Les Républicains
Fiche établie à partir des 40 questions du groupe analysées dans le dossier (commission d'enquête, souveraineté énergétique, AN 2022-2023). Sources entre parenthèses (tXXX).
1. Ligne du groupe
Nucléaire. Ligne résolument et constamment pro-nucléaire. LR valorise la relance en série (six EPR recommandés dès 2018, reproche du retard de l'exécutif jusqu'en 2022 — M. Yannick d’Escatha), la prolongation des centrales à 60 ans et le recours à des réacteurs éprouvés plutôt qu'au seul pari EPR (Marleix évoque de Gaulle et Westinghouse — M. Xavier Piechaczyk). Le groupe défend la fermeture du cycle et la conduite simultanée du parc actuel et de la 4e génération, avec le CEA comme moteur (Descoeur — M. Yves Bréchet, M. Pascal Colombani), et déplore l'abandon d'ASTRID imputé à Bercy et à des arbitrages budgétaires (M. Benoît Ribadeau-Dumas, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet). La fermeture de Fessenheim hors du cadre concomitant prévu (ouverture de Flamanville) est érigée en faute politique majeure (M. François Brottes, M. Cédric Lewandowski, Mme Barbara Pompili).
Renouvelables / mix. Défiance assumée envers l'éolien et le photovoltaïque. LR conteste la crédibilité scientifique des scénarios 100 % renouvelable (l'électricité bas carbone vient du nucléaire et de l'hydraulique — M. Xavier Piechaczyk, Francis Dubois), dénonce une politique « dogmatique » privilégiant les EnR au détriment du « pragmatisme » nucléaire et hydroélectrique (M. Dominique Maillard), et interroge l'addition (et non la substitution) des renouvelables aux fossiles (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega). L'hydroélectricité et les STEP (notamment 5 GW vallée de la Dordogne) sont un axe récurrent et central (M. Henri Proglio, M. Bruno Bensasson, Mme Ségolène Royal, Mme Barbara Pompili).
Marché européen & ARENH. Hostilité frontale. L'ARENH est qualifié d'« hérésie » ayant ruiné EDF (« la plus belle entreprise au monde ») au profit de revendeurs achetant 42 € et revendant jusqu'à 800-1000 € (Francis Dubois — M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel). Le groupe présente l'ARENH comme un partage forcé de la rente nucléaire (M. Philippe de Ladoucette), conteste que le tarif couvrait les investissements (M. Philippe de Ladoucette), soupçonne les nouveaux entrants d'arbitrage sans valeur industrielle (M. Dominique Maillard), et envisage explicitement une sortie de la tarification européenne au profit d'un tarif réglementé national (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, M. Nicolas Sarkozy).
Souveraineté / Europe. Souverainisme productif assumé : préférence française sur l'échelle européenne pour la relance minière (Massif central, lithium, cobalt, uranium — M. Pierre-Franck Chevet e.a., M. Thomas Courbe, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon, M. Philippe Knoche), défense des concessions hydroélectriques contre l'ouverture à la concurrence imposée par Bruxelles, crainte qu'elles soient « la concession sacrifiée » dans la négociation (Descoeur — M. Eric Besson, Mme Barbara Pompili, Mme Élisabeth Borne).
Responsables désignés de la perte de souveraineté. Par ordre d'insistance : (a) le marché européen et l'ARENH (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, M. Nicolas Sarkozy) ; (b) les choix politiques des exécutifs successifs — Macron/Hulot/Le Maire pour le retard EPR (M. Yannick d’Escatha), le quinquennat Philippe et la fermeture de Fessenheim (M. Benoît Ribadeau-Dumas), Royal sur le non-décret ARENH (M. Philippe de Ladoucette, Mme Ségolène Royal), Valls et Hollande sur les concessions (M. Manuel Valls, M. Bruno Bensasson), Pompili (Mme Barbara Pompili) ; (c) l'influence des ONG antinucléaires dans les cabinets, présentée comme une emprise idéologique (M. Jean-Louis Borloo, M. Nicolas Sarkozy) ; (d) une logique comptable ayant primé sur la logique industrielle (M. Benoît Ribadeau-Dumas, M. Jean-Louis Borloo).
2. Stratégie de questionnement
Le groupe instruit majoritairement à charge et cherche à faire valider sa propre thèse par les témoins, bien plus qu'à s'informer. Patterns récurrents :
- Imputation de responsabilités passées par omission. Dossiers techniques (ARENH non actualisé, concessions hydrauliques) servant à exposer l'inaction d'un décideur nommé : Royal (M. Philippe de Ladoucette, Mme Ségolène Royal), Valls (M. Manuel Valls), Hollande dès 2008 (M. Bruno Bensasson). Angle « décisions non prises » plutôt que mauvaises décisions.
- Question multiple à forte charge orientée offrant une grille de lecture toute faite à valider : dogmatisme contre pragmatisme, peur du black-out instrumentalisée (M. Dominique Maillard), scénarios RTE « farfelus » (M. Eric Besson), manipulation des projections RTE au service d'un agenda anti-nucléaire (Marleix, écart 480/645 TWh — M. Xavier Piechaczyk).
- Perche tendue / tribune à un témoin convergent pour qu'il développe une préférence nucléaire (M. Eric Besson « quel mix idéal ? », M. Nicolas Sarkozy sur les ONG). Le sous-texte note explicitement « perche tendue plus que piège ».
- Verrouillage d'aveu : faire reconnaître que l'alerte avait bien été transmise au gouvernement (Brottes, RTE — M. François Brottes), ou pousser un haut fonctionnaire hors de sa réserve (Courbe — M. Thomas Courbe).
- Mise en doute polie de la version officielle (programme Juliette / Flamanville — M. Bernard Fontana).
Limites : plusieurs angles sont désamorcés par les témoins (Ladoucette confirme que les investissements étaient inclus dans l'ARENH — M. Philippe de Ladoucette ; Piechaczyk refuse l'idée que 2022 soit déjà une perte de souveraineté — M. Xavier Piechaczyk).
3. Députés clés
- Francis Dubois (Corrèze) — porte-plume du groupe (large majorité des questions). Élu local, angle territorial et industriel : relance minière nationale (Massif central, uranium — M. Pierre-Franck Chevet e.a., M. Thomas Courbe, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon, M. Philippe Knoche), défense d'EDF et de l'hydroélectricité/concessions (M. Henri Proglio, M. Bruno Bensasson, M. Manuel Valls), réquisitoire contre l'ARENH et le marché européen (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Philippe de Ladoucette, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, M. Nicolas Sarkozy), recherche systématique de responsabilités politiques passées.
- Vincent Descoeur — spécialisé sur la souveraineté minérale/terres rares (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Pierre-Franck Chevet e.a., M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) et la défense des concessions hydroélectriques de ses territoires (Lot, Dordogne) contre Bruxelles (M. Eric Besson, Mme Barbara Pompili, Mme Élisabeth Borne) ; aussi sur l'influence des ONG (M. Nicolas Sarkozy). Ton plus factuel et constructif.
- Olivier Marleix — intervention unique mais la plus offensive (M. Xavier Piechaczyk) : accusation directe de distorsion des scénarios RTE pour servir un agenda anti-nucléaire, plaidoyer pour la prolongation et Westinghouse plutôt que le tout-EPR, et sortie du marché spot.