Rassemblement National
Groupe le plus présent et le plus offensif de la commission : 122 interventions (dont beaucoup de brèves reparties), cinq députés actifs, présents sur presque toutes les auditions clés. C'est le groupe qui donne le ton adverse de l'enquête.
1. Ligne du groupe
Neutralité / impartialité — l'axe central, quasi unique. Le RN ne cherche pas à savoir si le service public est partial : il tient pour acquis qu'il l'est, et instruit ce constat. Thèse martelée : l'audiovisuel public est une machine militante de gauche qui « a déclaré une guerre éditoriale au premier parti de France » (Mme Rachida Dati). Les preuves reviennent en boucle : Charline Vanhoenacker et son « émission entièrement anti-extrême droite » (M. Martin Ajdari, Mme Sibyle Veil, Mme Adèle Van Reeth, Mme Emmanuelle Daviet), Guillaume Meurice, le traitement de Crépol par Patrick Cohen, les rappels à l'ordre de l'Arcom (« Complément d'enquête », le reportage sénateurs, Mme Delphine Ernotte Cunci), les « humoristes » Camille Lorente et Merwane Benlazar assimilés à de l'incitation au meurtre (Mme Rachida Dati, M. Vincent Meslet). La formule-clé : « information ou opinion ? » (Mme Delphine Ernotte Cunci).
Défense du périmètre vs réduction. Le groupe ne défend pas le service public ; il en conteste la légitimité même sur les fonds publics. Il pousse une frontière public/privé (« en quoi est-ce culturel ? », M. Manuel Alduy e.a. ; « une de trop » parmi les chaînes info, M. Laurent Guimier) et suggère qu'il ne représente pas les Français.
Financement — le levier moral. Refrain systématique : « l'argent des Français », « les impôts », « abonnée contrainte » (Anne Sicard, M. Patrick Cohen, Mme Rima Abdul-Malak, M. Jacques Cardoze ; le personnage « Sophie », Mme Rima Abdul-Malak), « 13 millions de Français qui financent » ceux qui les insultent (M. Patrick Cohen, Mme Rachida Dati, M. Nagui Fam, M. Xavier Niel). Adossé au rapport de la Cour des comptes : déficit de 81 M€, véhicules de fonction, subventions ASC (110,6 M€, château en Dordogne), suites au Majestic à Cannes payées par des groupes privés (M. Nacer Meddah, Mme Delphine Ernotte Cunci), masse salariale de Radio France (Mme Sibyle Veil). Le RN exige rigueur et ressources propres, pas garantie publique.
Rentes de production. Angle très travaillé : Mediawan, Banijay, Together, marges non communiquées, statut d'animateur-producteur, Pigasse « patron » invité sur sa propre émission (Mme Delphine Ernotte Cunci, M. Stéphane Sitbon-Gomez, M. Benjamin Oulahcene, M. Vincent Meslet, M. Xavier Niel, Mme Delphine Ernotte Cunci).
Qui est mis en cause. Presque tout le monde sauf le privé : les directions (Ernotte, Veil) ; les journalistes-vedettes (Cohen, Legrand, Lucet, Salamé, Delahousse, Nagui) ; les instances censées garantir le pluralisme, ravalées à l'inutilité (« à quoi servez-vous ? », comité d'éthique Albanel, Mme Christine Albanel ; médiatrice, Mme Emmanuelle Daviet) ; RSF et le SNJ, présentés comme partisans (Audition, ouverte à la presse, M. Alexandre Kara). À l'inverse, CNews et Bolloré sont défendus (Mme Delphine Ernotte Cunci, M. Vincent Bolloré).
2. Stratégie de questionnement
Le RN n'instruit pas pour s'informer : il instruit à charge et fait valider sa propre thèse. Patterns de sous-texte récurrents :
- Le piège sans bonne réponse. « Citez-moi un exemple concret où vous avez exercé un contre-pouvoir » (Albanel, Mme Christine Albanel ; Delahousse, M. Laurent Delahousse) ; « à quoi servez-vous ? » (Mme Christine Albanel). L'hypothèse contrefactuelle Salamé/Bardella (Mme Léa Salamé) et la litanie « information ou opinion ? » (Mme Delphine Ernotte Cunci) sont conçues pour n'admettre aucune sortie.
- Le réquisitoire narratif plutôt que la question : « Sophie l'abonnée contrainte » (Mme Rima Abdul-Malak), l'arbitre maoïste financé par Soros pour Haski (Audition, ouverte à la presse), le portrait à charge d'Élise Lucet (Mme Élise Lucet). La question finale n'est qu'un prétexte.
- La caution d'initié : Ballard ouvre presque chaque audition par « j'ai été journaliste quarante ans, dont six dans le service public » (M. Martin Ajdari, Mme Sibyle Veil, M. Stéphane Sitbon-Gomez, M. Thomas Legrand, M. Alexandre Kara, M. Laurent Delahousse, M. Tristan Waleckx, M. Benjamin Oulahcene, M. Laurent Guimier, M. Xavier Niel) pour légitimer le procès de l'intérieur.
- L'agitation d'audience : nombreuses reparties de Parmentier (Mme Delphine Ernotte Cunci, Mme Sibyle Veil, M. Patrick Cohen, M. Thomas Legrand), altercation avec Balanant, dénonciation des propos « défoncer le rapporteur » (Mme Adèle Van Reeth).
3. Députés clés
- Philippe Ballard — le procureur « professionnel ». Ex-journaliste, ton mesuré, angle technique et financier (production, marges, carte de presse de Sitbon-Gomez, M. Stéphane Sitbon-Gomez). Ouvre la plupart des grandes auditions.
- Caroline Parmentier — la plus combative et frontale. Pilote l'affaire Cohen-Legrand et le dossier Vanhoenacker, multiplie les interpellations et les interjections, attaques personnelles (Lucet Mme Élise Lucet, Nagui M. Nagui Fam).
- Anne Sicard — l'architecte des réquisitoires-récits : « Sophie » (Mme Rima Abdul-Malak), l'arbitre Haski (Audition, ouverte à la presse), les citations d'Ernotte opposées à Bolloré (M. Vincent Bolloré), le climat interne « délétère » de FTV (Mme Christine Albanel).
- Christian Girard — l'angle budgétaire pur : Cour des comptes, primes, amendement au PLF (Mme Christine Albanel, M. Nacer Meddah, Mme Sibyle Veil), lien déficit → vulnérabilité aux pressions.
- Laurent Jacobelli — entre en scène tard, sur les auditions politiques (Dati Mme Rachida Dati, Meslet M. Vincent Meslet) : « guerre éditoriale » de France Inter, Camille Lorente, Manon Mella.