Rassemblement National
Groupe très actif dans la commission (50 questions analysées), porté par quatre députés. Fiche complète.
1. Ligne du groupe
Nucléaire. Ligne pro-nucléaire affirmée, jusqu'au « tout-nucléaire » revendiqué : Tanguy plaide pour « concentrer tous nos efforts sur la relance du nucléaire » et rejette la dispersion dans de multiples filières (M. Yves Bréchet). Le groupe valorise l'héritage gaulliste et le plan Messmer comme modèle de souveraineté et de décarbonation réussie (fossiles passés de 65 à 10 % du mix en douze ans, Mme Dominique Voynet). Forte défense de la 4e génération et de la surgénération : réquisitoire sur la fermeture de Superphénix présentée comme décision politique et non industrielle, à 10 Md€ de coût social (M. Lionel Jospin) ; regrets répétés sur l'abandon d'Astrid (M. Bernard Doroszczuk, M. Arnaud Montebourg) ; appel à un « Plan Marshall » humain pour la filière (M. Bernard Doroszczuk). Intérêt pour le thorium (M. Philippe Sauquet), les SMR, le power up, la cogénération, la coopération avec le Japon plutôt que la Russie (M. Yves Bréchet, M. Patrick Landais). Sur l'EPR, posture nuancée : Tanguy le qualifie de « succès » sur le fond (M. Yannick d’Escatha) mais le groupe interroge durement les dérapages de chantier (Flamanville, Hinkley Point, Taishan) et envisage de préférer des « EPR de première génération maîtrisés » (M. Nicolas Sarkozy). Demande récurrente de réouverture de Fessenheim, présentée comme réversible (M. Laurent Michel, M. Jean-Bernard Lévy, M. Cédric Lewandowski, M. Manuel Valls) — recadrée une fois par le président comme « raisonnement par l'absurde » (M. Cédric Lewandowski).
Renouvelables / mix. Hostilité nette aux renouvelables intermittentes, présentées comme coûteuses, gourmandes en matériaux, inefficaces et dépendantes de l'étranger : éolien « destructeur de forêts » et peu recyclable (M. Philippe Sauquet), externalités territoriales (Somme, M. François Hollande), 120 Md€ « lubie de mode » selon la Cour des comptes (M. François Hollande), Energiewende allemande à 500 Md€ pour un CO2 cinq à six fois supérieur (Mme Dominique Voynet). Rejet frontal de la doxa des 50 % de nucléaire, qualifiée de seuil « politicien » sans base scientifique (M. Yves Bréchet, M. Antoine Pellion, M. François Hollande). Le solaire résidentiel décentralisé est toléré au bénéfice du pouvoir d'achat (M. Philippe Sauquet). Scepticisme appuyé sur l'hydrogène (attaques sur McPhy, M. Laurent Michel) et sur la « croissance verte » (invocation de Jancovici, M. Patrick Pouyanné). Valorisation constante de l'hydroélectricité et des STEP comme énergie souveraine et stockable négligée (M. Henri Proglio, M. Jean-Bernard Lévy, Mme Ségolène Royal, M. Luc Rémont).
Marché européen & ARENH. Opposition idéologique au marché européen de l'électricité, jugé « intrinsèquement défaillant » (M. Dominique Ristori) : l'électricité serait un monopole naturel non stockable que la France avait choisi constitutionnellement de garder public (M. Dominique Ristori). L'ARENH est dénoncé comme une « spoliation » d'EDF, dont le groupe cherche à chiffrer le préjudice cumulé (M. Henri Proglio, M. Jean-Bernard Lévy, M. Cédric Lewandowski, M. Luc Rémont). Le groupe défend le droit de sortie du modèle européen (Royaume-Uni en contre-modèle, M. Dominique Ristori) et l'idée d'un EDF intégré, public, voire renationalisé (M. Philippe Page Le Mérour e.a., M. Cédric Lewandowski, M. Arnaud Montebourg, Mme Élisabeth Borne).
