La part du citoyen

EPR, nouveau nucléaire et programme de relance

EPR de Flamanville (choix, retards, dérives)

Le chantier de l'EPR de Flamanville traverse le corpus comme un cas d'école de l'échec industriel nucléaire français. Lancé au milieu des années 2000 dans un climat décrit comme euphorique — « on pensait qu'on allait faire des dizaines d'EPR » témoigne M. François Jacq (M. François Jacq), citant des dirigeants disant « qu'ils se pressent, il n'y en aura pas pour tout le monde » — il n'était toujours pas opérationnel au moment des auditions.

Un constat largement partagé : la perte de compétences. La quasi-totalité des intervenants relie les dérives à l'interruption décennale de la construction de réacteurs. M. Yannick d'Escatha (M. Yannick d’Escatha) y voit la cause première : « nous avons cessé de construire des centrales nucléaires pendant plus de dix ans », ajoutant « un chantier qui dure, c'est un chantier qui coûte ». M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) emploie l'image de l'obstétricien qui « perd la main », rappelant que rien n'avait été construit depuis Civaux « seize ans auparavant ». M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) reconnaît une « erreur d'appréciation manifeste de la part d'EDF comme d'Areva » sur les délais et la difficulté de « relancer une machine qui était rouillée ». M. Bernard Doroszczuk (M. Bernard Doroszczuk), de l'ASN, conclut que « la mise en application de l'arrêté de 2005 n'est pas à l'origine des retards, qui sont plutôt liés à un manque de rigueur industriel », écartant la responsabilité réglementaire.

Premier clivage : conception ou exécution ? M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) juge l'EPR « un engin trop compliqué, quasi inconstructible » dont le design est à revoir (« j'ai changé les équipes, je n'ai pas réussi à changer l'EPR »). M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) et M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) pointent aussi un design franco-allemand devenu « presque uniquement de facture allemande ». À l'inverse, M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) défend : « l'EPR est constructible, puisqu'il tourne », et M. Eric Besson (M. Eric Besson) y voit une « tête de série » comme « les fusées qui n'ont pas fonctionné ».

Deuxième clivage : un seul EPR ou une paire ? D'Escatha (M. Yannick d’Escatha) et Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) jugent le chantier unique regrettable. M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) réfute : « si nous en avions construit deux, ils seraient tous deux en retard ». Mme Anne Lauvergeon (Mme Anne Lauvergeon) déresponsabilise Areva, « sous-traitant seulement ».

Le calendrier et la programmation. Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) dénonce le « manque de fiabilité » de la filière, ayant elle-même annoncé une ouverture en 2016 ; M. François de Rugy (M. François de Rugy) résume : « on nous a indiqué quasiment chaque année, que ce serait l'année prochaine ». M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) impute à ce retard le déséquilibre du calendrier des fermetures. Sur la cuve, M. Bernard Fontana (M. Bernard Fontana) plaide qu'elle « était conforme à la réglementation de l'époque », là où M. Yves Marignac (M. Yves Marignac) dénonce un « fait accompli » industriel ; le rapporteur M. Antoine Armand (M. Yves Marignac) recadre : aucun combustible n'étant présent, la cuve « ne pose aucun problème de sûreté radioactive ».

Qui en parle

Interventions regroupées (69 citations · 33 auditions)

Domaine : EPR, nouveau nucléaire et programme de relance · Sujet : epr-flamanville

Couverture : 69 citations · 19 positions · 33 auditions

_Slugs bruts fusionnés : epr-flamanville, epr-flamanville-causes-retard, epr-flamanville-corrosion, epr-flamanville-decision, epr-flamanville-derive, epr-flamanville-difficultes, epr-flamanville-echec-chantier, epr-flamanville-euphorie-2005, epr-flamanville-olkiluoto, epr-flamanville-pilotage, epr-flamanville-premature, epr-flamanville-retards, epr-flamanville-soudures, epr-unique-flamanville, decision-flamanville-tranche-unique, flamanville-epr-derive, flamanville-sous-traitance-folz, programme-epr-flamanville, pari-unique-epr, epr-lancement-tardif, preparation-epr, cuve-epr-flamanville, cuve-flamanville-reglementation_

