Carte politique des partis — commission
Synthèse comparative des dix fiches de groupe (RN, RE, LR, Écolo, SOC, LFI, DEM, GDR, HOR, NI) produites à partir de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la souveraineté et l'indépendance énergétique de la France (2022-2023). Document strictement adossé au contenu des fiches ; les groupes HOR et NI ne disposent que d'une question chacun et leur positionnement reste donc indicatif.
1. La carte sur axes structurants
(a) Pro-nucléaire ↔ anti / prudent sur le nucléaire
Un large bloc pro-nucléaire domine la commission, mais avec des intensités très différentes. À l'extrémité « tout-nucléaire » se tient le RN, qui plaide pour « concentrer tous nos efforts sur la relance du nucléaire » (M. Yves Bréchet), défend la 4e génération et la surgénération (Superphénix, Astrid — M. Lionel Jospin, M. Bernard Doroszczuk, M. Arnaud Montebourg) et réclame la réouverture de Fessenheim (M. Laurent Michel, M. Cédric Lewandowski). LR est tout aussi résolument pro-nucléaire mais préfère un pragmatisme industriel : relance en série dès 2018, prolongation à 60 ans, réacteurs éprouvés type Westinghouse plutôt que le seul pari EPR (M. Xavier Piechaczyk), CEA et fermeture du cycle (M. Yves Bréchet-M. Pascal Colombani). Le GDR (Jumel) est pronucléaire « comme outil de souveraineté et de service public, non comme objet de marché » (M. Luc Rémont, M. Nicolas Sarkozy). DEM est pro-nucléaire pragmatique et europhile (continuum nucléaire — M. Nicolas Sarkozy, thorium — M. David Marchal), HOR favorable mais sous l'angle du phasage opérationnel (M. Jean-Marc Jancovici).
Le groupe RE est majoritairement pro-nucléaire et assume le tournant de relance de l'exécutif (SMR, Belfort — M. Bernard Fontana), mais porte une aile dissonante (Meynier-Millefert) pro-sobriété, efficacité et renouvelables thermiques, critique du tout-électrique (M. Xavier Piechaczyk). Du côté prudent/critique, la gauche se distribue : SOC (Battistel) n'est pas hostile au nucléaire mais refuse la complaisance pro-relance et assume l'objectif des 50 % comme « pluralisme énergétique raisonnable » (M. Nicolas Sarkozy). LFI est nettement critique, voire hostile à la relance (corrosion, EPR2/SMR non maîtrisés, coût, déchets — M. Jean-Marc Jancovici, M. Bernard Doroszczuk, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet). Écolo (Laernoes) est franchement antinucléaire, sur le parc existant comme sur la relance (EPR « inconstructible » — M. François Jacq, cycle fermé « mythe » — M. François Jacq, Mme Anne Lauvergeon). Le NI (Besse) reste hors champ sur cet axe.
(b) Souverainiste / anti-UE ↔ européiste / interdépendance
Le pôle souverainiste-anti-UE réunit, par des voies opposées, le RN et LFI/GDR. Le RN défend le « droit de sortie du modèle européen » (M. Dominique Ristori) et l'idée d'un EDF intégré renationalisé (M. Philippe Page Le Mérour e.a., M. Arnaud Montebourg). LFI fait passer la souveraineté par la maîtrise publique (renationalisation d'EDF et du gaz — M. Pierre Gadonneix, M. Jacky Chorin e.a.) et teste « la possibilité de se passer du marché européen sans dommage » (M. André Merlin). Le GDR refuse la « concurrence libre et faussée à l'européenne » et le « dogme de Bruxelles » (M. Arnaud Montebourg, M. Nicolas Sarkozy). LR porte un souverainisme productif (relance minière nationale, défense des concessions hydro contre Bruxelles — M. Pierre-Franck Chevet e.a., M. Eric Besson, Mme Barbara Pompili).
Au pôle européiste/interdépendance : RE pense la souveraineté comme « résilience par diversification » et défend le marché européen et les interconnexions (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, Mme Catherine MacGregor, M. Laurent Michel). DEM est le plus franchement europhile et théorise même un contre-argument anti-anti-UE : Bolo invoque les articles 122 et 194 du TFUE pour établir que l'Union ne contraint pas le mix national (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel), et refuse explicitement de faire de l'UE un bouc émissaire. SOC est intermédiaire : critique de la Commission mais sans rupture revendiquée, reprochant surtout à la France un défaut de combativité à Bruxelles (M. Philippe de Ladoucette, M. François de Rugy). Écolo est un cas singulier : il retourne l'argument de souveraineté contre le nucléaire (dépendance à l'uranium importé du Niger, du Kazakhstan, contrats Rosatom — M. Bernard Fontana, M. Henri Proglio) et se dit pro-européen sur les interconnexions et la réindustrialisation des filières ENR (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, Mme Catherine MacGregor).
