éclatée (culture, budget, Arcom), ce qui dilue la responsabilité du pilotage stratégique._

« il faudrait s’engager dans une révision constitutionnelle, ce qui serait une marche beaucoup plus haute. »

Mme Sandra Desmettre — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Précise la limite du réalisable : une trajectoire pluriannuelle vraiment contraignante exigerait une révision constitutionnelle, d'où le choix d'un dispositif moins ambitieux mais faisable._

« Cette situation engendre de l’imprévisibilité, voire de l’imprévu, comme les régulations infra-annuelles que nous proposions de neutraliser. Une telle situation fragilise toute structure »

M. Philippe Nicolas — IGAC (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Relie l'absence de COM adopté à la fragilisation structurelle des sociétés — répond à la question du rapporteur sur l'État actionnaire défaillant._

« Il s’agissait de personnes extrêmement qualifiées, qui avaient une vision très stratégique, conforme au rôle d’un conseil d’administration. »

M. Thomas Cargill — IGF (audite, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Réponse de décharge à la question du rapporteur sur d'éventuelles failles du conseil d'administration : l'inspection n'y a pas vu de défaillance de compétence ou d'indépendance._

« La question du financement devait être tranchée après celle de la gouvernance, mais le projet de réforme de la gouvernance est aujourd’hui inabouti et la question du financement n’est toujours pas tranchée. Considérez-vous comme problématique que l’État actionnaire ne donne actuellement aucune ligne de conduite ni trajectoire financière récente à France Télévisions ? »

M. Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Le rapporteur cherche à faire valider que l'État actionnaire est défaillant (ni gouvernance ni trajectoire), établissant un contexte d'abandon stratégique._

« avez-vous réellement le sentiment que le ministère de la culture exerce donc la tutelle, c’est-à-dire le pilotage stratégique de ces entreprises ? »

M. Jérémie Patrier-Leitus — HOR (president, audition de M. Thomas Cargill, 2026-02-05)

_Le président interroge l'effectivité de la tutelle du ministère de la culture, illustrée par la difficulté à obtenir une réponse sur la part variable de la rémunération de Delphine Ernotte._

« Comment expliquez-vous cette position, qui pourrait s'apparenter à un statut privilégié ? Pourquoi ne dépendez-vous pas de M. Sitbon-Gomez ? »

M. Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de M. Yannick Letranchant, 2026-02-11)

_Le rapporteur cherche à établir que le rattachement de Letranchant directement à la présidente Ernotte constituerait un traitement de faveur au sein de l'organigramme. Question qui vise la gouvernance et les rattachements hiérarchiques._

« Comme cela vous a été dit par d'autres intervenants, au-delà d'un certain seuil, les salaires doivent être validés par le contrôle d'État. C'est une règle intangible à France Télévisions. »

M. Yannick Letranchant — France Télévisions (audite, audition de M. Yannick Letranchant, 2026-02-11)

_Letranchant rappelle un mécanisme de contrôle externe (contrôle d'État) sur les rémunérations élevées, pour répondre au grief sur les salaires. Élément factuel sur la gouvernance des rémunérations, non contesté dans l'audition._

« Aucune entreprise privée ne pourrait être pilotée avec des budgets aussi fluctuants ! »

M. Jérémie Patrier-Leitus — HOR (president, audition de M. Christian Vion, 2026-02-12)

_Le président nuance la charge du rapporteur en pointant la responsabilité de l'État (variabilité des crédits votés chaque année) : illustre sa posture distincte de celle du rapporteur._

« En ne signalant pas vos retraitements comptables à vos autorités de tutelle, notamment au ministère de l’économie et des finances, avez-vous cherché à tromper la vigilance du contrôleur général économique et financier ? »

M. Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de M. Christian Vion, 2026-02-12)

_Question la plus frontale sur l'intention : le rapporteur suggère une volonté de tromper le CGEFI. Formulée en question ; Vion répond « en aucune façon ». Intention imputée, non établie._

« Cela fait trop longtemps que nous travaillons sans COM (contrats d'objectifs et de moyens), avec la réduction budgétaire pour seul étalon de gestion. »

Stéphane Le Bars — Uspa (audite, audition de Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production, 2026-02-17)

_Revendication de fond du principal : sans COM, la gestion se résume à la baisse budgétaire, au détriment de la création._

« je suis persuadé qu'avec un budget de 2,5 milliards, un choix différent est possible même s'il est plus compliqué à mettre en œuvre ; pour ma part, je défends une réforme de la gouvernance. »

Jérémie Patrier-Leitus — HOR (president, audition de Audition, ouverte à la presse, des sociétés représentant la production, 2026-02-17)

_Position du président : la baisse budgétaire n'impose pas de couper la création ; il plaide pour une réforme de la gouvernance (fusion France Info, rapprochement France Bleu/France 3)._

« Sous-entendez-vous que le ministre de la culture, que ce soit Mme Dati ou un autre, pourrait imposer à France Télévisions de commander des programmes à quelqu'un, et qu'il aurait donc un pouvoir sur cette personne ? »