Positions exprimées

  • M. Yannick d’Escatha (M. Yannick d’Escatha) : L'échec du chantier de Flamanville tient à l'arrêt de construction pendant plus de dix ans (perte de maîtrise des grands chantiers), aggravé par la négligence des aspects de génie civil et le vieillissement de matériels installés trop tôt — pas à la conception du réacteur. _(tranchant 4)_
  • M. Yannick d’Escatha (M. Yannick d’Escatha) : La décision de ne construire qu'un seul EPR à Flamanville plutôt qu'une paire, par crainte d'une surproduction invendable, a été une erreur ; une paire aurait permis à Flamanville 4 d'être déjà en service. _(tranchant 4)_
  • M. Henri Proglio (M. Henri Proglio) : L'EPR est un engin trop compliqué et quasi inconstructible dont la conception est entièrement à revoir ; sa dérive vient du design et de la prédominance d'Areva, pas du management. _(tranchant 4)_
  • M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) : Le fiasco de Flamanville (et des EPR etranger) rendait irresponsable toute relance de nouveaux EPR a l'epoque ; il fallait prendre du recul plutot que se precipiter au nom des competences. _(tranchant 4)_
  • M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : Le derapage de Flamanville s'explique par la perte de competences, la sous-estimation des modifications et la complexite du design franco-allemand, mais le chantier n'a pas ete decide dans la precipitation ; le choix d'un chantier unique etait regrettable. _(tranchant 3)_
  • Mme Delphine Batho (Mme Delphine Batho) : L'EPR est demesure et son chantier un fiasco ; il ne faut pas refaire l'erreur d'annoncer des reacteurs pour des raisons politiques alors que leur design n'est pas acheve. _(tranchant 3)_
  • Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : Le pari unique sur l'EPR est un echec qui a detourne l'attention du parc existant et aggrave la perte de competences ; les surcouts et retards de Flamanville et de la Finlande le prouvent. _(tranchant 2)_
  • MM. Bernard Doroszczuk (M. Bernard Doroszczuk) : Le retard de Flamanville tient au manque de rigueur industriel, a la perte de competences et au lancement avant achevement des etudes, non a l'evolution reglementaire (arrete de 2005 issu d'une directive europeenne). _(tranchant 2)_
  • M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) : Le fiasco de l'EPR de Flamanville est du a des causes generiques de conception et d'ingenierie, non au choix d'un reacteur unique ; deux reacteurs auraient tous deux ete en retard. _(tranchant 2)_
  • M. Manuel Valls (M. Manuel Valls) : Le retard de Flamanville releve de difficultes techniques reelles et imprevisibles, non de choix politiques ; il refuse d'en accuser quiconque et juge son ouverture capitale. _(tranchant 2)_
  • Mme Nathalie Kosciusko-Morizet (Mme Nathalie Kosciusko-Morizet) : Le lancement de l'EPR fut premature et insuffisamment reflechi : un tres gros reacteur centralise etait peu coherent avec un marche s'orientant vers les petits reacteurs ; il aurait fallu davantage explorer les SMR. _(tranchant 2)_
  • M. Bruno Bensasson (M. Bruno Bensasson) : Le lancement d'un EPR unique au milieu des années 2000 se justifiait par le maintien de l'option nucléaire et la conservation des compétences dans un contexte de surcapacité ; il ne se prononce pas sur l'opportunité d'en lancer plusieurs en parallèle. _(tranchant 1)_
  • M. Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) : L'EPR est constructible et tres sur ; ses deboires viennent de la perte de competences et du design inacheve, non du concept ; il ne faut pas jeter le bebe avec l'eau du bain. _(tranchant 1)_
  • M. Jean-Louis Borloo (M. Jean-Louis Borloo) : Le probleme de Flamanville tient au design de l'EPR (Framatome-Siemens) plutot qu'a la competence d'EDF, en qui une confiance totale et justifiee etait alors placee. _(tranchant 1)_
  • M. Lionel Jospin (M. Lionel Jospin) : Son gouvernement n'a entrave en rien l'EPR : les etudes se sont poursuivies sans entrave et EDF n'a depose aucune demande de construction entre 1997 et 2002. _(tranchant 1)_
  • M. André Merlin (M. André Merlin) : Le projet EPR aurait dû être engagé plus tôt et bénéficier d'un délai plus long ; le nouveau nucléaire est nécessaire. _(tranchant 1)_
  • M. Eric Besson (M. Eric Besson) : L'EPR a derape en couts et delais mais ne merite pas toutes les critiques : c'est une tete de serie, et un ministre doit s'en remettre aux experts ; il n'y avait pas de raison d'arreter un chantier en cours. _(tranchant 1)_
  • M. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) : Les dérives de l'EPR s'expliquent par le durcissement post-Fukushima des normes de sûreté, la perte de compétences et des faiblesses de suivi d'EDF, non par un défaut de conception du réacteur. _(tranchant 1)_
  • M. Jean-Christophe Niel (M. Jean-Christophe Niel) : Les difficultés de l'EPR s'expliquent par la complexification liée à l'amélioration de l'existant, des choix franco-allemands, son statut prolongé de 'réacteur papier' et une perte d'habitude industrielle. _(tranchant 0)_