(c) Étatiste-anti-marché ↔ pro-marché européen
Le clivage le plus net de la commission. Anti-marché/anti-ARENH frontal : RN (« marché intrinsèquement défaillant », ARENH = « spoliation » d'EDF — M. Dominique Ristori, M. Henri Proglio), LR (ARENH = « hérésie » ayant ruiné EDF — M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, sortie de la tarification européenne — Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, M. Nicolas Sarkozy), LFI (« le marché ne marche pas » — M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, acheteur unique — M. Bruno Bensasson, M. Jacky Chorin e.a.), GDR (suppression de l'ARENH, « rente pour intermédiaires » — M. Arnaud Montebourg, M. Nicolas Sarkozy), SOC (charge constante et détaillée contre l'ARENH, retour aux TRVE, acheteur unique exploré — M. Patrick Pouyanné, M. Pierre-Marie Abadie, M. Philippe de Ladoucette). Écolo défend l'électricité comme « bien public et commun » à soustraire au marché (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Jacky Chorin e.a.) sans cibler l'ARENH nommément.
Au pôle pro-marché/réforme : RE défend le marché et les interconnexions tout en reconnaissant les limites de l'ARENH — « la réforme du marché, pas la rupture » (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Nicolas Sarkozy). DEM relativise les critiques de l'ARENH (« ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain » — M. Nicolas Sarkozy). Convergence transpartisane à signaler : la critique de l'ARENH est portée aussi bien par la droite (LR) que par la gauche (SOC, LFI, GDR) et l'extrême droite (RN), mais avec des cibles de reproche opposées.
(d) « À charge contre qui »
- RN : l'Allemagne et un « lobby éolien » (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar, M. François Brottes), l'UE (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, M. Dominique Ristori), les dirigeants français successifs nommés (Jospin, Hollande, Macron — M. Lionel Jospin, M. Manuel Valls, Mme Élisabeth Borne), la prédation américaine (Alstom/GE — M. Arnaud Montebourg), l'écologie politique (M. Yves Bréchet, Mme Dominique Voynet).
- RE : la gauche et l'Allemagne (objectif des 50 %, fermetures sous Hollande, Merkel post-Fukushima — Mme Ségolène Royal, M. Nicolas Sarkozy), le plafonnement de 2015 (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel), la défaillance de l'État stratège (Mme Anne Lauvergeon) ; atténue les responsabilités récentes.
- LR : le marché européen et l'ARENH (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet), les exécutifs successifs (Royal, Valls, Hollande, Pompili — M. Philippe de Ladoucette, M. Manuel Valls, Mme Barbara Pompili), les ONG antinucléaires dans les cabinets (M. Jean-Louis Borloo, M. Nicolas Sarkozy), la logique comptable (M. Benoît Ribadeau-Dumas).
- Écolo : le tout-nucléaire historique et EDF/Areva (export, Hinkley Point, sous-investissement ENR — M. Pierre Gadonneix, M. Henri Proglio), l'inaction de l'État sur les 50 % (M. Pierre-Marie Abadie, M. Jean-Louis Borloo), le « lobby nucléaire » (SFEN, M. Bernard Fontana, Mme Dominique Voynet).
- SOC : les libéralisations imputables à la droite et à l'Europe (statut d'EDF 2004, concessions hydro engagées par Borloo 2008, loi Nome 2010 — M. François Brottes, M. François Hollande) ; cible le « dogme concurrentiel européen ».
- LFI : le marché et la libéralisation, l'exécutif soupçonné de démanteler EDF (Hercule, lettre à Rémont — M. Bruno Bensasson, M. Jacky Chorin e.a.), les superprofits (Total, Engie — M. Patrick Pouyanné, M. Pierre Gadonneix), les compromissions de la filière (Chine, Rosatom, Kearney — M. Arnaud Montebourg).