M. Stéphane Courbit — Banijay Group (audite, audition de M. Stéphane Courbit, 2026-02-25)

_Courbit récuse le postulat implicite d'une tutelle politique capable de dicter les commandes de FTV, qu'il juge contraire au « fonctionnement démocratique »._

« Il n’a en revanche aucun droit éditorial sur les contenus et les journalistes doivent pouvoir travailler en toute indépendance du pouvoir politique. »

Florence Philbert — DGMIC — ministère de la culture (audite, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Établit la doctrine de la tutelle : l'État fixe les grandes missions par la loi et le cahier des charges mais n'a aucun droit sur les contenus. Cadre de référence de toute l'audition._

« Nous n’avons pas à connaître la moindre décision de gestion des entreprises. Nous ne pratiquons pas de micro‑management : l’entreprise est libre de son administration. »

Florence Philbert — DGMIC — ministère de la culture (audite, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Réponse au président sur la nature de la tutelle : la DGMIC délimite étroitement son périmètre pour se dégager de la responsabilité des dysfonctionnements de gestion évoqués par la commission._

« Il s’agit donc d’un rôle essentiellement macro, budgétaire et financier. »

Florence Philbert — DGMIC — ministère de la culture (audite, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Formule-clé de la ligne de défense de la DGMIC : la tutelle ne descend pas au niveau des contrats de travail, rémunérations ou décisions de gestion._

« France Télévisions comme les autres sociétés de l’audiovisuel public, n’a plus de contrat d’objectifs et de moyens depuis fin 2023, ce qui témoigne d’un dysfonctionnement des tutelles dans un cadre institutionnel complexe »

Jérémie Patrier-Leitus (president, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Citation de la Cour des comptes opposée par le président à la tutelle ; établit le grief central sur l'absence de COM. Reste une appréciation de la Cour, débattue._

« Ces ajustements budgétaires successifs et ce contexte complexe expliquent l’impossibilité de stabiliser un contrat d’objectifs et de moyens jusqu’à aujourd’hui. »

Florence Philbert — DGMIC — ministère de la culture (audite, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Ligne de défense sur l'absence de COM : imputée à l'instabilité gouvernementale et budgétaire, « largement indépendant de l'action de la DGMIC ». Affirmation de l'auditionnée, contestée par le grief de la Cour._

« Je précise que Mme Philbert intervient devant nous en tant que fonctionnaire. Il revient ensuite aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités et d’assumer leur rôle concernant les budgets. En tant que parlementaires, c’est quand même nous qui les votons. »

Jérémie Patrier-Leitus (president, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Recadrage du président face à l'insistance du rapporteur : il sépare la responsabilité politique (le Parlement vote les budgets) de la responsabilité administrative de la fonctionnaire. Geste de neutralité institutionnelle notable._

« Une loi de programmation pluriannuelle n’a de portée que si elle est effectivement respectée. »

Florence Philbert — DGMIC — ministère de la culture (audite, audition de Mme Florence Philbert, 2026-03-25)

_Nuance apportée au consensus transpartisan sur une loi de programmation pluriannuelle : la visibilité n'a de valeur que si l'engagement est tenu — allusion à la caducité des trajectoires passées._

« après plus de deux ans sans contrat d'objectifs et de moyens (COM), les missions du secteur public sont à l'évidence insuffisamment définies et contrôlées par la puissance publique. »

M. Rodolphe Belmer — TF1 (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Établit le grief central sur les COM, repris par le président et le rapporteur. Affirmation partagée par les parlementaires eux-mêmes._

« il me semble légitime de se poser des questions sur le rôle de l'État actionnaire. Entre l'absence de signature de contrats d'objectifs et de moyens depuis plusieurs années et les coups de rabot successifs de ces derniers mois, l'État se contente d'une gestion à courte vue »

M. David Larramendy — M6 (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Déplace la critique du service public vers l'État actionnaire lui-même, jugé gestionnaire à courte vue. Nuance importante face à l'angle du rapporteur._

« un tel secteur public n'a rien d'incompatible avec les exigences légitimes que tous les Français sont en droit de porter et que vous relayez ici : maîtrise des coûts, rigueur budgétaire et neutralité. »

M. Maxime Saada — Canal+ (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Concilie soutien au public et exigences de la commission (coûts, rigueur, neutralité) — reprend explicitement les trois axes de la commission d'enquête._

« Canal + n'emploie pas un seul chauffeur. »

M. Maxime Saada — Canal+ (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Illustration frappante de la culture de rigueur budgétaire de Canal+, implicitement opposée aux coûts du service public. Marqueur rhétorique._

« N'y voyez-vous pas le résultat d'une stratégie hostile de la direction de France Télévisions ? »

M. Charles Alloncle (rapporteur, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Insinuation d'une stratégie hostile de la direction de France Télévisions — non établie ; formulée comme question au témoin, qui la relativise._

« Delphine Ernotte vous aurait déclaré : « Désormais, c'est la guerre ». Confirmez-vous ces propos ? »

