La France insoumise
Groupe très investi (183 interventions, dont une large part d'interjections et de rappels au règlement), porté par quatre député·es et le plus mobilisé de la commission. Corpus dense et cohérent.
1. Ligne du groupe
Service public : défense inconditionnelle de l'institution, réquisitoire contre sa direction. LFI est le défenseur le plus tranché du périmètre public. Le groupe refuse la privatisation, la baisse des moyens et la réforme en holding (« démantèlement », « BBC à la française »), qu'il combat frontalement : opposition « avec constance » à la fusion Radio France–FTV (Mme Rachida Dati), dénonciation des 86 M€ de coupes du PLF 2026 (Mme Rima Abdul-Malak), soutien affirmé à « un service public fort » qui « n'est pas trop dispendieux » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Mais cette défense de l'institution s'accompagne d'une charge violente contre ses dirigeants actuels, accusés de « macronisation » : Ernotte est traitée d'« agente de communication de la Macronie » (Mme Delphine Ernotte Cunci), Veil, Van Reeth et Bloch sont mises en cause pour une « purge idéologique » (Mme Adèle Van Reeth, Mme Laurence Bloch, M. Vincent Meslet).
Neutralité : rejetée en principe, exigée en pratique sous forme de pluralisme. Position singulière et assumée : le groupe nie la neutralité (« l'audiovisuel public n'a pas à être neutre », M. Patrick Cohen ; Soudais, à répétition : « je ne crois pas en la neutralité »). Ce qu'il exige, c'est le pluralisme et l'honnêteté — et sa thèse centrale est que le SP est aujourd'hui partial contre LFI : LFI « premier parti de gauche » non invité à « L'Événement » (M. Martin Ajdari, M. Stéphane Sitbon-Gomez), sondage France Info « truqué » égalisant PS et LFI (M. Martin Ajdari), « fake news » de Bouilhaguet contre Bompard (M. Alexandre Kara), éditoriaux hostiles de Saint-Cricq (« vote musulman » = antisémitisme), Cohen, Bornstein contre Rima Hassan (M. Patrick Cohen, M. Gilles Bornstein, Mme Delphine Ernotte Cunci).
Indépendance : pressions politiques et collusion avec la Macronie. Fil rouge omniprésent : la pression de Gérard Larcher sur l'Arcom après « Complément d'enquête » (Mme Delphine Ernotte Cunci, M. Roch-Olivier Maistre, Mme Léa Salamé, M. Tristan Waleckx), le mode de nomination de l'Arcom jugée « pas indépendante » (M. Roch-Olivier Maistre), la tutelle Dati, la « collusion » Macronie/FTV (tweet Muriel Attal, Mme Delphine Ernotte Cunci). En miroir, LFI défend le journalisme d'investigation menacé (Lucet, Waleckx, Mme Élise Lucet, M. Tristan Waleckx).
Financement : public garanti, rigueur dénoncée comme démagogie. Le groupe raille la « double injonction » faire mieux avec moins (M. Laurent-Éric Le Lay, M. Nicolas Bouhdjar), défend le SP « mieux-disant » et s'inquiète de la précarité/CDD (Mme Sibyle Veil, Mme Marie-Christine Saragosse).
Création : rentes attaquées quand elles mènent au privé, producteurs défendus contre le RN. LFI dénonce le « quasi-monopole » de Mediawan/Niel comme « privatisation rampante » (M. Martin Ajdari, M. Stéphane Sitbon-Gomez, M. Xavier Niel) et interroge Banijay/Courbit sur ses liens avec Dati (M. Stéphane Courbit). Mais il défend les producteurs (Le Van Kim, Nagui) contre le « maccarthysme » du rapporteur (M. Benjamin Oulahcene, M. Nagui Fam).
Mises en cause : direction FTV/Radio France (macronisation) ; le rapporteur Alloncle (RN), cible constante (« inquisition », « chasse aux sorcières », « harcèlement », « fascisme ») ; le gouvernement/Dati ; les groupes privés Bolloré/CNews, Niel, Banijay, Hanouna ; Larcher ; l'Arcom (trop clémente avec CNews).
2. Stratégie de questionnement
Le groupe ne cherche presque jamais à s'informer : il fait valider sa thèse et instruit à charge, selon l'interlocuteur. Face aux dirigeants et au privé (Ernotte, Veil, Bolloré, Courbit), le registre est prosecutorial, accusatoire, à multiples chefs d'accusation (Mme Delphine Ernotte Cunci : six questions-réquisitoire à Ernotte). Face aux « amis » (Legrand, Lucet, Waleckx, syndicats), la question sert de tribune pour valider la thèse extrême-droite-menace-existentielle. Sous-textes récurrents : (a) LFI-victime systématique du SP ; (b) Bolloré/CNews comme danger raciste et islamophobe ; (c) délégitimation méta de la procédure elle-même — Saintoul dénonce sans relâche la commission transformée en « inquisition/tribunal » (Mme Eléonore Duplay, M. Jacques Cardoze) ; (d) cadrage pro-palestinien (« génocide à Gaza », Caron, Mme Delphine Ernotte Cunci). Beaucoup de grandstanding (Mme Léa Salamé : Saintoul refuse d'interroger Salamé, « vous êtes ridicule, monsieur le président »).
3. Députés clés
- Aurélien Saintoul — chef intellectuel et procédural. Ancien rapporteur de la commission TNT (qu'il invoque sans cesse), il est le plus substantiel : questions juridiques à l'Arcom, pièces à l'appui (mails internes CNews sur l'IVG), et une marotte propre — supprimer purement et simplement les éditorialistes (Mme Sibyle Veil, M. Lionel Thompson, Mme Delphine Ernotte Cunci). C'est lui qui attaque le rapporteur au niveau méta.
- Ersilia Soudais — la plus combative et à charge (volume le plus élevé). Cible les éditorialistes (Saint-Cricq, Aram, Cohen), la direction, Dati, Bolloré. Affrontement frontal avec le président (échange « sexiste »/« prenez une tisane », Mme Sibyle Veil).
- Aymeric Caron — ancien salarié du SP (revendique une légitimité unique). Axe Gaza/Palestine, CNews, éditorialistes ; barrage de six questions et interjections répétées (Mme Delphine Ernotte Cunci).
- Nadège Abomangoli — axe Bolloré (contradiction avec témoignage sous serment, M. Vincent Bolloré), « CNewsisation » de France Info, pluralisme, diversité et représentation dans le divertissement (M. Jacques Cardoze, Mme Delphine Ernotte Cunci). Ton plus posé, thèse identique.
Source : lfi-nfp.json (questions du groupe LFI-NFP, commission d'enquête AN 17e lég. sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public, 2025-2026).