- GDR : la logique actionnariale et les dividendes (Mme Catherine MacGregor), la libéralisation y compris des gouvernements passés (M. Luc Rémont, M. Nicolas Sarkozy), le marché européen et « l'allégeance à l'Allemagne » (M. Nicolas Sarkozy), l'État actionnaire qui « asphyxie » les sous-traitants (M. Arnaud Montebourg).
- DEM : ne désigne pas l'UE (cible explicite de Bolo, M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) ; pointe la responsabilité interne — politisation des choix et rupture de continuité sur le nucléaire (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar, M. Nicolas Sarkozy).
- HOR et NI : ne désignent aucun responsable (questions tournées vers l'avenir / factuelles — M. Jean-Marc Jancovici, M. Nicolas Sarkozy).
2. Clivages transversaux et convergences de fait
Convergence RN–LR sur nucléaire/hydraulique. Les deux groupes valorisent intensément l'hydroélectricité, les STEP et les concessions comme énergie souveraine (RN : M. Henri Proglio, Mme Ségolène Royal ; LR : M. Henri Proglio, M. Bruno Bensasson, Mme Ségolène Royal, Mme Barbara Pompili), partagent la défense de la 4e génération et le regret d'Astrid, et convergent sur l'hostilité à l'ARENH et à la tarification européenne. La différence tient au ton : LR est plus factuel et pragmatique (Westinghouse, prolongation), le RN plus idéologique et complotiste (lobby éolien allemand).
Gauche divisée sur les renouvelables. Le clivage interne à la NUPES est net. Écolo et LFI défendent un mix à dominante renouvelable et le scénario négaWatt (Écolo : Mme Stéphanie Dupuy-Lyon, M. Xavier Piechaczyk ; LFI : M. Jacky Chorin e.a., M. Yves Marignac), Écolo allant jusqu'à l'antinucléarisme. À l'opposé, SOC (Battistel) est pro-ENR mais nullement antinucléaire (50 % = pluralisme, M. Nicolas Sarkozy) et GDR (Jumel) est franchement pronucléaire (M. Luc Rémont) et nuance le retard ENR (conflits d'usage plutôt qu'obstacle administratif, Mme Catherine MacGregor). Les quatre groupes convergent en revanche sur l'anti-ARENH et la maîtrise publique d'EDF, ce qui constitue le vrai dénominateur commun de la gauche dans cette commission.
Macronie (RE) en position de défense de bilan. RE assume le tournant de relance, ouvre des « boulevards » aux auditionnés de la majorité (Borne, administration) et atténue les responsabilités récentes (crise présentée comme choc exogène — Mme Ketty Attal-Toubert e.a.). L'aile Meynier-Millefert constitue une dissonance interne assumée.
Axe souverainiste transpartisan paradoxal. RN, LFI et GDR — opposés sur presque tout — convergent sur l'anti-marché européen et la renationalisation d'EDF, au point que DEM (Bolo, M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) formule un contre-argument explicitement adressé « aux députés RN, LFI et Écolo » qui imputent la perte de souveraineté à Bruxelles.
3. Stratégies de questionnement comparées
- Qui informe. NI (Besse, M. Nicolas Sarkozy) pose une question factuelle et neutre, sans sous-texte. HOR (Alfandari, M. Jean-Marc Jancovici) cherche à s'informer et à opérationnaliser, en co-construction avec l'audité. DEM alterne registre informatif pur (Bolo, Babault) et validation de thèse (Millienne).
- Qui instruit à charge. Le bloc le plus offensif : RN, LR, Écolo, LFI et GDR instruisent majoritairement à charge et cherchent à faire valider leur propre thèse plus qu'à s'informer. RN multiplie réquisitoires, attaques ad hominem (Brottes, Lepage, Rémont — M. François Brottes, Mme Corinne Lepage, M. Luc Rémont) et chiffrages à charge. LR impute par omission (« décisions non prises ») et tend des « perches » à des témoins convergents. Écolo construit des réquisitoires documentés pièce à pièce sous serment (M. Jean-Bernard Lévy, M. Henri Proglio). LFI empile des batteries de griefs présentées comme neutres (M. Jean-Marc Jancovici, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet).