M. Charles Alloncle (rapporteur, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Propos attribués à la présidente de France Télévisions par voie de presse ; Belmer dit ne pas s'en souvenir et doute de leur authenticité. Rien d'établi._

« Je ne me les rappelle absolument pas. Ils ne ressemblent pas à Delphine. Permettez-moi donc de douter de leur authenticité, d'autant que je vois mal comment un journaliste pourrait avoir eu vent d'un échange téléphonique entre nous. »

M. Rodolphe Belmer — TF1 (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Réponse de Belmer : il conteste l'authenticité des propos « c'est la guerre » prêtés à Ernotte. À décharge de la thèse d'un conflit ouvert._

« Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je partage largement les vues de notre actionnaire de référence. »

M. Maxime Saada — Canal+ (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Saada s'aligne explicitement sur Bolloré (financement du public par la seule publicité), rompant le front commun du privé sur la publicité. Révèle la ligne de l'actionnaire._

« Je précise que j'exerçais cette dernière activité pro bono pour aider le service public et en particulier Delphine Ernotte à s'acculturer à son nouveau poste. »

M. Rodolphe Belmer — TF1 (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Réponse à l'insinuation du rapporteur sur son passage éclair comme conseiller de France Télévisions en 2015 : Belmer présente ce rôle comme bénévole et d'accompagnement._

« Celle-ci ne compte en effet que cinq collaborateurs, alors que France Télévisions emploie neuf mille salariés et que son budget frôle les 3 milliards d'euros par an. »

M. Charles Alloncle (rapporteur, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Le rapporteur pointe la faiblesse de l'audit interne de France Télévisions (5 personnes) au regard de sa taille. Élément de mise en cause de la gestion publique._

« J'ai eu le sentiment que la décision de l'ARCOM de retirer à C8 son autorisation d'émettre sur la TNT avait été prise avant les auditions. »

M. Maxime Saada — Canal+ (audite, audition de M. Rodolphe Belmer, 2026-04-01)

_Saada met en cause l'impartialité de la décision de l'ARCOM sur C8, motif du retrait de Canal+ de la TNT. Affirmation de perception, non un fait établi._

« Un soir où nous avions des difficultés avec, non pas la tutelle, car ce mot est absolument insupportable, mais « l’actionnaire », c’est-à-dire l’État, nous avions compté le nombre réel d’actionnaires de l’audiovisuel public : huit ! »

Patrice Duhamel — Ancien directeur général de France Télévisions chargé des antennes (audite, audition de Mme Michèle Cotta, 2026-04-02)

_Établit la fragmentation du pilotage public : huit centres de décision étatiques concurrents, source structurelle d'ingérabilité._

« L’actionnaire, s’il vous plaît, pas la tutelle ! Michèle Cotta et moi avons connu la « télévision d’État », l’ORTF. »

Patrice Duhamel — Ancien directeur général de France Télévisions chargé des antennes (audite, audition de Mme Michèle Cotta, 2026-04-02)

_Correction insistante du vocabulaire (actionnaire vs tutelle) rappelant la rupture historique avec la télévision d'État de l'ORTF ; marqueur de la conception de l'indépendance._

« Juste un mot sur la suppression de la publicité, que nous avons apprise ensemble, en direct à la télévision, sans en avoir été informés auparavant... »

Patrice Duhamel — Ancien directeur général de France Télévisions chargé des antennes (audite, audition de Mme Michèle Cotta, 2026-04-02)

_Établit l'absence totale d'information préalable des dirigeants avant une décision majeure de l'exécutif — illustration du défaut de dialogue État/audiovisuel public._

« Ce qu'on appelle la Staatsferne en Allemagne, c'est-à-dire la distance par rapport à l'État, est un principe fondateur pour l'audiovisuel public allemand, qui se retrouve donc dans nos statuts. »

M. Bruno Patino — Arte France (audite, audition de M. Bruno Patino, 2026-04-07)

_Introduit le concept allemand de distance à l'État comme garantie structurelle d'indépendance ; utile pour l'enquête sur l'indépendance des rédactions._

« Monsieur le rapporteur, je n'ai aucune information à vous donner par rapport à votre question. Je ne sais pas ce qui s'est passé à ce moment-là entre les deux personnes que vous citez. »

Mme Kim Younes — TV5 Monde (audite, audition de M. Bruno Patino, 2026-04-07)

_Younes refuse de spéculer sur la non-reconduction de son prédécesseur Yves Bigot par Rachida Dati, recentrant sur son propre processus de nomination._

« On n'a rien à vous reprocher, votre bilan est impeccable, mais on ne vous renouvellera pas. »

M. Charles Alloncle — UDR (rapporteur, audition de M. Bruno Patino, 2026-04-07)

_Propos attribués à Rachida Dati (ministre de la culture) envers Yves Bigot, cités par le rapporteur d'après un article de Télérama du 28 mai 2024. Citation rapportée, non confirmée par les auditionnés : sert à suggérer une éviction politique._