Citations (verbatim, sourcées)

« La massive tient au fait que nous avons cessé de construire des centrales nucléaires pendant plus de dix ans, durée pendant laquelle la maîtrise d’un très grand chantier comme celui de la construction d’un réacteur nucléaire a été perdue. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Explication centrale de l'échec industriel de Flamanville : l'interruption décennale de construction comme cause première des surcoûts et retards._

« comme on dit dans la profession, un chantier qui dure, c’est un chantier qui coûte. Les retards considérables ont provoqué des surcoûts énormes. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Formule synthétique reliant directement les retards aux dérives de coût de l'EPR de Flamanville._

« il a donc été décidé de ne construire qu’un seul réacteur. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Pointe une erreur stratégique : la décision politique de ne lancer qu'une tranche à Flamanville, contraire à la règle de construction par paires._

« C'était le redémarrage du nucléaire, on pensait qu’on allait faire des dizaines d’EPR, un peu partout. J'ai entendu des dirigeants dire : « Qu’ils se pressent, il n’y en aura pas pour tout le monde » »

M. François Jacq (audite, audition de M. François Jacq, 2022-12-07)

_Témoignage de première main sur l'état d'esprit euphorique de la filière en 2005-2007, qui éclaire le contexte des décisions EPR._

« Or, à l’époque où elle a été construite, la réglementation en question n’existait pas. La cuve était conforme à la réglementation de l’époque. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Réfute l'idée d'une non-conformité de la cuve : c'est l'évolution réglementaire dans le temps long qui crée l'écart._

« La réglementation peut avoir une part de responsabilité, mais il est trop facile de l’accuser : les industriels doivent faire leur travail. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Position d'équilibre rare dans le corpus : l'industriel s'auto-incrimine au lieu de charger l'ASN._

« Pour ce qui est des soudures qu’il fallait reprendre à Flamanville, le taux de réussite linéaire de Framatome et de ses sous-traitants était supérieur à 99,5 %. Peu de gens dans le monde peuvent faire des choses pareilles. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Contrepoint valorisant : malgré l'image dégradée, la qualité technique française des soudures est très élevée._

« Régler une chaîne de soudage, cela prend trois ans. Ce sont les règles de la vie industrielle ; vous ne pouvez pas inventer quelque chose comme cela. »

M. Bernard Fontana (audite, audition de M. Bernard Fontana, 2022-12-08)

_Explique les retards de Flamanville par le temps incompressible de constitution d'une capacité industrielle._

« S’agissant des délais de construction, l’erreur d’appréciation est manifeste de la part d’EDF comme d’Areva. »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Reconnaissance d'une erreur partagee dans l'estimation des delais de l'EPR._