Souveraineté / Europe et responsabilités. Le récit central est celui d'une perte de souveraineté par trahison/démission des élites. Responsables désignés, par ordre d'insistance : (1) l'Allemagne et un lobby éolien qui auraient sciemment affaibli le nucléaire français (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar, M. Henri Proglio, M. François Brottes, Mme Corinne Lepage) ; (2) l'Union européenne — libéralisation, ARENH, abandon du traité Euratom, non-promotion du nucléaire en Pologne ayant favorisé la dépendance russe (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Dominique Ristori) ; (3) les dirigeants français successifs nommément — la gauche plurielle de 1997 (Jospin/Superphénix, M. Lionel Jospin), le PS et la décennie Hollande-Macron (M. François Brottes, M. Antoine Pellion, M. Manuel Valls, Mme Élisabeth Borne, M. François Hollande) ; (4) la prédation industrielle américaine (vente d'Alstom à GE, affaire Pierucci, M. Arnaud Montebourg, M. François Hollande) ; (5) l'écologie politique et les ONG (Ademe, négaWatt, Lepage, Voynet, M. Yves Bréchet, Mme Corinne Lepage, Mme Dominique Voynet).
2. Stratégie de questionnement
Le groupe instruit massivement à charge et cherche à faire valider sa propre thèse, davantage qu'il ne s'informe. Patterns récurrents :
- Question-réquisitoire / tribune : interventions plus politiques que factuelles, recadrées trois fois par le président (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar « j'ai compris que vous étiez hostile au gaullisme », M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Antoine Pellion, Mme Élisabeth Borne).
- Question fermée en rafale pour acculer : séries de questions dont chaque réponse négative incrimine l'exécutif (Astrid, 6+8, Penly non consultés — M. Patrick Landais ; bilan Valls — M. Manuel Valls).
- Flatterie préalable puis retournement : alliance affichée avec l'auditionné pro-nucléaire (« il est rare que je sois aussi d'accord », M. Yves Bréchet) ; ou flatterie de Royal/Voynet sur leur terrain pour les pousser à reconnaître une erreur (Mme Ségolène Royal, Mme Dominique Voynet).
- Pré-cadrage de la réponse comme aveu : énumérations longues de cessions présentées comme « logique privée contre intérêt national » (Mme Catherine MacGregor), questions-pièges visant un aveu de contrainte européenne (M. Dominique Ristori EDF intégré).
- Attaque ad hominem : Brottes et ses 600 000 € (M. François Brottes), Lepage et son cabinet pro-éolien (Mme Corinne Lepage), Rémont et son rôle à la Bank of America sur Alstom (M. Luc Rémont).
- Mise sous serment comme levier de pression (M. Dominique Ristori).
- Chiffrage à charge : six turbines à 3 Md€ contre 7 Md€ d'imports (M. Dominique Ristori), 10 Md€ pour Superphénix (M. Lionel Jospin).
3. Députés clés
- Jean-Philippe Tanguy (le plus prolifique) : pilote la stratégie. Angle macro — marché européen, ARENH, Euratom, dépendance russe, démantèlement industriel (Alstom/GE, dont il fut proche via le cabinet de Clara Gaymard, M. Arnaud Montebourg). Manie le chiffrage et le concept libéral de « monopole naturel » retourné contre les libéraux (M. Dominique Ristori).
- Alexandre Loubet : ancrage territorial lorrain (bassin houiller, Saint-Avold, gaz de couche de Moselle, M. Pierre-Franck Chevet e.a., M. Antoine Pellion). Angle EDF intégré/renationalisation, gaz et hydrocarbures domestiques, gaz de schiste sans fracturation (M. Arnaud Montebourg).
- Frédéric Falcon : spécialisé sur la thèse du complot d'influence allemande et du lobby éolien (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar, M. François Brottes, Mme Corinne Lepage).
- Nicolas Meizonnet : réquisitoires sur le bilan des dirigeants (Valls, Hollande) et l'échec à l'export (Abou Dabi), externalités territoriales de l'éolien (M. Manuel Valls, M. Nicolas Sarkozy, M. François Hollande).
- Annick Cousin : angle 4e génération et moyens humains (Astrid, Plan Marshall, thorium — M. Philippe Sauquet, M. Bernard Doroszczuk).