- Qui défend un bilan. RE défend le bilan de l'exécutif (boulevards, dédouanement sur les retards 2022 — M. Bernard Doroszczuk, Mme Élisabeth Borne). SOC défend à charge contre la droite et l'Europe, et offre des tribunes connivente aux témoins de gauche (Hollande, Jospin — M. François Hollande, M. Lionel Jospin). GDR transforme les témoignages alliés en caution d'un programme (renationalisation) et prépare des amendements (M. Luc Rémont, M. Arnaud Montebourg).
- Qui tend des pièges (sous-texte). RN pratique le « pré-cadrage de la réponse comme aveu » et la flatterie-retournement (Mme Ségolène Royal, Mme Dominique Voynet), la mise sous serment comme levier (M. Dominique Ristori). LFI tend des « pièges au devoir de réserve » (faire valider une inquiétude politique par un dirigeant tenu à la réserve — M. Bruno Bensasson) et reprend les mots du témoin pour le rallier (« pilule empoisonnée » de Gadonneix — M. Pierre Gadonneix). Écolo use de la « question-piège favorable » (faire de la réponse RTE une caution publique — M. Xavier Piechaczyk). DEM, à l'inverse, désamorce (anti-anti-UE, M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel).
4. Tableau récapitulatif
| Groupe | Nucléaire | Renouvelables | Marché-ARENH | Souveraineté-UE | Cible des reproches | Posture de questionnement |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RN | Tout-nucléaire, 4e gén., rouvrir Fessenheim | Hostile (intermittentes), pro-hydraulique | Anti-marché frontal, ARENH = spoliation | Souverainiste, droit de sortie de l'UE | Allemagne/lobby éolien, UE, dirigeants FR, USA | Instruction à charge, réquisitoire, pièges/aveux |
| RE | Pro (relance assumée), aile sobriété | Mix diversifié, ENR thermiques (aile) | Pro-marché, réforme pas rupture | Européiste, résilience par diversification | Gauche, Allemagne, plafonnement 2015 ; atténue le récent | Défense de bilan, boulevards, dédouanement |
| LR | Pro pragmatique, prolongation, Westinghouse | Défiant (éolien/PV), pro-hydraulique | Anti-ARENH (« hérésie »), sortie tarif EU | Souverainisme productif (mines, concessions) | Marché/ARENH, exécutifs, ONG, logique comptable | À charge par omission, perches, verrouillage d'aveu |
| Écolo | Antinucléaire (parc + relance) | Priorité sobriété-efficacité-ENR (négaWatt) | Électricité = bien commun, anti-libéralisation | Souveraineté retournée contre le nucléaire ; pro-UE ENR | Tout-nucléaire historique, EDF/Areva, État, lobby | Instruction à charge documentée, tribune alliée |
| SOC | Ni hostile ni pro-relance ; 50 % = pluralisme | Pro-ENR + souveraineté industrielle amont | Charge détaillée anti-ARENH, TRVE, acheteur unique | Critique de la Commission sans rupture | Droite et Europe (libéralisations, loi Nome) | Valider sa thèse, à charge vs droite/UE, tribune alliée |
| LFI | Critique/hostile à la relance | 100 % renouvelable, négaWatt, sobriété | « Le marché ne marche pas », acheteur unique | Maîtrise publique, renationalisation EDF/gaz | Marché, exécutif (Hercule), superprofits, filière | À charge, griefs cumulés, pièges au devoir de réserve |
| DEM | Pro pragmatique (continuum, thorium) | Procédural : décider sur données objectives | Défense nuancée de l'ARENH | Europhile assumé (TFUE 122/194) | Politisation interne ; refuse de blâmer l'UE | Informatif + validation de thèse, désamorçage |
| GDR | Pronucléaire (souveraineté/service public) | Nuancé, subordonné à la planification publique | Suppression ARENH, anti-« dogme de Bruxelles » | Souverainisme de gauche, EDF public intégré | Logique actionnariale, libéralisation, Allemagne, État | Valider sa thèse, caution alliée, amendements |
| HOR | Favorable, phasage opérationnel | Non documenté (1 question) | Non documenté | Arbitrage confort/indépendance | Aucun responsable désigné | S'informer, co-construction (1 question) |
| NI | Non documenté (1 question) | Question factuelle sur éolien offshore | Non documenté | Non documenté | Aucun responsable désigné | Question factuelle neutre (1 question) |
Sources : fiches rn.md, re.md, lr.md, ecolo.md, soc.md, lfi.md, dem.md, gdr.md, hor.md, ni.md et refs tXXX citées. HOR et NI : matériau d'une seule question, positionnement indicatif.