« Je savais dès lors qu’il serait dur de relancer une machine qui était rouillée. »

Pierre Gadonneix (audite, audition de M. Pierre Gadonneix, 2022-12-08)

_Image marquante de la perte de competences detectee des le debut du chantier Flamanville._

« L’EPR est un engin trop compliqué, quasi inconstructible, dont on voit aujourd’hui les difficultés. »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Jugement technique sévère, venant d'un ancien PDG d'EDF, sur la conception même de l'EPR._

« J’ai changé les équipes, je n’ai pas réussi à changer l’EPR. »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Formule synthétisant l'impuissance face à un problème de conception structurel et non de management._

« La mission d’Areva était d’être chaudronnier et de gérer les centres de retraitement. Concevoir et vendre des réacteurs n’étaient pas son métier. »

M. Henri Proglio (audite, audition de M. Henri Proglio, 2022-12-13)

_Désignation de la cause organisationnelle de la dérive nucléaire : Areva sortie de son métier._

« J’ai toujours considéré qu’il était préférable de fermer Fessenheim de manière concomitante à l’ouverture de Flamanville. »

M. François Brottes (audite, audition de M. François Brottes, 2022-12-14)

_Position personnelle réaffirmée plusieurs fois, distinguant sa ligne de ce qui a été décidé._

« Concernant la décision de ne construire qu’un seul EPR à Flamanville, nous n’y avons jamais été associés. »

Mme Anne Lauvergeon (audite, audition de Mme Anne Lauvergeon, 2022-12-15)

_Déresponsabilise Areva du choix structurant de l'EPR unique, attribué entièrement à EDF._

« Toutes les décisions sont prises par EDF. Areva construit l’îlot nucléaire et quelques bâtiments autour mais pas l’ensemble du réacteur. Nous sommes certainement considérés comme le plus gros sous-traitant, mais un sous-traitant seulement. »

Mme Anne Lauvergeon (audite, audition de Mme Anne Lauvergeon, 2022-12-15)

_Établit la hiérarchie décisionnelle EDF/Areva, base de la déresponsabilisation d'Areva sur les choix de Flamanville._

« Ce pari unique sur l'EPR a entraîné corrélativement un défaut d'intérêt pour le parc existant et une perte de compétence dont nous nous plaignons aujourd'hui. »

Corinne Lepage (audite, audition de Mme Corinne Lepage, 2023-01-10)

_Articule directement le pari EPR et la perte de competences actuelle, coeur du mandat de la commission._

« Le projet qui s'esquisse prévoit des EPR2 en 2040. Qu'allons-nous faire d'ici là ? »

Corinne Lepage (audite, audition de Mme Corinne Lepage, 2023-01-10)

_Critique du calendrier lointain du nouveau nucleaire et de l'absence de solution intermediaire._

« Le plus grave, à mon sens, est notre refus de tirer des leçons du passé. »

Corinne Lepage (audite, audition de Mme Corinne Lepage, 2023-01-10)

_Synthese morale de son propos liminaire (errare humanum est, perseverare diabolicum) appliquee a la politique nucleaire._

« par idéologie, vous avez joué un rôle moteur dans le dépeçage de la filière nucléaire française et votre exposé aujourd'hui semble le confirmer. »

Frédéric Falcon — RN (depute, audition de Mme Corinne Lepage, 2023-01-10)

_Accusation directe de responsabilite ideologique dans le declin du nucleaire._

« L’EPR était présenté comme une façon de maintenir l’option nucléaire ouverte. Nous sentions que si nous attendions les tensions, nous perdrions encore plus de compétences. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Justification rétrospective du lancement de l'EPR : maintien des compétences plus que sécurité d'approvisionnement, dans un contexte de surcapacité._

« Le parc était surcapacitaire, compte tenu de projections de croissance de la demande électrique datant des années 80 ou 90 et ne s’étant pas vérifiées. »

Bruno Bensasson (audite, audition de M. Bruno Bensasson, 2023-01-12)

_Confirme le contexte d'abondance/surcapacité énergétique des années 2000, thèse explorée par le rapporteur auprès de plusieurs auditionnés._

« Tous les critères de dysfonctionnement étaient réunis. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Aveu sans detour sur les causes structurelles de l'echec de construction des EPR par celui qui a dirige Olkiluoto._

« L’EPR est constructible, puisqu’il tourne, mais il est indéniable que de nombreux objets sont plus simples à construire. »

M. Philippe Knoche (audite, audition de M. Philippe Knoche, 2023-01-12)

_Reponse directe au rapporteur qui cite Proglio jugeant l'EPR inconstructible ; nuance assumee._

« En vingt ans, cinquante-six réacteurs nucléaires ont été construits ; aujourd’hui, en quinze ans, on n’arrive pas à en faire un seul. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Contraste saisissant entre l'efficacite du plan Messmer et l'enlisement actuel._

« Le génie-civiliste Bouygues a accusé environ deux ans de retard sur l’EPR de Flamanville. »

Virginie Neumayer (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Met en cause la sous-traitance du genie civil dans les retards de Flamanville._

« Il me paraît assez raisonnable d’attendre la maturité industrielle du design et du projet avant de s’engager sur des investissements pesant des milliards d’euros. »

Antoine Pellion (audite, audition de M. Antoine Pellion, 2023-01-18)

_Défense de la prudence sur l'EPR2 face aux reproches de lenteur dans le lancement du nouveau nucléaire._

« Notre pays a laissé se développer une forme de concurrence sur l’EPR, qui a engendré d’importantes difficultés et pertes de temps. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Met en cause la rivalité EDF-Areva non arbitrée par l'État dans l'échec industriel de l'EPR._

« Dans la pratique, EDF a posé un choix stratégique, mais l’ASN a imposé les réparations via des procédés qui n’existaient pas et qu’il a fallu développer. »

M. Thibaud Normand (audite, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)

_Décrit la cause du report de Flamanville et le rôle de l'ASN dans la chaîne de décision sur Fessenheim._

« En résumé, la mise en application de l’arrêté de 2005 n’est pas à l’origine des retards, qui sont plutôt liés à un manque de rigueur industriel. »

Bernard Doroszczuk (audite, audition de M. Bernard Doroszczuk, 2023-01-24)

_Refute la these selon laquelle la sur-reglementation aurait fait derailler l'EPR, en renvoyant la responsabilite a l'industrie._

« La perte de compétences, d’expérience et de rigueur explique également la mise en œuvre de procédés industriels sans qualification préalable et sans métier. »

Bernard Doroszczuk (audite, audition de M. Bernard Doroszczuk, 2023-01-24)

_Diagnostic central de la commission : la perte de competences industrielles comme cause profonde des echecs recents._

« Le pari de la justification a posteriori est un pari hasardeux, qui ne doit pas être pris lorsque l’on construit du nucléaire. »

Bernard Doroszczuk (audite, audition de M. Bernard Doroszczuk, 2023-01-24)

_Lecon de methode tiree de Flamanville, opposee a la tentation de construire avant d'avoir tout justifie._

« Si nous en avions construit deux, ils seraient tous deux en retard. »

Dominique Maillard (audite, audition de M. Dominique Maillard, 2023-01-26)

_Refutation lapidaire de la these dominante des autres auditionnes attribuant le fiasco de l'EPR au choix d'un reacteur unique._

« La capacité à reconstituer des équipes opérationnelles efficaces a certainement été largement sous-estimée. »

Dominique Maillard (audite, audition de M. Dominique Maillard, 2023-01-26)

_Reconnaissance de la perte de competences industrielles apres l'arret des chantiers nucleaires, cause majeure du retard de l'EPR._

« Entre 2007 et 2010, la France est dotée d’un parc électronucléaire hérité des décisions de 1969, robuste, duplicable industriellement, et qui garantit une énergie d’origine nucléaire peu chère. »

M. Jean-Louis Borloo (audite, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Pose le diagnostic d'un parc nucleaire historique robuste et peu cher comme point de depart du recit._

« Même si j’étais resté en fonctions, je ne sais pas si j’aurais eu la sagacité de mettre en cause le design, produit par Framatome et Siemens, ou la capacité d’EDF à conduire le projet. »

M. Jean-Louis Borloo (audite, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Reconnaissance honnete de la confiance aveugle alors placee en EDF sur Flamanville._

« C’est sans doute le design de l’EPR qu’il faudrait remettre en question. »

M. Jean-Louis Borloo (audite, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Designe la cause du fiasco du cote du design technique plutot que de l'operateur EDF._

« Le PDG d’EDF Renouvelables nous a indiqué que l’EPR de Flamanville avait été lancé pour faire face à un risque de perte de compétences. Au contraire, les quatre représentants de fédérations syndicales que nous avons auditionnés estimaient que l’EPR était un prototype d’entraînement. »

M. Maxime Laisney — LFI-NUPES (depute, audition de M. Jean-Louis Borloo, 2023-01-26)

_Confronte deux lectures opposees de la finalite de Flamanville pour faire trancher le temoin._

« EDF n’a déposé aucune demande de création d’un EPR entre 1997 et 2002. Je n’ai lu cette information que sur Wikipédia. »

M. Lionel Jospin (audite, audition de M. Lionel Jospin, 2023-01-31)

_Defense de Jospin sur l'absence de blocage de l'EPR : aucune demande formelle d'EDF._

« Je regrette par contre que le projet EPR n’ait pas été engagé un peu plus tôt. »

M. André Merlin (audite, audition de M. André Merlin, 2023-02-01)

_Pointe une responsabilité politique passée sur le retard du nouveau nucléaire._

« Je rappelle que le réacteur de Flamanville n’a pas été construit et n’est pas en activité. Aucune forme de combustible ne se trouve donc dans la cuve de l’EPR de Flamanville, qui ne pose donc aucun problème de sûreté radioactive. »

M. Antoine Armand (rapporteur, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Recadrage factuel du rapporteur relativisant la portee des alertes de surete sur la cuve de Flamanville._

« L’industriel a donc délibérément choisi de créer un fait accompli, rendant l’opération plus irréversible, et l’ASN n’a pas voulu ou pas su s’y opposer. »

M. Yves Marignac (audite, audition de M. Yves Marignac, 2023-02-01)

_Accusation precise d'un fait accompli industriel sur la cuve EPR, illustrant la faiblesse du controle._

« Or les difficultés de la filière proviennent d’avant. »

Manuel Valls (audite, audition de M. Manuel Valls, 2023-02-02)

_These de defense : la cause de l'affaiblissement est anterieure a son mandat, deplacant la responsabilite._

« Je trouvais que la dimension du projet de réacteur pressurisé européen (EPR) – qui consiste en un très gros réacteur centralisé – était peu cohérente avec les évolutions du marché mondial de l’énergie, qui s’orientait davantage vers les petits réacteurs. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Critique technologique frontale du choix de l'EPR, qu'elle jugeait des 2007 mal calibre face aux SMR._

« Le débat a été posé dans des termes très catégoriques : il fallait lancer l’EPR pour ne pas perdre en compétences. »

Nathalie Kosciusko-Morizet (audite, audition de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, 2023-02-02)

_Decrit le mecanisme d'urgence ayant precipite la decision EPR, presente comme un faux dilemme._

« Quant à Fessenheim, le décret prévoyait une fermeture uniquement lors de l’ouverture de Flamanville. C’est le décret suivant qui a supprimé cette condition. »

Mme Ségolène Royal (audite, audition de Mme Ségolène Royal, 2023-02-07)

_Ligne de défense centrale de Royal pour reporter sur ses successeurs la responsabilité de la fermeture déconnectée._

« EDF pensait que Flamanville allait ouvrir. Réinvestir dans Fessenheim n’avait dès lors pas de sens, d’autant que Flamanville avait déjà connu un dérapage financier considérable. De plus, j’avais préparé la mutation industrielle du site. Finalement, Flamanville n’a pas ouvert, et ne fonctionne toujours pas à ce jour. »

Mme Ségolène Royal (audite, audition de Mme Ségolène Royal, 2023-02-07)

_Justifie l'arrêt de la 4e visite décennale de Fessenheim par la perspective de Flamanville, tout en pointant l'échec de ce dernier._

« Être nommé patron d’une telle entreprise constitue une chance, et M. Jean-Bernard Levy vient pleurnicher parce qu’il ne dispose pas d’un texte pour entretenir les barrages ? Il ne mérite pas d’être à la tête d’EDF. »

Mme Ségolène Royal (audite, audition de Mme Ségolène Royal, 2023-02-07)

_Attaque personnelle inhabituelle sous serment contre l'ancien PDG d'EDF, qui en dit long sur le conflit de responsabilités._

« En conséquence, Siemens fabrique les équipements et l’EPR est devenu un réacteur dont les solutions et équipements sont presque uniquement de facture allemande, y compris le contrôle commande, un élément clé. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Affirme que l'EPR français est en réalité largement allemand, point structurant de son analyse de l'échec._

« À la suite d’un certain nombre d’incidents, j’ai réalisé que nous étions tombés encore plus bas que je ne le pensais et qu’il existait des problèmes de fabrication absolument inimaginables dans une organisation nucléaire de qualité. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Aveu de l'ampleur de la perte de compétences, en réponse à la confrontation du rapporteur._

« Dix ans après, tout le monde a toujours raison. En novembre 2010, tout le monde pensait que nous n’avions pas perdu la main et que nos ingénieurs savaient faire. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Defense par l'argument de l'epoque : la perte de competences sur Flamanville n'etait pas perceptible alors._

« Au-delà, je rappelle qu’il s’agissait là d’une tête de série. Combien de fusées n’ont pas fonctionné avant de connaître les résultats que l’on connaît aujourd’hui ? Tout projet ambitieux se heurte nécessairement à des difficultés initiales. »

M. Eric Besson (audite, audition de M. Eric Besson, 2023-02-09)

_Relativise les deboires de l'EPR comme normaux pour une tete de serie, refusant d'y voir un echec systemique._

« Lorsque j'ai affirmé, au nom de la France et devant le peuple français, que l'EPR ouvrirait en 2016, je croyais à la véracité des informations que m'avait données la filière nucléaire, qui, après avoir dit : « c'est sûr, l'EPR ouvrira en 2012 », avait assuré qu'il ouvrirait en 2016. Ce manque de fiabilité de la filière est un problème majeur : on peut parler de fiasco. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Temoignage personnel sur la perte de credibilite induite par les promesses non tenues de la filiere._

« On ne peut pas jouer avec la crédibilité de la parole publique. Le manque de fiabilité est le problème majeur de la filière nucléaire. La fiabilité est la règle de base de l'industrie ; c'est aussi celle de la politique. »

Mme Delphine Batho (audite, audition de Mme Delphine Batho, 2023-02-09)

_Generalise le diagnostic de non-fiabilite en principe d'industrie et de politique._

« avec de tels problèmes sur l’existant et l’incapacité à livrer le réacteur pilote de Flamanville, il me paraît compliqué de construire de nouvelles centrales. »

Mme Barbara Pompili (audite, audition de Mme Barbara Pompili, 2023-02-15)

_Explique ses propos acides de janvier 2022 sur la capacite a construire des centrales, en contradiction apparente avec Belfort._

« pendant très longtemps, l’EPR est resté un « réacteur papier ». Cela a sans doute créé un décalage entre ce qui était dessiné et ce qui était faisable sur le terrain. »

M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)

_Explication causale des déboires de l'EPR par un expert de la sûreté._

« je ne suis pas le seul à le dire, l’EPR a souffert d’une perte d’habitude, le dernier réacteur ayant été mis en service en 1998. »

M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)

_Pointe la perte de compétences industrielles comme cause des difficultés de l'EPR, thème central de la commission._

« Or en améliorant l’existant, le plus souvent vous le complexifiez – dans le cas de l’EPR, le récupérateur de corium en est un bon exemple. »

M. Jean-Christophe Niel (audite, audition de M. Jean-Christophe Niel, 2023-02-16)

_Articule la thèse centrale de l'audition : améliorer la sûreté complexifie, ce qui a un coût._

« Si le réacteur pressurisé européen (EPR) de Flamanville avait été opérationnel, il aurait pu compenser la fermeture d’une centrale ou d’un réacteur. »

M. Nicolas Hulot (audite, audition de M. Nicolas Hulot, 2023-02-28)

_Explique l'enchainement logique des fermetures : le retard de Flamanville a desequilibre toute la programmation._

« Néanmoins, personne n’aurait pu imaginer que Flamanville prendrait autant de retard et que cet EPR ne serait toujours pas opérationnel aujourd’hui. Nous sommes face à un cas d’école. Tout le monde pensait que la fermeture d’un ou de plusieurs réacteurs serait compensée par l’ouverture de Flamanville. »

M. Nicolas Hulot (audite, audition de M. Nicolas Hulot, 2023-02-28)

_Hulot impute la deroute du calendrier nucleaire au fiasco industriel de Flamanville plutot qu'a ses propres decisions._

« Nous ne pouvions pas courir tous les lièvres à la fois : il n’était pas possible de baisser notre consommation, développer massivement les énergies renouvelables, réduire la part du nucléaire et construire de nouveaux EPR. »

M. Nicolas Hulot (audite, audition de M. Nicolas Hulot, 2023-02-28)

_Justification de l'arbitrage de priorites : la relance nucleaire etait incompatible avec les autres chantiers juges plus urgents._

« Je tiens à rappeler qu’il s’agit du seul chantier de construction depuis dix ans et pour dix ans encore. »

Luc Rémont (audite, audition de M. Luc Rémont, 2023-02-28)

_Explique la perte de competences industrielles par l'absence de chantier nucleaire sur deux decennies._

« On arrive à la notion de sous-traitance quand la filière n’a pas été organisée. »

Luc Rémont (audite, audition de M. Luc Rémont, 2023-02-28)

_Reformule le probleme de la sous-traitance en defaut d'organisation de filiere plutot qu'en externalisation subie._

« Je peux dire avec une certaine antériorité comme député, comme ministre, à nouveau comme député et aujourd’hui comme observateur, qu’on nous a indiqué quasiment chaque année, que ce serait l’année prochaine, que les problèmes allaient être réglés. Ce n’est pas le cas malheureusement. »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Décrit la défaillance chronique d'information sur l'EPR de Flamanville sur quinze ans._

« Il relève de la sagesse d’attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d’engager des décisions sur le nouveau nucléaire »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Citation de Bruno Le Maire justifiant le report de la décision sur le nouveau nucléaire._

« On nous a indiqué quasiment chaque année, que ce serait l’année prochaine »

M. François de Rugy (audite, audition de M. François de Rugy, 2023-03-08)

_Doublon synthétique de la défaillance d'information EPR (variante courte)._

« Rien n’avait été construit depuis la centrale de Civaux, seize ans auparavant, lorsque nous avons lancé l’EPR. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Explication centrale des difficultés de l'EPR par la perte de continuité industrielle._

« Dans une maternité, on considère qu’un obstétricien qui fait moins de 300 accouchements par an fait courir un risque à ses patientes, car il perd la main. C’est un peu ce qui s’est passé en matière nucléaire : entre les centrales de Civaux et de Flamanville, nous avons perdu de la substance. »

Nicolas Sarkozy (audite, audition de M. Nicolas Sarkozy, 2023-03-16)

_Image marquante pour expliquer la perte de compétences par discontinuité des chantiers._

« Je n’ai même pas fermé Fessenheim durant mon mandat, mais je revendique cette décision : Fessenheim devait fermer dès lors que Flamanville ouvrirait. »

M. François Hollande (audite, audition de M. François Hollande, 2023-03-16)

_Assume la décision tout en soulignant qu'il ne l'a pas exécutée, et la conditionne à Flamanville._